SAINT MARIN (vers
Vers l'an 312, l'Église d'Afrique était déchirée par un schisme terrible. La persécution de Dioclélien avait été très-violente dans cette province de l'Empire * surtout au sujet des saintes Écritures. On obligeait les fidèles, et particulièrement les évôques , de les livrer pour être brûlées au milieu des places publiques. Ceux qui eurent la lâcheté de le faire, furent nommés traditeurs. On accusa Cécilien, évêque de Carthage, d'avoir été ordonné par des évôques coupables de ce crime , et
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sous ce prétexte aussi faux que frivole, une partie du clergé et du peuple d'Afrique, ayant Donat à sa téte, se sépara de sa communion et fit sacrer Majorien évêque de Carthage. Comme tous les évéques d'Afrique avaient pris parti dans ce différend, les Donatistes souhaitèrent d'avoir pour juges des évôques gaulois. Sur la requête qu'ils lui présentèrent à cet égard, l'empereur Constantin nomma pour juges de cette affaire , trois des plus saints et des plus savants évôques des Gaules , Marin d'Arles, Materne de Cologne et Rhétice d'Autun. Saint Melchiade occupait alors la chaire de saint Pierre, et c'était à Rome, en sa présence, que les trois juges devaient prononcer leur sentence. Le souverain Pontife , voulant rendre ce jugement plus solennel, invita plusieurs évôques d'Italie, en sorte que les Pères du concile qui s'ouvrit à Rome contre les Donatistes en octobre 313 étaient au nombre de dix-neuf. Les trois évôques de la Gaule occupèrent le premier rang après le Pape dans cette assemblée qui tint trois séances dans lesquelles , après un mûr examen , Cécilien fut reconnu innocent, et son ordination déclarée légitime.
Loin de se soumettre à la décision des juges qu'ils avaient désirés, les Donatistes s'appliquèrent, par d'artificieuses calomnies, à décrier le concile qui venait de les condamner. Ils osèrent même demander la révision de la cause. La bonté naturelle de Constantin , et le désir qu'il avait de pacifier l'Église , lui firent tenter de nouvelles voies de conciliation. Il ne connaissait pas encore le génie de l'hérésie , toujours prête à tirer avantage des moindres complaisances qu'on a pour elle. Après bien des procédures que nous ne pouvons détailler, ce prince voyant que le petit nombre des évôques présents au concile de Rome, servait toujours de prétexte à l'opiniâtreté des Donatistes , indiqua un concile plus nombreux à Arles, pour le l«r août 314, et il écrivit à ce sujet à Elaphius , vicaire de l'Afrique , une fort belle lettre, où il lui dit ces paroles qui devraient être gravées dans le cœur de tous les princes chrétiens. « Je vous avoue que je ne crois pas qu'il me soit permis de fermer les yeux à ces divisions et à ces disputes, qui pourraient irriter la majesté suprême, nonseulement contre le commun des hommes , mais encore contre moi, à qui elle a confié le soin des choses d'ici-bas... Car je ne pourrai jamais être dans une parfaite sécurité , et je n'aurai lieu d'espérer avec confiance la prompte et constante protection de la bonté divine, que lorsque j'aurai vu tous mes sujets s'accor-
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der dans une union parfaite , à honorer Dieu par le culte de la religion catholique. »
Les évôques s'assemblèrent donc à Arles le tcr août 314 , et examinèrent avec soin la cause de Cécilien et des évôques qui l'avaient ordonné. Mais n'ayant trouvé aucune preuve des accusations intentées par les Donatistes, ils prononcèrent encore en faveur de Cécilien. Après avoir terminé cette grande affaire, ils jugèrent à propos, puisqu'ils étaient réunis en nombre considérable, de faire des règlements pour corriger les abus qui s'étaient glissés dans la discipline , car à l'égard de la foi , les persécuteurs, en s'efforçant de l'éteindre, en avaient conservé la pureté. Mais par respect pour le Saint-Siège , les évéques ne voulurent publier ces canons qu'avec son approbation et sous son autorité. Ils les envoyèrent donc au pape saint Sylvestre qui venait de succéder à saint Melchiade , afln qu'il les publiât luimôme. Voici comment ils lui parlent dans la lettre synodale, après lui avoir rendu compte de la sentence portée contre les Donatistes :
« Plût à Dieu , notre très-cher frère, que vous eussiez fait en sorte d'ôtre présent à ce grand spectacle. Leur condamnation aurait été plus sévère , et notre assemblée aurait goûté une joie plus sensible en vous voyant juger avec nous. Mais vous n'avez pu quitter les lieux où les apôtres ne cessent de présider, et où leur sang rend un témoignage éclatant à la gloire du Seigneur. Cependant, nous n'avons pas cru devoir traiter seulement des affaires pour lesquelles nous avions été convoqués : nous avons jugé qu'il nous fallait pourvoir aux besoins de nos provinces. C'est pourquoi nous avons fait divers règlements en présencè du Saint-Esprit et de ses anges , mais il nous a paru que c'était principalement à vous qui avez une autorité plus étendue (qui diocèses majores tenes) , de les faire connaître à tous les fidèles.
Voici ces règlements si respectables par leur antiquité, puisque ce sont les premiers canons de l'Église de France, qui nous soient parvenus.
t. La fôte de Pâques sera célébrée en môme temps et au môme jour dans tout l'univers , et selon la coutume, le Pape l'indiquera par ses lettres.
2. Les ministres sacrés demeureront dans les endroits où ils auront été ordonnés. ^
3. Ceux qui quittent le service des armes seront retranchés de la communion. (Les fidèles n'avaient plus alors de prétextes
pour se croire dispensés de servir dans les troupes, parce qu'ils n'étaient plus exposés à des cérémonies idolâtriques, comme sous les empereurs payens. Il semble que l'Église voulait, par ce canon, témoigner sa reconnaissance à Constantin, qui ne combattait plus guère que pour elle).
4 et 5. On excommunie pareillement ceux qui conduisent les chars dans le cirque et les comédiens.
6. On doit imposer les mains à ceux qui , étant malades , désirent embrasser la foi. (Ce canon peut s'entendre ou de la confirmation qui suivait le baptême, ou de l'imposition des mains par laquelle on mettait au nombre des catéchumènes ceux qui demandaient le baptême).
7. Les fidèles promus à la charge de présidents prendront des lettres de communion, et cependant, s'ils font quelque chose contre la discipline, ils pourront être excommuniés par l'évêque du lieu où ils exercent leurs charges. On ordonne la même chose relativement à ceux qui veulent prendre part au gouvernement de l'État.
8. Il est ordonné aux Africains qui suivent la loi qu'ils se sont faite de rebaptiser, quand un hérétique veut se réunir à l'Église, de l'interroger sur le symbole, et s'ils reconnaissent qu'il ait été baptisé au nom du Père et du Fils et du Saint- Esprit, de lui imposer seulement les mains, afin qu'il reçoive le Saint-Esprit. Mais si étant interrogé, il ne confesse pas la Trinité, qu'il soit baptisé. (C'est-à-dire qu'on devait alors juger qu'il n'avait pas été baptisé au nom de la Trinité, puisqu'il n'avait pas la foi de ce mystère.)
9. On enlèvera les lettres de communion données par les confesseurs , et ceux qui en seront porteurs en recevront d'autres. (On avait permis aux confesseurs de la foi de donner des lettres de communion , comme les évêques, mais le concile enlevait cet usage qui avait donné lieu à quelques abus).
10. Pour les chrétiens qui ont surpris leurs femmes en adultère et qu'on empêche de se marier, bien qu'ils soient encore jeunes, on leur conseillera, autant que l'on pourra, de ne point se marier du vivant de leurs femmes , quoique adultères. (Ce que les Pères du concile semblent nommer un conseil , était en effet un précepte, comme ils l'insinuent assez en disant qu'on empêche ces personnes de se marier. Mais comme les lois civiles permettaient ces mariages, l'Église les toléra quelque temps et les désapprouva toujours).
11. On séparera pour un temps de la communion les filles chrétiennes qui épousent des payens.
12. Les clercs usuriers sont excommuniés selon la loi de Dieu.
13. Que ceux qui sont convaincus par des actes publics et non par de simples délations, d'avoir livré les saintes Écritures, les vases sacrés ou les noms de leurs frères , soient déposés. Si ces traditeurs ont ordonné quelque personne, de qui d'ailleurs, on n'ait reçu aucun reproche, que cette ordination ne leur nuise pas, et parce que plusieurs, contre la règle de l'Église, prétendent devoir être reçus à accuser leurs frères par des témoins qu'ils ont subornés, on ne doit les admettre à prouver leurs accusations que par des actes publics, comme il a été dit.
14. Que ceux qui intentent de fausses accusations contre leurs frères ne reçoivent la communion qu'à la mort. (On voit aisément que ces canons ont été faits en faveur de Cécilien , et pour ôter tout prétexte de contester la légitimité de son ordination).
15. Les diacres ne doivent pas offrir, comme nous avons appris qu'ils font en plusieurs endroits.
16. Ceux qui, pour quelque délit, ont été excommuniés, ne doivent être rétablis dans la communion, que dans les lieux où ils auront été excommuniés.