SATURNIN (vers
Saturnin était un prélat qui joignait à une ambition offrénée et à des talents peu communs, toute la souplesse d'un courtisan habile. Sacrifiant sa religion à sa fortune , il avait dissimulé ses sentiments hétérodoxes, sous un empereur catholique, et il devint un des plus zélés partisans de l'arianisme , lorsqu'il vit sur le trône de la Gaule un prince hérétique. Ce prince était Constance que la mort du tyran Maxence (10 août 353) avait rendu maître de tout l'empire romain. Se croyant redevable de sa victoire aux prières d'un évôque arien , il voulut se montrer le défenseur de cette hérésie, et comme il habitait ordinairement à Arles , il s'empressa de placer sur le siège de saint Trophime devenu vacant, un évôque de cette secte. Le choix du peuple se fixa sur Saturnin.
A peine Saturnin avait-il été élu, que Constance, à l'instigation d'Ursace de Segedin ou Belgrade , et de Valens de Mursa , aujourd'hui Essek en Illyrie , ces deux flambeaux de l'hérésie arienne dans l'Occident , rendit un édit pour obliger tous les évôques des Gaules à souscrire , sous peine d'exil, à là condamnation de saint Athanase. Il convoqua à ce sujet à Arles
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en 354, un concile', ou plutôt un conciliabule , auquel présida Saturnin qui lui était dévoué. Ursace, Valens, et les autres chefs du parti arien ne manquèrent pas de se rendre à cette assemblée, et la présence d'un empereur victorieux qui les protégeait, leur inspira une nouvelle audace. On ne sait pas le nombre des évôques catholiques qui s'y rendirent , mais ils avaient à leur téte Paulin, évôque de Trêves, c'en était assez pour les soutenir. On leur proposa d'abord de souscrire à la condamnation de saint Athanase, car on croyait ne pouvoir détruire la foi de Nicée qu'en perdant son plus zélé défenseur. Les catholiques répondirent qu'avant de délibérer sur des accusations personnelles , il fallait s'occuper des matières de foi. Ursace et Valens se récrièrent contre cette proposition. Alors Vincent, évôque de Gapoue, que le pape Libère avait envoyé à Arles pour demander un concile à Aquilée , crut embarrasser les ariens, en promettant de condamner Athanase, si ceux qui le proposaient, voulaient anathématiser Arius. Mais les prélats ariens avaient levé le masque , ils répondirent qu'il s'agissait de la condamnation d'Athanase, et non de celle d'Arius, et comme l'empereur espérait tout gagner, en gagnant le légat du Pape, il fit à Vincent de si terribles menaces, qu'il céda enfin, et eut la faiblesse de signer la condamnation du saint docteur. Jl se Televa bientôt de cette chute.
Saint Paulin soutint mieux la vérité et l'innocence. Constance tâcha d'abord de le gagner par des faveurs, il fut toujours inflexible , et lorsqu'on lui présenta à souscrire la condamnation d'Athanase, il déclara qu'il consentait à celle de Photin de Sirmich et de Marcel d'Ancyre , mais qu'il ne pouvait consentir à celle du saint patriarche d'Alexandrie. Les évéques ariens ne répondirent à ses raisons que par un ordre de l'empereur qui l'exilait aux extrémités de l'empire , parmi les montanistes de Phrygie et dans des pays où le nom de Jésus-Christ était à peine connu. Paulin obéit avec moins de regret de quitter sa patrie que de la voir livrée à la fureur de3 hérétiques. On crut qu'il ne souffrait pas encore assez dans cette terre barbare, et pour le fatiguer par de continuels voyages, on changea souvent le lieu de son exil. Il y mourut, après cinq ans de souffrances, le 31 août 358, mais son corps fut rapporté le 13 mai 441 à Trêves, par les soins de saint Félix, un de ses successeurs.
Constance furieux d'avoir été déçu dans ses projets à Arles , lit en 355 une nouvelle blessure à l'Église par le concile de Milan,
dont le pape Libère avait demandé la célébration, et par Pexil des plus sainls évéques , qui eurent le courage de résister à ses violences. Ces généreux défenseurs de la foi lui ayant représenté qu'ilsne pouvaient pas condamner Athanase contre les canons,
il répondit : « Que ma volonté vous tienne lieu de canons
Obéissez ou allez en exil. » Les évéques frémissant d'entendre ce langage de la bouche d'un prince chrétien, levèrent les mains au ciel, et lui remontrèrent que l'empire n'était point à lui, mais à Dieu qui le lui avait confié, qu'il devait craindre ses terribles jugements, et ne pas confondre le gouvernement de l'Église avec celui de l'État. Cette réponse si digne de la fermeté épiscopale mit Constance dans une telle fureur, qu'il tira son épée et donna l'ordre de conduire au supplice quelquesuns de ces évéques. Changeant ensuite d'avis, il se contenta de les exiler.
Les mêmes violences passèrent bientôt de l'Italie dans les Gaules, et Saturnin, un des plus fourbes et des plus méchants hommes de son parti, en fut le principal auteur. Outre son hérésie, Févôque d'Arles s'était rendu coupable de plusieurs crimes , mais il suffisait de faire profession de la nouvelle secte pour être assuré de l'impunité, et souvent môme pour jouir de la réputation de saint. Saint Hilaire occupait alors le siège épiscopal de Poitiers, il n'oublia rien dans ces temps orageux pour soutenir la constance des évéques des Gaules, qui, à son instigation , publièrent avec lui un décret par lequel ils déclaraient excommuniés Saturnin, Ursace et Valens. Voici comment saint Hilaire parle de cet acte : « Prévoyant longtemps auparavant l'extrême péril de la foi, après l'exil de Paulin (de Trêves) , d'Eusèbe (de Verceif) , de Lucifer (de Cagliari) et de Denys (de Milan), je me séparai avec les évéques des Gaules, de la communion de Saturnin, d'Ursace et de Valens, laissant à leurs consorts la liberté de venir à récipiscence, afin de montrer par là notre amour de la paix , et de retrancher cependant du corps les principaux membres dont la corruption pouvait l'infecter, pourvu néanmoins que cette indulgence fût approuvée par le jugement des bienheureux confesseurs de Jésus-Christ. »
Saturnin ne pardonna point à saint Hilaire de l'avoir démasqué en se séparant solennellement de sa communion. Il concerta avec Valens et Ursace le moyen de s'en venger, et il lit assembler en 356 à Béziers , un concile auquel il présida selon toute apparence. Saint Hilaire qu'on voulait perdre, y fut cité, et il
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s'y rendit accompagné de plusieurs évôques de la Gaule. Il n'espérait pas y faire triompher la vérité, mais il voulait lui rendre un glorieux témoignage, et il s'attendait d'avoir l'honneur de souffrir pour elle. Il s'offrit d'abord de dévoiler Terreur en plein concile, d'en faire connaître les partisans et de prouver par témoins leur héréticité. La faction arienne qui connaissait l'érudition et l'éloquence du saint docteur, craignit de se voir publiquement confondue. On ne lui répondit que par des accusations contre sa personne. Son zèle et sa foi étaient tout son crime, mais on chercha d'autres prétextes, et l'esprit d'erreur, fonds inépuisable de calomnie, en trouva sans peine.
L'évôque d'Arles écrivit aussitôt à Constance une relation artificieuse , de ce qui s'était passé dans le concile contre Hilaire. Cet empereur avait envoyé dans les Gaules sur la fin de l'année précédente, avec le titre de césar, le prince Julien, son cousin , surnommé dans la suite l'Apostat. Julien fut témoin en cette occasion des violences des ariens, et il parait qu'il prit la défense d'Hilaire, puisque le saint évôque de Poitiers dit que son exil fut un outrage fait à l'autorité du nouveau césar. Mais les ariens s'adressèrent à Constance, et sur les calomnieux exposés qu'ils lui firent, ils obtinrent aisément un décret qui bannissait Hilaire en Phrygie. Rhodane, évêque de Toulouse, ami du saint docteur, fut en môme temps exilé dans cette province.
Saturnin assista en 359 au concile de Rimîni , et fut un.des évéques députés à Constance, alors à Constantinople, c'est ce qui résulte d'un mémoire présenté à cet empereur par saint Hilaire pour la défense de la foi, et pour sa propre justification. De retour de l'exil, l'évôque de Poitiers voulut remédier aux maux que le triomphe des ariens au concile de Rimini avait fails dans les Gaules. Il tint à ce sujet divers conciles dans les Gaules, et plusieurs évôques, reconnaissant tout le poison delà formule artificieuse qui leur avait été imposée, condamnèrent ce qui avait été fait à Rimini , et ratifièrent la foi de Nicée. Saturnin, évôque d'Arles, fut déposé dans l'un de ces conciles, et chassé de son siège. Le P. Sirmond présume que ce fut le concile de Paris qui prononça, en 362, la déposition de Saturnin.
Ce fut pendant l'épiscopat de Saturnin que plusieurs de ses suffragants, pour n'avoir aucun rapport avec lui , se soumirent, les uns à l'éyôque de Vienne, et les autres à l'évôque de Mar-
seille. De là, les prétentions de Procule, évôque de cette dernière ville, sur les églises de la Narbonnaise seconde. Le manuscrit de Savaron, que nous avons cité déjà, et un autre manuscrit de l'Église d'Avignon, donnent Artème ou Artemius pour successeur de Saturnin. Saxi au contraire, nomme ce successeur Crescent, mais ces deux évôques sont complètement supposés. Les auteurs de la Gallia christiana ont indiqué Arlème dans leur série, tout en convenant que ces mômes manuscrits sur lesquels ils s'appuient, ne leur paraissent pas être d une grande autorité. Artème doit être rejeté de la série des évôques d'Arles , puisqu'il est aujourd'hui prouvé qu'il était évôque d'Embrun.