SAINT HONORAT
Honorât issu d'une famille consulaire , naquit dans la seconde moitié du IVe siècle. On sait qu'il était gaulois de naissance; et qu'il n'était ni de l'Aquitaine, ni de la Gaule Viennoise, ni de la Narbonnaise , mais on ne peut assurer en quelle autre partie des Gaules il vint au monde. Ce n'est que sur de simples conjectures que quelques savants lui donnent pour patrie, cette partie de la Gaule Belgique qui a formé plus tard la Champagne et la Lorraine. Sa sœurPiméniole , femme de saint Loup, qui devint évéque de Troyes, était, suivant l'auteur de la vie de ce saint, née à Toul, et l'on en a conclu que Honorât avait également reçu le jour en cette ville. Nous ne nous arrêterons pas à réfuter les auteurs qui
l'ont fait naître à Arles môme , il suffit de lire le panégyrique que saint Hilaire nous a laissé de son saint prédécesseur, pour être convaincu que cette opinion est insoutenable. Elle est pleinement réfutée par le récit de saint Hilaire , qui , en parlant de l'élévation de saint Honorât, sur le siège de cette mélropole, dit : Sed undè illud, quœso , tànx è longinquo, tam ignotus ecrpectatur? Quoi qu'ilen soit, Honorât naquit de parentsqui n'avaient point encore abandonné le culte des faux dieux. Mais Dieu mit de bonne heure en cet enfant le désir du baptême; et à voir comment il s'y préparait, doux dans son enfance, modeste flans son adolescence, grave dans sa jeunesse, toujours en avance pour la grâce et la vertu , à chaque degré de la vie qu'il parcourait, toujours plus grand que lui-môme, il était facile de deviner que le ciel môme s'était chargé de son éducation. Personne ne le forma à la piété, personne ne IVxcitaità recevoir le baptême, tout le monde, au contraire, s'y opposait, ses parents, ses amis, son pays craignant de perdre en lui leur plus bel ornement, firent les plus grands efforts pour le détourner d'une religion qu'ils considéraient comme un tombeau. Mais l'amour du Christ l'emportait le père d'Honorat ne put arracher de son cœur le désir du baptême. Honorât avait compris qu'en échange des biens caducs de ce monde, le Christ devait un jour lui en donner d'impérissables, et réalisant bientôt ces nobles pensées, « il coupe ses longs cheveux y il renonce à la magnificence des habits qui recouvrent le corps pour ne s'occuper que de la parure de son âme. La beauté de son cou, blanc comme le lait, s'efface sous un rude vêtement. Plus de folle joie sur son visage , mais une douce sérénité, la vigueur de ses membres passe dans son esprit. Le jeûne a rendu pale son visage , qui, auparavant , éblouissant de santé, l'est maintenant de gravité. En un mot, il est tout autre qu'il n était, et le père pleure absolument comme s'il avait perdu son fils. »
Honorât fut sans doute touché des larmes de son père, mais il fut docile à la voix de Dieu qui lui disait de quitter le siècle. Son frère aîné Venance, le suivit dans celte sainte entreprise, et tous deux , après avoir vendu leurs biens et en avoir distribué le prix aux pauvres, abandonnèrent leur pays en emmenant avec eux un saint vieillard appelé Cnprais, auquel ils se soumirent comme à leur guide , à leur maître , à leur père en Jésus-Christ. Leur intention était de se rendre en Orient. Lorsqu'ils passèrent à Marseille, Procule, évôque de cette ville, fit tous ses efforts pour les
attacher a son Eglise; ils étaient près de céder aux instances de 'ce prélat, mais leur première résolution l'emporta. Ils s embarquèrent pour la Grèce , mais une fois arrivés en ce pays, Honorât et Caprais eurent la douleur d'y voir mourir Venance à Méthone, aujourd'hui Modon. Cette mort inattendue leur fit reprendre le chemin de l'Occident, et bientôt tous deux abordèrent de nouveau en Provence.
Honorât y lia amitié avec saint Léonce, évôque de Fréjus, et pour ne point s'éloigner de cet homme de Dieu , il chercha dans le voisinage de celte ville un désert où il put parler à Dieu plutôt qu'aux hommes. « Le marin, dit M. le comte de Montalembert (Les moines d'Occident, t. I, p. 223 et suiv.), le soldat, le voyageur qui sort de la rade de Toulon , pour cingler vers l'Italie ou l'Orient, passe entre deux ou trois îlots rocailleux, arides, surmontés ça et là d'un grêle bouquet de pins. Il les regarde avec indifférence et s'éloigne, et cependant, il est un de ces Ilots qui a été pour l'âme, pour l'esprit, pour le progrès moral de l'humanité, un foyer plus fécond et plus pur que n'importe quelle île fameuse de l'Archipel hellénique. C'est Lérins, autrefois couverte d'une ville déjà ruinée du temps de Pline, et où l'on ne voyait plus, au commencement du Ve siècle, qu'une plage déserte et rendue inabordable par la quantité de serpents qui y pullulaient. • C'est ce lieu considéré comme maudit par les peuples d'alentour, que choisit Honorât. Les peintures qu'on lui en fit ne l'effrayèrent point. Il entra intrépide dans ce désert; son assurance dissipa la crainle de quelques personnes qui s'étaient placées sous sa conduite; l'horreur de la solitude disparut, et les serpents se retirenten foule. « Etdepuis, dit saint Hilaire, a-t-on otïdirequ'un seul de ces reptiles ait jamais causé non-seulement de péril, mais de frayeur à personne? » Bientôt ce désert se peupla de pieux cénobites. Jusqu'alors Honorât avait évité la dignité sacerdotale, mais son saint ami Léonce l'obligea enfin de la recevoir. Son mérite éleva tellement le sacerdoce, qu'il parut égal à l'épiscopat. « Jamais, dit saint Hilaire, jamais évéque n'a assez présumé de soi-même pour oser se considérer comme le collègue de ce prêtre. » Mais Honorât conserva dans le sacerdoce l'humilité du moine , aussi pleinement que moine il possédait les mérites du sacerdoce. Par ses soins s'élevèrent un temple suffisant pour toutes les cérémonies de l'Église, des bâtiments capables de loger ses nombreux disciples. Renouvelant les miracles de l'Ancien Testament, il fit couler, pour l'usage de sa communauté,
des eaux douces d'une roche où il n'y en avait point eu jusqu'alors.
« L'Ile change de face, dit encore M. de Montalembert, le désert devient un paradis. Une campagne bordée de profonds ombrages, arrosée d'eaux bienfaisantes, riche de verdure, émaillée de fleurs, embaumée de leur parfum, y révèle la présence féconde d'une race nouvelle. Honorât, dont le beau visige rayonnait d'une douce et attrayante majesté, y ouvre les bras de son amour aux fils de tous les pays qui voulaient aimer le Christ, il lui arrive en foule des disciples de toutes les nations. L'Occident n'a plus rien à envier à l'Orient, et bientôt celle retraite , destinée dans la pensée de son fondateur à renouveler sur les côtes de la Provence, les austérités de la Thébaïde, devient une école célèbre de théologie et de philosophie chrétienne, une citadelle inaccessible aux flots de l'invasion barbare, un asile pour les lettres et pour les sciences qui fuyaient l'Italie envahie par les Golhs, enfin, une pépinière d'évéques et de saints qui répandirent sur toute la Gaule la science de l'Évangile et la gloire de Lérins. Il n'y a rien peut-être de plus touchant que le tableau tracé par un des plus illustres fils de Lérins, de la tendresse paternelle d'Honorat pour la nombreuse famille de moines qu'il avait réunie autour de lui. »
Honorât en effet, dit en résumé saint Hilaire, savait adoucir les cœurs les plus barbares : entre ses mains, les bêtes féroces devenaient de douces colombes. Il faisait si fort goûter la saveur du bien à ceux qu'il convertissait, qu'ils ne pouvaient pas ne pas détester de plus en plus le mal qu'ils avaient fait : il les mettait dan3 une telle lumière, qu'ils considéraient leur passé comme un ténébreux cachot d'où ils étaient heureux d'être sortis. Il avait des paroles pour guérir toutes les maladies de l'âme : les esprits amers, âpres, colères, étaient rendus à la paix, à la liberté du Christ. Qui ne se fût laissé fléchir par celte parole vive et pressante? Quelles pierres ne se fussent changées en fils d'Abraham? Lorsqu'il ne pouvait rien obtenir par ses exhortations, il avait recours à Dieu. Sa charité se transformait en autant de manières qu'il avait de disciples : il souffrait tout ce qu'ils souffraient; leurs biens et leurs maux étaient les siens, sachant se réjouir avec ceux qui se réjouissaient, pleurer avec ceux qui pleuraient : il faisait servir à l'accroissement de sa charité et de ses mérites les vices et les vertus de tous. Sa prudence se diversifiait selon les besoins différents de ses frères*
AUCHIDIOCÈSE D'ARLES.
Il parlait aux uns en secret, aux autres en public; il abordait celui-ci avec sévérité, celui-là avec douceur; autant la répression des délits était certaine, autant la forme de la répression variait selon les délinquants; conduite qui faisait naître dans tous les cœurs deux sentiments qui se rencontrent assez rarement ensemble, l'amour et la crainte. On ne saurait croire combien il prenait soin que la tristesse n'affligeât personne, que personne ne fût tourmenté par la pensée du monde. À voir comment il découvrait les peines de chacun, on eût dit qu'il portait tous les cœurs dans le sien. Aussi, cette assemblée d'hommes venus de tous les points de l'univers sur le bruit de son nom, quoique si différente pour les mœurs et le langage, était unanime en un sentiment, celui de la reconnaissance. Ils lui portaient un amour plus que filial. Tous l'appelaient leur maître, tous leur père : en lui, ils retrouvaient leur patrie, leurs proches, tout.
Il avait un grand soin des étrangers qui venaient en grand nombre lui demander l'hospitalité. Il leur prodiguait tous les secours, ne réservant que ce qui était nécessaire aux besoins de sa communauté pour le jour présent, sans songer au lendemain. Comme ses mains n'auraient pas suffi à sa munificence, il avait en beaucoup d'endroits des instruments de charité, des personnes sûres qui recevaient et donnaient en son nom. Lorsqu'on ne pouvait le voir ni lui parler, on voulait du moins lui ouvrir son cœur par écrit, et on recevait des réponses toutes empreintes dc,sentiments graves, aimables et doux. Saint Eucher, évôque de Lyon, l'un de ses premiers disciples, après avoir reçu une de ses lettres écrites sur des tablettes enduites de cire, selon l'usage de ce temps-là, lui répondit : « Vous avez rendu son miel à la cire, » pour marquer quelle était la douceur de son style et le plaisir que la lecture de son aimable lettre lui avait fait éprouver.
L'abbé de Lérins donna de plus par écrit à ses solitaires, une règle excellente qui s'est perdue dans la suite des temps, depuis qu'on lui eût substitué celle de saint Benoît. C'est là que saint Césaire puisa tous les articles de la psalmodie dont il a enrichi sa règle aux religieuses. Grâce à ses exemples et à ses instructions, ce monastère fut, durant plusieurs siècles, comme une pépinière dévêques pour la Provence et pour plusieurs autres provinces de la Gaule et de l'Italie : on en vit sortir, pour ne point nommer les autres, saint Maxime de Riez, saint
LA FKANCE P0NT1FJCALE.
Hilaire d'Arles, saint Loup de Troyes, saint Jacques de Tarentaisc, saint Valérien de Cimiez, saint Véran de Cavaillon , saint Eueher de Lyon qui a fait un éloge de celte Ile bienheureuse et de ceux qui l'habitaient.
Quoique le dessein d'Honorat en se retirant à Lérins eût été de s'isoler du monde, de s'ensevelir dans la solitude. Dieu se servit des hôles qui venaient en si grand nombre profiler de ses leçons, comme d'autant de hérauts pour publier partout les vertus de son serviteur. Plusieurs Églises souhaitaient d'avoir un si grand saint pour pasteur. Ce bonheur était réservé à celle d'Arles, après la mort de Patrocle, en 426. Par un effet visible de la Providence, cette Église jeta les yeux sur Honorât et le choisit pour évôque, sans l'avoir jamais vu, et malgré toutes sortes de contestations et de brigues qui s'étaient formées pour d'autres. Il essaya de résister, comme il l'avait fait autrefois quand Léonce de Fréjus l'avait élevé à la prêtrise , mais il ne réussit pas mieux. Obéissant à la voix de Dieu x il laissa Maxime en sa place pour gouverner le monastère de Lérins qu'il dirigeait depuis près de 35 ans, selon les uns, ou seulement depuis seize ans, selon les autres, et s'en alla où Dieu l'appelait, accompagné de saint Hilaire, son autre disciple. Celui-ci, devenu plus tard le successeur immédiat de son père spirituel , et faisant son panégyrique dans l'Église d'Arles, en appelait aux souvenirs de ses auditeurs sur l'épiscopat d'Honorat, et disait : « Vous avez vu, mes très-chers, cette sollicitude vigilante, ce zèle de la discipline, ces larmes de la piété, cette sérénité perpétuelle de l'àme, dont le visage était l'invariable témoignage. Si l'on voulait représenter la charité sous une figure humaine, il faudrait faire le portrait d'Honorat. Aussi, qui jamais put se rassasier de le voir, cet aimable visage où la douceur tempérait si bien la sévérité?.... Chaque jour, il paraissait avoir atteint le sommet de la perfection, et le lendemain, on s'apercevait qu'il était monté plus haut Son premier soin fut d'apaiser la discorde qui avait précédé son élection , et de réunir tous les cœurs par les liens d'une sainte fraternité. Il cherchait à faire naître dans ses enfants, l'affection plutôt que la crainte; il gagnait au devoir plus qu'il n'y obligeait. Bientôt l'Église d'Arles fut aussi florissante que le monaslôre de Lérins : elle crut en grâces spirituelles à mesure qu'elle décrut en biens temporels; la discipline, entrant dans celte maison du Seigneur, en bannit l'argent de l'iniquité amassé par Patrocle, qui avait vendu les sacre-
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menls; la justice et la piété firent de dignes emplois de ces richesses jusque-là improductives pour le ciel. Ce saint évôque envoya ainsi aux défunts leurs trésors : ceux qui les avaient donnés à l'Église en reçurent dans l'autre monde tout le soulagement qu'ils en attendaient. Il ne réserva que ce qui était nécessaire pour la subsistance des ministres des autels. Pour lui, il élait non seulement détaché des richesses, des honneurs, mais de son sang, si je puis parler ainsi. Plusieurs de ses parents étant venus le voir à Arles, lorsqu'ils surent qu'il était évôque, il les reçut avec bonté, mais comme des étrangers, Taisant profession de ne reconnaître personne selon la chair, et il ne voulut en rien relâcher les règles ecclésiastiques en leur considération. »
Le zèle d'Honorat pour le maintien de la discipline, égalait sa charité, et l'on peut croire que c'est lui qui porta ses plaintes au pape Célestin I«p sur plusieurs abus qui s'étaient glissés dans les Églises de la Narbonnaise. Ce saint ponlife avait succédé, le 10 septembre 423, à saint Bpniface. Il écrivit à ce sujet, le 25 juillet 428, une belle lettre aux évôques des provinces de Vienne et de Narbonne. Il leur dit d'abord qu'il souhaiterait pouvoir les féliciter sur l'exacte discipline de leurs Églises, mais qu'il ne peut dissimuler les désordres qui y régnent, parce qu'il doit étendre sa sollicitude partout où le nom du Seigneur est annoncé. En conséquence , il dresse contre les abus qui étaient venus à sa connaissance, de sages règlements en huit articles; mais saint Honorât ne put longtemps donner ses soins à leur observation dans sa province. Son épiscopat fut assez court. Saint Honorât ne mourut point d'une maladie violente et subite, mais épuisé par ses trop grandes austérités. Tant qu'il put se tenir debout, il continua ses travaux et s'acquitta des devoirs de sa charge; mais les eiïorts qu'il fit pour prêcher encore dans son Église , le jour de l'Épiphanie , 6 janvier 429 , achevèrent de le consumer. Cette âme sans tache conserva jusqu'à la fin une vigueur incroyable pendant que son corps se dissolvait. Dieu lui ayant conservé l'usage de la parole , bien qu'une sorte de paralysie contractât tous ses membres, il ne cessa d'exhorter et de consoler ceux qui le visitaient, mais plus il essuyait de larmes autour de lui, plus elles coulaient.
Le préfet des Gaules, les magistrats et les premiers de la ville étant venus le visiter, il leur adressa des exhortations toutes brûlantes, sous le froid de la mort qui l'enveloppait déjà, et son état lui fournit pour son discours l'exorde le plus palhé-
tique : « Vous voyez, leur dit-il, combien notre demeure corporelle est fragile. A quelque rang que nous soyons montés, la mort nous en fait bientôt descendre. Rien ne peut nous soustraire à cette nécessité, ni les honneurs, ni les richesses; elle est commune aux justes et aux méchants, aux grands et aux petits. Nous devons de grandes actions de grâces au Christ, qui , par sa propre mort et par sa résurrection , a animé notre mort de l'espérance de la résurrection, nous offrant une vie éternelle et nous délivrant de la crainte d'une mort éternelle. Vivez donc de manière à ne pas craindre la dernière heure, ce que nous appelons la mort : attendez-la comme un passage. La mort n'est point une peine quand elle ne conduit pas aux supplices. Sans doute, c'est une dure chose que la séparation de î'àme et du corps, mais une chose bien plus dure , ce sera la réunion de l'âme et du corps... Si l'esprit, n'oubliant pas sa noblesse, sait déclarer au corps une guerre salutaire, le corps, loin de souiller l'esprit, sera purifié par l'esprit, et ces deux substances formeront dans le ciel une heureuse société. Là, les saints seront exaltés dans la gloire et se réjouiront dans leurs demeures, c'est-à-dire, dans leurs corps, demeures des âmes. Suivez ces conseils, mes chers enfants, c'est l'héritage que vous laisse votre père et votre évôque Honorât. Il vous invite par ses derniers soupirs au royaume céleste. Ne vous laissez point séduire par l'amour du monde, il est bon de se détacher volontairement de ce que la nécessité nous contraindra un jour de quitter. Que nul de vous ne soit esclave de l'argent et ne se laisse corrompre parles richesses: c'est un crime et une folie de faire le sujet de notre perte , de ce qui peut être le prix de notre salut. »
Pendant qu'il parlait ainsi, son visage, ses yeux, tous ses sens dirigés vers le ciel en disaient encore davantage. A mesure que ses membres lui refusaient leur ministère, le ciel inondait son àme de nouvelles grâces. Il parcourait par la pensée ses amis rangés autour de sa couche funèbre et les saluait les uns après les autres. Il dit à l'oreille de saint Hilaire, son plus cher disciple, qu'il désigna du doigt pour son successeur : « Excusezmoi , je ne peux pas dire tout ce que je voudrais. » Il continua ainsi de consoler, d'édifier les siens, avec une douce sérénité, souriant, badinant même, jusqu'à ce qu'enfin il s'endormit dans le Seigneur le huitième jour après l'Épiphanîe, c'est-à-dire le 14 ou le 15 janvier 429.
ARCHIDIOCÈSE D'ARLES.
Ses saintes dépouilles furent portées en grande pompe, dans le cimetière des Aly? camps, auprès des restes de saint Trophime, dans la chapelle qui, dans la suite des temps, prit le nom de Notre-Dame de Grâce. Il y eut à son convoi un concours extraordinaire de clergé et de peuple, partout sur son passage, on brûlait de l'encens et des parfums. Où avait revélu le corps de ses habits pontificaux, selon la coutume, mais la piété des fidèles les mit en pièces , chacun s'efforçant d'en arracher quelques lambeaux pour les garder comme de précieuses reliques. Les restes mortels de saint Honorât reposèrent dans la crypte de Notre-Dame de Grâce jusqu'en 1391. A cette époque, le prieur des Cassianites qui desservaient cette église, les fit transporter secrètement au monastère de Garagobie, puis dans l'île de Lérins, qui, depuis ce temps, semble n'avoir plus porté d'autre nom que celui de Saint- Honorât. Cotte translation se Ût le 20 janvier 1392, et l'on en faisait mémoire en ce jour, mais la principale fôte se célébrait le 15 mai, jour auquel on solennisait tous les saints de l'Ile de Lérins à la fois. Le Martyrologe romain indique au 16 janvier la fête de saint Honorât, et c'est en ce jour qu'elle est aujourd'hui célébrée dans l'archidiocè^e d'Aix, d'Arles et d'Embrun, sous le rit double. Quant à la chapelle de Notre-Dame de Grâce, où ces saintes reliques avaient été primitivement déposées , elle fut donnée, en 1616, aux Pères Minimes de saint François de Paule, et ils firent bâtir tout auprès une belle et grande église qui portait le nom de saint Honorât, afin de renouveler la mémoire de l'illustre prélat au lieu de sa première sépulture. Cette église existe encore.
La vie de saint Honorât a surtout été écrite par saint Hilaire , son disciple et son successeur sur le siège d'Arles, sous le titre de Sermo de vitâ sancti Honoratû On la trouve au tome IV, page 1248 de la Patrologie latine de M. l'abbé Migne et dans les Bollandistes, au 46 janvier. C'est à saint Honorât que le célèbre Cassien , premier abbé de Saint-Victor de Marseille , avait dédié sept de ses conférences. C'est aussi à ce saint évôque que la Tarentaise dut son premier apôtre et son premier évôque , saint Jacques, qu'il avait initié aux fonctions pastorales.