SAINT HILAIRE
La désignation que le saint évêque Honorât avait faite d'Hilaire pour son successeur réunit en sa faveur tous les suffrages, car on espéra voir revivre l'esprit du prélat défunt dans celui qui avait été son disciple et sa conquête. Hilaire a lui-même écrit sa vie sans y penser, en écrivant celle de son prédécesseur. Il nous y apprend que cet illustre saint sortait quelquefois de sa solitude de Lérins pour gagner des âmes à Dieu. Un jour, étant venu dans le pays d'Hilaire qui était aussi le sien, la Bourgogne ou la Lorraine, et peut-être aussi la ville de Toul, et le vojant déjà fort enthousiaste des vanités du siècle, Honorât entreprit de l'en détacher, lui exposant d'un côté, le vide et l'illusion des choses du monde, les périls de cette vie et la difficulté de s'y sauver; de l'autre, l'excellence de la vie religieuse et les avantages que l'on y trouve pour faire plus sûrement son salut. Mais comme il vit que tous ses discours, quoique fort pressants, ne faisaient aucune impression sur son cœur, et que le jeune homme protestait toujours et même par serment, qu'il ne quitterait jamais la vie séculière pour s'enfermer dans un cloître, Honorât lui dit par un esprit prophétique, « Dieu m'accordera avec le temps ce que vous me refusez aujourd'hui. » En effet, après que le saint abbé de Lérins eut prié pour la conversion d'Hilaire, le cœur de ce dernier changea tout à coup, et autant il avait aimé avec passion les vanités du monde, autant il les prit en dégoût, de sorte que, rompant enfin toutes les chaînes qui le tenaient attaché au siècle, il s'enfuit en la solitude de Lérins pour y travailler à sa perfection, sous la sage conduite d'un si saint abbé. C'est ainsi qu'Hilaire fut engendré à Jé us-Christ par Honorât qui devint son père selon la foi, et non pas son père selon la nature, comme l'a entendu M. Barthélemi Hauréau, dans l'article qu'il a consacré à saint Hilaire, tome XXIV, page 663, Biographie générale publiée par MM. Didot.
Hilaire ne se fit pas religieux à demi, car il se rendit si accompli dans toutes les vertus, que saint Honorât le proposait pour exemple aux autres moines. Lorsque l'abbé de Lérins fut appelé à monter sur le siège d'Arles, il voulut l'avoir auprès de lui pour user de ses conseils et se décharger sur lui d'une partie
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de son fardeau; mais l'amour de la solitude arracha bientôt Hilaire à ce qu'il avait de plus cher au monde , et lui fit abandonner Arles pour retourner à Lérins, sous la conduite de saint Maxime qui avait succédé à Honorât dans le gouvernement de ce monastère. Il s'y rendit avec plus d'ardeur qu'il n'y était allé la première fois, lorsqu'il s'était fait religieux, ainsi que saint Eucher, évôque de Lyon , le remarque expressément dans une de ses lettres à saint Honorât.
Le saint évôque d'Arles sentant chaque jour ses forces diminuer, rappela auprès de lui son cher et pieux disciple, afin qu'il l'assistât à la mort et qu'il lui rendit les derniers devoirs de la sépulture. Il crut en mourant ne pouvoir rien faire de plus utile pour son Église, que de le désigner son successeur. Hilaire était accouru à Arles avec l'amour et la tendresse que Ton voit dans l'oraison funèbre qu'il fit de son saint maître et ami. Aussitôt après les obsèques, Hilaire craignant d'être élu, partit pour sa chère solitude, mais Cassius, général des armées impériales en résidence à Arles, envoya sur ses traces un détachement de soldais qui l'arrêta dans sa fuite, et le ramena prisonnier à Arles. 11 se vit bientôt entouré du peuple et du clergé, chacun l'exhortait à se rendre aux vœux de la foule : tout ce qu'il put faire, ce fut de protester qu'il n'accepterait la dignité épiscopale que si Dieu lui manifestait sa volonté par quelque signe. « A l'heure même, disent les Bollandistes, une colombe, symbole de l'Esprit-Saint, parut blanche comme la neige, et vint se poser sur la tête d'Hilaire au milieu de cette nombreuse assemblée , et on ne put la faire partir avant que le saint n'eût acquiescé à son élection. »
Hilaire se rendit enfin à des signes si marqués, et fut ordonné évêque d'Arles en février 429 , âgé seulement de 29 ans. Mais on retrouva dans sa jeunesse toutes les vertus qui avaient orné la vieillesse de saint Honorât, et sa jeunesse même ne servit qu'à les faire paraître plus aimables et qu'à les rendre plus éclatantes. Il ne faut pas s'imaginer que ce saint religieux relâchât rien des rigueurs du cloître, une fois élevé à 1 épiscopat. Il pratiqua toujours les mêmes austérités , et sut très- bien ailier la vie monastique à la prélature. Sa nourriture, ses vêtements et son coucher furent les mêmes qu'auparavant, et pour être > devenu métropolitain et primat, il n'en fut ni moins religieux, ni moins mortifié. Les revenus de son Église ne le rendirent pas
plus riche, car il les distribua avec tant de libéralité, qu'il se vit bientôt réduit à se servir de calices et de patènes en verre. Sa charité pour ses pauvres alla môme jusqu'à travailler de ses propres mains, pour avoir de quoi leur donner, quoiqu'il fût d'une naissance illustre et que les fonctions de sa charge semblassent l'en exempter.
Dans les commencements de son épiscopal, saint Hilaire prit part aux disputes qui s'élevèrent alors sur la grâce dans cette partie des Gaules. Le clergé et les moines de Saint-Victor de Marseille , qui cultivaient à la fois les sciences et la vertu , applaudissaient aux victoires remportées par saint Augustin sur le pélagianisme , mais ils n'approuvaient point la manière dont il défendait une bonne cause. La piété et l'humilité dont ils faisaient profession, leur inspirèrent d'abord de la retenue; ils se contentèrent quelque temps de publier qu'ils ne comprenaient pas assez ses ouvrages ; mais bientôt ils ne craignirent pas d'avancer « que tout ce qu'il enseignait dans ses écrits contre les Pélagiens touchant la vocation des élus selon le propos de Dieu, était contraire à l'opinion des Pères et au sentiment de l'Église. » Ils ne s'en tinrent pas là; ils donnèrent dans les erreurs opposées à celles qu'ils croyaient voir dans saint Augustin, et qu'ils se faisaient un mérite de combattre. Deux laïques , Prosper et un autre Hilaire de Syracuse, prirent hautement la défense de l'évêque d'Hippone, mais la résistance qu'ils opposèrent à ses adversaires rendit encore plus vives les disputes qui, par là, passèrent bientôt des rangs du clergé dans ceux du peuple. Les femmes même s'en mêlèrent.
Telle était à Marseille et dans les villes voisines la disposition des esprits au sujet de la doctrine de saint Augustin, lorsque son livre de la correction et de la grâce , y ayant été apporté, ne servit qu'à augmenter le trouble. Alors, Hilaire et Prosper ne pouvant résister seuls à l'autorité de tant de personnes distinguées par leur vertu et leur mérite, demandèrent du secours à saint Augustin lui-même. Ils écrivirent pour savoir de luimême ce qu'il convenait de répondre aux difficultés qu'on élevait contre sa doctrine, et on lit à la fin de la lettre de saint Prosper : « Nous espérons que par le secours de vos éclaircissements, les hommes illustres à qui les ténèbres de ces opinions obscurcissent l'esprit, recevront la pure lumière de la grâce. Car il est bon que vous sachiez que saint Hilaire, évêque d'Arles,
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qui a la principale autorité parmi eux et qui est un prélat fort versé dans les sciences divines, est du nombre de ces gens-là. Il admire et suit en tout le reste votre doctrine, mais sur le sujet dont il se plaint , il désire depuis longtemps de conférer avec vous par lettres. »
Quoique saint Hilaire n'approuvât pas le sentiment de saint Augustin, sur la prédestination, on ne peut sans témérité lui faire l'injure de croire qu'il ait été partisan des erreurs semipélagiennes, comme quelques auteurs Font prétendu. Honorât, évôque de Marseille, son biographe, rapporte que ce saint prélat étant au lit de la mort et exhortant son clergé à combattre les ennemis du salut, prononça ces paroles bien capables de justifier sa foi sur la question controversée : « Mes chers enfants, on ne peut manquer d'avoir des luttes à soutenir, quand on veut parvenir à la béatitude avec le secours de la grâce prévenante et par un travail qui suit la grâce. >
En 430 , saint Germain , évéque d'Auxerre , de retour de la mission que les évôques des Gaules lui avaient confiée, conjointement avec saint Loup, évôque de Troyes, contre les pélagiens de la Grande-Bretagne, vint à Arles pour demander à Auxiliaris, préfet des Gaules, de dégrever ses diocésains de quelques impôts onéreux. Saint Hilaire et le préfet lui-môme allèrent au devant de l'illustre prélat, et après avoir conversé quelque temps avec lui, ils avouèrent que son mérite était encore plus grand que sa réputation. Germain guérit d'une fièvre quarte la femme d'Auxiliaris , et après cette grâce, il obtint sans peine celle qu'il était venu de si loin demander pour son peuple.
Saint Caprais, le maître de saint Honorât dans la vie spirituelle, vivait encore à Lérins dans une grande vieillesse et dans une plus grande réputation de vertu. Dieu l'appela à la couronne en mai 434. Sur le bruit de sa maladie, saint Hilaire se rendit promptement à Lérins pour assister le saint vieillard à son lit de mort. L'évôque d'Arles avait en effet pour lui une si grande vénération, qu'il se prosterna à ses pieds en lui demandant sa bénédiction. Fauste, depuis évôque de Riez, était alors abbé de Lérins , et ce fut à cette occasion qu'Hilaire , pour témoigner l'estime qu'il avait de son mérite, le fit asseoir entre lui et Maxime, évôque de Riez. L'année précédente, ainsi que le constate une Histoire de la province ecclésiastique d'Arles, due à dom Polycarpe de la Rivière , et conservée manuscrite
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dans la bibliothèque de Carpentras, saint Hilaire avait assisté à Avignon à la consécration de l'église de Saint-Paul de cette dernière ville, ruinée par les Vandales, et que l'évêque Debo avait fait restaurer.
A son retour de Lérins, Hilaire eut la douleur de voir sa ville épiscopale menacée de nouveau de la vengeance des Visigolhs. Théodoric, leur roi, tâcha, mais inutilement, de surprendre Arles, et alla mettre le siège devant Narbonne. Littorius, général des troupes romaines le contraignit de se retirer, et remporta sur lui quelques avantages, mais il échoua sous les murs de Toulouse, et la défaite des troupes romaines facilita la conclusion de la paix qui fut signée en 4-39 par les négociations d'Avile, alors préfet des Gaules. L'Église en goûta les premiers fruits, et les évêques de la Provence en profitèrent pour tenir le 29 novembre de cette année, à Riez, un concile où Ton s'occupa de l'ordination d'Armentaire au siège d'Embrun, sacs rautoritô du métropolitain et sans avoir demandé le consentement des évéques com provinciaux. Saint Hilaire le convoqua et le présida. On y dressa huit canons.
Hilaire , qui n'avait cessé de donner ses soins à remédier aux désordres que les Barbares avaient commis, tira Juste du monastère de Lérins pour le sacrer évéque d'Orange. Ce prélat dut faire construire une église dans sa ville épiscopale pour pouvoir y célébrer le saint sacrifice, et Hilaire se rendit à Orange pour en faire la dédicace. Il fut assisté dans cette cérémonie par saint Eucher, évôque de Lyon; par Ingénu d'Embrun et par treize évêques suffragants. Après la consécration de l'église , ils ouvrirent, le 5 novembre 441 , le premier concile d'Orange. Celte assemblée blâma les évêques qui avaient violé le canon du concile de Riez au sujet de la tenue des conciles une fois l'année, en refusant de s'y rendre. Elle ordonna que chaque concile indiquerait le jour et la tenue du concile suivant, et l'on y fit trente canons importants pour régler la discipline ecclésiastique. Les Pères du concile indiquèrent leur prochaine réunion au 13 octobre 442, à Lucien au territoire d'Orange; mais ce concile paraît avoir été transféré à Vaison, car il s'en tint un dans celte ville chez l'évéque Auspice le 13 novembre de cette année, sous la présidence de saint Hilaire, et l'on y dressa dix canons.
Saint Germain d'Auxerre s'étant rendu à Arles pour solliciter quelques nouvelles grâces , lia une étroite amitié avec saint Hilaire, et ils entreprirent ensemble quelques excursions apos-
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toliques. Ces deux prélats étant arrivés à Besançon, la noblesse et le peuple vinrent leur présenter une requête, dans laquelle ils accusaient Célidoine, leur évéque, d'avoir été marié a une veuve , et d'avoir, comme magistrat laïque , rendu des arrêls de mort. Hilaire, usant de son droit primatial, ordonna qu'on assignât des témoins de ces faits, et fit assembler les évêques des provinces voisines pour examiner cette affaire. Après une enquête sérieuse et qu'on crut juridique, on déclara l'ordination de Célidoine irrégulière , et on le déposa de l'épiscopat. Célidoine en appela au Saint-Siège et se rendit à Rome pour y défendre son innocence. A cette nouvelle, le saint évéque d'Arles prend son bâton de voyage, et malgré les rigueurs de l'hiver, part nu-pieds, comme il faisait toujours, pour la Ville éternelle. Après avoir visité les tombeaux des bienheureux apôtres, il alla présenter ses respects au pape saint Léon. Il le pria humblement de ne rien changer dans le gouvernement des Églises, et se plaignit qu'on recevait à Rome à la participation des saints mystères, des personnes justement condamnées dans les Gaules par une sentence publique. Il ajouta qu'au reste , il n'était venu que pour lui rendre ses hommages et non pour plaider, qu'il lui rendait seulement compte de ce qui s'était passé , et que s'il en ordonnait autrement , il ne l'importunerait pas davantage.
Saint Léon prit pour de la hauteur ce qui n'était que fermeté dans ce discours d'Hilaire , et jugea qu'il y avait encore plus d'opiniâtreté dans sa conduite. Il examina juridiquement avec quelques évéques d'Italie la cause de Célidoine , en présence des parties. Cet évéque produisit des témoins qui justifièrent qu'il n'avait point épousé de femme veuve , mais l'on se montra peu satisfait de la défense d'Hilaire. Le Pape cassa la sentence portée contre Célidoine et le rétablit dans son siège, avouant néanmoins que la sentence aurait été maintenue, si l'accusation avait été fondée sur la vérité. Cet aveu prouve au moins que l'autorité n'avait point fait défaut au jugement prononcé par saint Hilaire, et que Célidoine était soumis à sa juridiction. Hilaire n'acquiesça point au jugement rendu par saint Léon et par les évéques italiens. « Il ne céda , dit Honorât de Marseille , ni aux menaces, ni à la puissance, et il refusa constamment sa communion a celui qu'il avait condamné avec tant de grands hommes. C'est pourquoi , malgré la rigueur de la saison , il crut devoir quitter ceux que ses raisons n'avaient pu convaincre. »
Le départ précipité d'Hilaire acheva d'irriter contre lui saint
Léon qui, peu de temps après, reçut de nouvelles plaintes à son 9ujet. L'évêque Projectus, dont on ne connaît pas le siège, écrivit au Pape pour se plaindre de ce que , pendant qu'il était malade, Hilaire était accouru dans sa ville et avait ordonné un autre évôque à sa place. Le clergé et le peuple de cette ville firent les mêmes plaintes à saint Léon qui cassa cette ordination et maintint Projectus sur son siège. Ce saint Pape écrivit aussitôt contre Hilaire une lettre fort vive aux évêques de la province de Vienne, ce qui nous ferait assez croire que l'évêque Projectus appartenait à une Église de cette métropole. Il la commence par établir l'autorité du Saint-Siège sur les prérogatives accordées à saint Pierre : « Jésus-Christ , dit-il , a tellement institué l'économie de sa religion pour éclairer par la grâce de Dieu tous les peuples et toutes les nations , qu'il a voulu que la vérité annoncée par les prophètes le fût par les Apôtres , pour le salut de tous. Mais en voulant que ce ministère appartint à tous les Apôtres, il Ta placé principalement dans saint Pierre , chef de tous les Apôtres , et a voulu que ce fut de lui comme du chef que ses dons se répandissent sur tout le corps ; en sorte que quiconque s'écarte de la solidité de Pierre, doit savoir qu'il n'a plus de part à ce divin mystère. »
Ensuite saint Léon , après avoir parlé de ceux qui, s'éloignant de l'ancienne tradition , s'efforcent de porter atteinte à la puissance du Saint-Siège, dit aux évêques : « Que votre fraternité reconnaisse donc avec nous, que les évêques de votre province ont consulté le Siège apostolique par une infinité de relations, et que les diverses causes lui ayant été portées par appel , selon l'ancienne coutume , il a confirmé ou cassé les jugements qui avaient été rendus. Mais Hilaire, voulant troubler par ses prétentions l'état des Églises et la paix de l'épiscopat , s'est écarté de cette route que nos ancêtres ont toujours tenue et qu'ils ont si sagement ordonné de tenir. Il prétend vous soumettre à sa puissance et se soustraire à celle de saint Pierre , s'arrogeant le droit de faire les ordinations dans toutes les Églises des Gaules, au préjudice des métropolitains , et blessant par des paroles pleines de hauteur le respect dû à saint Pierre. » Le reste de la lettre contient six articles.
1° Saint Léon déclare qu'il a absous Célidoine sur la déposition des témoins, à qui Hilaire présent n'a su que répondre devant plusieurs évêques assemblés. Il assure qu'il aurait confirmé la sentence portée contre Célidoine, s'il n'avait pas montré la
fausseté des accusations faites contre lui; sur quoi, il marque qu'on ne doit pas môme admettre aux moindres ordres du clergé ceux qui ont épousé des veuves , ce qui est encore contraire au concile d'Orange, lequel permet d'élever des bigames au sousdiaconat.
2° Il fait savoir aux évôques qu'il a maintenu Projectus sur son siège, et il blâme Hilaire d'avoir donné à un évôque malade le chagrin de lui nommer un successeur de son vivant , et de l'avoir fait dans une autre province où il n'avait aucun droit; le Saint-Siège ayant révoqué le privilège qu'il avait pour un temps, accordé à Patrocle, et enfin, d'avoir fait cette ordination sans avoir pris les suffrages du clergé et du peuple.
3° Il règle la manière dont on doit faire les élections. « Nous avons appris, dit-il, qu'un évôque se faif accompagner d'une troupe de soldats pour se rendre maître des Églises vacantes par le décès de leurs titulaires. » Le Pape désigne ici Hilaire qui , dans ces temps d'hostilités , pouvait se faire escorter dans ses voyages par quelques gens de guerre. « Je vous en prie, mes frères, continue-t-il , je vous en conjure au nom de Dieu; empêchez ces désordres, retranchez de vos provinces la cause des dissensions. Pour nous , nous avons déchargé notre conscience devant Dieu , en chargeant la vôtre de remédier à ces abus. » Traçant ensuite les règles qu'on doit observer dans les élections des évéques, « il faut, dit-il, avoir le témoignage des principaux citoyens, signé des clercs, avec le consentement du clergé et du peuple, afin que celui qui doit commander à tous, soit élu par tous. » Il rend aux métropolitains le droit de faire les ordinations avec les plus anciens évôques de la province. Si le métropolitain veut céder son droit à un autre évôque , ce droit sera dévolu au plus ancien dans l'épiscopat. Enfin, il déclare irrégulières les ordinations qui n'auront pas été faites le samedi au soir, ou le dimanche , selon l'ancienne coutume.
4° « Nous enlevons à Hilaire le droit de métropolitain et la juridiction qu'il prétend sur la province de Vienne. Nous lui défendons d'indiquer des conciles, de faire des ordinations et môme d'y assister. Il ne mérite pas la communion du Saint- Siège, puisqu'il a décliné son jugement par une fuite honteuse. »
5° Saint Léon recommande aux évôques de ne point excommunier légèrement. « Nous avons appris, dit-il, que des personnes ont été excommuniées pour des fautes légères, pour quelques paroles, par exemple, et qu'une àme pour qui Jésus-Christ
a versé son sang, blessée ainsi par une peine si atroce, est demeurée en quelque sorte sans armes , exposée aux attaques du démon, et dépouillée de tout ce qui pouvait l'en mettre à couvert. » On voit ici, quels sont, selon saint Léon, les funestes effets d'une excommunication môme lancée pour des causes légères, et il paraît que ce saint Pape désignait encore ici Hilaire.
6° Enfin , saint Léon, sans porter atteinte aux prérogatives des métropolitains, propose aux évôques d'accorder comme un droit de primatie, surtout pour la convocation des conciles, à Léonce, le plus ancien d'entre eux dans l'épiscopat, et qui peut-être était Févêque de Préjus. Cette discipline était en usage dans plusieurs provinces de l'Afrique, mais elle ne fut pas reçue dans les Gaules. Aussi saint Léon ne prétendait l'établir que du consentement des évôques. « Nous souhaitons, leur dit-il, si vous le jugez à propos , d'accorder le droit à notre frère et coévéque Léonce, que vous ne puissiez pas indiquer le concile d'une autre province sans son consentement, et que vous lui rendiez l'honneur dû à son ancienneté et à sa vertu , sauf les droits et la dignité du métropolitain. •
Saint Léon n'espérant pas qu'Hilaire se soumît à sa décision et se désistât de ses droits, eut recours à l'autorité de l'empereur Valentinien III, et il n'envoya sa décrétale dans les Gaules qu'avec une constitution de ce prince adressée à Aétius. C'est un des monuments les plus glorieux au Saint-Siège, quoique la discipline actuelle n'y soit point conforme en tout. L'empereur y dit d'abord que la primauté du Siège apostolique étant fondée sur le mérite de saint Pierre, le chef de l'épiscopat, sur la dignité de la ville de Rome et sur la décision du concile, il défend de rien entreprendre sans l'autorité de ce siège ; que pour conserver la paix des Églises , il est nécessaire qu'elles reconnaissent toutes un chef; que cela s'était toujours inviolablement observé jusqu'alors ; mais qu'il a appris par la relation du pape Léon , qu'Hilaire d'Arles voulait y donner atteinte en s'arrogeant le droit de faire, sans consulter l'évôque de Rome , des ordinations qu'il ne lui appartient pas de faire, en déposant des . évôques sans sujet et en faisant recevoir à main armée ceux qu'il a ordonnés sans qu'ils aient été élus.
Valentinien ajoute : a Pour tous ces attentats , le pape Léon a prononcé une sentence contre Hilaire , et cette sentence aurait été exécutée dans les Gaules, sans qu'il fût besoin de nos ordres. Car que ne peut pas dans les Églises , l'autorité d'un si grand
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Pontife? Nous avons cru cependant devoir rendre cette constitu tion, pour empêcher que dans la suite, Hiiaire, à qui la seule clémence du Pape laisse encore la qualité d'évêque, ou tout autre que lui , n'employât la violence des armes dans les affaires ecclésiastiques et ne se montrât réfractaire aux ordonnances du Pontife romain. Non-seulement, continue l'empereur, nous voulons obvier à ces attentats , mais afin même d'ôtcr la plus légère occasion de trouble dans l'Église, et qu'on ne porte aucune atteinte à la discipline de la religion , nous ordonnons, par cet édit irrévocable , que les évêques soit des Gaules , soit des autres provinces, ne puissent rien innover contre l'ancienne coutume sans l'autorité du Pape de Rome. Mais que tout ce que l'autorité du Siège apostolique a décrété ou décrétera, soit une loi pour eux tous , en sorte que si un évôque ayant été cité par l'évôque de Home , à comparaître à son tribunal , refuse de le faire, il y soit contraint par le gouverneur de la province. » L'empereur termine en ordonnant à tous les magistrats de tenir la main à l'exécution de cette loi, sous peine de dix livres d'or d'amende. Elle est datée du sixième consulat de Valentinien , c'est-à-dire, de 445.
L'amour et la vénération que tous ses diocésains portaient à Hiiaire rendaient fort difficile l'exécution de celte loi, mais saint Hiiaire n'avait pas attendu cet éclat , pour se mettre en devoir d'adoucir saint Léon. Aussitôt qu'il fut de retour à Arles, il s'appliqua à désarmer sa colère, par son humilité et par des mémoires qu'il composa pour sa justification, sans cesser cependant de soutenir ses droits. 11 lui envoya d'abord le prêtre Ravennius et ensuite, deux évêques, Nectaire de Digne et Constance d'Usez- Il les avait recommandés au préfet Auxiliaris, alors à Rome, et qui lui flt cette réponse : « J'ai reçu avec le respect convenable les saints évêques Nectaire et Constance qui venaient de votre part et je me suis souvent entretenu avec eux de votre fermeté, de votre constance et de votre mépris des choses humaines. J'ai aussi parlé au saint pape Léon. Vous frémissez un peu, je crois, en lisant ceci. Vous êtes attaché à ce que vous avez une fois résolu , toujours égal à vous-même , sans ressentiment , sans fiel, insensible même aux joies mondaines, toutefois je ne me ressouviens pas d'avoir jamais remarqué dans aucune de vos actions le moindre vestige de hauteur. Mais les hommes souffrent impatiemment que nous parlions comme nous pensons, et les oreilles des Romains ont, je ne sais , quelle délicatesse particu-
lièrc. Si vous vous y accommodiez un peu plus, vous ne perdriez rien et vous gagneriez beaucoup. Accordez-moi cette grâce, et dissipez les petits nuages par la sérénité que ramènera un léger changement. •
Saint Hilaire, il y a lieu de le croire, suivit les conseils de son ami , et n'omit sans doute rien pour regagner les bonnes grâces du pape saint Léon. Au reste, nous ne prétendons pas justifier ici les démarches de l'évôque d'Arles , ni la manière dont il les soutint quelque temps. On ne pourrait le tenter sans faire le procès à saint Léon, mais il nous suffira de remarquer que les novateurs voudraient en vain tirer avantage de cette résistance d'un saint évéque aux décrets du souverain Pontife , puisqu'il ne s'agissait nullement de la foi. Dieu permet quelquefois que les saints tombent dans ces sortes de fautes pour les humilier et pour les rendre ensuite plus circonspects et plus fervents. C'est le fruit que saint Hilaire tira de la sienne. Après sa disgrâce , il s'appliqua avec une nouvelle ardeur aux fonctions de son ministère, et redoubla ses austérités et ses travaux apostoliques. Mais les forces ne répondant pas à son courage, il y succomba quelques années après.
L'évêque d'Arles avait conservé dans ses hautes fonctions l'amour de la pauvreté qui lui avait fait tout quitter pour embrasser l'état monastique. Il faisait à pied tous ses voyages, portait le même habit dans les chaleurs de l'été et dans les rigueurs de l'hiver, et il marchait toujours nu-pieds. 11 se nourrissait du travail de ses mains, et se disait à lui-même et aux siens : Semons, puisqu'il faut manger; cultivons la vigne, puisqu'il faut recueillir du vin. Il était si avare de son temps qu'on le voyait souvent faire plusieurs choses à la fois. On mettait devant lui une table avec un livre ouvert, et pendant qu'il lisait, il travaillait des mains à faire des filets ou autres ouvrages semblables, et il dictait en môme temps à un secrétaire. Pendant ses repas, il se faisait toujours lire quelques ouvrages des Pères et en introduisit l'usage dans les villes. Dès le commencement de son épiscopat , il établit à Arles une communauté de moines ou de clercs réguliers. Ce saint prélat fit bâtir plusieurs églises , et employa à ces constructions le marbre qui ornait l'amphithéâtre antique. Il avait une tendresse particulière pour les pauvres, et surtout pour les prisonniers qui étaient fort nombreux à cette époque d'invasions. Il employa à les racheter tout l'argent des églises, et vendit pour ce sujet
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jusqu'aux vases sacrés, en sorte qu'on fut réduit pendant quelque temps à se servir de calices et de patènes en verre. Mais la libéralité des fidèles rendit bientôt aux autels les vases précieux dont la charité du pasteur les avait dépouillés.
Saint Hilaire avait un don particulier pour annoncer la parole de Dieu, car il joignait une éloquence vive et naturelle à la sainteté qui est toujours le plus grand talent d'un orateur sacré. On ne se lassait pas de l'entendre, et il se lassait encore moins de parler à son peuple. Les jours de jeûne, il prêchait souvent depuis la sixième heure jusqu'à la dixième , c'est-à-dire , depuis midi jusqu'à quatre heures, ce qu'il faisait avec tant de force et tant de grâce, qu'un poète célèbre, son contemporain, nommé Lévius, l'ayant entendu, s'écria publiquement : « Si Augustin était venu après vous, on l'estimerait moins que vous. » Le saint évéque recueillait le fruit de ses prédications dans l'administration du sacrement de la pénitence. Lorsqu'il l'administrait, ce qui lui arrivait fréquemment le dimanche , une grande foule de peuple accourait à lui. Les pénitents fondaient en larmes quand il leur exposait les jugements de Dieu et qu'il découvrait à leurs yeux toute la profondeur des plaies de leur âme. Après leur avoir donné les avertissements nécessaires, il priait pour affermir encore les fruits de la pénitence qu'il venait de leur donner.
Saint Hilaire, qui avait tant de bonté pour les pécheurs pénitents, montrait une fermeté inflexible envers ceux qui voulaient persévérer dans leurs fautes, en quelque rang qu'ils fussent. Il avait souvent en secret réprimandé de ses injustices celui qui était alors préfet des Gaules , et ses avis n'avaient porté aucun fruit. Prêchant un jour dans la basilique Constantienne , il y vit entrer ce magistrat avec ses officiers. A l'instant même, il interrompit son discours, en disant que celui qui avait méprisé les avis spirituels qu'on lui avait donnés pour son salut, n'était pas digne d'entendre la parole divine. Le préfet fut obligé de sortir, et le saint évéque continua d'instruire ses auditeurs. Un autre jour, voyant plusieurs personnes quitter l'église après la lecture de l'Évangile, il les arrêta en criant : « Sortez, sortez, il ne vous sera pas un jour permis de sortir ainsi de l'enfer. »
La vie pénitente et laborieuse de saint Hilaire ruina sa santé à la fleur de son âge , mais il ne regretta pas une vie si bien employée. Dieu lui ayant fait connaître que sa fin était proche et que Ravennius serait son successeur, cette révélation le remplit de la plus douce consolation. Il assembla sa commu-
nauté consternée et lui adressa une exhortation pathétique où il leur dit entre autres choses : « Nous approchons tous , sous la conduite du Seigneur, du port de notre repos. Nous avons combattu contre les princes de ce monde avec lesquels l'apôtre dit que la guerre doit être continuelle, et Ton ne peut manquer d'être exposé à bien des combats quand on veut parvenir à la béatitude avec le secours d'une grâce prévenante et par un travail qui suit la grâce. » Ces dernières paroles, nous en avons déjà fait la remarque, suffisent pour montrer combien saint Hilaire était éloigné des erreurs semi-pélagiennes , quoiqu'il ne partageât pas la doctrine de saint Augustin sur )a prédestination. « Préparez-vous à l'adversité, continua-t-il ; je suis bien trompé, ou un grand malheur menace cette ville. » Il parlait apparemment de la prise d'Arles par les Goths ariens. C'est pourquoi il ajouta : « Conservez inviolablement la foi de la Trinité , approfondissez les saintes Écritures. Que vos habits soient rudes, votre pain bis et votre nourriture grossière. Faites cependant vos voyages à pied et ne vous laissez jamais arrêter par la délicatesse. De même que l'exercice rend nos membres robustes , ainsi la paresse les affaiblit. »
Après avoir donné ses avis à ses chers disciples , il fit réciter l'office du soir, et aussitôt que la communauté eut pris son repas, le saint pasteur fit le signe de la croix sur ses yeux et sur sa bouche , et rendit doucement son âme à Dieu le mercredi 5 mai 449, à l'âge de quarante-huit ans seulement. Il en avait passé près de vingt dans l'épiscopat.
Toute la ville d'Arles le pleura comme son père. On exposa d'abord son corps dans la basilique de Saint-Étienne, et on l'entoura de flambeaux allumés pour empêcher le peuple d'en approcher de trop près. Ensuite, après l'office de la nuit, on le porta devant l'autel de Saint-Genès , avec le concours , nonseulement du peuple fidèle, mais encore des Juifs. « Je me souviens, dit son biographe, de les avoir entendu chanter en hébreu , pour honorer ses funérailles, l'excès de la douleur ne permettant pas aux nôtres de s'acquitter de ce devoir. » Comme chacun s'empressait d'avoir de ses reliques, le prêtre Basile, depuis ôvêque d'Aix, prit une partie du drap mortuaire qui couvrait le corps, et courut le partager au peuple loin du cercueil. Ce stratagème diminua la foule autour du corps, et l'on profita de ce moment pour l'inhumer dans un tombeau de marbre à côté de celui de saint Honorât. Transférée plus tard
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en la basilique de Saint-Trophime , la dépouille mortelle de ce saint évêque d'Arles fut donnée vers la On du XVIe siècle à l'église paroissiale de Sainte-Croix. Mais elle n'échappa point aux Vandales révolutionnaires, et les ossements du saint évôque furent alors dispersés. 11 ne nous reste que le couvercle mutilé de son tombeau, dans une chapelle souterraine, sous le grand autel de Saint-Honorat-les-Arles. L'épitaphe est gravée sur une grande table de marbre enchâssée dans la muraille et rompue en plusieurs morceaux. Elle a été heureusement transcrite par Vincent Barrai, par Saxi, et on la retrouve avec quelques variantes dans le tome V des Petits Bollandistes (Vies des Saints), et dans l'ouvrage de M. l'abbé Trichaud.
Les historiens modernes ont exprimé des avis différents sur les démêlés de saint Hilaire avec le pape saint Léon. Les prétentions d'Hilaire sur la province de Vienne n'ont pas été soutenues, et cependant la véhémence que saint Léon a montrée contre le saint évôque d'Arles a été généralement blâmée. On l'accuse de s'être laissé prévenir contre lui par les rapports calomnieux de ses ennemis et de ne l'avoir pas traité avec les égards dus à son mérite, à sa vertu , à son éclatante renommée. Enfin, la véritable matière d'un si grand débat, dissimulée par les artifices de la polémique, aurait été, selon quelques savants, l'indépendance même de l'Église gallicane à l'égard de la cour de Rome , et saint Hilaire aurait succombé victime de son courage, en servant cette cause de la liberté des Églises nationales qui a, tour à tour, éprouvé tant de fortunes diverses. Il faut interroger sur cette question Lenain de Tillemont, Papebroch, le P. Quesnel , Pierre de Marca et Baronius. On croit du reste que saint Léon eut dans la suite une meilleure opinion de saint Hilaire , et que celui-ci mourut complètement réconcilié avec la cour de Rome.
Ce qui nous reste des écrits de saint Hilaire d'Arles est peu considérable. Nous n'avons aujourd'hui de lui qu'un seul ouvrage authentique, c'est la Vie de saint Honorât son prédécesseur, souvent imprimée, notamment dans les Bollandistes au 16 janvier, et dans le tome 50 de la Patrologie latine de M. l'abbé Migne. Son principal biographe, Honorât, évêque de Marseille , auteur de plusieurs écrits que Gennade vante beaucoup, cite encore des Homélies sur les fêtes de Vannée, une Explication du Symbole , des Lettres en grand nombre , entre autres, une qui nous reste, adressée à saint Eucher, évêque de
Lyon, et un Poème sur les sept premiers chapitres de la Genèse qui se trouve dans les œuvres de saint Hilaire de Poitiers. Le panégyrique de saint Honorât est digne des plus grands éloges , tant par la douceur et l'élégance du style que par la beauté, le choix et la variété des pensées. C'est, au dire de Tillemont, la pièce la plus éloquente de cette nature que nous ayons dans l'antiquité ecclésiastique. Hilaire y dit, entre autres choses, que son âme est combattue, et que si d'un côté, il sent de la joie à célébrer un grand homme, il est affligé, de l'autre , d'avoir perdu celui pour lequel il avait le plus d'affection. Talemreminisci dulce est , tali carere supplicium. Un écrit sur les miracles de saint Genès n'est pas de saint Hilaire, non plus que la lettre écrite à saint Augustin sur les opinions des adversaires de sa doctrine, et qui, ainsi que nous l'avons dit, est d'un autre Hilaire , simple laïque.
On a aussi attribué à saint Hilaire d'Arles un poème sw% la Providence divine , et on en a conclu qu'il était semi-pélagien. Pour arriver à cette conclusion, il reste à prouver, i° que ce livre est réellement de saint Hilaire , et tous les savants admettent aujourd'hui que notre saint n'en est point l'auteur; 2<> que le semi-pélagianisme est contenu dans cet ouvrage. Or, on convient généralement qu'il n'y est que pour ceux qui veulent l'y voir. Quant à la lettre de saint Prosper à saint Augustin qu'on invoque aussi contre saint Hilaire, que nous apprendelle ? qu'Hilaire pensait en tout comme Augustin , excepté sur la prédestination , chose très-permise. Accuse-t-on saint Augustin de faire partie des hérétiques connus sous le nom de prédestinatiens , parce qu'il enseigne que le décret de la prédestination à la gloire est absolu antécédent? Pourquoi traiter de semi-pélagien saint Hilaire pour avoir rejeté ce système; est-on pélagien parce qu'on trouve plus raisonnable de croire que la prédestination des élus à la gloire est conditionnelle, conséquente, c'est-à-dire, fondée sur la prévision de leurs mérites surnaturels?
Le P. Quesuel a réuni toutes les œuvres sincères ou supposées de saint Hilaire d'Arles dans son appendice aux œuvres de saint Léon. M. l'abbé Migne en a donné une édition complète avec les Œuvres de Vincent de Lérins et de Cassien , 1846, 2 vol. in-4° formant les tomes 49 et 50 du PaPrologiœ Cursus completus.
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