RAVENNIUS
L'Église d?Arles, voulant réparer la double perte qu'elle avait faite, et d'un saint évêque et de ses plus beaux privilèges, choisit le prêtre Ravennius pour successeur d'Hilaire , selon la révélation que ce saint prélat avait eue à son lit de mort. On ne pouvait faire un choix plus agréable à saint Léon , qui avait connu le mérite de Ravennius quand celui-ci avait accompagné à Rome saint Hilaire. Dès qu'il eut appris son élection et son sacre par une lettre des évéques de la province d'Arles , il leur répondit en les félicitant sur un si digne choix, et adressa sa réponse à douze évéques, parmi lesquels Constantin de Gap est nommé le premier. « Nous confirmons par notre jugement, leur dit-il, la bonne œuvre que vous avez faite en ordonnant évêque à la place d'Hilaire, de sainte mémoire, d'un consentement unanime et selon les désirs du peuple, du clergé et de la noblesse , un homme qui nous est aussi agréable que Test notre frère Ravennius. » La lettre est datée du VIII des calendes de septembre , sous le consulat d'Astère et de Protogène , c est-àdire , du 22 août 449. Il est remarquable que saint Léon parle ici de saint Hilaire avec éloge. Ce peut être une nouvelle preuve que ce saint évêque s'était entièrement réconcilié avec lui avant sa mort. Il semble du reste que saint Léon ne se mit pas fort en peine de faire exécuter à la rigueur, la lettre qu'il avait écrite aux évéques de la province de Vienne, puisque l'évêque de Vienne, qui devait être saint Mamert, ne se trouva pas à l'assemblée des douze évéques qui sacrèrent Ravennius, ce qui ferait croire qu'ils ne le reconnaissaient pas pour métropolitain.
Saint Léon écrivit en même temps à Ravennius pour le féliciter sur sa promotion. Entre plusieurs éloges qu'il lui donne, il mêle quelques avis que la conduite de son prédécesseur faisait juger nécessaires, car il lui recommande d'allier la douceur à la fermeté, la bonté à la sévérité, et de ne point étendre sa juridiction au delà des bornes. Les clercs que Ravennius avait envoyés à Rome, apparemment pour notifier son ordination, avaient appris à saint Léon qu'il y avait dans les Gaules un clerc errant et vagabond, appelé Pétronien, qui se qualifiait son diacre. Ce saint pape écrivit une autre lettre, datée du même jour à Ravennius, par laquelle il le charge de retrancher
ce Pétronien de la communion de toutes les Églises , et d'en avertir les évêques de sa province.
Sur ces entrefaites, Auspice, évêque de Vaison, étant venu à mourir, Ravénnius prétendit que l'ordination de l'évôque de cette ville lui appartenait. Il la flt, en effet, et ordonna Fonteius en 450. L'évêque de Vienne envoya des députés à Rome pour se plaindre de- cette entreprise. D'un autre côté, les évêques de la province d'Arles, ayant reçu la bienveillante réponse de saint Léon, et voyant les favorables dispositions de cet illustre pape à l'égard de Ravénnius, crurent devoir en profiter pour solliciter le rétablissement des privilèges de la province d'Arles. Ils rédigèrent donc à ce sujet une requête, où, après avoir fait l'éloge de Ravénnius, ils conjurent le Pape de rendre en sa.considération, à l'Église d'Arles, les privilèges qu'on ne lui avait enlevés qu'à cause d'Hilaire. «On sait, ajoutaient-ils, dans toutes les Gaules , et la sainte Église romaine ne l'ignore pas , qu'Arles est la première ville des Gaules qui ait reçu pour évêque saint Trophime , envoyé par l'apôtre saint Pierre , que de ce ruisseau de la foi dérivé de la source apostolique, la religion s'est répandue peu à peu dans les Gaules , et que même les autres villes ont mérité d'avoir des évêques avant la ville devienne, qui prétend aujourd'hui , avec si peu de pudeur et de raison , à la
primauté qui ne lui appartient pas Nos prédécesseurs ont
toujours honoré l'Église d'Arles comme leur mère , et suivant la tradition, ils se sont toujours adressés à ce siège pour demander des évêques à leurs Églises. On sait que nous et nos prédécesseurs ont été ordonnés par l'évêque d'Arles. Les souverains Pontifes ont souvent confirmé ces privilèges qu'ils ont vus conformes à la raison et à la justice ; l'Église d'Arles qui a mérité d'avoir pour évêque saint Trophime, envoyé par les Apôtres, eut le droit d'ordonner des évêques dans toute l'étendue des Gaules, de môme que la sainte Église romaine a la primauté sur toutes les Églises, à cause de saint Pierre, prince des Apôtres. »
Les évêques rapportent ensuite les privilèges accordés par les empereurs à la ville d'Arles, et de cet accord de l'autorité . séculière avec l'autorité ecclésiastique , ils tirent cette conclusion : « C'est pourquoi l'évêque d'Arles, en considération de saint Trophime, a toujours regardé comme une partie de sa sollicitude pastorale, les ordinations de la province de Vienne aussi bien que celles des trois provinces (les deux Narbonnaises et les Alpes-Maritimes), comme en fait foi le témoignage de
ARCHIDIOCÈSE D'ARLES.
vos prédécesseurs. Et non-seulement il a gouverné ces provinces par sa propre autorité, mais il a encore , par l'autorité du Saint- Siège dont il était vicaire, maintenu la discipline, selon les canons, dans toutes les Gaules. Nous prions donc et nous conjurons Votre Sainteté , au nom de Jésus-Christ Notre Seigneur, et du bienheureux apôtre saint Pierre, que nous croyons voir , revivre en vous, de vouloir rendre à l'Église d'Arles les privilèges que l'antiquité ou l'autorité du Saint-Siège lui ont donnés. • En finissant, ils assurent le Pape qu'ils seraient allés eux-mêmes à Rome lui adresser ces prières, si les infirmités de plusieurs d'entre eux , et la disette qui affligeait la Gaule cette année , ne les avaient mis hors d'état d'entreprendre ce voyage.
Le prêtre Pétrone et le diacre Régule ou Rieul portèrent cette lettre à saint Léon, qui y répondit le 5 mai 450. Sa lettre est adressée aux dix-neuf évôques qui lui avaient écrit, mais dont les sièges ne sont pas tous connus. Ces dix-neuf évôques étaient Constantin (de Gap); Armentaire, Audence, Sévérien, Valérien (de Cimiez) ; Ursus ou Ours (de Senez) ; Étienne , Nectaire (de Digne); Conslance (d'Usez); Maxime (de Riez); Astère {d'Âpt); Théodore (de Fréjus)\ Juste (d'Or ange) \ Ingénu {d'Embrun)\ Augustal, Superventus (de Venasque)\ Unance ou Venance, Fonteius (de Vaisori) ; Pallade.
Saint Léon leur mande que l'évéque de Vienne les avait prévenus en se plaignant que l'évéque d'Arles eut ordonné celui de Vaison ; qu'ayant pesé les raisons alléguées de part et d'autre, en présence des députés des parties , il avait trouvé que l'Église d'Arles et celle de Vienne l'avaient alternativement emporté l'une sur l'autre par l'étendue des privilèges, qu'en conséquence, partageant le différend, il ordonne que l'évéque de Vienne soit métropolitain de quatre Églises , savoir : de Valence , de Tarentaise , de Genève et de Grenoble , et que les autres villes de cette province soient soumises à l'évéque d'Arles. « C'est ainsi , disait le souverain Pontife , que nous avons cru agir pour le bien de la paix et de la charité, défendant expressément à qui que ce soit de ravir à son frère ce qui lui aura été accordé. > Ce grand Pape ne donnait pas seulement ses soins à rétablir la discipline et la paix dans les Églises des Gaules ; il y envoya en même temps la fameuse lettre dogmatique qu'il avait écrite à Flavien de Constantinople sur le mystère de l'Incarnation. Comme elle ne pouvait qu'y affermir la foi, il voulait encore par l'union des évôques d'Occident avec le souverain Pontife leur
chef, concilier une nouvelle autorité à sa décision. Il l'adressa donc aux évôques des Gaules, et pour consoler sans doute Ravennius de ce qu'il ne lui avait point accordé toutes ses prétentions au sujet de la juridiction, il lui donna une nouvelle marque de son estime et de sa confiance , en le chargeant de la notifier aux autres évêques. Il lui dit d'abord qu'il avait retenu longtemps à Rome le prêtre Pétrone et le diacre Régule , parce qu'il avait voulu les faire assister à l'examen de cette cause de la foi, afin qu'ils en eussent une entière connaissance et que lui, Ravennius, apprît d'eux à leur retour à en instruire les autres prélats. « Nous vous avons , lui dit-il , spécialement délégué pour communiquer à tous nos frères la lettre que nous avons envoyée en Orient pour la défense de la foi et pour celle de Cyrille, de sainte mémoire; afin que, parce moyen, les évêques étant certains de ce qu'ils doivent croire , ils s'arment de forces spirituelles contre ceux qui, par des sentiments pernicieux, altèrent la foi de l'Incarnation. Vous avez une belle occasion de rendre célèbre dans toutes les Églises et devant Dieu , les commencements de votre épiscopat, si vous vous acquittez fidèlement, comme nous l'espérons , de la commission que nous vous donnons. » Cette lettre est datée du môme jour que la précédente; c'est-à-dire, du 5 mai 450.
Ravennius se prêta avec zèle aux intentions de saint Léon, et tous les évêques des Gaules reçurent la lettre de ce saint pape avec le respect qui était dû à un décret dogmatique si conforme à la tradition de la foi. lis différèrent cependant quelque temps de publier leurs sentiments , parce que , pour rendre leur acceptation plus authentique, ils jugèrent devoir la faire dans un concile qu'ils ne purent tenir que Tannée suivante. Les historiens ne nous ont point fait connaître en quel lieu s'assembla ce concile , mais il est fort présumable que ce fut à Arles même, et que Ravennius le présida. On ne s'accorde point sur l'année même de la tenue de ce concile. Les uns le placent en 443, les autres en 451 ou 452. Ceux qui adoptent la première de ces dates se fondent sur ce qu'on lit dans la Vie de saint Hilaire d'Arles, que Célidoine fut déposé de l'épiscopat en 444, parce que, contre la défense des canons, il avait été ordonné évêque après avoir épousé une veuve. Or, on ne connaît point d'autres canons qui prescrivent la déposition de ceux qui auraient été élevés à l'épiscopat après avoir épousé une veuve, que le 45e canon du deuxième concile d'Arles. C'est donc de ce canon qu'il
ÀRCHIDIOCÈSE D'ARLES.
est question dans la procédure contre Cèlidoine. Ce concile ne fut pas seulement composé des évêques dépendant de la métropole d'Arles, il s'y en trouva de diverses provinces, comme le constatent les décrels concernant les métropolitains. Le concile tenu à Vaison le 13 novembre 442 y est cité nommément. On ne -connaît point au juste les évéques qui y assistèrent. Si , comme flous le croyons, c'est dans ce concile que les évéques des Gaules rédigèrent une lettre synodique au pape saint Léon , il se composait de 44 évéques, mais ce n'est que de quelques-uns qu'on peut nommer les sièges. Quant aux canons qu'on y dressa , il se trouve des exemplaires tels que ceux de Pithou et du Vatican qui n'en contiennent que 25, d'autres en donnent 33 , tels sont les exemplaires de Gorbie , de Lyon , etc. L'exemplaire de Reims en contient 56 presque tous tirés du premier concile d'Arles, des conciles de Vaison et d'Orange. En voici la traduction succincte.
1. On ne doit point choisir un néophyte pour l'ordonner diacre ou prôlre.
2. On ne doit point élever au sacerdoce un homme marié, à •moins que sa conversion n'ait précédé, c'est-à-dire, à moins qu'il n'ait embrassé la continence.
3. Il est défendu sous peine d'excommunication aux diacres , aux prêtres et aux évéques d'avoir, dans leurs maisons, d'autres femmes que leurs grand'mères, leurs mères, leurs sœurs, leurs filles, leurs nièces, ou leurs propres femmes converties, c'est-àdire qui aient premis de garder la continence.
. 4. Aucun diacre, aucun prêtre, aucun évéque ne doit introduire dans sa chambre déjeunes filles libres ou esclaves.
5. On renouvelle le 4« canon du concile de Nicée touchant l'ordination des évêques.
6. Un évêque ordonné sans la participation du métropolitain ne doit point être censé évéque, selon le concile de Nicée.
7. Ceux qui se mutilent, sous prétexte qu'ils ne peuvent résister aux tentations de la chair, ne doivent point être admis dans le clergé.
8. Celui qui reçoit une personne excommuniée, doit en rendre compte au concile.
9. Il est défendu de recevoir un novatien à la communion , s'il n'abjure son erreur et ne donne des marques de sa pénitence.