‹ La France pontificaleChapitre 124 sur 148 · SAINT CÊSAIRK · texte numérisé non relu

SAINT CÊSAIRK

L'un des plus illustres évêques de l'Église d'Arles, saint Césaire, naquit comme son prédécesseur à Chalon-sur-Saône en 469, de parents illustres par leur naissance, mais plus encore recommandables par leur insigne piété. Le ûls ne dégénéra point. On vit presque en même temps en lui les semences et les fruits des plus belles vertus. N'ayant encore que sept ans, il fit paraître des marques d'une charité héroïque envers les pauvres : il prenait plaisir à leur donner ses propres habits , et lorsque , revenant à demi-nu à la maison , ses parents le réprimandaient de sa libéralité, il se contentait de répondre que des passants l'avaient dépouillé. A l'âge d'environ dix-huit ans, il quitta la maison paternelle, et alla se jeter aux pieds de saint Sylvestre, évêque de Chàlon , en le conjurant de lui donner la tonsure cléricale et de l'attacher au service de son Église. Le saint évêque ne put résister à des voeux si empressés, et pendant les deux ou trois ans que Césaire passa auprès de lui dans les fonctions de clerc, sa piété profonde ne se démentit jamais. Le maître de l'école épiscopale le nomma copiste des saintes lettres, et Ton raconte que pendant qu'il exerçait cette charge , il eut le bonheur, après une longue discussion savante, de ramener dans les voies de la foi, un prêtre, nommé Lépidorius, archiviste de l'Église de Châlon , tombé dans le prédestinatianisme.

Animé du désir d'une plus haute perfection , et résolu d'abandonner non-seulement ses parents, mais encore son pays, pour se délivrer de la captivité du siècle, Césaire partit de Châlon, avec un domestique seulement , et se rendit au monastère de Lérins , qui était l'école publique de la piété dans les Gaules. Vainement

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sa mère avait voulu l'arrêter dans sa fuite , Dieu avait protégé son départ.

Miraculeusement échappé des mains de ceux qui prétendaient mettre obstacle à sa vocation, Césaire arriya à Lérins, et s'y plaça sous la conduite de saint Porcaire, qui en était abbé. Il fut bientôt dans ce monastère un modèle accompli de toutes les vertus religieuses. On le fît cellerier, mais comme les passions humaines se glissent dans les lieux mêmes d'où il semble qu'elles devraient être bannies , quelques moines l'accusèrent d'une excessive sévérité , et il ne put faire cesser leurs plaintes qu'en se démettant de ses fonctions. Et cependant, chargé de subvenir aux nécessités de ses frères , il prévenait ceux dont il connaissait les besoins et qui, par mortification, ne demandaient rien, mais quelques instances qu'on lui fît, il refusait tout à la sensualité ; c'est là ce qui avait excité les murmures de certains religieux. Césaire ne s'en alarma pas davantage, et charmé de se retrouver en liberté, il se livra avec plus de soin aux exercices de la pénitence et de la contemplation. Ses austérités excessives dans un jeune homme ruinèrent sa santé , et le réduisirent à un tel état de langueur que l'abbé Porcaire en eut pitié. Mais tant qu'il demeura dans le monastère, on ne put jamais arrêter sa ferveur, ni l'obliger d'interrompre pour quelque temps ses exercices spirituels et l'usage de la mortification : on s'avisa donc de l'envoyer à Arles pour consulter des médecins et y travailler au rétablissement de sa santé. Un homme d'une naissance distinguée , appelé Firmin, et sa pieuse femme appelée Grégorie , lui donnèrent l'hospitalité dans leur maison, et l'entourèrent des soins les plus délicats. Non content de rétablir la santé du jeune religieux, Firmin voulut orner son esprit. H lui lit suivre à cet effet les leçons de Pomère , célèbre rhéteur venu d'Afrique pour enseigner à Arles. Mais une vision terrible avertit Césaire de ne point se livrer à l'étude des sciences profanes ; Dieu se réservait d'instruire lui-même cette âme privilégiée. Firmin et Grégorie furent cependant si édifiés des vertus de Césaire, qu'ils ne résistèrent pas plus longtemps au désir de parler de lui à saint Eone, alors évêque d'Arles. Le saint prélat eut aussitôt l'envie de connaître par lui-même celui dont on lui faisait un si grand éloge , et s'étant informé de son nom , de sa famille , de son pays , il fut ravi d'apprendre qu'il était son parent. Il le prit en affection, et il écrivit à l'abbé Porcaire, en le priant de le lui laisser pour en faire son bâton de vieillesse.

L'abbé de Lérins ne pouvait refuser la demande que lui faisait un des plus illustres évêques des Gaules; ce ne fut pas cependant sans quelque chagrin qu'il consentit à priver son monastère d'un des plus fervents religieux. Eone, pour employer Césaire au service de son Église , lui conféra successivement le diaconat et la prêtrise. Notre saint ne changea rien à sa manière de vivre , observa toujours fidèlement les constitutions du monastère de Lérins, et garda môme l'habit grossier qu'il y avait reçu. Bien qu'élevé aux ordres sacrés, if n'en était pas moins religieux , et se distinguait entre les autres clercs par son humilité profonde, par sa charité ardente, par sa prompte obéissance et par sa mortification continuelle. Le premier à l'église, il n'en sortait que le dernier, et jamais il ne se dispensa de la psalmodie en usage à Lérins.

11 y avait alors dans l'île de la Camargue, presque aux portes d'Arles, un monastère dont les religieux étaient depuis quelques années tombés dans un assez grand relâchement. L'abbé de cette communauté étant venu à mourir, Eone jeta les yeux sur Césaire pour le remplacer. Pendant les trois années de l'administration de celui-ci, le monastère recouvra son ancienne ferveur, et chaque jour, une foule d'Arlésiens venait s'y édifier et de la régularité des solitaires et de la conversation de leur vertueux abbé. Trois ans après, Eone épuisé par une longue maladie, demanda Césaire pour successeur, en assurant qu'il était seul capable de remettre en vigueur la discipline au maintien de laquelle ses infirmités ne lui avaient point permis de veiller. Aussi après sa mort, le clergé et le peuple ne délibérèrent point sur le choix de son successeur. Mais à la nouvelle de son élection , Césaire prit la fuite et alla se cacher au milieu des tombeaux romains des Alyscamps. C'est là qu'on le découvrit, il fut forcé d'acquiescer aux vœux des prêtres et des fidèles, et quelques jours après, les évêques suffragants accoururent pour lui conférer l'onction épiscopale dans la basilique de Saint-Étienne. Césaire n'avait pas encore trente-trois ans.

A peine Césaire eût-il été élevé sur ce premier siège des Gaules, qu'il se rendit par sa vigilance et ses travaux infatigables, un véritable successeur des Apôtres. Il abandonna le soin du temporel de son Église a des diacres et à d'autres officiers qu'il y commit, pour s'appliquer tout entier à étudier la parole de Dieu, et à la dispenser utilement à son peuple. Son éloquence n'avait point été cultivée par l'art, mais la piété et

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le zèle suppléent aux autres qualités qui peuvent manquer à un orateur chrétien. Il signala par plusieurs saints établissements les commencements de son épiscopat. Il ordonna notamment que les clercs réciteraient tous les jours dans la basilique de Saint-Étienne , l'office de tierce , de sexte et de none avec les hymnes convenables, afin que les pénitents et les autres laïques qui voudraient y assister pussent le faire commodément. Et pour ôter aux laïques l'occasion de lier des conversatioiis dans l'église, il voulut qu'ils chantassent aussi des psaumes comme les clercs, les uns en latin et les autres en grec, car cette langue était fort en usage dans la Provence, dont la plupart des villes étaient des colonies grecques. Comme rien n'est plus digne de compassion que l'indigence jointe à l'infirmité, Césaire fut surtout sensible à la misère des pauvres malades. Il établit pour eux un hôpital où ils étaient servis avec le plus grand soin, parce qu'ils l'étaient avec charité. On y récitait chaque jour tout l'office divin, comme dans la cathédrale, mais on le faisait à voix basse, apparemment de peur d'incommoder les malades.

Quelques auteurs croient que saint Césaire, dès les premiers temps de sou épiscopat , fit terminer par le Saint-Siège le différend qui existait entre son Église et celle de Vienne. Mais sans détruire ici les raisons tirées de la chronologie, qui nous empêchent d'embrasser ce sentiment, le pape Syramaque avait alors une affaire personnelle qui dut occuper toute son attention et dans laquelle les évêques des Gaules firent éclater leur zèle pour le Saint-Siège. Nous voulons parler des accusations portées contre lui devant Théodoric, roi d'Ilalie, par quelques factieux qui voulaient faire un schisme dans l'Église romaine.

La Provence était alors soumise à Alaric, roi des Visigoths, qui avait succédé à Euric. Prince arien, il était loin de se montrer favorable à la religion , aussi plusieurs abus s'étaient glissés dans la discipline des Églises depuis que l'arianisme était ainsi sur le trône. Pour y remédier, les évêques du royaume d'Alaric jugèrent que rien ne serait plus efficace qu'un concile. Par l'entremise de Césaire , ils demandèrent au roi la permission de le tenir, et quelque méfiant qu'il lut, ce prince voulut bien l'accorder, dans la crainte d'irriter les catholiques par le refus d'une demande si juste, en un temps où il redoutait d'avoir sur les bras toutes les forces de Clovis. Aussi les évôque3, au nombre de 24, avec les députés de dix absents, s'assemblèrent en septembre 506 dans l'église de Saint-André à Agde,

sous la présidence de Césaire , et ils dressèrent dans ce concile 47 canons fort importants.

Vers cette époque , car les historiens nous ont laissé ignorer si ce fut avant ou après le concile d'Agde, Césaire qui travaillait tranquillement à la dir ection de son troupeau , devint victime d'une atroce calomnie. On l'accusa auprès d'Alaric, d'entretenir avec lés Bourguignons ses compatriotes, des intelligences secrètes dans le dessein de leur livrer la ville d'Arles. Ses véritables accusateurs furent des ecclésiastiques de son clergé, que cette qualité pouvait rendre croyables, si leur mauvaise vie que le prélat reprenait trop sévèrement à leur gré, ne leur eut dû ôter toute créance. Ils ne parurent pas néanmoins, mais se servirent de Licinien, notaire ou secrétaire du saint. Licinien, ayant par sa charge une grande part dans les affaires de son maître, rendit la calomnie plus vraisemblable. Alaric qui, quoique arien, avait eu jusqu'alors beaucoup de respect pour Césaire, ajouta trop légèrement foi à ce rapport, selon le génie des tyrans qui ne peuvent s'empêcher d'être soupçonneux, de sorte qu'il le chassa de son siège et le relégua à Bordeaux. Cet exil fut inOniment glorieux pour Césaire, car une circonstance fortuite fît éclater son innocence. Peu de jours après son arrivée, un incendie considérable se déclara dans un des quartiers de la cité et menaça la ville d'une ruine entière. Les habitants, qui avaient entendu parler de la sainteté de l'évêque d'Arles, accoururent implorer sa médiation, et le supplièrent de prier Dieu pour en obtenir la cessation du désastre. Césaire ne put les refuser; plein d'une foi vive, il s'avança dans la rue au devant des flammes, se mit à genoux, et sa prière fut si efficace, que l'incendie cessa tout à coup. Ce miracle, en augmentant la vénération que l'on avait conçue de sa vertu , rendit son zèle plus utile. Césaire en effet ne demeura pas oisif dans son exil. Il y prêchait souvent, et dans ses discours, il recommandait à ses auditeurs la fidélité et l'obéissance au prince qui les gouvernait, quoique arien, mais il les exhortait avec une sainte liberté de résister à l'hérésie qu'il professait.

Cette conduite fut heureuse pour Césaire, car Alaric reconnut par là son innocence, et il lui écrivit une lettre fort honorable pour l'avertir qu'il pouvait retourner à Arles quand il voudrait. Les habitants, sachant l'arrivée de leur évêque, accoururent processionnellement au devant de lui , comme au devant d'un triomphateur. Son retour, suivant la légende, fut signalé par

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un miracle. Depuis longtemps, une sécheresse extraordinaire désolait le territoire d'Arles, et il n'y avait point d'espérance de moisson pour cette année, mais dès que Gésaire entra dans la ville , le ciel qui l'avait éclairée d'abord par les rayons brillants du soleil , s'obscurcit tout à coup , et versa une pluie si abondante , que la terre fut suffisamment arrosée pour produire une abondante récolte. Alaric avait condamné le délateur de l'évôque d'Arles à être lapidé. Césaire l'ayant appris, courut aussitôt se jeter aux pieds du roi , et il en obtint la grâce de son ennemi : charité qui dut être une nouvelle preuve et de l'innocence du saint évôque et de la vérité de la religion qui la lui inspirait. Mais Dieu réservait d'autres épreuves à son serviteur qui ne jouit pas longtemps de ce repos.

Le roi Alaric étant tombé sous les coups de Clovis dans les plaines de Vouillé en 507; Théodoric, roi d'Italie, goth et arien , vint au secours des Visigoths assiégés dans Arles par les Francs et par leè Bourguignons. Pendant le siège, le saint évôque fut encore accusé de trahison, et un jeune clerc qui était son parent, s'étant enfui au camp des ennemis, donna quelque apparence à cette nouvelle calomnie. Les Juifs soulevèrent contre lui le peuple toujours crédule. Sans lui laisser le temps de se justiGer, on l'enleva de sa maison qui fut pillée, et on l'incarcéra dans une des tours de la ville , avec le dessein de le précipiter dans le Rhône la nuit suivante, ou tout au moins, de renfermer dans le château d'Ugernum, que l'on croit être Beaucaire, jusqu'à ce que l'on pût, après le siège, décider ce que l'on ferait de lui. Les Juifs alors assez nombreux à Arles, étaient ceux qui , pour insulter aux catholiques , criaient le plus haut à la trahison , mais Dieu les couvrit eux-mômes de confusion. Les assiégeants s'étant un peu écartés des murailles de la ville, les assiégés ûrent une sortie et trouvèrent attachée à une pierre la lettre d'un juif qui prévenait les ennemis de poser des échelles du côté où les Juifs avaient un poste, promettant de leur livrer la ville, et demandant seulement pour récompense de cet avis que ceux de sa nation eussent les biens et la vie sauve. Cette lettre ayant, d'une part, fait connaître la trahison des Juifs, et de l'autre, l'innocence de Césaire , on le mit en liberté.

Une armée que Théodoric, roi des Ostrogoths d'Italie , envoya au secours d'Arles, obligea les Français et les Bourguignons de lever le siège. Les Goths qui les battirent dans leur retraite ,

ramenèrent à Arles un si grand nombre de prisonniers que les églises en furent toutes remplies. Ces captifs étaient réduite à la dernière des misères par la dureté des Goths , mais la charité de saint Césaire fut la ressource de tant de malheureux. 11 leur four- Bit d'abord abondamment des vivres et des habits. Ensuite, il employa à les racheter tout l'argent que saint Eone , son prédécesseur, avait laissé dans le trésor de l'Église. Et comme cet argent n'était pas suffisant, il vendit les encensoirs, les calices, les patènes et les tableaux précieux qui ornaient les colonnes de sa cathédrale. « Si vous étiez dans le même malheur que ces pauvres gens, disait-il aux prêtres et aux clercs qui trouvaiettt a redire à celte charité, vous approuveriez sans doute ma cou* duite , et votre misère vous ferait paraître juste ce que vous Marnez maintenant. Pourquoi voulez-vous que j'abandonne les membres de Jésus-Christ, et que je les laisse mourir de faim, tandis que j'ai en main l'or et l'argent que l'on a donnés an même Jésus-Christ, avec lesquels je puis leur sauver la vie? Ne sera-ce poiut une chose plus agréable à son cœur et à ses yeux de voir dans des vases de moindre prix son précieux sang et son corps sacré , qu'il a bien voulu laisser attacher au bois de la croix pour notre salut, que de voir périr de pauvreté un si grand nombre de ses enfants les objets de son amour et de ses tendresses? »

Saint Césaire , avant le siège d'Arles, avait commencé de faire construire à Arles un monastère de filles dont sa sœur, sainte Césarie, devait prendre la direction. L'édifice était déjà fort avancé, et le saint évéque ne dédaignait pas d'y travailler de ses mains. Mais il eut le chagrin de le voir ruiner par les assiégeants qui ea enlevèrent les matériaux pour servir a leurs travaux. Ce contretemps ne le rebuta point. Il reprit son premier dessein aussitôt après la levée du siège, et bâtit pour ce monastère une grande église flanquée de deux ailes. Le milieu était dédié sous le vocable de la Sainte Vierge et les deux côtés sous celui de saint Martin et de saint Jean , dont le monastère a porté le nom. Aussitôt que les bâtiments furent achevés , il rappela sa sœur Césarie de Marseille , où il Pavait envoyée pour apprendre dans un monastère de filles, apparemment dans celui que Cassien y avait établi , ce qu'elle devait enseigner aux autres. Césarie pril possession du nouveau monastère avec deux ou trois compagnes; mais en peu de temps, un grand nombre de vierges vinrent de toutes parts se ranger sous sa conduite , pour se pré-

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parer avec elle à l'arrivée de l'Epoux. Saint Césaire composa pour elles une règle qui paraît dictée par l'esprit de piété et de discrétion. Le saint évôque y marque dans le préambule, qu'entre plusieurs règlements qui sont en usage dans les monastères d'hommes et de filles, il a choisi ceux qui lui ont paru plus convenables à des vierges chrétiennes. Il les obligea surtout à garder une clôture perpétuelle et si exacte qu'il n'était jamais permis à aucune religieuse de sortir du monastère ni même d'en* trer dans la basilique extérieure. Saint Césaire veut que l'abbesse ne puisse rien changer dans ces règlements , môme par l'autorité de l'évéque. Si elle le tentait, il exhorte les religieuses à lui résister. Il souscrivit cette règle de sa main, le 22 juin , on ne sait précisément en quelle année, mais le monastère fut entièrement achevé trente ans avant la mort du saint évôque , c'est-àdire en 512, et l'église en fut dédiée le 26 août.

Le pape Hormisdas approuva dans la suite cette fondation, et à la prière de saint Césaire, enleva aux évôques d'Arles tout pouvoir pour le gouvernement de cette communauté , leur permettant seulement d'y faire de temps en temps une visite. Il se montra plus difficile à confirmer les ventes , et les donations de quelques biens ecclésiastiques que saint Césaire avait faites en faveur de ce monastère : il ne les approuva qu'à la condition que les évôques de la province y consentiraient, comme ils firent. Les sages règlements de saint Césaire, soutenus des exemples de l'abbesse sainte Césarie , rendirent en peu de temps cette communauté nombreuse et florissante. Ce fut pour le saint évôque une consolation au milieu des contradictions qu'il continua d'essuyer sous la domination des ariens, tandis que l'Église, sous celle des Français , goûtait en paix les fruits des victoires de Clovis.

Pendant que saint Césaire travaillait à cette bonne œuvre , on lui suscita une nouvelle persécution. Des ariens l'accusèrent d'à* voir tramé une conspiration contre Théodoric à qui Arles obéissait alors , car ce prince qui ne négligeait point ses intérêts, en soutenant ceux d'Amalaric, son petit-fils, qu'il avait fait reconnaître roi des Visigoths après la mort de Gésalic , s'était emparé d'une partie de ses États sous prétexte de les mieux défendre. Par ses ordres , Je saint évôque fut conduit à Ravenne pour y répondre à ses accusateurs. Mais un air de sainteté qui saisissait les esprits au premier aspect, fut la preuve de son innocence. Théodoric, frappé de la majesté qui éclatait sur le visage de Césaire, se

leva de son trône pour le saluer respectueusement , et sans lui parler de l'accusation intentée contre lui , il se contenta de lui demander des nouvelles de son voyage et de l'état où il avait laissé la ville d'Arles et les Goths. Césaire le satisfit à cet égard f et lorsque le roi se fut retiré, il dit à ses courtisans. « Puisse Dieu punir ceux qui ont obligé sans sujet un homme si pieux de faire un si long voyage ! J'ai tremblé de tout mon corps en le voyant entrer, et j'ai cru voir un ange descendu du ciel. »

Théortorie ne s'en tint pas là : il envoya à Césaire trois cents sous d'or avec un grand bassin d'argent du poids d'environ 60 marcs, et lui fit dire : « Très-saint évôque, recevez ce présent. Le roi votre fils vous prie de réserver ce vase pour votre usage et pour vous souvenir de lui. » Mais Césaire qui , à l'exception des cuillères, ne souffrait pas qu'on servît à sa table de vaisselle d'argent, fit vendre le bassin trois jours après, et de son prix , il racheta un grand nombre de captifs de son diocèse et des pays voisins. On rapporta cette action à Théodoric , qui ne put s'empêcher de la louer. A l'exemple du prince , plusieurs seigneurs de la cour s'empressèrent de faire des présents au saint évôque. C'était les donner aux pauvres. Césaire employa encore une partie de ces sommes au rachat des prisonniers que les Ostrogoths avaient amenés en Italie de la Gaule et nommément d'Orange, dont les habitants avaient presque tous été emmenés en esclavage. Non content d'avoir rompu leurs fers, le saint évôque leur procura des voitures et des secours pour retourner dans leur patrie. Ces œuvres de charité augmentèrent la réputation de Césaire, aussi une troupe nombreuse de mendiants environnait sans cesse sa maison et le suivait partout, en le comblant de bénédictions.

Le Seigneur, pour la gloire de la catholicité , fit éclater, à la cour de ce roi arien, le pouvoir de son serviteur. Une pauvre veuve de Ravenne avait un fils qui était au service du préfet et qui la nourrissait de ses gages. Il fut attaqué d'une maladie si violente et si subite, qu'il expira en peu d'heures. La mère désolée courut à la maison de Césaire le conjurer de rendre la vie à son fils. Il fit d'abord quelque résistance, mais il fut attendri par les gémissements de cette femme affligée qui lui arrosait les pieds de ses larmes, et sa charité l'emporta sur son humilité. Il se rendit secrètement à la maison du mort , et après avoir fait sa prière , prosterné contre terre selon sa coutume, il sentit que le Seigneur l'avait exaucé. Il sortit aussitôt , et laissa

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auprès du défunt Messien , son secrétaire , avec ordre de venir l'avertir, quand il aurait donné quelques signes de vie. Une heure après , le jeune homme ayant ouvert les yeux , s'écria : « Ma mère, courez au plus tôt remercier le serviteur de Dieu; vous me devez à ses prières, c'est à elles que je dois la vie. •

Il est à croire que saint Césaire obtint de Théodoric, dans ce voyage , des rescrits favorables à quelques Églises des Gaules. Ce prince, qui se piquait d'une exacte justice jusque dans les désordres de la guerre, commanda à Ibas, général de son armée , de faire restituer à l'Église de Narbonne divers biens qui avaient été usurpés pendant les derniers troubles. Théodoric envoya aussi à un évêque de Provence, appelé Sévère, 1,500 sous d'or, afin qu'il les distribuât à ceux qu'il jugerait avoir souiïert du passage de son armée, et il remit les impôts aux Gaulois qui reconnaissaient son autorité.

Saint Césaire alla de Ravenne à Rome où l'avait devancé le bruit de ses miracles et de ses vertus. Le pape Symmaque et les sénateurs romains lui rendirent les plus grands honneurs. Symmaque lui donna de ses propres mains le pallium , et accorda en sa faveur, aux diacres d'Arles, le privilège de porter des dalmatiques comme ceux de Rome. C'est ainsi que celui qui avait été conduit en Italie comme un criminel d'État, en revint comblé d'honneurs et de présents. Il en rapporta huit mille sous d'or, sans compter les sommes qu'il avait déjà employées au rachat des prisonniers.

Ce fut probablement pendant ce voyage de Rome, que saint Césaire fit enfin terminer la contestation qui durait depuis si longtemps entre l'Église d'Arles et celle de Vienne. Le pape Symmaque , ayant entendu ses raisons , confirma de nouveau le jugement de saint Léon par une lettre adressée à tous les évôques des Gaules. « C'est au Saint-Siège, dit-il, à maintenir la paix et l'union dans l'Église universelle, et le moyen le plus efficace pour le faire, c'est de s'en tenir aux anciens règlements! * C'est pourquoi le Pape déclare, qu'à la requête de Césaire, il ordonne que le règlement fait par saint Léon soit observé, c'est-à-dire, que l'évôque de Vienne n'ait juridiction que sur les Églises de Valence , de Tarentaise , de Genève et de Grenoble , et que les droits dont l'Église d'Arles est en possession sur les autres Églises, soient conservés. » La lettre est datée du 13 novembre 513.

Saint Césaire consulta en môme temps le souverain Pontife

sur divers points de discipline, exposés dans un mémoire qu'il lui présenta et qui était conçu en ces termes : • Comme l'épiscopat a pris commencement dans la personne de saint Pierre, il est nécessaire que Votre Sainteté , par des règlements convenables , fasse connaître à toutes les Églises ce qu'elles doivent observer. Il y a dans les Gaules des personnes qui , sous divers prétextes , aliènent les terres de l'Église : d'où il arrive que des biens qui n'ont été donnés que pour les besoins du pauvre, sont désignés mal à propos , si ce n'est peut-être qu'il s'agisse de faire quelque donation aux monastères.

» Nous demandons aussi que les laïques qui ont exercé des charges de judicature, et qui ont eu part au gouvernement des provinces, ne soient reçus dans le clergé ou promus à l'épiscopat qu'après de longues épreuves d'une conduite régulière , et que les veuves qui ont porté longtemps l'habit de viduité, ou les religieuses qui demeurent depuis un temps considérable dans des monastères ne puissent se marier, quand même elles le voudraient , et que personne ne puisse les y forcer.

» Nous vous supplions encore très-humblement d'empêcher qu'on ne parvienne à l'épiscopat, par brigue, ou en achetant à prix d'argent les suffrages des hommes puissants , et d'ordonner que, pour obvier à ces abus, le clergé et les citoyens ne puissent souscrire le décret d'élection à l'insu et sans le consentement du métropolitain. »

Le pape Symmaque répondit à ce mémoire par un rescrit daté du 6 novembre 513. Il déclare sur le premier article qu'on peut aliéner les biens de l'Église en faveur des monastères et des bOpitaux de pèlerins ou en faveur des clercs qui ont bien mérité de l'Église, à condition cependant que ces biens retourneront à l'Église après la mort de ceux à qui on les aura cédés, et il recommande de ne point accorder ces grâces à ceux qui aspirent au sacerdoce en vue des biens de l'Église. Sur les articles suivants , le Pape ordonne de ne pas promouvoir facilement les laïques au sacerdoce , mais de les faire passer successivement par les divers degrés de la cléricature, en les y laissant le temps prescrit. Il excommunie ceux qui enlèvent des veuves ou des vierges, et surtout ceux qui se marient à des vierges consacrées. « Nous ne souffrons pas, dit-il, que les veuves qui ont persévéré plusieurs années dans la sainte résolution de garder la viduité, passent à de secondes noces, ni que les religieuses qui ont demeuré plusieurs années dans les raonas-

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tères se marient. » Enfin, pour réprimer l'ambition et les brigues, surtout à l'égard de l'épiscopat, le pape Symmaque ordonne que le décret d'élection ne sera souscrit qu'en présence du visiteur, et il veut que ces règlements soient notifiés par Césaire à tous les évôques. Le visiteur était un évôque que le métropolitain nommait pour visiter l'Église vacante et présider à l'élection.

L'usage des plus beaux privilèges amène presque toujours des contradictions, c'est ce que saint Césaire éprouva a son retour de Rome. Basile, évéque d'Aix, rerusant de se rendre aux ordinations et aux conciles, l'évêque d'Arles fut contraint de s'en plaindre à Symmaque, qui lui donna satisfaction à cet égard (voir page 19).

Nous avons déjà vu maintes fois qu'après la conservation du dépôt de la foi, l'Église n'avait rien plus à cœur que le digne choix de ses ministres : c'était là l'objet le plus ordinaire de ses canons. Persuadé que ce point de discipline influait sur tous les autres, Césaire tint à ce sujet, à Arles, un concile qui se réunit le 6 juin 524, à l'occasion de la dédicace de l'église du monastère qu'il avait fondé. Il y présida, assisté de douze évôques, et des procureurs de cinq évôques absents, parmi lesquels Gallican d'Embrun se fit représenter par un prêtre appelé Eumeterius. On fit dans ce concile quatre canons seulement , mais ils sont d'une grande importance.

Le 1" porte qu'on ne doit point ordonner de diacre ayant l'âge de 25 ans , ni de prêtres ou d'évêques avant l'âge de 30 ans, et que celui que l'on ordonnera devra avoir quitté déjà depuis quelque temps la vie du monde.

Le 2« décrète qu'on ne conférera l'épiscopat, la prêtrise ou le diaconat à un laïque, qu'un an après sa conversion.

Le 3* défend, suivant les anciens canons, d'ordonner des pénitents ou des bigames, sous peine pour l'évêque qui se le permettra d'être interdit pendant une année de célébrer la messe, et s'il enfreint cette défense, d'être exclu de la communion de tous ses collègues. (Ce canon édicté une peine nouvelle , qui est la suspension de la célébration de la messe pour un temps , et en cas que les évôques dont il s'agit ici ne défèrent point à la peine, ils sont punis de la petite excommunication avec les autres évôques. Aujourd'hui, dit Thomassin , un évôque serait irrégulier, incapable de toute fonction , môme dans son diocèse, et il serait obligé de se faire réhabiliter. Par le mot de messe, missas facere, que porte le texte du concile, peut-être doit-on entendre ici toute espèce d'office de l'Église.

Le 4« canon prive de la communion les clercs vagabonds, aussi bien que ceux qui les reçoivent ou les protègent contre leurs évêques.

Les conciles n'ont pas seulement pour objet de faire des lois, mais encore de punir ceux qui les transgressent, sans quoi l'autorité qui les a promulguées serait bientôt avilie. Agrèce, évêque d'Antibes, n'observa pas le 3e canon de ce dernier concile d'Arles où il s'était fait représenter. Saint Césaire voulant prévenir les résultais de ce mauvais exemple , convoqua à Carpentras , le 6 novembre 527 , un concile où cet évéque fut cité pour rendre compte de sa conduite. Il refusa de comparaître , mais son refus n'empêcha pas de procéder contre lui. Les Pères du concile , au nombre de seize , lui écrivirent une lettre par laquelle ils le déclarèrent suspendu pendant un an de la célébration des saints mystères, pour avoir transgressé les canons qu'il avait souscrits par son représentant.

Saint Césaire avait envoyé au Pape les canons du dernier concile d'Arles. Félix IV loua son zèle et l'exhorta particulièrement à veiller à l'observation des règlements faits contre les ordinations prématurées des laïques. Il lui rappelle à cet égard le précepte de saint Paul à Timothée : « N'imposez pas aisément les mains à personne. Car, ajoute-t-il, qu'est-ce qu'un maître qui ne sait point les premiers éléments , et qu'un pilote qui n'a point servi parmi les matelots? Celui qui n'a pas appris à obéir ne sait pas commander. » La lettre du Pape est du 3 février 528.

Le concile de Carpentras avait indiqué à Vaison un concile qui s'y tint sous la présidence de saint Césaire le 6 novembre 529. Douze évôques s'y trouvèrent avec lui. On y relut les canons des conciles précédents, et Ton eut la consolation de reconnaître que les évêques présents les avaient fait observer. Cependant, pour ne pas se séparer sans faire quelques règlements, ils promulguèrent cinq canons de discipline.

Trois mois avant ce concile , et le 3 juillet 529 , saint Césaire en avait tenu un à Orange, à l'occasion de la dédicace d'une église que le patrice Libère, préfet du prétoire dans les Gaules, avait fait construire. Il y avait porté le dernier coup au seraipélagianisme. On y traita des différends qui faisaient alors beaucoup de bruit dans les Gaules, à cause des livres de Fauste et des accusations de ses fauteurs contre les véritables disciples de saint Augustin , au sujet de la prédestination de la grâce et du libre arbitre. On les termina par l'autorité du môme saint Augustin , des paroles duquel on composa presque tous les canons.

Césaire ût paraître la profonde connaissance qu'il avait de la doctrine de ce grand évêque d'Hippone, et il la maintint contre ceux qui s'en étaient déclarés les ennemis ; mais en même temps, il condamna les prédestinations qui, sous prétexte de cette doctrine , enseignaient des propositions tout à fait hérétiques et pernicieuses. Il avait auparavant composé deux excellents traités de la Grâce et du Libre arbitre contre ceux de Fauste. Le pape Félix , auquel il les avait envoyés, les trouva si doctes et si utiles à l'Église, qu'il lui commanda de les publier et leur donna son approbation par une épitre qui fut mise en tête. Mais ces ouvrages ne se trouvent plus, et leur perte ne peut être assez regrettée.

Les décisions du concile d'Orange qui condamnait le prédestinatianisme trouvèrent quelques contradicteurs, et l'on osa môme attaquer la doctrine de saint Césaire. I+es évôques de la province de Vienne tinrent, en 530, à Valence, un autre concile à ce sujet. Saint Césaire, à cause de ses infirmités, ne put s'y rendre, mais il y envoya plusieurs de ses suffragants, et entre autres, Cyprien de Toulon qui se distingua dans ce concile par son érudition. C'est tout ce que nous savons de cette assemblée; mais Boniface II , qui venait d'être élevé sur le Saint-Siège, termina bientôt ces disputes. Saint Césaire lui avait écrit par le prêtre Armenius, avant qu'il fût parvenu au souverain pontificat, pour le prier d'agir auprès du pape Félix , et d'en obtenir les décrets qu'il avait sollicités pour l'affermissement de la foi catholique. Boniface ne différa pas à les donner lui- môme , en confirmant ce qui avait été décidé à Orange, touchant la nécessité de la grâce prévenante pour les bonnes œuvres, et même pour le commencement de la foi. Sa lettre est du 25 janvier 531, et l'approbation du Saint-Siège apporta tant d'autorité au deuxième concile d'Orange, que les décisions des quatorze évèques qui y avaient assisté ont été reçues de toute l'Église, et sont devenues des règles de la foi contre lesquelles il n'a plus été permis de s'élever sans se déclarer hérétique.

Si à cette époque , plusieurs saints évêques faisaient la gloire de l'Église de France , il en est quelques-uns qui oublièrent la sainteté de leur ministère. De ce nombre fut Contuméliosus de Riez, qui fut accusé de plusieurs crimes, notamment d'adultère. Le scandale était grand , le remède fut prompt. Saint Césaire et les autres évêques de la province instruisirent au plus tôt le procès du coupable, et quand il eut fait l'aveu de ses fautes,

ils en adressèrent la relation au pape Jean II, successeur de Boniface II , qui écrivit à ce sujet trois lettres datées du 7 avril 534. Le Pape approuva la conduite de Césaire en cette circonstance, et ordonna que Contuméliosus serait renfermé dans un monastère pour y expier, par la pénitence, le scandale qu'il avait donné à son peuple, et que Ton établirait en sa place, pour gouverner son diocèse, un visiteur, qui ne pourrait cependant faire des ordinations" ni administrer les biens de l'Église.

Le pape Jean étant mort le 27 mai 535, Contuméliosus appela au Saint-Siège du jugement rendu contre lui par les évéques, en conséquence des lettres de ce pape. Agapet , qui lui avait succédé, reçut favorablement son appel, et résolut de nommer des commissaires pour examiner la procédure faite par ordre de saint Césaire. Il en écrivit à ce saint évéque, en lui marquant que la cause de Contuméliosus intéressant l'épiscopat tout entier, il était désirable que ce prélat, qui avait eu recours à l'appel , pût se justifier. Il trouva mauvais qu'on l'eût enfermé dans un monastère , et il semblait ignorer que Césaire n'eût agi en cela que de l'avis du pape Jean. La lettre d 'Agapet est du 18 juillet 535, il y joignit un recueil de canons qu'on ne trouve plus , mais ce saint Pape parait n'avoir été instruit de cette affaire que par Contuméliosus lui-même. On ne sait pas ce que devint cette affaire.

Agapet refusa à saint Césaire, par une lettre datée du même jour, l'autorisation d'aliéner les biens-fonds de l'Église, môme en faveur des pauvres. « Nous avons tant d'envie, dit-il, de soulager les pauvres et de vous faire plaisir, que nous vous accorderions volontiers ce que vous nous demandez ; mais nous en sommes empêché par les canons des Pères qui défendent, sous quelque prétexte que ce soit, d'aliéner les terres de l'Église. » Le Pape cite à cet égard un décret du pape Symmaque, promulgué dans un concile à Rome. Le 6 mars 538, Vigile qui, par les intrigues et l'autorité de l'impératrice Théodora, femme de Justinien , était alors intrus dans la chaire de saint Pierre , à la place de saint Sylvère, successeur d'Aga pet, adressa à saint Césaire une lettre sur les mariages incestueux, question sur laquelle Théodebert, roi d'Austrasie, avait consulté le Saint- Siège. Il manda à saint Césaire que c'était aux évêques des lieux à régler la pénitence et à l'abréger, selon que la ferveur du pénitent paraissait le mériter. Il recommandait surtout qu'on prit des mesures pour empêcher les coupables de retomber dans

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leurs fautes. C'est pourquoi, il ordonnait qu'on séparât ceux qui avaient contracté des mariages incestueux , et chargeait le saint évôque d'Arles de prier le roi de veiller pour que rien de semblable n'arrivât à l'avenir.

S'il faut en croire la légende, saint Gésaire eut révélation de sa mort deux ans avant qu'elle arrivât, et dans un ravissement, il vit la gloire à laquelle il devait être élevé en récompense de ses travaux. Ses austérités l'avaient encore plus affaibli que les infirmités de la vieillesse. Il tomba malade au mois d'août 542 , et au plus fort de ses souffrances, il demanda si la fête de saint Augustin était proche. Sur la réponse qu'elle n'était pas éloignée : t J'espère bien , dit-il , que le Seigneur ne mettra pas un long intervalle entre ma mort et la fête de ce saint docteur, dont j'ai toujours chéri la doctrine très-catholique et suivi les sentiments. • Il connut bientôt que ses vœux seraient exaucés. Son bon cœur le rendait plus sensible à la douleur qu'il voyait peinte sur tous les visages, qu'à celle que lui causait son mal. Dès qu'il sentit ses forces défaillir, il se lit transporter dans le monastère de .filles qu'il avait fondé, pour les consoler lui-même de sa mort prochaine, car elles étaient si affligées, qu'elles n'en pouvaient ni mangçr ni dormir, et elles gémissaient plutôt qu'elles ne psalmodiaient. Il y avait alors 200 religieuses dans ce monastère établi depuis trente »ans, et elles étaient gouvernées par l'abbesse Césarie, seconde du nom, qui avait succédé à sainte Césarie, sœur de l'évêque. Césaire exhorta l'abbesse et la communauté dans le3 termes les plus tendres, à persévérer dans l'observance de la règle qu'il leur avait donnée. Mais ce qu'il leur dit pour adoucir leur douleur, ne servit qu'à la rendre plus vive, en leur faisant mieux sentir ce qu'elles perdaient. Après leur avoir donné les avis convenables, il pria pour elles, les bénit et leur adressa le dernier adieu, auquel elles ne répondirent que par leurs larmes et leurs gémissements. Il se fit ensuite rapporter dans son église, où trois jours après, il mourut entre les bras des évêques, des prêtres et des diacres, le mercredi 27 août 542, avant la première heure du jour, le lendemain de l'anniversaire de la dédicace de son monastère, la veille de saint Augustin et le troisième jour après la fête de saint Genès, martyr d'Arles. Il était dans la 73e année de son âge et la 40* année de son épiscopat.

Aussitôt qu'il eut expiré, le peuple qui était présent, se jeta avec tant d'empressement sur ses habits, que les évêques et les

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prêtres ne purent empêcher qu'ils ne fussent mis en pièces pour être conservés comme des reliques, et Dieu, dans la suite, opéra plusieurs miracles par leur vertu. On l'inhuma dans l'église de son monastère, en un des tombeaux de pierre qu'il avait fait préparer pour servir à la sépulture des religieuses. Le deuil fut général au convoi. Comme le saint évêque avait fait du bien à tous , les bons et les méchants , les chrétiens et les juifs réunirent, tous, leurs voix et leurs larmes pour le pleurer, et pendant les obsèques, ils interrompaient souvent le chant des psaumes , en s'écriant : Hélas ! le monde n'était pas digne de posséder un si puissant intercesseur. Éloge funèbre plus éloquent et plus glorieux que ceux que la flatterie compose avec tant d'art l

Saint Césaire fit un testament dont on trouve le texte dans Baronius, année 508, d° 23. Il est en forme de lettre adressée à l'Église d'Arles et à Tabbesse Césarie que Surius et Baronius ont cru être sa sœur, mais il est évident que c'était celle qui lui avait succédé. Il institue pour héritiers son monastère et l'évêque qui doit occuper après lui la chaire d'Arles. 11 conjure celui-ci dans les termes le6 plus pressants de protéger les religieuses, et de ne porter aucune atteinte aux donations qu'il leur a faites de quelques biens de son Église, avec le consentement de ses frères les évoques, et par l'autorité du Pape. Il désigne dans ce testament son successeur sous le titre d' archevêque, et, dit le P. Longueval, c'est la première fois qu'on trouve dans un acte authentique cette qualité donnée à un métropolitain. Il exhorte pareillement les religieuses à rendre à son successeur le respect et l'obéissance dus à sa dignité. Il écrivit aussi quelque temps avant sa mort des lettres pour recommander ce monastère aux magistrats et aux principaux citoyens d'Arles.

La Vie de saint Césaire fut écrite en deux livres peu de temps après son décès. Saint Cyprien, évêque de Toulon, est l'auteur du premier qu'il dédia à l'abbesse Césarie; deux évêques, Tirmin et Vivenlius y eurent aussi part. Ils finissent ce livre par ces paroleé : Nous vous prions, vous, Messien prêtre, et vous É tienne diacre, qui avez été, dès votre jeunesse, au service de Césaire, d'ajouter votre quote-part à cet ouvrage. Messien et Étienne composèrent donc le second livre. Ces auteurs, témoins oculaires de ce qu'ils ont écrit , nous apprennent de la vie de saint Césaire , plusieurs circonstances qui méritent d'être rapportées, comme également propres à faire connaître de plus en

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plus les vertus de ce saint évêque , el divers usages de la discipline. Lorsque Césaire bénissait chaque année le saint chrême dans le baptistère , il s'y trouvait un grand nombre de jeunes enfants de l'un et de l'autre sexe, envoyés par leurs parents pour lui présenter des vases pleins d'huile ou d'eau , aOn qu'il les bénit : ce qui marque qu'on conservait de l'huile ou de l'eau bénite dans les maisons. Lorsqu'il était en voyage, un clerc portait toujours devant lui son bâton pastoral. Il se faisait lire l'Écriture sainte pendant ses repas , afin de donner à l'âme une nourriture plus nécessaire que celle que prenait le corps. Sous quelque prétexte que ce fût, il ne souffrit jamais que les femmes entrassent dans la maison épiscopale. Il n'ordonnait pas de diacres , s'ils n'avaient lu quatre fois l'Ancien et le Nouveau Testament, tant il était persuadé que la connaissance des saintes Écritures est nécessaire à un ecclésiastique. Il voulait qu'après avoir reçu la bénédiction nuptiale , les nouveaux époux gardassent trois jours la continence , et avait surtout grand soin que personne ne mourût sans avoir reçu les derniers sacrements. Quand il ne pouvait prêcher, il faisait réciter ses homélies par quelqu'un de ses prêtres ou de ses diacres , et il les envoyait aux évêques, afin qu'ils les fissent lire dans leurs églises ^ s'ils ne pouvaient prêcher eux-mêmes.

Il nous reste plusieurs de ces homélies qui nous donnent une plus grande idée du zèle de saint Césaire que de son éloquence. Elles sont instructives, pleines de sentiments de piété, mais d'un style simple et populaire. On s'aperçoit que le prédicateur cherche plutôt la conversion de ses auditeurs que leurs suffrages. Les défauts qu'il remarquait dans son peuple , faisaient la matière de ses instructions morales. Il recommande souvent la modestie dans les temples, l'attention dans les prières, la dévotion dans la psalmodie. « Il ne suffit pas, dit-il, de prendre plaisir à la beauté du chant, il faut entrer dans les sentiments des psaumes qu'on récite, et former intérieurement les actes des vertus qui y sont exprimées. «• Il se plaint de ceux qui venaient tard à l'office du matin ou qui se dispensaient d'assister au sermon , quoiqu'il ne fût communément que d'une demiheure, ou qui se tenaient droits comme des colonnes quand le ^diacre avertissait de se mettre à genoux. Il dit qu'un sermon est comme un miroir où chacun doit voir ses défauts, sans se fâcher contre le prédicateur, de même qu'une femme consultant son miroir, ne le casse point, parce qu'il lui a montré quelque

tache sur son visage ou quelque chose de disgracieux dans sa toilette.

Le saint évôque entre dans un grand détail sur les superstitions, auxquelles s'adonnait encore le peuple. On dansait devant les églises, on jetait de grands cris pendant l'éclipsé de la lune comme pour la défendre, on acquittait des vœux aux arbres et aux fontaines, on chômait le jeudi en l'honneur de Jupiter; on avait recours aux devins dans les maladies, et Ton portait sur soi certains talismans pour recouvrer la santé. Saint Césaire dit que, quand quelqu'un est malade, il doit recevoir le corps et le sang de Jésus-Christ, et ensuite l'onction des infirmes pour la guérison du corps et de l'âme. On voit ici qu'on donnait alors le Viatique avant l'Extrême-Onction. On attribue à saint Césaire un sermon sur les superstitions auxquelles les payens et quelques chrétiens se livraient au commencement de janvier. Le saint prélat y déplore l'aveuglement de tous ceux qui , en ces jours, prenaient des figures obscènes et monstrueuses, et couraient les rues déguisés en bétes ou en femmes, comme les idolâtres. Telle est l'origine honteuse des mascarades qu'on fait encore à peu près de nos jours dans le môme temps.

Saint Gésaire a plusieurs homélies sur la pénitence, sur l'ivrognerie et contre ceux qui sortent de la messe avant la fin. Il y remarque que ceux que l'on mettait en pénitence publique recevaient un cilice, ne buvaient pas de vin , et ne mangeaient pas de viande, si ce n'est en cas de maladie. En parlant contre Pivrognerie , il déclame avec force contre l'abus qui s'était introduit de boire plusieurs coups à la fin du repas en l'honneur des anges et des saints. Il témoigne qu'il était pénétré de la plus vive douleur quand il voyait quelqu'un sortir de la messe avant la fin , et il dit à ses auditeurs qu'il les prie de demeurer seulement une heure ou deux dans l'église. Dans les commencements de son épiscopat, plusieurs l'écoutaient avec répugnance et sortaient de la messe après l'Évangile pour ne pas entendre le sermon. Afin d'empêcher ce désordre, il fut souvent contraint de faire en ce moment fermer les portes. Mais dans la suite, l'estime et le respect que l'on avait couçus pour l'orateur retenaient assez ses auditeurs.

On conserve dans les archives de Notre-Dame la Major à Arles, quelques précieuses reliques de saint Césaire, notamment deux pallium , une tunique de laine d'un roux fauve, une ceinture de cuir noir sur laquelle est piqué en lettres grecques très-allongées

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le monogramme du Christ, accosté de l'Alpha et de l'Oméga, enfin des sandales en cuir grenu. Outre ces vénérables reliques, il en est quelques autres d'une authenticité douteuse, mais que cependant on conserve avec le plus grand respect.

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