PROTAIS (vers
Protais était, en qualité de vidame, chargé des affaires temporelles de l'Église d'Arles, lorsqu'après le décès de Pience, ses
LA Fit AN CE PONTIFICALE.
qualités et son mérite le firent appeler par le clergé et le peuple de l'Église d'Aix à succéder à ce prélat.
Lorsque le pape saint Grégoire envoya à la tête d'une troupe apostolique le prêtre Augustin prêcher la foi en Angleterre, les missionnaires abordèrent à Marseille où ils saluèrent l'évêque Serenus pour lequel ils avaient des lettres. Une autre lettre de Grégoire était adressée à Virgile, métropolitain d'Arles, légat du Saint-Siège dans les Gaules. Mais ici se rencontre un incident remarquable qui n'est pas bien éclairci par les Epîtres de Grégoire dont plusieurs manquent probablement au recueil. Il est certain qu'arrivés dans les Gaules où, selon les vues du Pape, Augustin et ses compagnons devaient trouver pour leur mission difficile des conseils et des secours , un profond découragement au contraire s'empara d'eux. On leur fit entrevoir des obstacles impossibles à surmonter, et on leur persuada de ne pas aller plus loin. Il fut décidé qu'Augustin retournerait à Rome pour instruire le Pape et prendre ses ordres pour la retraite des missionnaires. Mais Grégoire n était pas homme à se laisser facilement intimider : il fut inflexible, et Augustin revint bientôt vers ses compagnons avec une lettre pour eux du souverain Pontife, qui les pressait vivement de continuer leur route et de ne pas déserter une si glorieuse entreprise.
Augustin, à son retour de Rome, apportait aussi des lettres pour Protais, évêque d'Aix, et pour Étienne, abbé de Lérins. Ces lettres supposent que les missionnaires les avaient vus quand ils s'arrêtèrent découragés, et l'on en a conclu que ce furent les représentations de Protais et d'Étienne qui les effrayèrent, que ces deux personnages n'étaient point favorables au voyage d'Angleterre , et que c'est à Aix que les compagnons d'Augustin attendirent le résultat des observations que celui-ci était allé présenter au Pape en leur nom. Ce qui a semblé à Fleury (Hist. eccl., liv. 35, paragr. 46), entre autres, une raison de penser ainsi, c'est que Grégoire, en leur écrivant par le retour d'Augustin, ne dit pas un mot de ce grand objet de la mission qui cependant le préoccupait si vivement, et pour lequel il ne manque pas de demander appui à tous ceux à qui il s'adresse et qui peuvent le lui prêter. Toutefois, il nous a paru, après avoir bien examiné toutes les circonstances du fait, qu'il était possible de laver l'évêque d'Aix et l'abbé de Lérins du reproche qu'on leur impute. D'abord , ce reproche ne se trouve dans aucun des biographes de saint Grégoire. Geux-
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ci disent seulement qu'après quelques jours de marche, les missionnaires sentirent tout-à-coup leur courage ébranlé et regardèrent en arrière (Vita Greg. papœ. Saint Jean Diacre, livre II, 33. Bède, Hist. lib. 1, cap. 23).
Les lettres apportées par Augustin à l'évêque Protais et à l'abbé Étienne autorisent sans doute à penser que ce fut dans la Provence que les missionnaires se trouvèrent découragés, mais rien n'y indique le lieu où ils s'arrêtèrent. Il semblerait môme assez raisonnable de penser que ce fut plutôt à Lérins qu'à Aix, qu'ils attendirent le retour de leur abbé et les ordres du Pape. Un monastère offrait sans doute à une troupe de religieux une résidence plus convenable qu'une ville. Pour ce qui est de la conséquence qu'on veut tirer du silence de Grégoire à l'égard de la mission , dans les lettres qu'Augustin apporte de Rome à son second voyage , il est impossible d'en rien conclure avec quelque fondement contre Protais ou contre Étienne. On doit penser d'abord, et c'est le plus probable, que des lettres de recommandation leur avaient été déjà adressées comme à tous les personnages importants que les missionnaires devaient rencontrer sur leur route , et que Grégoire ne jugea pas à propos de revenir sur ce qu'il avait déjà dit. Il est vrai que ces premières lettres manquent daus le recueil, mais il y a apparence que ce recueil n'est pas complçt. 11 n'en contient pas, par exemple, pour Ethère, métropolitain de Lyon, dont les missionnaires devaient nécessairement traverser la ville, et à qui, sans aucun doute, Grégoire dut les recommander. Il faut dire ensuite qu'en lisant les lettres , on sent à chaque ligne l'estime qu'avait le souverain Pontife, soit pour l'évôque d'Aix, soit pour l'abbé de Lérins. Il charge môme Protais, dont il vante rattachement au Siège Apostolique, le zèle pour la vérité et le dévouement à sa personne, de reprendre Virgile d'Arles qui retenait certains fonds perçus par ses prédécesseurs , provenant des donations faites au Saint-Siège par divers particuliers , et formant ce qu'on appelait en Provence le patrimoine de saint Pierre. Protais en avait une parfaite connaissance, puisqu'il avait à cette époque rempli les fonctions de vidame ou de majordome dans l'Église d'Arles.
Grégoire dit à l'abbé de Lérins : « Le récit que nous a fait Augustin, serviteur de Dieu et porteur de cette lettre, de votre vigilance et de l'union admirable qui règne dans votre maison , nous a comblé de joie. Et parce que le bon exemple des chefs
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est la plus sûre règle de conduite pour les inférieurs, nous supplions le Seigneur tout-puissant d'allumer toujours plus en vous par sa grâce l'amour du bien. » {EpiPre 56, livre 5, 1551). Grégoire n'aurait pas parlé ainsi à des hommes dont il aurait eu à se plaindre ; jamais il n'aurait donné de pareilles louanges à ceux dont les mauvais discours avaient failli faire avorter sa glorieuse entreprise : cette œuvre de Dieu qui lui tenait tant à cœur.
On lit le nom de l'évôque Protais sur un fragment d'un privilège que souscrivirent un grand nombre de prélats qui vécurent jusqu'au milieu du VIIe siècle. Ce privilège fut accordé en faveur de saint Faron, évôque de Meaux, et peut-être pour l'abbaye qu'il fonda vers 628 sous le titre de Sainte-Croix, et qui, plus tard , a pris son nom. Mabillon a publié ce fragment au tome IV de ses Annales, dans l'appendice , page 752.
Après Protais , deux siècles entiers se passent sans que l'histoire mentionne le nom d'un évôque d'Aix ; Bouche n'a point été arrêté par cette lacune, et il la remplit par les noms de plusieurs évôques, noms complètement imaginaires, et qu'il ne peut appuyer de la plus légère preuve. Il fixe à l'an 602 la mort de Protais , et lui donne immédiatement pour successeurs en 602 , Jean I«; en 618, Nicet ou Nizier; en 640, Everard; en 648, Pierre I<*; en 670, Valens I«; en 685, Pacatus; en 699, Arige; en 710, Jean II; en 736, Paschase; en 770, Nicolin; en 792; Georges; en 800, Valentin; en 810 , Pierre II; en 840, Odolric; en 870, Ratbert ou Robert; en 903, Félicien; en 956, Israël; en 966*, Sylvestre; en 978, Aufîde; en 986, Paulin; et en 1002, Amaury. Nous ne pousserons pas plus loin cette liste hypothétique; quelque estimable que puisse être l'historien provençal , il n'est point possible d'admettre la série qu'il donne des archevêques d'Aix en son ouvrage, puisque non content de ne citer que des noms et des dates, il ne prend môme pas la peine de mentionner la source qui les lui a fournis. Ce catalogue des évôques d'Aix n'est pas du reste l'œuvre d'Honoré Bouche; il est dû à un religieux Augustin, né à Toulouse, et mort à Aix sous le nom de P. Jean-Jacques. La lacune qu'on trouve dans la liste des évôques d'Aix ne doit point surprendre, les autres Églises de la Provence ont aussi à cette époque des catalogues incomplets. C'est une des conséquences de l'invasion des Sarrasins et des guerres qui, pendant plus de deux siècles, désolèrent la Provence et les royaumes voisins.
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