‹ La France pontificaleChapitre 138 sur 148 · JEAN II · texte numérisé non relu

JEAN II

Lupon, que les dyptiques de Mabillon et Saxi qui les a suivis, placent après Élifant, ne fut jamais archevêque d'Arles. Ce dernier eut pour successeur à une époque qu'on ne saurait déterminer d'une manière précise, Jean, à qui Charlemagne donna le corps entier de saint Lucien, martyr, que ses ambassadeurs avaient obtenu du kalife Aroun al Raschid. Jean exposa ces précieuses reliques à la vénération publique dans l'église de Notre-Dame de la Minerve, qui dès lors, prit le nom de cet illustre prêtre d'Antioche. Ce sanctuaire, situé sur la place actuelle des Hommes , et que le malheur des temps a livré à un usage profane, était certainement un des premiers édifices chrétiens de la ville d'Arles.

En 811, l'empereur Charlemagne, au témoignage d'Eginhart, son biographe et peut-être son gendre , fit un testament pour disposer des trésors de son épargne en faveur des pauvres et des Églises. Ce testament fut signé de sept archevêques au nombre desquels est Jean d'Arles, de quatre évéques, de quatre abbés et de plusieurs comtes ou seigneurs. L'année suivante, ce

4 Hugues du Tems a traduit ecclesia Albensium, par Alby, au lieu d'Albe. Albe est une ville dont on voit encore les restes à Aps , dans le Vivarais, et qui , à l'époque romaine , se nommait Alba Augusta ou Alba Helviorum. Après sa destruction, on transféra son siège épiscopal à Viviers.

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même prince, ainsi que nous rapprend une de ses ordonnances pour les Espagnols qui demeuraient sur les terres de France, en deçà du Lobregat, le nomma commissaire impérial dans cette contrée. Â cette époque, il avait déjà adressé à tous les métropolitains de son vaste empire, une lettre circulaire pour les prier de lui faire savoir comment eux et leurs suflfragants instruisaient le clergé et le peuple relativement au baptême et aux cérémonies qui précèdent et accompagnent ce sacrement. Cette lettre occasionna plusieurs traités théologiques , notamment un traité fort savant, dû à Théodulphe, évôque d'Orléans. Deux ans après, il assembla à Aix-la-Chapelle un parlement où il fut arrêté que l'on tiendrait cinq conciles dans les principales métropoles de ses États, à Arles, à Mayence, à Reims, à Tours et à Châlon-sur-Saône pour la métropole de Lyon , et que les décrets lui en seraient remis. Ces cinq conciles se tinrent en cette même année 813.

Celui d'Arles, le 8e de ceux qui se réunirent dans cette ville, s'assembla le 31 mai dans la basilique de Saint-Étienne. Les évêques, au nombre de vingt-six, y ayant pris rang selon leur ancienneté dans l'épiscopat , commencèrent par faire des prières pour l'empereur. Jean, archevêque d'Arles, et Nebride, archevêque de Narbonne, qui se qualifient envoyés de leur trèsglorieux et très-pieux prince, sê levèrent du milieu de l'assemblée, et déclarèrent que puisque l'empereur montrait tant de zèle pour la religion et faisait tant de libéralités aux églises , il était juste qu'en reconnaissance, le concile ordonnât que chaque jour on fit des prières et qu'on offrît le saint sacrifice de la messe dans toutes les églises pour le prince et pour la famille impériale. Le concile y consentit et en fit un décret. Le lendemain , avant de traiter de la discipline , on agita quelques questions concernant le dogme, et l'on prit des mesures pour conserver la pureté de la foi. Après huit jours de délibérations , les Pères adoptèrent vingt-six canons dont voici le sommaire :

Le 1er contient une profession de foi , avec l'addition ex Pâtre et Filio.

Le 2« ordonne aux évêques, aux prêtres, aux abbés et aux moines de célébrer la messe et de réciter des litanies pour l'empereur Charles et pour sa famille.

Le 3« porte que chaque archevêque exhortera ses suffragants à se mettre en état, par l'étude de l'Écriture sainte, de bien instruire les prêtres et les peuples des cérémonies du bap-

tême et de tous les mystères de la foi, parce que l'ignorance étant la mère de toutes les erreurs, elle ne doit pas se trouver dans les prêtres qui sont chargés de l'instruction des autres. Il faut donc qu'ils sachent et l'Écriture sainte et les canons , et que tandis qu'ils enseignent les peuples, ils les édifient par leur bonne conduite.

Le 4« et le 5« portent que les laïques, c'est-à-dire , les patrons ne pourront chasser des églises les curés, à qui les évôques en auront confié le soin, ni en nommer d'autres, sans une sentence rendue par leur propre évéque, et qu'ils ne pourront non plus exiger de présents, pour donner à des prêtres l'administration de quelques églises, parce qu'il arrive souvent que la cupidité des laïques les engage à présenter des ministres indignes des fonctions sacerdotales.

Le 6e canon veut que chaque évêque veille avec soin sur la conduite des chanoines et des moines.

Le 7« ordonne qu'on ne laissera entrer dans les monastères de filles que des personnes d'un âge avancé , d'une vertu non suspecte , et pour des choses nécessaires. Les prêtres qui iront y célébrer la messe en sortiront aussitôt qu'elle sera finie, et aucun clerc ni moine jeune n'aura accès dans ces monastères , si ce n'est à raison de proche parenté. On voit par ce canon que les églises des religieuses étaient alors encore dans l'intérieur de leurs monastères.

Le 8e canon porte que dans les communautés de chanoines, de moines ou de religieuses, on ne recevra que le nombre de personnes que la maison pourra sans inconvénient entretenir.

Le 9e ordonne que chacun offrira à Dieu les dîmes et les prémices de son propre travail.

Le 10«, que l'on doit prêcher la parole de Dieu non-seulement dans les cités , c'est-à-dire, dans les grandes villes, mais encore dans toutes les paroisses.

Le 11e, que Ton séparera tous ceux qui ont contracté des mariages incestueux, en leur faisant d'ailleurs subir la peine portée par les anciens canons.

Le 12« et le 13« recommandent à chacun de contribuer, suivant ses moyens, au maintien de la concorde et de la paix entre les évêques, les comtes, les clercs, les moines et tout le peuple. A cet effet, les comtes, les juges, et tout le peuple obéiront à l'évêque et agiront de concert pour l'administration de la justice.

Le 14« veut qu'en temps de famine, ou de quelque autre cala-

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mité fâcheuse, chacun, selon ses facultés, nourrisse ses pauvres.

Le 15e ordonne que les poids et les mesures soient partout égaux et justes.

Le 16e, que Ton ne tiendra point de marchés le jour du dimanche, qu'on n'y plaidera pas non plus, et que, s'abstenant de toutes œuvres serviles et de la campagne, chacun ne s'occupera que du culte de Dieu ou des choses qui y ont rapport.

Le 17«, que chaque évéque fera une fois Tannée la visite de son diocèse, et se regardera comme le protecteur du peuple et des pauvres. C'est pourquoi , s'il se trouve des juges ou autres personnes en place qui les oppriment, il commencera par des prières et des remontrances à les avertir, et s'ils ne se corrigent pas , il devra pour les réprimer, employer l'autorité du pouvoir royal.

Le 48e- canon ordonne que les prêtres garderont sous clé le saint chrême et ne le donneront à personne par forme de remède, parce que c'est un genre de sacrement qui ne doit être touché que par des prêtres.

Le 49e, que les parents doivent instruire leurs enfants, et les parraios leurs filleuls, ceux-là parce qu'ils les ont engendrés, et ceux-ci parce qu'ils ont répondu pour eux.

Le 20* conserve aux anciennes églises leurs dimes et les autres biens dont elles sont en possession.

Le 21 • veut que, pour ce qui regarde la sépulture des morts dans les églises, on s'en tienne aux ordonnances des anciens Pères.

Le 22« défend de tenir les plaids publics et séculiers dans les parvis des églises et dans les églises mêmes.

Le 23« porte que les personnes puissantes, telles que les comtes, les viguiers, les juges, les centeniers, etc., n'achèteront les biens des pauvres que publiquement en présence du comte et des principaux notables de la cité.

Le 24e ordonne à chaque évéque de veiller sur les prêtres et les diacres de son diocèse , d'obliger les clercs fugitifs à retourner vers leur propre évéque et à les rendre à ceux qui les réclameront.

Le 25e décide que si quelqu'un possède en bénéfice, c'est-àdire, en usufruit, les biens d'une église, non-seulement il contribuera aux réparations, mais encore à la construction d'une nouvelle église, s'il en est besoin.

Le 26e enfin décrète que ceux qui sont convaincus d'un crime

public, doivent en faire uoe pénitence publique, suivant les canons.

« Voilà, disent les évêques du concile , les articles de réforme que nous avons marqués en peu de mots, pour être présentés à l'empereur. Nous le prions, si quelque chose y manque, de l'ajouter, et si quelque autre ne convient pas, de la corriger, mais s'il y a dans ces articles des règlements sages et utiles , nous le conjurons de les faire exécuter. »

Louis le Débonnaire n'eut pas moins de confiance que son père en l'archevêque d'Arles. Lorsque le pape Étienne IV lui eut fait savoir son intention de venir visiter la France , Jean fut un des prélats que ce prince chargea, en août 816, d'aller au devant du souverain Pontife. Les deux autres étaient Hildebode, archevêque de Cologne, son archi-chapelain , et Théodulphe, évêque d'Orléans. Louis avait ordonné au roi d'Italie, Bernard son neveu d'accompagner Étienne, et lui-môme s'avança jusqu'à Reims pour y attendre le vicaire de Jésus- Christ. A la cérémonie du couronnement, le Pape avait pour premier assistant l'archevêque d'Arles qui prit part aux conférences tenues à Reims, et d'où sortirent d'utiles règlements que l'empereur fit publier pour la réforme du clergé et de la discipline monastique. En novembre suivant, Jean assista au concile d'Aix-la-Chapelle, et rentra immédiatement après dans son diocèse, où il mourut en 819, selon l'opinion la plus commune.

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