ROLLAND
Monté en 851 sur le siège primatial d'Arles, Rolland, que Gilles du Port qualifie de sainty présida avec Remi, archevêque de Lyon, et Agilmare , archevêque de Vienne, au concile qui se tint à Valence le 8 janvier 855 , pour faire le procès à Lambert, évêque de cette ville , accusé de plusieurs crimes. On y dressa ensuite plusieurs canons concernant la foi et la discipline. Ebbon, évêque de Grenoble, neveu d'Ebbon de Reims, profita de là réunion de ce concile pour y faire promulguer six articles sur la grâce , sur la prédestination, sur la mort de Jésus-Chris*
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et sur la liberté comme pour les opposer à quatre articles sur le même sujet dressés en mai 853 dans un concile tenu à Quierzy-sur-Oise. Quelques mois après, l'empereur Lothaire, qui se disposait à abdiquer la couronne pour aller finir ses jours dans la pénitence au monastère de Prum, voulut récompenser le zèle de Farchevêque d'Arles. Il lui donna donc l'abbaye de Gruas au diocèse de Viviers, et voulut que lui et ses successeurs eussent à l'avenir l'administration de ce monastère. C'est ce qui résulte d'une charte du roi Boson en faveur de cette communauté.
Lothaire, ûls de l'empereur, roi de cette partie de la France, qui, de son nom, s'est appelée la Lorraine (Lotharingie) ne craignit pas, au mépris des lois de l'Église, de répudier la reine Theutberge sa femme, et d'épouser solennellement, le 25 décembre 862, Valdrade, sa concubine. Le pape Nicolas I" or* donna immédiatement à ses légats de se rendre à Metz, d'y citer Lothaire devant un concile, et après l'avoir entendu, de rendre contre lui une sentence canonique. Les évôques n'eurent pas bonté de favoriser la passion royale. Rolland seul, comprenant la sainteté de son ministère, fit connaître au prince l'énormité de sa faute, et l'engagea à en faire pénitence. Déjà à cette époque, Rolland avait écrit au Pape pour l'assurer de son adhésion constante à ses décrets, et pour l'exhorter à ne rien relâcher de sa fermeté. Il le priait en même temps de le faire son vicaire dans les Gaules, à l'exemple de ses prédécesseurs qui avaient souvent accordé cette dignité aux archevêques d'Arles. Le Pape, par sa lettre du 12 mai 864, félicita Rolland de son attachement au Saint-Siège et lui fit espérer le vicariat; mais on n'a pas de preuve qu'il le lui ait accordé , ou s'il le lui accorda, il paraît que ce ne fut que pour le royaume de Provence. Dans cette même lettre, Nicolas déclare que Dieu a comblé Rolland de l'esprit d'humilité et des fleurs de toutes les vertus. Cette même année, l'archevêque d'Arles assista au concile de Pitres et y approuva une constitution faite en faveur de l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre.
Du temps de ce prélat, la Provence eut à souffrir des incursions des Normands qui semblaient ne mettre entre leurs courses sur les mêmes terres que l'intervalle nécessaire pour laisser réparer aux habitants leurs premières pertes , afin de trouver un plus riche butin. « En 859, disent les Annales de Saint-Bertin, les pirates danois, après avoir fait sur mer un long circuit,
naviguent entre l'Espagne et l'Afrique et entrent dans le Rhône avec leurs barques. Ils ravagent quelques villes et divers monastères, et s'installent dans nie delà Camargue. » En 860, les Danois, qui étaient restés aux embouchures du Rhône, se dirigent vers ntalie, s'emparent de Pise et de plusieurs autres villes, les pillent, et portent partout le ravage. » Les Sarrasins ne tardèrent pas à succéder aux Normands. « Rolland , dit le continuateur d'Aimoin (livre 5, chapitre 23), était en 869 dans l'Ile de la Camargue où l'abbaye de Saint-Césaire avait de grands biens, lorsque ces infidèles y abordèrent. A leur approche , il se retira précipitamment dans une espèce de château-fort qu'il avait fait élever à la hâte et qui ne put soutenir leur première attaque. Trois cents de ses gens qui s'y étaient enfermés pour le défendre, furent passés au fil de l'épée, lui seul fut retiré du carnage et conduit prisonnier sur les vaisseaux de ces barbares, où il mourut le 19 septembre 869. Les Artésiens apprirent l'enlèvement de leur pasteur, mais les Sarrasins se gardèrent bien de publier sa mort et de la faire connaître à ceux des habitants qui vinrent aussitôt pour traiter de sa rançon. Les musulmans exigèrent cent cinquante livres d'argent, cent cinquante casaques, autant d'épées et d'esclaves. Ayant revêtu le prélat de ses habits comme s'il eut été encore vivant, ils le placèrent sur un siège, dès qu'ils eurent touché le prix de sa délivrance , et dans cette attitude, ils le descendirent à terre avec toutes sortes de marques de respect, mais ils s'en retournèrent aussitôt sur leurs navires, pour jouir tranquillement de la surprise et de la douleur des habitants. L'une et l'autre furent extrêmes. Les Artésiens comprirent mieux que jamais combien ils étaient à plaindre, de se voir continuellement exposés à la perfidie et à la cruauté de ces barbares. »
La mort de Rolland, disent les auteurs de la Gallia chris- Hana, fut le juste châtiment de la violation du privilège que saint Césaire avait accordé à son monastère, parce que ce prélat avait interdit à ses successeurs de prétendre quelque droit sur les biens de cette abbaye. Les Bénédictins, à notre avis, ont dépassé la mesure, en ajoutant que Rolland les avait acquis par un pacte simoniaque , calomnie que le P. Longueval a répétée. Rolland avait réformé un monastère tombé dans Pindiscipline , c'était son droit et même son devoir. Du reste, saint Césaire n'avait-il pas expressément ordonné à ses successeurs dans ses dispositions testamentaires, de faire rentrer dans la mense de
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la cathédrale, les biens de son monastère, s'il venait à être détruit? C'est là la réflexion de l'abbé Bonnemant.