ROSTAING I
Rostaing , issu de l'une des meilleures familles de la Provence avait fait profession dans l'abbaye bénédictine d'Aniane, au diocèse de Maguelone, et était pourvu du prieuré de Gourdaignes qui en était une dépendance, au diocèse d'Usez, lorsqu'il devint, nous ne savons par quelle influence, archevêque de la sainte Église d'Arles. Le premier acte authentique où son nom figure avec ce titre est la donation d'une terre appelée de Gaujac (villa Gaudiacï), destinée à devenir paroisse, donation faite le 11 mars 871 par un certain Benoît et par Richilde, sa femme. Rostaing, et le prévôt Lèvent souscrivirent à cette charte. Trois ans après, l'archevêque apaisa comme arbitre un différend qui s'était élevé entre ce prévôt et le curé d'Ucbaud (presbyter Ugimsis\ en faisant remise à ce dernier de la redevance qu'il devait acquitter aux mains du prévôt, pour son église que les Sarrasins avaient détruite.
L'archevêque d'Arles se trouva au concile tenu en 875 à Saint-Marcel de Châlon, pour le sacre d'Adalgaire, élu à l'évêché d'Autun , et y confirma avec les évôques présents la fondation de l'abbaye de Tournus et les biens qui lui avaient été donnés pour la doter. Il approuva également un privilège accordé par Robert, évêque de Valence à l'abbaye de Saint- Étienne de Gharlieu , qu'il venait de fonder dans le diocèse de Mâcon , avec Eudrade ou Édouard son frère. Au mois de juin 876 , suivant le P. Longueval et les auteurs de la Gallia christiana , d'accord avec les actes du concile de Pontbion qui portent la souscription de Rostaing, ce prélat assista à cette assemblée' qui lut présidée par Jean, évêque de Toscanella, et par Pierre, évêque de Fossombrone , légats du Saint-Siège. Bonnemant, sans en apporter les raisons, contredit cette assertion, mais nous ne voyons pas comment il pourrait détruire un fait attesté par les actes mêmes du concile.
La mort de Charles le Chauve, empoisonné le 6 octobre 877, laissait ritalie sans défense. Le pape Jean, qui n'avait pas moins à se plaindre des violences de quelques seigneurs italiens que des ravages des Sarrasins , excommunia les comtes Lambert et Adalbert, et pour se dérober à leurs persécutions, il prit le
parti de passer en France. Le souverain Pontife arriva à Arles le 1 1 mai 878 , jour de la Pentecôte. Rostaing , le prince Boson et Hermen garde sa femme, fille de l'empereur Louis, le reçurent avec les plus grands honneurs. Il accorda à l'archevêque , nonseulement le pallium , mais la qualité de vicaire apostolique dans les Gaules, avec les mêmes privilèges qu'avaient eus ses prédécesseurs. Pendant son séjour à Arles, il députa au roi Louis alors à Tours, et le pria de venir au devant de lui, s'il pouvait le faire sans inconvénient. Ce prince , convalescent encore d'une dangereuse maladie, se contenta d'envoyer plusieurs évêques au devant du Pape qu'il pria de s'avancer jusqu'à Troyes. Il ordonna toutefois que Sa Sainteté fût défrayée sur sa route par les prélats dont il traverserait les diocèses.
Dès que Léon, abbé de Saint-Gilles, eut appris l'arrivée du Pape à Arles, il vint lui porter ses plaintes contre Gilbert, évêque de Nîmes , qui , en vertu de quelques prétendues donations faites par les rois de France à son Église , s'était emparé de son monastère. Le Pape cita l'évêque qui produisit ses titres. Jean les fit examiner par Rostaing, assisté de Ratbert ou Robert de Valence , de Lituin de Marseille et de Jectaire de Viviers. Ces prélats déclarèrent insuffisants les titres sur lesquels s'appuyait l'évêque de Nîmes, et en conséquence, ils le condamnèrent à restituer le monastère de Saint-Gilles et à payer une amende.
Après avoir terminé cette affaire, le Pape se mit en chemin pour se rendre à Troyes, et Rostaing l'accompagna pendant ce voyage. Il assista au concile national qui s'ouvrit dans cette ville le 11 août 878, et dans la seconde session, Rostaing présenta au concile un mémoire contre les évêques et les prêtres qui passaient d'une église à une autre, et contre les maris qui quittaient leurs femmes pour en épouser d'autres de leur vivant. Hincmar, archevêque de Reims , répondant au nom de l'assemblée, demanda du temps pour produire ce que les canons prescrivaient à ce sujet. Un différend s'était élevé entre Ratfred , évêque d'Avignon, et Valafrid, évêque d'Usez, relativement à une terre que ce dernier disait lui avoir été enlevée par l'évêque d'Avignon. Le concile s'en occupa dans la troisième session, et comme Ratfred était absent de l'assemblée, bien qu'il se trouvât en ce moment même à Troyes , on confia à Rostaing et à Sigebode de Narbonne le soin de terminer cette affaire.
De retour dans son diocèse , Rostaing y favorisa les projets
ARCHIDIOCÈSE D'ARLES. 509
ambitieux de Boson, duc de Provence, pressé par Ermengarde, sa femme, de se faire déclarer roi. Boson, secondé par la mort imprévue du roi Louis-le-Bègue arrivée le 2 avril 879, convoqua à cet effet une assemblée de prélats et de seigneurs laïques qui se réunirent à Mantaille, le 15 octobre de cette année, et y proclamèrent Boson roi de Provence ou d'Arles. La signature de Rostaing se trouve la cinquième parmi celles des six archevêques présents , et elle est conçue en ces termes : Rostaing , archevêque d'Arles , primat de Bourgogne. » (Rostagnus , archiepiscopus Ârelatensis, Burgundiae primas), Boson, qui vint alors faire sa résidence à Arles, y confirma, en faveur de Rostaing et des archevêques ses successeurs , les donations impériales ou royales de l'abbaye de Cruas et de quelques autres bénéfices, qui leur avaient été faites précédemment.
En 882, les évêques de la province d'Arles consultèrent le pape Jean sur un cas assez singulier. Un prêtre s'étant trouvé au milieu d'une dispute, avec un de ses frères, un homme vigoureux et fort le prit et le jeta si rudement sur son frère , que ce dernier, renversé du coup , en mourut presque instantanément. Les évêques déclarèrent le prêtre suspendu de ses fonctions, mais comme l'homicide était entièrement involontaire , ils prièrent le Pape de décider si on pouvait le rétablir. Jean VIII renvoya l'affaire sur les lieux mêmes, et chargea Rostaing de la juger avec six de ses sufFragants ou six évêques voisins. Nous n'en connaissons pas le résultat. Rostaing fut présent à un concile tenu dans un petit village situé sur les limites des diocèses de Nîmes et de Maguelone , appelé Notre- Dame du Port. Réuni le 17 novembre 887 par saint Théodard, archevêque de Narbonne, ce concile prononça la déposition d'Ermemire, évêque intrus de Girone. Nous retrouvons de nouveau Rostaing au concile célébré en 890 à Valence pour le couronnement du prince Louis, fils de Boson.
Rostaing fit en juin 897 un testament où signèrent comme témoins Bernard, évêque de Gavaillon, onze prêtres et un moine aussi prêtre, appelé Robert. Par cet acte, il donna à l'abbaye de Saint-Césaire, pour réparer autant que possible les dommages que lui avaient causés les Sarrasins, une terre considérable située dans la Camargue. L'année suivante, le roi Louis, fils de Boson, concéda un domaine au prévôt Régimond. L'empereur Louis confirma cette donation en 904. Il est encore fait mention de Rostaing dans un cartulaire de l'église cathédrale d'Arles à
la date de 902; son nom s'y trouve dans un acte d'accord fait par lui relativement à quelques flefs avec une pieuse dame appelée Eldegarde, du consentement de la communauté de Féglise de Saint-Étienne. Les archives de l'abbaye de Saint- Victor de Marseille constatent qu'à la prière de Rostaing et du comte Tuitberg, l'empereur Louis restitua à Magne, abbé de ce monastère, le Ûef du Pin à Arles, ou le lui concéda d'une manière déûnitive avec les salines et les pêcheries par lettres du 21 avril 904.
Vers le mois de juillet 912, après l'assassinat commis sur la personne d'Arnuste, archevêque de Narbonne, le clergé et le peuple de cette ville , crurent agir sagement en prenant conseil de Rostaing pour le choix du successeur qu'ils devaient donner à leur pasteur défunt. Rostaing vint à Agde avant le jour fixé pour l'élection, et n'attendant pas la réunion générale des suflfragants de cette métropole, il nomma à l'archevêché, de concert avec Amélius, évêque d'Usez, un certain Gérard , neveu de ce dernier, et chapelain de Hugues, fils de Berlhe, alors célèbre par son influence sur le Pape. Il arriva ensuite à Narbonne pour expulser du siège Agius , abbé de Vabres , canoniquement élu par les évêques suffragants, et lui substituer Gérard. Ce dernier se disposait à se rendre à Rome pour soutenir la validité de son élection auprès de Jean X, mais au milieu de de tous ces débats , et en 913 , Rostaing termina ses jours.