ICTIER
Il nous semble fort difficile de préciser en quelle année commença l'épiscopat d'Ictier ou Itier. Chifflet, dans son Histoire de Tournas, rapporte une charte de Burchard I«r, archevêque de Lyon, qui, le 15 août 949, conflrme l'élection de Badin, abbé de Savigny, et accorde aux religieux de ce monastère le privilège d'élire eux-mêmes leur abbé, se réservant toutefois, pour lui et ses successeurs, l'hommage de l'abbaye. Cette charte, après la signature de Burchard , porte celle d'Ictier, archevêque d'Arles. Cette signature d'Ictier paraîtrait improbable si nous n'avions pas plusieurs exemples d'approbation postérieure au titre signé. Bien qu'il nous semble assuré qu'Ictier monta sur le siège d'Arles en 962 ou 963 au plus tard , son nom ne paraît qu'en 966. Il Ogure sur un litre authentique du chapitre d'Arles, où Sylvestre, archevêque d'Aix, se trouve nommé avec six de ses suffragants , sous la primatie d'Ictier. Ce titre est une lettre adressée cette année par le pape Jean XIII aux métropolitains d'Arles, de Vienne, de Narbonne et d'Aix et à leurs suffragants. Le pape Jean XIII gémit dans cette lettre du lamentable état de l'Église d'Arles, la principale et la tête de toutes les autres É g lises , la seconde après le Saint-Siège de Rome. Il voudrait qu'elle reprit son antique éclat, et appelle la colère céleste sur les ennemis de cette Église. Les auteurs de la Gallia christiana nova semblent révoquer en doute l'authenticité de cette lettre, qui non-seulement présente un style bien différent de celui des autres lettres du même pape, mais encore s'écarte en quelquesuns de ces passages de la gravité des pontifes romains.
Quoi qu'il en soit, Ictier flgure cette même année comme témoin dans une transaction conclue entre les abbés Garnier et Guigues. Le 20 décembre 968, du consentement du chapitre de Saint-Étienne , il accorda à Teutbert, son féal, diverses terres dépendantes du prieuré de Notre-Dame de Gourdaignes, au diocèse d'Usez,et appartenant à la mense capitulaire. Le Ie'
mars 969, il approuva un acte d'échange fait par ses chanoines avec Boson et sa femme Fulcoare. Ictier visita , en septembre 970, le monastère de Cruas, pour y voir comment l'abbé Abraham et les moines qui y servaient Dieu avec lui, remplissaient les fonctions du culte et exécutaient leur règle. Cette visite nous apprend que bien que soumis aux archevêques d'Arles , qui y exerçaient un droit d'inspection, ce monastère était administré cependant par des abbés particuliers. Il s'arrêta à Vaison pour y donner à l'évêque Humbert et à son frère quelques terres situées dans le comté d'Orange. Humbert, alors évêque de Vaison, était en même temps prévôt de l'Église d'Arles. Nous voyons enfin Ictier, par un acte du 19 juillet 973, permettre à la pieuse Teucinde et à Riculfe , évêque de Fréjus , son neveu, de reconstruire et de relever de ses ruines l'église de Saint-Hippolyte en Crau.
Ictier se démit de son archevêché en 978 ou l'année suivante ; il n'en conserva pas moins le titre d'archevêque d'Arles , ainsi qu'il résulte de l'acte par lequel Airard, évêque de Carpentras, fonda le 1er mars 982, dans son église cathédrale, douze chanoines et seize clercs pour célébrer l'office divin. Ictier approuva cet acte, et, en 985, il échangea avec les chanoines de Saint- Étienne divers biens situés au territoire d'Argence. Suivant les historiens les plus recommandables , la mort de ce prélat arriva le vendredi 18 décembre de cette même année.