PONS DE MARIGNANE
Fils de Francon, chevalier, seigneur de Marignane, et de Gatla dont on ne connaît point la famille, Pons fut élevé dans l'abbaye de Saint- Victor de Marseille, et suivant les frères de Sainte-Marthe , il prit l'habit religieux dans ce monastère. Les Bénédictins qui ont donné la dernière édition de la Gallia christiana pensent au contraire que Pons ne se fit moine qu'en se démettant de l'archevêché d'Arles, pour se placer sous la conduite de saint Isarn , abbé de Saint- Victor, qui mourut le 24 septembre 1048. Le P. Longueval suit l'opinion des frères de Sainte-Marthe , et ajoute que tiré du cloître pour monter sur le siège d'Arles, Pons fit honneur à sa dignité par sa piété et par sa noblesse, et que dans ce haut rang, il ne perdit ni l'amour de l'humilité, ni le goût de la solitude.
Installé en 994, Pons reçut Tannée suivante l'hommage de Bernard, évêque d'Antibes, et de Pierre, évêque d'Avignon. Vers l'an 1000, il consentit, ainsi que les chanoines de Saint-Étienne, à l'acquisition de quelques terres en Trébon, faite par le prévôt Pierre, qui, au préalable, en avait obtenu l'agrément de Guillaume II, comte d'Arles, et d'Adélaïde de Provence, non point femme , mais bien mère de ce même Guillaume , ainsi que le constate sa souscription aux lettres par lesquelles, en 1002, Robaud, comte de Forcalquier, abandonne à l'abbaye de Montmajour la ville de Pertuis. Cette môme annnée, Pons ratifia la donation que son père Francon fit de quelques fiefs à ce dernier monastère, auquel il laissa par testament divers biens situés à Marignane, Rians et Esparron, et où il voulut être inhumé. L'archevêque d'Arles approuva également, en 1005, une donation faite par Honoré, évêque de Marseille.
Après la mort de Teucinde et de son neveu Riculfe, évêque de Fréjus, qui jouissaient depuis 973 de l'église de Saint-Hippolyte en Crau , Pons avait transmis cette église à son père Francon , au lieu de la laisser à la mense de son chapitre à qui elle devait appartenir. Les chanoines réclamèrent leur privilège , et Pons alla à Rome pour soutenir ce qu'il croyait être son droit. Le pape Jean XVIII, à qui la question fut soumise , la décida en faveur du chapitre : l'église lui fut restituée le 21 janvier 1007. Pons, confirma en 1011 à l'Église d'Arles tout ce que lui avait donné son prédécesseur, ainsi que les donations faites par l'archevêque Annon, du consentement de Guillaume, comte et marquis de Provence, à l'abbaye de Saint-Césaire. En 10U, il approuva une charte de Pons de Marseille, évêque de cette ville, en faveur de l'abbaye de Saint-Victor.
Rambert, abbé de Montmajour, ayant entrepris la construction d'une nouvelle église pour son monastère sous l'invocation de la Sainte Vierge, commença le 30 mai 1016, une chapelle souterraine en l'honneur de la Sainte-Croix. Pons fit en faveur de cette œuvre un appel aux libéralités de ses diocésains; sa voix fut entendue, et des sommes considérables furent recueillies pour l'édification de cette basilique qu'admirent encore aujourd'hui les plus célèbres archéologues. Il dédia la chapelle de la Sainte-Croix le 19 avril 1019, et accorda des indulgences à tous ceux qui la visiteraient le jour de la dédicace, et quj contribueraient par leurs aumônes à la construction de l'église de la Vierge. Ces indulgences n'étaient que la rémission d'une
partie des peines canoniques marquées pour les divers péchés , et voici en quels termes Pons de Marignane s'exprime à cet égard en les publiant :
« Si c'est un pénitent qui ne puisse ni entrer dans l'église , ni recevoir le corps 3acré de Notre Seigneur, ni le baiser de paix, ni se couper les cheveux, ni se raser la barbe, qui ne puisse non plus porter de linge, ni être parrain, mais qui soit obligé de jeûner au pain et à l'eau le lundi, le mercredi et le vendredi , si ce pénitent visite cette église le jour de la dédicace ou y célèbre les saintes veilles de la nuit quelque autre jour de Tannée, et s'il donne quelque aumône pour la construction de l'église de la Vierge, qu'on bâtit actuellement sur la môme montagne ; que de la part de Notre Seigneur Jésus-Christ qui a été attaché pour nous à la croix et à qui celte église est dédiée, et aussi, de notre part, il soit absous pendant un an de la troisième partie des peines pour lesquelles la pénitence lui aura été imposée, et que , pendant cette môme année, il ait la permission d'entrer dans toutes les églises, de recevoir le corps sacré du Seigneur, de se couper les cheveux , de se raser la barbe , de porter du linge et d'être parrain , excepté pendant le carême et pendant les jeûnes de quatre-temps. S'il doit jeûner deux ou trois jours de la semaine, nous le dispensons d'un jour, s'il n'en doit jeûner qu'un, nous l'en dispensons, à condition cependant qu'il nourrira trois pauvres. »
Quant à ceux qui sont en pénitence pour des fautes moins graves , Pons de Marignane déclare qu'il leur remet la moitié de la pénitence qui leur a été imposée, et il détermine les aumônes qu'on doit faire pour la nouvelle église à deux ou trois deniers pour les pauvres, et à douze deniers au plus pour les riches. Il déclare que si ceux qui ont gagné cette indulgence d'un an, viennent à mourir dans l'année, ils sont absous de tous les péchés dont ils se sont confessés et pour lesquels ils ont reçu la pénitence. Ce Mandement de Pons de Marignane est un des plus anciens exemples des indulgences ou rémissions des peines canoniques accordées à ceux qui visiteront quelques églises et qui y feront quelques aumônes. Mabillon l'a publié dans le tome III de ses Annales , à l'année 1016 , page 26.
Pons fut un des prélats à qui le pape Benoît VIII écrivit le t«* septembre 1019, des lettres par lesquelles il leur ordonne de contraindre divers laïques, notamment Adélaïde, mère du comte Guillaume, mort l'année précédente et inhumé dans les
fondations de l'église de Montmajour, de restituer ainsi que Gerberge, sa veuve, au monastère de Cluny, les biens qu'ils avaient usurpés à cette abbaye, et de les excommunier s'ils se refusaient à la restitution. Avant d'abandonner son Église d'Arles pour les cloîtres de Saint- Victor de Marseille , Pons fit de grandes libéralités à ce monastère, et lui donna entre autres l'église de Saint-Hermès. Son église métropolitaine ne fut point non plus oubliée, ainsi que l'atteste la charte suivante, du 20 juin 1029.
« Moi, Pons, quoique indigne archevêque d'Arles, etc. Au souvenir des innombrables fautes que j'ai commises, plein de confiance en Dieu , et persuadé que le Seigneur de qui vient tout bien daignera me les pardonner, je donne à l'église de Saint- Étienne, premier marlyr, et de Saint-Trophime, confesseur du Christ, quelque chose de l'héritage qui, par la loi, m'est échu du chef de mes parents. Je confirme par ce présent acte la donation de cet alleu, situé dans le comté d'Arles. Cet alleu comprend le quart du village de Marignane, avec toutes les terres cultes et incultes qui lui appartiennent, avec les champs, etc. Je donne pareillement à la dite Église et aux chanoines qui y servent Dieu, à la condition que rien des revenus de cet alleu ne sera partagé entre les chanoines, mais que tout en sera possédé et dépensé pour la communauté. Si quelqu'un , etc. Cette donation a été faite à Arles le 12 des calendes de juillet de l'an de l'Incarnation 1029, le Seigneur régnant dans les siècles, ainsi soit-il. Pons archevêque, qui a fait écrire celte donation. »
Cette même année ou au commencement de 1030, Pons de Marignane renonça volontairement à la dignité archiépiscopale f et rentra dans sa cellule de l'abbaye de Saint-Victor, où il mourut le samedi 26 décembre 1030, suivant le Nécrologe de Montmajour.
Pons de Marignane avait pour armoiries : d'or, à deux pins entrelacés et passés deux fois en sautoir de sinople , fruités oVargent.