‹ La France pontificaleChapitre 2 sur 148 · SAINT MAXIMIN (an I" siècle · texte numérisé non relu

SAINT MAXIMIN (an I" siècle

Tous les historiens s'accordent à appeler saint Maximin le premier évôque d'Aix, mais ils diffèrent d'opinion quand il s'agit de déterminer son origine , ce qu'il a fait et l'époque a laquelle il a vécu. La tradition de l'Eglise d'Aix , qu'on ne saurait, il est vrai , appuyer sur des preuves authentiques, mais que Ton ne peut non plus infirmer, et dont il faut savoir tenir compte, porte qu'une persécution s'étant élevée à Jérusalem contre les disciples du Sauveur, saint Etienne ayant été lapidé, Maximin aborda miraculeusement sur les côtes de la Provence l'an 36 de notre ère, avec le Lazare, Marie-Madeleine, Marthe, Marcelle leur servante, et Chélidoine ou Sidoine. Les Juifs, en haine du nom de Jésus-Christ , les avaient exposés sur la Méditerranée dans une barque , sans voiles, saus mâts, sans rames et sans provisions. Dieu permit que tous ces saints abordassent heureusement à Marseille, d'où ils se répandirent dans les pays voisins pour y prêcher l'Evangile. Lazare établit l'Église de Marseille, Maximin jeta les fondements de l'Église d'Aix ; Marthe alla porter la foi à Tarascon, Madeleine, accoutumée à la contemplation , après quelques années de séjour à Marseille et à Aix, pénétra dans les montagnes désertes des environs, et y passa dans une grotte affreuse, appelée aujourd'hui la Sainte- Baume, le reste de sa vie pénitente.

Cette môme tradition ajoute que l'épiscopat de saint Maximin à Aix , dura quarante années , qu'il éleva dans un bois de pins auprès de la ville un autel qu'il consacra au Sauveur transfiguré, qu'il assista à la consécration d'un cimetière à Arles du temps de saint Trophime , qu'enfin il donna le viatique à sainte Marie-Madeleine et célébra les obsèques de cette illustre pénitente , de même qu'il s'était trouvé aux funérailles de sainte Marthe à Tarascon. Le corps de saint Maximin fut transporté de la ville d'Aix à celle qui porte son nom dans le même diocèse, et on l'y conservait dans l'église des Dominicains. En 4283,

Charles II, roi de Sicile et comte de Provence, avait donné à l'église métropolitaine de Saint-Sauveur d'Aix la mâchoire de saint Maximin et une portion du crâne de ce saint. En 1792 , un prêtre d'Aix, M. Jean-Paul Demilia, eut le bonheur de pouvoir soustraire ces précieuses reliques à la fureur des révolutionnaires, et avant de mourir, il les confia à dom Gros, religieux Chartreux. Le 13 mai 1820 , M*1, de Bausset-Roquefort en fit la reconnaissance juridique et les transféra solennellement dans son église métropolitaine. La fête de saint Maximin, disciple de Jésus-Christ, premier évôque d'Aix et patron du diocèse, se célèbre sous le rit double de première classe avec octave, le dimanche dans l'octave de l'Ascension. Celle de sa translation est fixée au 5* dimanche après la Pentecôte, sous le rit doublemajeur.

La tradition de Provence a été combattue par divers critiques modernes, notamment par le docteur Jean Launoi, dont la dissertation intitulée : Disquisitio disquisitionis de Magdalena Massiliensi advenâ, Paris, 1643, in-8°, fut condamnée par un arrôt du parlement d'Aix du 17 mars 1644, que justifia dans ses motifs Honoré Bouche, dans un écrit latin qui a pour titre : Vindicix fidei pietatis Provincix, Aix, 1644, in-8°. Un grand nombre d'écrits parurent alors pour ou contre cette tradition , et il serait infiniment trop long d'en présenter ici les titres et l'analyse.

Avant d'examiner les fondements sur lesquels repose le système de Launoi , on pourrait demander si le nombre et l'autorité des écrivains français qui l'ont suivi ne doivent pas dispenser de cette discussion un esprit sage et qui désire sincèrement de connaître la vérité. L'autorité de ces écrivains est, en effet , l'argument qui a fait le plus d'impression dans ces derniers temps; il est donc juste de satisfaire ici à une demande si légitime.

« D'abord si la question présente devait être décidée par voie d'autorité , il ne paraît pas qu'on dût se décider pour l'opinion de Launoi, malgré le mérite et le nombre de ses partisans. Outre qu'on pourrait opposer autorité à autorité, critique à critique; Pagi à Tillemont, Baronius à Baillet, le P. Alexandre à Fleury , le P. Lequien , dans VOriens christianus, à l'auteur du dernier Gallia christiana, le P. Sollier au P. Papebroc, Bouche à Papon, Trevet à Anquetin , Jansénius de Gand , Ménochius et autres à dom Calraet, on devrait convenir que, si en France , l'opinion de Launoi est devenue commune dans ces derniers temps,

ARCII1DI0CÈSE D'AIX.

l'autre est restée commune partout ailleurs; et qu'avant Launoi, elle était même universelle dans toute l'Eglise latine , comme les livres de Lefèvre, de Fischer et des autres en sont la preuve et le garant.

» Mais le nombre et l'autorité de ces critiques français sont bien moins considérables qu'on le pense, si Ton fait réflexion qu'ils ont tous embrassé cette opinion sans examen , les uns s'en étant rapportés à Launoi lui-même, et les autres à ceux qui l'avaient suivi avant eux. Tillemont , celui de nos critiques qui a contribué le plus à accréditer ce nouveau système, n'en dit rien que Launoi n'eût dit auparavant. Il le cite une multitude de fois sur cette matière, et dans son texte môme il renvoie le lecteur aux traités de cet écrivain qu'il nomme expressément. Fleury à son tour puise dans Launoi et dans Tillemont ce qu'il avance contre la tradition de Provence, Baillet et Papebroc citent pareillement Launoi pour garant, et enfin Châtelain , qui a formé l'opinion de tous nos liturgisles modernes , a lui-môme puisé la sienne propre dans les auteurs dont nous parlons. »

Voilà ce que dit le savant M. Faillon dans son remarquable ouvrage qui a pour titre : Monuments inédits sur l'apostolat de sainte Marie- Madeleine en Provence , et sur les autres apôtres de cette contrée, saint Lazare, saint Maximin , sainte Marthe , et les saintes Marie Jacobé et Salomé, Paris, Migne, 1848 , 2 vol. in-4°. La question y est traitée ex professo , et tout en convenant qu'elle n'y est pas encore à l'abri de toute critique, nous devons avouer que les discussions du vénérable Sulpicien ont ébranlé bien des convictions. C'est à cet ouvrage que nous nous plaisons à renvoyer sans entrer plus avant dans des débats que ne saurait comporter notre livre. Les continuateurs de Bollandus croient que saint Maximin pourrait bien être le môme que l'évôque d'Aix de ce nom qui florissait au VI« siècle. Ce qu'il y a de très-certain, c'est que dès le IIIe siècle , il y avait à Aix un évôque de ce nom.

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