‹ La France pontificaleChapitre 4 sur 148 · LAZARE (vers · texte numérisé non relu

LAZARE (vers

Lazare dont l'épiscopat est du commencement du Ve siècle est le premier évôque qu'on sache d'une manière précise avoir gouverné l'Église des Salyens ou d'Aix. Prêtre du clergé de Tours, il accusa de l'on ne sait quels crimes devant le concile de Turin, saint Brice, qui avait été élu pour succéder sur ce siège à l'illustre saint Martin. L'innocence de Brice fut reconnue et Lazare condamné comme calomniateur. La Gaule était alors en proie aux ravages des Barbares , des troubles s'étaient élevés dans ses principales provinces, et sous prétexte d'y remédier, les légions romaines qui servaient en Bretagne les avaient augmentés en proclamant empereur un certain Marc , ensuite un nommé Gratien, auxquels elles ôtèrent presque aussitôt, avec la vie, le diadème qu'elles leur avaient donné, pour le déférer à un simple soldat appelé Constantin (407). Son nom , qui parut d'un heureux augure , fit sa fortune. Quoique médiocrement préparé aux devoirs du rang suprême, Constantin comprit que pour éviter le sort de ses prédécesseurs il fallait occuper l'armée à des affaires sérieuses. Il passa donc en Gaule et débarqua à Boulogne. L'année même de son usurpation, il se vit entièrement le maître de cette grande province, et après plusieurs batailles , vint s'établir à Arles, où il créa césar son (Ils Constant, qu'il envoya conquérir l'Espagne.

Lazare s'était attaché au parti du nouveau tyran des Gaules, ainsi qu'un autre prêtre de Tours, nommé Héros, disciple de saint Martin. Tous deux avaient trouvé le moyen de s'insinuer dans les bonnes grâces de l'usurpateur qui les récompensa de leurs services en les faisant élever l'un et l'autre aux fonctions

de l'épiscopat. Pendant que Héros s'asseyait sur le siège d'Arles, Lazare, malgré le peuple et le clergé, s'emparait de celui d'Aix. Le pape Zozime, dans sa lettre aux évéquesde l'Afrique, des Gaules , des sept provinces et de l'Espagne , sous la date du 22 septembre 417 , nous apprend que Procule , évôque de Marseille , qui , cependant , avait condamné Lazare au concile de Turin, eut la faiblesse de l'ordonner évêque , manquant apparemment de courage pour s'opposer aux volontés du nouvel empereur. Ce Pape ajoute que Lazare monta sur le siège épiscopal , teint et fumant encore du sang de son prédécesseur : ce qui montre que l'évôque d'Aix avait été tué ou par les ordres du tyran Constantin ou dans quelque émeute des Barbares, peu religieux sur la foi des traités. Quoi qu'il en soit, Lazare aussi bien que Héros, ne jouit pas longtemps de son élévation , et il tomba avec le tyran qui était son appui et qui fut tué à Ravenne le 18 septembre 411.

Héros fut chassé par ses diocésains , et Lazare craignant le môme sort renonça de lui-môme au siège d'Aix. Tous deux quittèrent la Provence dont ils n'étaient point originaires, et se réfugièrent en Palestine, où ils servirent utilement la religion en présentant, le 20 décembre 415, au concile de Diospolis, un mémoire des erreurs qu'ils avaient trouvées en partie dans les écrits de Pélage , et en partie dans ceux de Célestius , disciple et compagnon de cet hérésiarque, mémoire qu'ils représentèrent aux évêques de la province de Carthage réunis en concile dans cette ville au mois de juin 416. Le pape Zozime , qui s'était laissé prévenir par Célestius, dit dans la lettre que nous avons citée cidessus que Lazare et Héros avaient été plusieurs fois excommuniés par le Saint-Siège, apparemment pour être entrés dans l'épiscopat par des voies peu canoniques. Il les traite môme de tourbillons et de tempêtes de l'Eglise, ce qui, dit un historien judicieux, n'empêche pas qu'ils ne l'aient bien servie contre les hérétiques : car Dieu se sert quelquefois des tempêtes pour perdre les méchants.

Saint Augustin, que son zèle contre le pélagianisme prévenait en faveur de tous ceux qui le combattaient, donne une idée plus avantageuse de Héros et de Lazare, et saint Prosper, dans sa Chronique , parle du premier de ces évêques comme d'un pieux prélat qui fut injustement chassé de son siège. Nous ne saurions prononcer entre des auteurs si respectables. Quand les jugements des hommes sont si différents, il vaut mieux attendre la mani-

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festation des jugements de Dieu. Il nous semble cependant qu'on doit tenir peu de compte des accusations portées contre Lazare par le papeZozime, puisque ce souverain Pontife s'était laissé prévenir contre ce prélat par Cèles tius.

Le P. Pagi croit que Lazare était de retour à Aix en 417, et qu'il y mourut on ne sait en quelle année, ayant mérité, par sa conduite , les éloges de la postérité.

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