GUILLAUME VI DAME ou VISCONTI
Guillaume Vidame (Vicedominus) ou Yisconti (Vicecomes), car on le trouve indifféremment nommé, naquit à Plaisance d'une famille illustre, et sa mère était sœur du pape Grégoire X, qui , on le sait , était de la même ville et d'une branche de la famille des Yisconti de Milan. Il suivit d'abord la carrière du barreau v y acquit une grande considération , et s'engagea dans les liens du mariage. Devenu veuf, il entra dans l'Ordre des Frères-Mineurs, après avoir pourvu à l'établissement de deux fils qu'il avait eus, et sa science autant que ses vertus ne tardèrent pas à lui faire prendre un rang distingué dans l'Eglise. Prévôt de l'Eglise de Grasse, il eut à traiter quelques affaires avec les officiers de Charles d'Anjou, comte de Provence, qui conçut pour son mérite une si grande estime, qu'il l'admit au nombre de ses conseillers, et à la mort de Parchevêque Philippe, il le fit élire , par le chapitre d'Aix , pour succéder à ce prélat.
Le pape Alexandre IV confirma la nomination de Guillaume par acte consistorial du 29 août 1257, et on le trouve souscrivant
le lendemain aux lettres par lesquelles Charles, comte de Provence, et Béatrix, sa femme , accordent ou confirment divers privilèges à la commune de Sisteron. Ces lettres, dont l'original se voit encore dans les archives de cette ville, ont été publiées par M. de Laplane , dans le tome 1er de son Histoire de Sistwon , page 456. Peu de jours après , l'archevêque d'Aix , en présence de Bertrand de Negrel , rendit hommage au comte et à la com- 1esse de Provence, pour le temporel de son Eglise, situé dans les comtes de Provence et de Forcalquier, et spécialement pour les châteaux de Puy-Sainte-Réparade, de Peyrolles et de Jouques. La même année, il fut chargé de terminer les différends qui existaient entre ces princes et Benoît d'Alignan , évêquc de Marseille, pour une portion de la vicomté de Marseille. L'acte de transaction par lequel Benoît échange avec le comte et la comtesse la partie supérieure de la ville pour des biens quatre fois plus considérables, fut passé dans la ville de Saint-Rcmi et signé par Bernard Ayglier, abbé de Lérins , et par Gilles , archidiacre d'Aix.
En juillet 1259, Guillaume Vidame paraît comme témoin avec Bertrand, évôque de Fréjus, dans un acte d'échange conclu entre Etienne, abbé de Saint-Victor de Marseille, et Charles d'Anjou, comte de Provence. Son* zèle pour les mœurs et la discipline lui fit, en 1261, assembler un concile provincial où Ton dressa quelques règlements relatifs à ces deux objets, mais les actes de cette assemblée, que l'on conservait dans le chartrier du chapitre de Reims, n'ont jamais été publiés. Sa sage conduite lui attira la confiance des évêques et des seigneurs provençaux qui le prirent, dans plusieurs occasions, pour arbitre de leurs différends. Le 12 novembre 1262, il souscrivit à un traité de paix, conclu entre le comte et la comtesse de Provence, d'une part, et les bourgeois de Marseille, de l'autre. L'année suivante, il accompagna Charles d'Anjou en Pouilleeten Sicile, quand il allait prendre possession de ce royaume, et se trouva avec lui à Rome lorsque ce prince et Béatrix, sa femme, y reçurent l'onction royale dans la basilique de Saint-Pierre le 6 janvier 1266, au milieu d'un concours nombreux de peuple, de Provençaux et de Français, qui faisaient éclater la plus vive allégresse.
De retour dans son diocèse, Guillaume apposa son sceau, le 30 novembre 1269, à une donation faite par Guillaume, comte de Forcalquier. Un acte du 5 mars 1266 le nomme W., arche-
ARCH1D10CÈSE D'AIX.
vêque d'Aix, et le constitue arbitre dans un différend qui s'était élevé entre le prieur de Pélissanne, d une part, etlmbertet Pierre d'Auron, frères, d'autre part. C'est cette initiale qui a amené les historiens à conjecturer que Guillaume (Willelmus) était le prénom de ce prélat, et cette conjecture est devenue une certitude parle testament de Béatrix, reine de Sicile et comtesse de Provence, acte du 30 août 1275, où Guillaume, archevêque d'Air, est nommé exécuteur testamentaire de cette princesse, avec Bertrand, évôque d'Avignon; Foulque, évôque de Riez; Alain , évôque de Sisteron ; et Gautier, évôque de Toulon. Dora d'Achéry a publié le texte de cet acte au tome VI, page 480 de son Spicilége. Le 22 novembre 1271, Guillaume Vidame se transporta à Fréjus, à la prière de Guillaume, évôque de celte ville, et y termina, par sa prudente médiation, les contestations que ce prélat avait ^relativement à la juridiction de la ville, avec son chapitre et surtout avec le prévôt, Guillaume de la Garde. • Le 1er septembre de cette année, les cardinaux de la sainte Église romaine réunis à Viterbe , avaient élu au souverain pontificat, Thibaud de Plaisance, qui, chassé de l'archidiaconat de Liège, se trouvait alors à Saint-Jean d'Acre, en Palestine, où l'avait conduit son zèle pour les chrétiens de la Terre-Sainte. Thibaud était Poncle de l'archevêque d'Aix; devenu pape sous le nom de Grégoire X, il fit son neveu cardinal et évôque de Palestrine, dans la première promotion qu'il fit, non pas au mois de septembre ou de décembre 1273, comme l'ont dit certains historiens , mais bien le mercredi des Quatre-Temps de la Pentecôte, 31 mai 1273, puisque dans cette promotion furent compris saint Bonaventure et Pierre de Tarentaise , archevêque de Lyon.
Guillaume Yidame, qui, suivant quelques auteurs, ne, prit qu'à cette époque l'habit de saint François, devint alors légat du Saint-Siège en Lombardie, en Romagne, dans la Marche trévisane , et dans les pays voisins. Il accompagna son oncle au concile général de Lyon tenu aux mois de mai, juin et juillet 1274, souscrivit en cette ville au privilège que Grégoire X accorda à l'abbaye de Yaldieu, au diocèse de Liège le 1« avril 1275, et mourut le dimanche 6 septembre 1276, le jour môme où les cardinaux l'appelaient à succéder à Innocent V, sur la chaire de saint Pierre. Sa mort arriva à Viterbe, et il y fut inhumé dans l'église des Frères-Mineurs. On lit à son sujet dans le Nécrologe des Gordeliers d'Aix : « Anniversaire pour le très-illustre sei-
gneur Vidame, de VOrdre des Frères-Mineurs, neveu du pape Grégoire X, cardinal, archevêque de la puissante Église de Saint-Sauveur d'Aix, qui mourut le 6 septembre 1276 , nommé et proclamé souverain Pontife. Le même jour le vit revêtir la dignité suprême et mourir. »
Sous son épiscopat furent reçus à Aix, les Ermites de saint Augustin, fondés en Angleterre par Richard, frère du roi Henri III.
Guillaume Vidarae portait pour armoiries : parti, au 4« d'argent, au mur crénelé de trois pièces d'azur, au 2e d'argent, à trois bandes ondées de gueules.
41. — GRIMIER CARNAZANI dit DE VIDAME ou DE VISGONTI (1273- 1183).
Aussitôt après la translation de Guillaume Vidame à l'évêché de Palestrine , le prévôt et le chapitre d'Aix postulèrent Alain , évôque de Sisteron , et prièrent le pape Grégoire X de le préconiser archevêque de leur Église. Le souverain Pontife refusa pour les motifs déduits dans la- bulle de nomination de Griraier, et qui est ainsi conçue :
« Grégoire, évôque, etc., à vénérable frère Grimier, élu d'Aix, etc. Lorsque notre vénérable frère Vidame, évôque de Palestrino, a été transféré à cette Eglise du siège d'Aix qu'il occupait, nos chers flls le prévôt, et les chanoines composant le chapitre de cette dernière Église, nous ont envoyé des députés pour nous prier de confirmer notre vénérable frère, Alain, évôque de Sisteron , qu'ils postulaient comme archevêque d'Aix. Mais nous, considérant combien la personne de ce môme évôque était actuellement avantageuse à l'Église de Sisteron , et combien sa translation à une |autre Église lui serait dommageable ; considérant aussi qu'il paraissait plus convenable d'élever à cette dignité une persoune tirée du corps môme du chapitre, s'il s'y en trouvait toutefois une capable, nous n'avons pas jugé à propos d'admettre cette postulation, etc. En conséquence, vous qui ôtes archidiacre d'Aix et notre chapelain , homme lettré , de mœurs honnêtes , plein de circonspection dans les affaires spirituelles et temporelles, et dont le mérite et la probité sont connus de nous et de nos frères , nous vous nommons et constituons archevêque et pasteur de ladite Église d'Aix.
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« Donné à Lyon, le jour des ides de janvier 1272, année 2» de notre pontificat. »
Nous avons vu précédemment que Thibaud de Plaisance était en Palestine lorsqu'il fut élu Pape le itr septembre 1271. Il partit de Saint-Jean d'Acre le 18 novembre suivant, fut sacré à Rome le 27 mars 1272, et mourut à Arezzo le 10 janvier 1276, après un règne de trois ans, neuf mois et quinze jours, qu'il faut compter comme les Bénédictins , à partir de son sacre , bien que Fleury remarque qu'on a aussi calculé les années de ce pontificat, en prenant pour point de départ le 27 octobre 1271 , jour où Grégoire X accepta la papauté. Dans le premier cas, la date de la bulle précédente doit être le 13 janvier 1274; dans le second cas, au contraire, cette date est du 13 janvier 1273. Guillaume Vidame , ayant été fait cardinal le 31 mai 1273, • il nous semble assez rationnel de dire que la nomination de son successeur n'eut lieu que le 13 janvier 1274, et que de toute manière, il y a erreur dans Tannée indiquée par les auteurs de la Gallia christ iana.
Grimier Carnazani, dont cette bulle constate le mérite, était compatriote et parent de l'archevêque Guillaume Vidame, il ajouta au sien le nom de ce prélat en mémoire des bienfaits qu'il en avait reçus. Archidiacre de Saint-Sauveur, il possédait en outre les charges d'auditeur général du palais apostolique et de camérier dans l'Église de Béziers. Le 10 septembre 1274, il rendit hommage, pour le temporel de l'archevêché entre les mains de Guillaume, sénéchal de Provence et de Forcalquier, représentant le roi , comte de Provence.
Un fait important pour l'histoire hagiologique de la Provence eut Ueu sous l'épiscopat de Grimier, nous voulons parler de l'invention et de la translation du corps de sainte Madeleine, et nous rapporterons les chartes et attestations épiscopales données à ce sujet et traduites sur un manuscrit du séminaire de Saint- Sulpice. Le texte original en a été publié par M. l'abbé Faiilon (Monum. inédits, tome 2, p. 801 et suiv.)
« L'an du Seigneur 1279, le 15 des calendes de janvier (18 décembre 1279), le magnifique seigneur, Messire Charles, fils aîné de l'illustre roi de Sicile et de Jérusalem, prince de Salerne, seigneur du Mont-Saint-Ange , en présence des vénérables pères et seigneurs les archevêques d'Aix et d'Arles et de plusieurs autres prélats , trouva à Saint-Maximin , dans un tombeau en marbre de la crypte de ce même monastère, en faisant, par un
Digitiz
ardent esprit de dévotion, des recherches sur le corps de sainte Marie-Madeleine, une inscription conçue dans les termes suivants : « L'an de la Nativité du Seigneur 710, le 6 du mois de décembre , au milieu du silence de la nuit , sous le règne du très-pieux Clovis, roi des Français, à l'époque de l'invasion des Sarrasins, ce corps de la très-chère et vénérée sainte Marie-Madeleine fut transporté de son tombeau d'albâtre dans ce sépulcre de marbre , par crainte de la dite nation perfide , et parce qu'ici , il se trouve plus caché , le corps de Sidoine ayant été retiré. »
« L'an du Seigneur 1280, le 3 des nones de mai (5 mai 1280) , en présence du prince et des prélats susdits et de plusieurs autres prélats, et personnes pieuses et ecclésiastiques, on leva de terre le corps de la dite sainte Marie-Madeleine que Ton montra publiquement à une foule innombrable, venue ici de toutes parts, et, Ton trouva au même lieu une autre inscription ainsi conçue : « Ici repose le corps de sainte Marie-Madeleine. »
* Ces deux inscriptions , trouvées dans le sépulcre et faisant mention du corps de sainte Marie-Madeleine, de même qu'il en a été fait pleine mention dans les lettres signées et scellées de plusieurs prélats, et d'excellent seigneur Charles, prince de Salerne, sont enfermées ici dans le présent acte , afin qu'après les avoir examinées et avoir mûrement considéré leur ancienneté et leurs caractères, le seigneur Pape et ceux qui les verront, puissent en avoir une certitude assurée. En foi de quoi, Nous, par les miséricordes de Dieu, archevêques de Narbonne, d'Arles, d'Embrun et d'Aix, et évêques de Maguelone, d'Agde et de Glandèves, nous avons apposé nos sceaux au présent acte, à côté du sceau du prince ci-dessus nommé. »
« Nous, Grimicr, archevêque d'Aix; Raimond, évêque d'Apt; Pierre , évêque de Sisteron; Raimond, évêque de Carpe n Iras; Bertrand, évêque de Fréjus, et Guillaume, évêque de Vence; Yves, abbé de Cluny; Eustorge, abbé de Saint-Gilles; Pons, abbé d'Aiguebclle ; Bertrand , abbé de Sylvecane; Guillaume, abbé de Franquevaux; Arnaud, abbé de Valmagne; Alphonse, abbé du Thoronet; Guillaume, abbé de Senanque; Bernard, abbé d'Eaumet, et Jean, abbé de Rangeval, savoir faisons à tous ceux qui ces présentes lettres verront , que sur l'invitation de magnifique seigneur, Charles, fils aîné de l'illustre roi de Sicile et de Jérusalem, prince de Salerne , seigneur du Mont-Saint- Ange , nous nous sommes rendus avec ce même prince à Saint- Maximin , et y avons vu transférer les reliques de sainte Marie-
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Madeleine dans la présente châsse d'argent. En foi de quoi , nous avons fait rédiger ces lettres que nous avons munies et scellées de nos sceaux et de celui du susdit priuce. Fait à Saint-Maxirain, le dimanche après l'Ascension de Tan du Seigneur 1281 (25 mai 1281), la première année du pontificat du pape Martin IV. »
« L'an du Seigneur 1281 , le dimanche après l'Ascension , ledit illustre prince, plein de dévotion envers la bienheureuse Marie- Madeleine, jugeant que rien n'est fait quand il reste encore quelque chose à faire, après avoir convoqué avec lui l'archevêque d'Aix, lesévôques d'Apt, de Sisteron, de Carpentras, de Préjus et de Vence,les abbés de Cluny, de Saint- Gilles, d'Aiguebelle , de Sylvecane , de Franquevaux, de Valmagne , du Thoronet, de Senanque , d'Eaumet et de Rangeval , et plusieurs autres personnes pieuses et attachées au clergé , a fait transférer dans la présente châsse d'argent les reliques du corps de sainte Marie- Madeleine. *
« Nous, par la grâce de Dieu, archevêques d'Arles, d'Aix et d'Embrun , et évêque de Carpentras, à tous ceux qui ces présentes lettres verront , salut. Savoir faisons qu'appelés personnellement à Aix, en présence de haut et magnifique seigneur, Charles , fils aîné du roi de Sicile et de Jérusalem , prince de Salerne, nous avons vu, et ce môme prince nous a montré le chef de sainte Marie-Madeleine sans la mâchoire inférieure, pour la cause indiquée ci-après, ainsi qu'il nous l'a confessée en personne et en particulier. Voulant que nous sachions, afin que la vérité ne puisse être altérée pour l'avenir, et assurant qu'il a reçu le dit chef spécialement pour, dans le cas où l'église de Saint-Maximin , dans laquelle repose le corps en une châsse magnifique, se trouverait confiée à des prêtres qui y exerceraient le saint ministère en l'honneur de Dieu à la gloire de la dite sainte , y rapporter le dit chef sans la mâchoire , et l'y déposer honorablement dans une châsse ornée d'or, d'argent et de pierres précieuses. Dans le cas contraire, il a l'intention de le placer ailleurs, et de le déposer dans quelque honorable église, spécialement construite, comme mieux il lui paraîtrait, pour qu'on y célébrât le culte divin à la gloire et à la louange de sainte Marie-Madeleine. Donné à Aix, dans la chapelle du grand palais, le 3 des ides de juin 1281 (11 juin 1281). »
Grimier Garnazari, qui était fort savant, promulgua quelques décrets relatifs à la discipline ecclésiastique, et composa , dit-on,
contre les hérétiques , un ouvrage dans lequel il prouvait qu'on doit courir sus à ceux qui ne veulent pas se soumettre ni à l'Eglise, ni aux princes catholiques. Il mourut le lundi 30 novembre 1282, et fut inhumé dans le baptistère de Saint-Sauveur. Le Nécrploge d'Aix parle de lui en ces termes : • Le 30 novembre de l'an du Seigneur 1282, mourut monseigneur Grimier, archevêque d'Aix , qui , pour la célébration de son anniversaire pendant la semaine sainte , a laissé , sans la. seigneurie , la campagne qu'il acheta à Puy-Ricard. >»
Ce prélat portait pour armoiries : d'argent , à trois bandes ondées de gueules.