ROSTAING II DE NOVES
Le nom de famille de cet archevêque d'Aix nous est appris par un titre de l'abbaye de Saint-André-lès- Avignon , où on lit que Matthieu , cardinal-prêtre du titre de Saint-Laurent in Damaso, annulla , en 1289, la collation du prieuré de Sainte-Tulle faite par Rostaing de Noves, archevêque d'Aix, à un clerc appelé Ricaud de l'Ile. Certains historiens assurent qu'il avait fait profession chez les Frères-Mineurs ; d'autres , au contraire , prétendent qu'il appartenait à l'Ordre de Saint-Dominique. Quoi qu'il en soit, dès 1283, il avait succédé à Grimier sur le siège d'Aix, puisque cette môme année, il permit aux Juifs du diocèse d'avoir une synagogue, d'y pouvoir entretenir une lampe, et de pouvoir acquérir un cimetière. Cette autorisation confirmant celle que l'archevêque Pons du Lubières avait concédée en 1143, ne fut pas accordée gratuitement aux enfants de Moyse. Les Juifs d'Aix furent tenus envers l'Eglise à payer chaque année, à la fête de Pâques , deux Kvres de poivre fln : les Juifs d'Istres durent acquitter une taxe de deux livres de poivre gros, le jour de sainte Luce, 13 décembre; ceux de Saint-Maximin , la même redevance, le jour de saint Julien , et enGn ceux de Lambesc, de Cadenet, de Trets, de Mazaugues et de Pertuis furent taxés à une demi-livre de poivre gros. Ce document fournit la preuve que le poivre était, à cette époque, une denrée encore fort rare, et que la plupart des Juifs faisaient le commerce d'épiceries.
Charles 1er, roi de Sicile et comte de Provence , était prisonnier d'Alphonse, roi d'Aragon, et son emprisonnement avait
occasionné un certain désordre dans ses États. Rostaing de Noves , tout en cherchant les moyens de contribuer à la rançon du prince , assembla, à Riez, un concile provincial pour ordonner des prières publiques. Les évêques ses suffragants, qui l'assistèrent, furent Raimond de Bot, évêque d'Apt; Matthieu, évêque de Riez; Pierre Girard , évêque de Sisleron; Bertrand, évêque de Fréjus ; Pierre Rainier, prévôt et officier de Gap , procureur de Raimond de Mévolhon, évêque de ce diocèse, absent; les abbés de Lure et de Cruys, les prévôts, archidiacres et procureurs des églises de la province et un grand nombre de curés et autres ecclésiastiques. Le concile s'ouvrit le jeudi , 14 février 1286. On y dressa vingt canons dont voici la substance :
1. On aura soin de faire observer les canons des conciles généraux, ceux du. concile de Valence (tenu en 1248) et les statuts des conciles provinciaux.
2. On fera des prières pour la délivrance du roi Charles de Sicile. Quarante jours d'indulgence sont accordés a tous les fidèles qui prieront à cette intention.
3. Chaque évêque de la proviuce tiendra un état exact des biens de chaque église de sa dépendance, aûn qu'il ne se glisse aucune fraude dans l'administration.
4. Les prélats qui donneront des bénéfices comme des prieurés, à des personnes supposées qui n'en auront que le nom , seront excommuniés , ainsi que ces faux titulaires, et l'évêque diocésain conférera librement ces sortes de bénéfices.
5. Les patrons des bénéfices ne les conféreront que quand il sera bien certain qu'ils en ont le droit.
6. L'évêque diocésain aura tout droit de citer à son tribunal et de punir tout clerc délinquant dans son diocèse, séculier ou régulier.
7. On aura soin d'éloigner de l'Église tous les excommuniés , suspens ou interdits.
8. On n'enterrera les morts que dans les cimetières bénits par l'évêque ou au moins par son autorisation.
9. Tout le clergé séculier ou régulier prendra la défense de tout clerc tiré hors de son diocèse ou de la province ecclésiastique pour être jugé, par un abus manifeste des lettres apostoliques.
10. Personne ne vendra du poison à qui que ce soit, sans en avertir les cours séculières, et cela, sous peine d'excommunication , qui ne pourra être levée que par le Saint-Siège.
Digitiz
11. Môme peine est prononcée contre les empoisonneurs et leurs conseillers, fauteurs ou complices, etc. Et si c'était un clerc bénéûcier, qu'il soit privé de son bénéfice, dégradé de son ordre et livré au bras séculier.
12. On excommunie les religieux militaires et les religieux de l'ordre de CIteaux, qui, sous prétexte de leurs exemptions et privilèges, méprisent les censures des ordinaires ou de leurs o flûtiaux.
13. Pour empêcher qu'on ne cache les legs pies ou les restitutions, les testateurs feront appeler leur curé, et en son absence, le notaire qui recevra le testament sera obligé, dans le terme de huit jours , à compter du jour de la mort du testateur, d'exhiber à l'évêque, ou à son officiai , ou au curé de la paroisse du défunt, les articles du testament qui les intéressent.
14. Aucun prêtre ne pourra, sans la permission de l'ordinaire, absoudre d'une violence exercée, quand môme elle serait légère. Le concile appelle injection des mains cette sorte de violence qu'il condamne. Il est peut-être question des clercs.
15. Quiconque osera s'emparer par lui-même ou par d'autres, des biens d'une église vacante, sera excommunié ipso facto.
16. Les corps des défunts seront enterrés dans les cimetières de leurs paroisses , à moins qu'il ne soit bien constaté qu'ils ont choisi ailleurs leur sépulture.
17. Les curés avertiront leurs paroissiens qu'ils sont obligés de payer les dîmes , d'après les lois divines et les décrets ecclésiastiques.
18. Tous ceux qui se prétendront exempts des ordonnances du présent concile, produiront leurs titres dans l'espace de deux • mois après leur publication.
19. Défense sous peine d'excommunication , à tout clerc présenté ou à présenter pour un bénéfice, de prêter serment entre les mains de son patron , ecclésiastique ou laïque , sans la permission expresse de l'ordinaire.
20. Il est défendu , sous peine d'excommunication, d'empêcher * qu'on n'appelle des suffragants au métropolitain.
L'auteur de l'Art de vérifier les dates, fait observer que ce concile est daté de l'an 1285, parce que l'année commençait alors à Pâques. Il dit aussi qu'il y a vingt-trois canons du même concile, dans l'édition de Venise, tome XIV. Dom Martène ne rapporte que les vingt canons que nous venons de transcrire. Ce concile provincial n'est point dans la grande collection.
Rostaing de Noves termina à l'amiable quelques contestations qui s'étaient élevées entre le chapitre de Saint-Sauveur et les habitants de Puy-Ricard, relativement au paiement des dîmes, et échangea avec le roi Philippe le Hardi la juridiction qu'il avait sur Meirargues pour le lieu de Venelle et de Sarabuc.
Sous son épiscopat, les religieuses Dominicaines fondées à Marseille dès 1286 s'établirent à Àix en novembre 1290, grâce à la protection de Charles, roi de Sicile, comte de Provence. Ce prince délivré de sa prison en Aragon eut l'occasion de passer au monastère de Notre-Dame de Prouille, diocèse de Carcassonne, qu'habitaient des religieuses de cet institut. Frappé de la régularité et du bon ordre qui y régnaient, il désira en avoir en Provence. Il leur donna une maison qu'il possédait au quartier de la Duranne, près d'Aix. Le 22 juillet 1292, il les établit au monastère de Notre-Dame de Nazareth qu'il avait fait construire dans le clos Saint-Antoine , acquis par lui de Raimond de Lourdet, abbé de Saint-Victor de Marseille. Plus tard, une troupe de routiers ayant incendié ce monastère, fondé pour cent religieuses, dont dix sœurs couverses, elles s'établirent dans la ville môme où le chapitre de Saint-Sauveur leur donna l'église de Saint-Barlhôlemi.
Ce même prince ayant mis sous les yeux du pape Boniface, le chef de sainte Madeleine et les inscriptions trouvées dans le tombeau, comme aussi les procédures juridiques des archevêques et des évêques de Provence et de Languedoc, convoqués à cette occasion, le souverain Pontife déclara par une bulle datée du palais de Latran, le 6 avril 1295, que Charles II avait véritablement trouvé le corps de sainte Madeleine , ajoutant que lui-même a été témoin oculaire d'une partie des faits sur lesquels est fondée la certitude de cette invention. En conséquence, et pour seconder les pieux désirs de Charles II, qui cherchait les moyens de donner un nouvel éclat au culte de sainte Madeleine , il donna pouvoir à ce prince d'établir à Saint-Maximin un prieuré de Frères-Prêcheurs, qu'il exempta de la juridiction de l'abbé de Saint-Victor et de l'archevêque d'Aix, et qu'il plaça sous la protection et la juridiction immédiate du Saint-Siège apostolique. Le lendemain 7 avril, Boniface VIII donna une seconde bulle par laquelle il nomma prieur de Saint-Maximin , le frère Guillaume de Tonnons, avec pouvoir de s'associer tel nombre de frères de l'ordre de Saint-Dominique qu'il plairait au roi Charles II. Le pape ajouté que le prieuré appelé vulgairement
la Baume, et où l'on disait que sainte Madeleine avait fait pénitence, était compris dans la concession faite à Charles par la bulle du jour précédent , et jouissait par conséquent du môme privilège d'exemption. 11 accorde au prieur et à ses successeurs les pouvoirs nécessaires pour la conduite spirituelle des habitants de Saint-Maxirain et des étrangers, tant que ceux-ci demeureront dans ce lieu. Le même jour, Boniface VIII adressa une bulle a Durand de Trois-Emines , évéque de Marseille et le nomma son commissaire pour mettre en possession du prieuré de Saint- Maximin et du lieu de la Baume , le roi Charles II qui devait être représenté en cette circonstance par Pierre de Lamanon, évéque de Sisteron. Le pape, par une bulle du 8 avril, ordonna à ce dernier prélat de recevoir au nom du roi Charles II et par le ministère de Tevêque de Marseille , commissaire apostolique à cette fin , l'église du prieuré de Saint-Maximin où est inhumé le corps de sainte Madeleine , et le lieu appelé la Baume , où Ton dit que cette sainte a fait pénitence. Le pape ajouta que ce prélat établira ensuite vingt Frères-Prêcheurs dans l'église de Saint- Maximin et quatre dans le lieu de la Baume , c'est-à-dire, deux prêtres et deux convers qu'il prendra dans les maisons de cet ordre, situées dans les environs. Telle fut l'origine du monastère des Dominicains à Saint-Maxirain \ et ce fut alors que Charles II, en accordant de nouveaux privilèges aux habitants de cette ville, fit commencer la construction de la magnifique église de Sainte-Madeleine et assigna des fonds pour fournir aux frais de ce vaste édifice, comme aussi pour la subsistance des Frères-Prêcheurs et la construction de leur couvent. Les Frères-Prêcheurs prirent possession du prieuré le 21 juin 1295. M. Pabbé Faillon a publié dans ses Monuments inédits, toutes les bulles et les autres titres concernant cet établissement.
A la prière de la reine Sancie, sa femme , le roi Robert, fils et successeur de Charles II , frère cadet de saint Louis , évéque de Toulouse, fonda en 1310, à Aix, du consentement de l'archevêque Rostaing de Noves, une maison de religieuses de Sainte-Claire, sous le titre de la Nativité de Jésus- Christ. Devenue veuve, la reine se consacra à Dieu dans ce couvent et donna cinq mille onces d'or pour l'établissement de cinq maisons du même ordre.
Rostaing de Noves acquit divers biens à son Église, notamment à Puy-Ricard , et mourut en février 1311 , après avoir tenu le siège métropolitain pendant vingt-sept ans, cinq mois et vingt et un jours, suivant le nécrologe de Saint-Sauveur.
ARCHIDIOCÈSE D'AIX.