GUILLAUME II DE MANDAGOT
Né à Lodève dans la première ' moitié du XIII« siècle, Guillaume de Mandagot appartenait à Tune des plus nobles familles du pays. En 1256, un Guillaume de Mandagot, seigneur de Montpeyroux, peut-être père de notre prélat, vendit pour le prix de deux cents sous tournois , a Guillaume de Gasouls , ^vôque de Lodève, tous les droits qu'il avait sur la métairie de Cercliôres et ses dépendances, située dans la paroisse de Saint- Saturnin. Préparé, suivant l'usage de son siècle, aux dignités ecclésiastiques par d'excellentes études de jurisprudence et de théologie, Guillaume de Mandagot .était profondément versé dans la science du droit canon; aussi le voit-on tenir une des premières places dans les importantes affaires de l'Église à son époque.
D'abord chanoine de l'Église de Nîmes , suivant la règle de saint Augustin, il obtint plusieurs prieurés et fut notaire apostolique à la cour des papes Nicolas IV et Boniface VIII. Il devint ensuite grand archidiacre de Nîmes et prévôt de la cathédrale de Toulouse. Alexandre du Mège ne le désigne point dans sa liste des prévôts de cette Église , mais Guillaume de Mandagot dit positivement, dans son Traité des élections, qu'il a été pourvu de cette dignité. Le 28 mars 12(J5, lundi des Rameaux, le pape Boniface VIII le préconisa archevêque d'Embrun, et le 10 avril suivant, premier dimanche après Pâques, le sacra de ses mains dans l'église de Saint- Jean de Lalran , a Rome , et lui remit le pallium le mercredi 13 de ce môme mois. Peu de jours après, Boniface VIII le chargea avec le cardinal Guillaume Ferrier, prévôt de Marseille et Rostaing de Câpre, archevêque d'Arles, d'accompagner en Catalogne Charles, roi de Sicile, comte de Provence, et de l'assister do ses conseils. Le cardinal étant mort pendant le voyage, Guillaume soutint avec Rostaing tout le poids des affaires , et ils parvinrent à cimenter la paix entre Charles de Sicile et Jacques d'Aragon.
De retour dans son diocèse, Guillaume de Mandagot se trouvait en tournée pastorale au mois do. septembre 1296, lorsqu'il reçut du pape Boniface VIII , une lettre qui lui ordonnait de se rendre vers la fêle de la Toussaint, à Rome, et d'y apporter ses écrits et ses livres , aCn de travailler au 6« livre des Décrétâtes.
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Notre archevêque revint de suite à Embrun où il demeura quelques jours, pendant lesquels il arrangea les affaires de sa maison et établit des grands vicaires pour administrer en son absence le diocèse. Il partit ensuite d'Embrun, alla passer une semaine dans son pays natal, et de la, prit le chemin de Rome où il arriva le 31 octobre 129G.
Le prélat travailla au 6« livre des Décrétâtes avec Bérenger de Frédol, éveque de Béziers, et Richard de Sienne, vice-chancelier de l'Eglise romaine. L'année suivante, le pape leur adjoignit Dinus, professeur de droit romain à Bologne qui, selon Savigny, a rédigé le litre De Regulis Juris presque entièrement extrait des textes du droit romain. Mais Dinus en attribue la composition à ce pape môme, a Bonifacius VIIIy dit-il , lux mundi, régula nwrum, Ecclcsie décor, patrie honor etjurium illuminatio, post précédentes tractaius posuit titulum De Regulis, in quOySub brevitate verborum, collegi ea que in aliis jurium partibus, proverbia et varia disseruntur (Mss. à la biblioth. de Chartres, n° 257, in-4°). Si, comme le croit Savigny, Dinus est Fauteur du Sextus, Boniface VIII n'en a pas moins recueilli la gloire, et ce professeur s'est contenté de celle que lui a value son commentaire sur le même sujet.
Dans ce travail, Guillaume de Mandagot soutint la réputation qu'il s'était acquise d'être l'un des docteurs les plus versés de son temps dans la science du droit ecclésiastique. Il se lia dès lors d'une inaltérable amitié avec Bérenger de Frédol, son compatriote, qui lui dédia son Oculus sur la Somme du cardinal d'Ostie. II jouit aussi d'un grand crédit auprès de Boniface VIII, surtout à cause de la manière nette et ferme avec laquelle il avait posé dans le Sextus des décisions et des lois qui proclamaient l'omnipotence du souverain Pontife, et le plaçaient au-dessus de tous les rois.
Pendant le séjour de Guillaume de Mandagot à Rome , Bernard de Valbonne, son grand-vicaire, soutint énergiquement les droits de l'archevêque contre Jean, fils du dauphin Humbert Ier, qui refusait de lui rendre hommage. Le 3 décembre 1300, Guillaume fut choisi pour juge et arbitre, avec Jacques d'Euse, évêque de Fréjus, depuis pape sous le nom de Jean XXII , pour apaiser les difficultés survenues entre Jean, comte du Gapençais, et Geoffroi de Lincel, évêque de Gap, le vénérable chapitre de la cathédrale de Gap et l'université, relativement au consulat et à la terre de Montalquier. Après d'assez longs débals, les droits
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des parties furent réglés par une sentence arbitrale que rendirent les deux prélats.
Le 2 février 1305 , Adhémar ou Aimar, comte de Valence, déclara avoir reçu en fief de l'Église romaine les terres de Montelier de Garde, de Rac et autres pour lesquelles il prêta serment dé foi et hommage entre les mains de Guillaume, délégué spécialementà cet effet, parle Saint-Siège. Guillaume avait coutume de réunir et de présider en personne le synode général qui se tenait annuellement à Embrun pendant la semaine de la fête de la Trinité. En 1311 , pressentant que le pape Clément V, ;qui avait pour lui la même estime que Boniface VIII , et le consultait souvent dans les affaires importantes , songeait à le rapprocher de sa personne, en lui donnant un siège moins éloigné d'Avignon, il témoigna à son chapitre les obligations qu'il lui avait, et reconnaissant qu'il l'avait honoré au-dessus de son mérite, il loi fit connaître le désir de donner quelques présents à son Églisé. Et ayant fini de parler, il ordonna d'écrire la note de ces présents qui consistaient surtout en argenterie, chapes, chasubles, dalmatiques et autres objets très-riches et trés-précieux. C'était vers le 10 juin 1311. Un mois après, Clément V le transférait à l'église métropolitaine d'Aix.
Avant de quitter le diocèse d'Embrun, Guillaume de Mandâgot fit venir auprès de lui quelques personnes qui jouissaient de son estime et de sa confiance, et pour augmenter la dotation de deux chapellenies qu'il avait fondées dans sa cathédrale, il donna en leur présence, uue maison et un jardin acquis par lui dans Embrun. Il régla ensuite que douze anniversaires qu'il avait également fondés, seraient distribués de manière que l'on pût en célébrer un chaque mois *< afin qu'il plaise à Dieu , dit l'acte de donation , de lui donner une vie utile au public et à son àme. » Ce prélat était doué d'une bonté et d'une tendresse de cœur incomparables. 11 avait une dévotion et une piété exemplaires; pendant son séjour à Embrun, il l'avait surtout montrée envers la Vierge du Réal à laquelle il avait fait de riches et nombreux présents. « Il avait, dit le P. Fournier, un savoir profond, un jugement solide, une prudence consommée , une grande habileté pour conduire les affaires difficiles, et une force d'esprit pour poursuivre les entreprises qui tendaient au bien public et à la gloire de Dieu. »
Un ensemble si rare de qualités si précieuses rendit Guillaume de Màndagot cher à son clergé et à son peuple. Aussi lë
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moment de son départ fut précédé d'une scène des plus émouvantes. Il embrassa le prévôt et les chanoines avec une tendresse vraiment paternelle , donna à chacun le baiser de paix et prit congé d'eux dans celle assemblée d'une façon si touchante qu'ils fondaient tous en larmes , a la pensée de se séparer d'un prélat si doux, si humble, si bon et d'un mérite si extraordinaire. Il n'y eut personne qui ne flt tous ses efforts pour lui donner des marques d'une affection sincère, chacun lui fit présent de ce qu'il croyait devoir être nécessaire pour son voyage et ils lui auraient donné leurs propres yeux, comme les fidèles de Corinthe à saint Paul , tant ils aimaient cet excellent prélat.
Guillaume de Mandagot ne fit que passer, pour ainsi dire, sur le siège d'Aix. Les affaires importantes qui devaient se traiter au concile général de Vienne le retinrent loin de ce diocèse, où il fonda cependant, dans la cathédrale de Saint-Sauveur, une chapellenie a laquelle il légua une somme de 300 livres couronnées. Il est un trait qui l'honore peut-être davantage : c'est l'éloquence généreuse avec laquelle il défendit en plein concile œcuménique, la mémoire de son bienfaiteur Boniface VIII que l'implacable Philippe le Bel poursuivait scandaleusement jusqu'an delà du trépas. Le nom de Guillaume de Mandagot doit figurer à côté de ceux des cardinaux François Gaétan , Richard Petroni de Sienne, Jean de Minio de Marvaux et Gentile de Montcfiore, intrépides avocats du Pontife attaqué dans sa tombe, et enfin des deux chevaliers catalans, Carocci et Guillaume Deboli qui vinrent à Avignon offrir de soutenir, en champ clos et les armes à la main , l'innocence de Boniface VIII contre deux des plus vaillants chevaliers de la noblesse française. A celte époque, une démarche semblable suffisait pour convaincre le peuple de la justice de la cause des accusés. Celle de l'illustre pope défunt fut gagnée; le concile fit uue concession de forme à Philippe le Bel; ce prince accepta la sentence qui déclarait que le pape avait toujours été orthodoxe et légitime, et Guillaume de Mandagot eut la gloire d'avoir contribué à cette réhabilitation.
Le pape Clément V voulut récompenser les services que l'archevêque d'Aix avait rendus à l'Église. Comme Boniface VIII , il avait eu recours à ses lumières pour dresser le recueil des Constitutions qu'il publia sous le titre de Clémentines. Il lui conféra 'les honneurs de la pourpre dans le consistoire du 23
décembre 1312, samedi des Quatre-Temps de l'Avent, et le nomma en môme temps évôque de Palestrine. Après la mort de ce souverain Pontife, arrivée le 20 avril 1314, les cardinaux italiens frappés de la science et des vertus de Guillaume, qui, dès sa promotion , s'était démis de l'archevêché d'Aix , selon l'usage de ce temps, jetèrent les yeux sur lui pour l'élever au pontificat suprême, mais les cardinaux gascons intriguèrent fortement pour qu'il .ne fut pas appelé à s'asseoir sur la chaire de saint Pierre. C'est ce qu'assure le cardinal Napoléon des Ursins qui en avait été témoin oculaire, dans une lettre par lui adressée au roi Philippe le Bel.
Le cardinal Guillaume de Mandagot fut nommé arbitre dans une affaire concernant l'Église d'York en Angleterre, et rendit à cet égard, une sentence que confirmèrent le cardinal Bôrenger de Frédol et tout le sacré collège, l'an l«r du pontificat de Jean XXII, c'est-à-dire du 5 septembre 1316 au A septembre 1317. Il mourut à Avignon, en novembre 1321, après avoir légué à la fabrique de Saint- Sauveur, une somme de 100 florins d'or, et une chapelle complète , avec deux chapes. On l'inhuma dans l'église de Sainte-Catherine.
Bernard de la Guionie, Trithème, Bzovius, Ciaconius et Ughelli ont tous fait l'éloge de cet évéque en racontant son histoire. On a de lui divers opuscules demeurés manuscrils sur la discipline, sur les lois , et sur la manière d'écrire. Guillaume a aussi composé, vers 1300, un ouvrage curieux sur l'une des matières spéciales du droit canonique , et où se trouvent des détails très-intéressants sur l'Église de Toulouse. Cet ouvrage a pour titre : Tractatus de electionibus novorum prœlatorum, publié avec des additions, par Nicolas Boyer, et imprimé à Lyon, Simon Vincent, 1509, petit in-8° de 108 ffl. gothiques, ou Cologne, 1573, in-8°. La bibliothèque de Colbert et celle du Vatican, possédaient plusieurs exemplaires manuscrits de cet ouvrage qui a eu diverses autres éditions, notamment à Cologne, 1601 , in-8°. Nous ne pensons pas que Ton ait jamais publié les autres écrits dus à ce prélat recommandable. Le Traité des Élections a été retouché plus tard par Jean Andraea et il est dédié au cardinal Bérenger de Fredol.
La famille de Guillaume de Mandagot a fourni plusieurs autres prélats à l'Église de France : Guillaume de Mandagot, évêque de Lodève, de 1316 a 1317, un autre Guillaume de Mandagot, évôque d'Uzès, de 1318 a 1344 , et Robert de Manda-
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got, qui fut évêque de Marseille, de 1346 à 1360. Un Hugues de Mandagot fut a la môme époque pourvu d'un canonicat dans l'église métropolitaine dfc Saint-Sauveur.
Le cardinal de Mandagot portait pour armoiries : d'azur au lion d'or parti de gueules à 3 pals d'hei*rninc , et un cotice de sinople brochant sur le tout.