‹ La France pontificaleChapitre 51 sur 148 · JKAJf II POISSON 00 PEISSONI · texte numérisé non relu

JKAJf II POISSON 00 PEISSONI

Jean Poisson, en provençal Peissoni, fut successivement curé de la paroisse d'Escueillens, au diocèse de Narbonne, chanoine de cette dernière Église et de celle de Béziers, et ainsi que le constate le chapitre 364 des Rubriques de la troisième année du pontiûcat de Benoît XII, chapelain de la maison du Pape. Le souverain Pontife le nomma, en novembre 1341, à l'évôché de Digne. Nous ne savons si Jean Poisson prit aussitôt en personne possession du siège, mais on le voit écrire en 1343, à Aimé Dozol , son vicaire général , pour exiger de sa ville épiscopale l'hommage qu'elle lui devait et qu'elle ne lui rendit cepeudant que le 6 juin 1349.

Le dimanche 5 juillet 1349 , Jean Poisson fit en personne la

translation, dans sa cathédrale, du chef de saint Vincent, et c'est lui qui donna la châsse en aTgent où la précieuse relique fut déposée. Elle était de forme élégante et représentait une tête humaine. On ne sait de quel endroit eut lieu cette translation ; mais il est permis de croire que cette relique n'était point déjà dans la cathédrale, puisque, dans un inventaire dressé neuf ans auparavant, on trouve mentionnés comme trouvés dans un coffre auprès de l'autel de la sainte Vierge les ossements de saint Domain et le chef de saint Marcellin, sans qu'il soit fait aucune mention ni des ossements, ni du chef de saint Vincent.

On a de ce prélat divers règlements, insérés tant dans le livre des statuts du diocèse.de Digne que dans le cartulaire où sont consignées les choses mémorables de cette Église , ou dans sa continuation depuis Tannée 1341 jusqu'en 1356. Jean Poisson se trouve nommé dans une sentence rendue par son vicaire général en 4358. Deux ans après , et non pas en 1362, comme le prétend Pitton , il fut transféré à la métropole d'Aix. En cette dernière année , il gouvernait déjà le diocèse , et il donna à l'église de Saint-Sauveur le chef de sainte Ursule et plusieurs autres reliques qu'on déposa dans une châsse d'argent, faite avec la vaisselle donnée par un noble habitant d'Aix, appelé de Régis, à la condition que cette châsse serait exposée à la vénération des fidèles sur l'autel dédié à sainte Ursule, en la cathédrale , le jour de la fête de cette sainte , 21 octobre. Cette môme année, d'après le registre vert, page 73, il prêta serment à Jeanne, comtesse de Provence et reine de Naples.

•Le '5 mars 1364 , Urbain V le nomma avec Philippe de Cabassole, patriarche de Jérusalem; Jean Maurel , évôque de Vaison , et Géraud, évéque de Sisteron, pour informer juridiquement sur la sainteté et les miracles de sainte Delphine , femme de saint Elzéar de Sa>bran , morte le 26 décembre 1 360. Les quatre prélats s'assemblèrent le 14 mai suivant dans l'église des Frères- Mineurs, à Apt, où se trouvaient réunis les trois Ordres de la ville; ils donnèrent publiquement lecture de la bulle d'Urbain V, visitèrent le tombeau de la comtesse d'Arian et y trouvèrent divers témoignages des -merveilles que Dieu avait opérées, après sa mort, en faveur de ceux qui avaient eu recours à son intercession. Le lendemain , Bertrand de Melan , gentilhomme d'Apt, apporta une seconde huile d'.Urbain V : on en fit publiquement lecture, et l'évôque de Sisteron appelé par des affaires pressantes dans son diocèse , ayant été obligé de se retirer, les

autres commissaires apostoliques procédèrent à l'audition des témoins. Le 18 juin , ils entendirent la déposition de la communauté des Frères-Mineurs, en présence de Raimond de Bot, évôque d'Apt, des chanoines de cette Église et de plusieurs personnes de distinction. Le dimanche, 25 du môme mois, ils procédèrent dans la cathédrale, à la conclusion de leur rapport, en présence de l'évéque, du clergé et du peuple. Ils chantèrent solennellement le Credo, et ils firent jurer à tous les assistants que le procès-verbal des miracles opérés par l'intercession de Delphine de Signe , et dont ils donnèrent publiquement lecture, contenait la vérité : tous l'attestèrent d'une commune voix. La bulle de canonisation de sainte Delphine ne fut jamais publiée bien qu'elle ait été dressée. Cependant , le culte de cette sainte est autorisé par le silence du Saint-Siège, qui , n'iguorant pas la dévotion des fidèles, loin de s'y opposer, l'a favorisée par un de ses légats qui fit placer le corps de Delphine dans une môme chasse avec celui de saint Elzôar, son chaste époux , en sorte que le culte de l'un est devenu inséparable du culte de l'autre.

Lorsque Jean Poisson s'occupa de cette canonisation , il lui fallut entreprendre plusieurs voyages à Ansouis , seigneurie de la maison de Sabran, si longtemps habitée par sainte Delphine. Il sortait un jour de ce village quand il tomba aux mains de routiers qui couraient les campagnes voisines et fut emmené par eux au château de Gargas d'où il ne sortit que moyennant une forte rançon.

Jean Poisson convint, en 1365, avec son chapitre, que la nomination aux bénéfices appartiendrait alternativement à l'archevêque et aux chanoines, et publia des statuts pour la réforme disciplinaire du clergé d'Aix et de son diocèse; les plus remarquables sont ceux qui concernent la célébration de la messe. Le 2 octobre 1368, ils furent quelque peu changés et tempérés par le cardinal Jean Gilles délégué à cet effet par Urbain V , et à la prière du chapitre d'Aix , Grégoire XI les approuva. On les trouve à la suite du Martyrologe d'Aix.

Du temps de Jean Poisson, on dressa, sur ses conseils, à Nice, le 5 juin 1366, ou plutôt à Nocera , dans le royaume de Naples où se trouvait alors la reine Jeanne, ainsi que nous l'apprenons de Bouche (flist. de Prov., tome II , page 389), des règlement» importants pour la bonne administration des comtés de Provence et de Forcalquier.

Ce prélat mourut à Aix, le mardi 10 octobre 1368, et le

Martyrologe dit à son sujet : Mort de Révérend Père et seigneur Jean Poisson ou Peissoni, archevêque de la sainte Église d'Aiœ, qui a laissé à la cathédrale le chef de sainte Ursule, vierge, avec un autre beau reliquaire de cristal où sont renfermées plusieurs reliques des saints. Le même jour , Rolland, son chapelain, donna à la dite Eglise , pour l'anniversaire du dit seigneur et le sien propre , seize florins d'or, dont on acheta 18 deniers de rente sur la maison de Pons Gagnon d'Aix, située dans la rue de

Jean Poisson ou Peissoni portait pour armoiries : de gueules, à un poisson d'argent.

Bouche donne pour successeur à Jean Poisson, le cardinal Pierre Hier ; cet historien a été trompé par la fausse interprétation qu'il a donnée à l'épitaphe de ce prélat, qu'on lit dans l'église des Frères-Prêcheurs d'Avignon et qui est conçue en ces termes : In prxsenti cappella jacet R. R. in Christo Pater domnus Petrus Icterus , episcopus Albanensis, cardinalis Aquensis, doctor legum egregius, qui obiit die 19 mensis maii, armo Domini MGGCLXVIII, post recessum D. Urbani V. Bouche a traduit les mots de cette épitaphe : cardinaiis Aquensis par cardinal d'Aix, au lieu de cardinal de Dax : Pierre Itier occupa le siège de Dax , suffragant d'Auch , en 4360.

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