‹ La France pontificaleChapitre 56 sur 148 · GUILLAUME III FILASTRE oo FIULASTRE · texte numérisé non relu

GUILLAUME III FILASTRE oo FIULASTRE

Né en 1348 à la Suze, petite ville du diocèse du Mans, ou, selon Charles Ménard et l'abbé Ménage, à Huillé, près de Durtal, au diocèse d'Angers, Guillaume Filastre ou Pillaslre, issu d une famille originaire de Bourgogne , fit ses études à l'université d'Angers, et son mérite l'éleva à la dignité de doyen de la collégiale de Saint-Symphorien de Reims , puis à celle de doyen de

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l'église métropolitaine de cette ville, fonctions dans lesquelles il fut installé en vertu de l'autorité apostolique, le 8 mars 1392. Il enseigna à Reims la théologie et les mathématiques , fonda une bibliothèque , fit rebâtir l'école théologique et acheva une des tours de la cathédrale.

Député en 1406 aux assemblées du clergé de France, qui se tinrent en présence du roi Charles VI, il y fit l'apologie de l'antipape Benoit XIII , et blâma la France , qui s'était soustraite à son obédience. Son zèle lui valut ensuite les faveurs de la cour romaine. Le pape Jean XXIII le nomma cardinal-diacre du titre de Sainte-Marie; puis, le 6 juin 1411, cardinal-prêtre de la sainte Eglise du titre de Saint-Marc. Il lui fit donner le prieuré de Saint-Ayoul de Provins, et l'arehïprêtré de l'église de Saint- Jean de Latran. Toutefois, Guillaume ne se montra pas plus favorable à ce dernier souverain Pontife, et quoi qu'il eût, en 1406 , condamné la voie de cession ou d'abdication volontaire , il conseilla, le 5 juin 1417, Pabdication de Jean XXIII, et la déposition de Benoît XIII comme la voie la plus courte et la plus sûre pour rendre la paix à l'Eglise. Il contribua ensuite puissamment à l'élection de Martin V, qui le députa en France , avec le cardinal Jourdain des Ursins, archevêque de Naples, pour y faire cesser toutes les dissidences.

Ce souverain Pontife le nomma, en novembre 1420, archevêque d'Aix, dont Guillaume prit possession le 1« janvier U21 , et qu'il ne garda, comme administrateur, que jusqu'au 12 juin 1422, époque où lui fut donnée l'administration perpétuelle de l'Eglise de Saint-Pons de Tomières. De retour à Rome, il y fit bâtir un palais auprès de l'église de Saint-Chrysogone, dont il était protecteur, et dans laquelle il fut inhumé à sa mort, arrivée à l'âge de 80 ans, le samedi 6 novembre U28. Sur son tombeau fut gravée une épitaphe dont voici la traduction :

« Tombeau de Guillaume , cardinal-prêtre du titre de Saint' Marc, né dans le diocèse du Mans, 'protecteur de V église de Saint-Chrysogone, ancien doyen de Reims , docteur en l'un et Vautre droit. Que Dieu ait son âme qu'il créa, la nature a ici ce qui lui appartient. A ttendant la résurrection et la vie éternelle pour l'une et pour Vautre, car il faut que ce qui est corruptible soit revêtu d'incorruptibilité et que ce corps mortel soit revêtu d'immortalité. Il mourut à l'âge de 80 ans, le 6 novembre de l'an du Seigneur 1428. »

Guillaume Fillàtre était un des hommes les plus remarquables

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de son époque. Outresesconnaissanr.es profondes en droit civil et canon., il possédait parfaitement les langues anciennes et leur litlérature. Il a traduit quelques livres de Platon et a fait sur Pomponius Mêla des notes qui , restées manuscrites , sont conservées dans la bibliothèque de Reims. Il s'occupa aussi de cosmographie dans un temps où cette branche des connaissances humaines n'offrait qu'une tradition fort obscurcie de la science transmise par l'antiquité. Ce fut probablement cette communauté d'étude qui le lia avec le savant cardinal Pierre d'Ailly , évêquede Cambrai. Fillàtre composa des commentaires sur le • texte de Ptolémée, qui éclaircissent singulièrement l'histoire des notions géographiques que Ton avait alors touchant les parties septentrionales de l'Europe. Ces précieux documents font partie d'une cosmographie de l'auteur grec qui n'a point été publiée et que possède la bibliothèque de Nancy. Ce manuscrit, intitulé simplement : CL Ptolomxi cosmographia , est de format in-4° et présente 214 feuillets dont 160 sur vélin et 54 en parchemin. Il se trouve inscrit sous le n° 11. La première partie contient seu- - lement la traduction latine de la géographie de Ptolémée par Jacques Angelo de Florence qui dut l'écrire de 1409 à 1410. Fil- Jâtre en devint possesseur vers 1417. Les cartes géographiques * de la seconde durent être exécutées dix ans plus tard, vers 1427, • mais c'est surtout la onzième carte de l'Europe , intercalée entre la première et la deuxième carte de l'Afrique, qui doit attirer l'attention des savants; elle est accompagnée d'un texte précieux, dû à Fillàtre. « Cette onzième carte de l'Europe, dit M. Raymond Thomassy 1 , fait faire à l'histoire de la géographie des premières années du XVe siècle d'immenses progrès en nous révélant l'idée que l'on avait alors du Groenland et des régions septentrionales, si peu connues à cette époque. » Nous n'ajouterons pas avec cet auteur que Fillàtre se place naturellement , sinon à côté, du moins immédiatement après son contemporain, Pierre d'Ailly; l'auteur de Y Imago mundi a suivi scrupuleusement dans leurs opinions les auteurs anciens; il n'a d'autre mérite , pour ainsi dire , à nos yeux que d'avoir dirigé en partie la pensée de l'immortel Christophe Colomb. Plus heureux, Pierre d'Ailly , son contemporain, a pu ajouter un chapitre nouveau à l'histoire de la géographie.

* Raymond Thomassy. Guillaume Filastre considère comme géographe à propos d'un manuscrit de la géographie de Ptolémée. {Extrait du Bulletin de la Société de géographie , février 4842.)

Le cardinal Guillaume Fillâtre portait pour armoiries : de gueules, au rencontre de cerf d'or, à la bordure dentelée de même.

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