‹ La France pontificaleChapitre 66 sur 148 · JEAN IV DE SAINT-CHAMOND DE SAINT-ROMAIN · texte numérisé non relu

JEAN IV DE SAINT-CHAMOND DE SAINT-ROMAIN

Le nom de cet archevêque a été diversement indiqué par les historiens. Les uns Vont appelé Jean de Saint-Romans, les autres, Jean de Saint-Romain, quelques-uns , Jean de Saint- Ghamond. On trouve dans les Preuves du tome V de Y Histoire de Nîm^s, par Mônarl, pages 76, col. 2; 126, col. 2; et 143, coL 2; plusieurs pièces qui fixent le vrai nom de cet apostat. Il est appelé Jean de Saint-Romain , seigneur de Saint-Chamond r dans une ordonnance qu'il rendit à Nîmes le dimanche 4 décembre 1569, et dans une autre ordonnance donnée en la même ville le 1« mars 1576, il se qualifie « Jean de Saint-Chamond , seigneur de Saint- Romain, commandant généralement au pays bas de Languedoc, en l'absence de monseigneur de Dampville, maréchal de France. » Enfin, dans une lettre qu'il écrivit d'Aiguesmortes aux consuls de Nîmes, le 8 mai 1578, il signe simplement /. de Saint-Chamond.

Le Laboureur qui, dan3 ses Masures de [l'Ile Barbe, tome 2 , p. 385, a donné la généalogie de Siint-Cnamond, nous apprend que Jean était fils de Jean de Saint-Priest , seigneur de Saint- Chamond et de Jeanne de la Tour, de la branche d'Urgel en Forez. Il ajoute que l'archevêque d'Aix, homme savant et éloquent s'était laissé atler aux opinions de Calvin qui 3'accommodaient mieux a son humeur que les dogmes de la religion de ses prédécesseurs, et qu'il quitta la crosse et la mitre pour épouser la

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dame de Saint-Romans dont il prit le nom et le parti ; qu'il surprit Aiguesmortes en 1574 , et qu'il ne jouit pas longtemps de cette conquête ni du fruit de ses noces infortunées, ayant reçu, peu de temps après, une blessure mortelle qui remporta dans l'autre monde. Il y a dans ce récit plus de déclamation que de vérité. Jean de Saint-Chamond ne portait point le nom de Saiut- Romans, mais bien celui de Saint-Romain. Ses lettres et ses ordonnances qui existent en original le prouvent. Il prit le nom de Saint Romain du chef de sa femme, et ce nom était celui de la terre (!c Saint-Romain de Lair, à peu de distance des E>table3, village aujourd'hui dans le canton de Fay-le-Froid (Haute-Loire).

Jean de Saint-Chamond entré sans vocation dans la carrière ecclésiastique fut pourvu, en 1551, de l'archevêché d'Aix ; mais les historiens ne nous ont point fait connaître les emplois qu'il avait occupés avant sa promotion. Élevé à l'épiscopat, à l'époque où l'hérésie de Calvin commençait à jeter le trouble au sein de l'Église et du royaume, il ne pensa à rien moins qu'à son diocèse, et il mit plus de soin à augmenter les revenus de son archevêché, qu'à préserver du poison de l'erreur les âmes de ses diocésains. On trouve cependant que le 8 janvier 4556, il reçut à Aix les religieux Minimes, à qui le chapitre donna l'église de Notre-Dame de laSeds, dont ils prirent possession le 1er mai de celte année.

Après avoir donné un traité de pacification , le roi de France, Henri II, avait fait demander, par le chancelier deBirague, son ambassadeur, la translation du concile de Trente, soit à Worms, à Spire, à Baie ou à Constance. N'ayant pas réussi à Trente, de Birague se rendit pour conférer avec l'empereur, de la nécessité de transférer le concile. Dans le môme temps, on envoya pour le môme sujet, Henri Clutin d'Oisel en Espagne, et Yves d'Alègrc, à Rome. Le Pape, déjà contrarié du traité de pacilication, fut extrêmement outré de ces ambassades, et s'imaginant que le roi en cette affaire, agissait par les avis des évôques français, qui étaient suspects d'hérésie, et qui avaient beaucoup de crédita la cour et dans le conseil, il prit la résolution de faire commencer au plus tôt leur procès , persuadé qu'en les faisant condamner, il leur ferait perdre leur rang , ou au moins que les décrets ayant été fulminés contre eux, ils deviendraient suspects en matière de religion , et qu'il rendrait aiusi à l'avenir, leurs conseils et leurs desseins inutiles. Voici comment le souverain Pontife exécuta ce qu'il avait résolu.

Sur le bruit de la paix que le roi de France avait accordée à ses sujets, Pic IV donna, le 7 avril 1563, une bulle adressée aux cardinaux inquisiteurs généraux de l'Eglise romaine, par laquelle il leur permettait de procéder en général et en particulier contre ceux qui les favorisaient, qui leur donnaient retraite , qui leur prêtaient secours, et qui se rendaient par là suspects du crime d'hérésie. A l'égard de ceux qui demeuraient dans des royaumes, provinces et lieux où la secte de Luther était répandue, et dont il était notoire qu'on ne pouvait approcher ni en sûreté, ni en liberté, à cause du grand nombre de sectaires qui s'y trouvaient, il leur permettait de les citer, quel» qu'ils fussent, évôques, archevêques, patriarches, cardinaux môme (sans que lesdits inqu:siteurs fussent [obligés |de faire de plus grandes informations sur la facilité ou la liberté d'approcher desdits lieux), de les citer sommairement et exlra-judi*ciairement, en la forme qu'ils jugeraient suffisante, après avoir cependant reçu les dénonciations, de les citer même par un décret publié et affiché aux portes du palais du Saint-Office, ou de la basilique du Prince des Apôtres , ou dans les places de la ville où l'on a coutume de les afficher, ou sur les frontières , de les citer à époque fixe et pour un terme marqué , à la volonté des inquisiteurs ; de les avertir et sommer, sous peine d'excommunication encourue par le seul fait , de suspension et autres peines de droit, de comparaître devant lesdits inquisiteurs en personnes , et non par procureurs, avocats ou autres qui entreprendraient de les défendre ou de les excuser, et s'ils ne comparaissaient pas, d'en faire leur rapport dans un consistoire secret, et de prononcer la sentence contre les absents, comme gens atteints et convaincus. La bulle renfermait aussi la clause dérogatoire.

Armés de cette bulle, qui leur donnait un pouvoir contraire à toutes les lois, les inquisiteurs citèrent aussitôt, au temps et lieu qu'il leur plût de fixer et par des décrets, comme le portait la bulle , quelques évôques français qui avaient déjà montré diverses tendances à l'hérésie. Onuphre, qui alors habitait Home, en compte dix, dans la Vie du pape Pie IV : c'étaient Odet de Goligny, cardinal de Chàtillon, qui, ayant embrassé les nouvelles doctrines , se faisait appeler comte de Beau vais, du titre de son évôché; Jean de Saint-Romain, archevêque d'Aix; Jean de Monlluc, évôque de Valence; Jean-Antoine Caraccioli, évôque de Troyes; Jean de Barbançon, évôque de Pamiers; Charles

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Guillart, évôque de Chartres; Claude Regin, évêque d'Oleron; Jean de Saint-Gelais, évôque d' Usez; Louis d'Albret, évôque de Lescar, et François de Noailles, évôque de Dax. Quelques historiens ajoutent que certains de ces prélats et plusieurs autres encore, avaient été calomnieusernent dénoncés en cour de Rome, par Philibert Babou, cardinal de la Bourdaisière.

Le roi se plaignit sérieusement de ces procédés au souverain Pontife, et de l'avis de son conseil, envoya des ordres et des instructions à Henri Clulin d'Oiscl , alors son ambassadeur à Rome. On traitait dans ces instructions de la puissance légitime des papes, de l'autorité que l'empereur et les rois ont dans les causes ecclésiastiques, des libertés, droits et immunités de l'Eglise gallicane. On y appuyait ce qu'on avançait par des arrêts » du parlement de Paris et par l'exemple célèbre de Prétextât, métropolitain de Rouen; de Salonius, métropolitain d'Embrun; de Sagittaire , évôque de Gap, et surtout de Maxime , évôque de Valence. Ce prélat ayant été accusé d'hérésie et de plusieurs autres crimes, Boniface Ier prononça que la connaissance de la procédure instruite contre lui appartenait aux évêques de l'Église de France, comme il parait parie témoignage authentique de Boniface lui-môme, rapporté dans le décret d'Yves de Chartres , partie 5, chapitre 27 1 .

Clutin d'Oisel, homme actif et ministre zélé, ayant reçu ces instructions, agit auprès du pape avec tant de promptitude et parla avec tant d'énergie qu'il obtint la discontinualion des procédures commencées contre les évôques. Il s'appuya des exemples ci-dessus cités et en outre de ceux de Didier, métropolitain de Vienne , de Gilles et d'Ebbon, archevêques de Reims, dont un concile français jugea la cause, ainsi que de l'exemple. d'Hincmar, évêque de Laon, contraint de se soumettre au roi Charles le Chauve et à Hincmar, son oncle, archevêque de Reims , son métropolitain.

Quelques-uns des évêques cités par les cardinaux inquisiteurs s'empressèrent de faire parvenir à la cour de Rome une profession de foi orthodoxe; d'autres, au contraire, eurent le inalheur de persister dans la doctrine hérétique, et parmi ces derniers, Jean de Saint-Chamond , archevêque d'Aix. Entraîné par la violence de ses passions , il monta, le 25 décembre 1566', dans la chaire de Saint-Sauveur, revêtu de ses habits pontiûcaux, et abusant de la facilité d'éloquence que Dieu lui avait donnée, il s'emporta en invectives et en déclamations contre

l'Église et la cour de Rome. Avant de descendre de la chaire, il déchira sa mitre, jeta sa crosse à terre, et déclara qu'il abdiquait l'archevêché, pour suivre la profession des armes. Ce même jour, en effet, il sortit de la ville et alla se mettre aja tôte d'un régiment protestant, avec lequel il ravagea une partie de la Provence et du Languedoc.

Les historiens prétendent qu'il se retira à Genève , s'y maria et devint ensuite si misérable qu'il fut obligé de porter de l'eaa pour gagner sa vie. D'autres assurent qu'il mourut en 1578 ou en 4584 à Montclimar, des suites d'une blessure qu'il avait reçue. La Gallia christiana inclique son décès à Avignon sans en mentionner l'époque. Pitton, enfin, dit qu'il épousa une religieuse qu'il avait débauchée et mourut les armes à la main contre l'Église et le roi , à Montôlimar. Toutes ces assertions sont fausses.

Jean de Saint-Chamond épousa, en 1567, Claude de Fay, dame de Saint-Romain par la mort de ses deux frères. Elle était protestante, et fille de Jean de Fay, seigneur des Estables en Vivarais, et de Louise de Varey, dame de Virieu. Après son mariage, il prit , comme nous l'avons vu, tantôt le nom de Saint- Romain qui appartenait à sa femme, et tantôt celui de Saint- Chamond* On le voit assiéger, en 1574 et 4575, plusieurs villes, telles que Péraud et Aiguesmortes, et c'est dans cette dernière, dont il devint gouverneur, qu'il mourut le 25 juin 1578, ainsi qu'il est dit dans le Discours des guerres du Comtat Venaissin et de la Provence, par Louis de Perussis, imprimé dans le tome I" des Pièces fugitives du marquis d'Aubaïs, à la page 216 : «Saint-Romain, de la maison de Saint-Chaumont, jà archevêque d'Aix, et à présent marié, gouverneur d'Aiguesmortes , mourut de maladie, non sans soupçon de venin ; il aurait mieux fait de suivre l'exemple de M. de Saint-Chaumont, son frère, encore vivant. »

Devenue veuve, Claude de Fay épousa en deuxièmes noces Antoine de Bron , seigneur de la Liègue, le môme que le président de Thon, qui ignorait son prénom et le nom de sa famille^ dit être entré à Lyon avec Alphonse d'Ornano, le 7 février 1594, le jour que celte ville embrassa le parti de Henri IV.

Jean de Saint-Chamond qui ne s'appela Jean de Saint-Romain qu'après son mariage, portait pour armoiries : d'argent, à la fasce de gueules , parti d'azur.

L'apostasie de Jean de Saint-Chamond , scandalisa le chapitre

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de Saint-Sauveur, mais ne rabattit point. Il élut pour grandvicaire Pierre Matai, théologal de la cathédrale, qui prit, avec le zèle le plus louable, soin du diocèse, et tint tète aux persécutions de toute sorte que les huguenots suscitèrent au clergé. Le 19 juillet 1567 , le pape Pie V adressa un bref de félicitations au chapitre et l'engagea à se tenir en garde contre les loups ravisseurs qui , profitant de l'absence du pasteur, voudraient dévorer le troupeau. A cette époque, le roi , par brevet du 26 mars 1567 daté de Fontainebleau , avait nommé à l'archevêché Estienne d'Estienne appelé aussi André d'Estienne.

Estienne-André d'Estienne, issu de la maison de Saint- Jean de la Salle et de Monlfuron, en Provence, fils d'Honoré d'Estienne et de Marguerite d'Antoine, était docteur en droit et chanoine, de Saint-Sauveur, lorsque, sur la recommandation du chapitre où il jouissait d'une grande influence, le roi Charles IX l'appela à succéder sur le siège d'Aix, à Jean de Saint-Chamond. Le Pape ne voulut point confirmer sa nomination, parce que le roi s'opposa à ce qu'on exprimât dans les bulles que Jean avait été privé de son siège pour crime d'hérésie, par une sentence de la cour de Rome. Ce jugement était en effet contraire aux libertés de l'Église gallicane qui attribuent aux seuls évôqucs de France la connaissance des causes de l'espèce dont il s'agit. Nous en avons parlé dans la notice précédente , et on peut consulter a ce sujet une décrétale de Boniface Ier, Can. dccrevimus, quxst. 3. André d'Estienne fut alors transféré, en 1568, à l'évôché de Gap , mais le saint Père persista à ne point lui don- * ner l'institution canonique. Il mourut à Aix, le 5 juin 1580, après avoir été appelé, le 25 janvier 1572, à l'évôché de Béziers. et avoir vu encore sa nomination annulée le 27 avril 1573, pour des causes qui sont demeurées inconnues. On l'inhuma le 6 juin dans l'église métropolitaine.

Ses armoiries étaient : de gueules, à la bande d'or, accostée à dextre d'un besant d'or, à senestre d'une branche de chêne glandée et feuillée de même , au chef d'azur , chargé de trois étoiles d'or.

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