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LAURENT, cardinal STROZZI

Né à Florence le 3 décembre 1523, Laurent Strozzi était fils de Philippe Strozzi , dit le jeune, et de Clarisse de Médicis, nièce de Léon X, et tante de Catherine de Médicis, reine de France. Son frère Pierre Strozzi, l'un des plus habiles capitaines de soa

temps, devint maréchal de France, et fut tué le 20 juin 1558, devant Thionville, au moment où il conférait avec le duc de Guise, de l'installation d'une batterie. Après avoir appris les humanités, sous la direction de Benoît Varchi qui ilrt non moins bon poète qu'historien et orateur, Laurent alla étudier le droit à Padoue et y rei;ut le bonnet de docteur; mais bientôt , à l'exemple de ses frères, Pierre et Philippe, il embrassa la carrière militaire, et entra au service de la France. Henri II le fit son lieutenant général au gouvernement de Languedoc, et Laurent réduisit dans cette province plusieurs places fortes occupées par les religionnaires.

Suivant le conseil de sa cousine Catherine de Modicis, il abandonna bientôt le3 armes pour se vouer à l'état ecclésiastique , et fut pourvu de l'évêché de Béziers par résignation de François Gouiïier, le 5 décembre 1547, ainsi que le constate le livre des provisions des prélats. Il fit prendre possession de l'évêché le 27 février 1 548 , mais son sacre n'eut lieu que le dimanche 8 juin 1550, à Paris, et nommé conseiller d'État, il assista le 2 juillet suivant à la séance du parlement que présida ce jour-îà, le roi Henri If. Le 2 juillet 1551, Laurent nomma, pour administrer le diocèse de Béziers, Pierre de Puimisson, abbé de Villelongue, et ce vicaire général assista en son nom, au concile provincial qui se tint à Narbonne du 10 au 20 décembre de cette année , pour arrêter les progrès de l'hérésie. L'année précédente, Laurent avait été nommé abbé commendataire de Notre-Dame de Staflfarde en Piémont , et fut pourvu plus tard des abbayes de Saint-Victor de Marseille (1555); de Beaubec, au diocèse de Rouen (janvier 1560); de Villiers, mais non d'Aniane , comme l'ont dit certains historiens. Jacques de Roux d'Arnoye , abbé de Saint-Jacques, de Béziers, lui rendit hommage le 4 décembre 1556.

Le pape Paul IV l'ayant promu au cardinalat dans le consistoire du 15 mars 1557, Laurent reçut le chapeau et le titre de Sainle-Balbine, dans celui du 20 septembre suivant et tout aussitôt après, revint en France et fit sa première entrée solennelle à Béziers. Les consuls de cette ville allèrent l'attendre à Gabian et lui firent présent d'une grande quantité de gibier. Le cardinal les supplia de vouloir bien abréger le cérémonial et surtout la promenade dans les rues de Béziers. Cette demande provoqua une assemblée extraordinaire du conseil de la commune, car nos pères tenaient à leurs usages. Après une longue délibération , on résolut de condescendre aux désirs du prélat, sans que

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cela pûtouire à la coutume. Le cardinal entra par la porte Tourventouse, assez rapprochée du palais épiscopal. La ville lui donna deux chandeliers et quatre coupes d'argent, le tout du poids de 12 marcs. Jean de Chambert, abbé de Villemagne, et Jacques de Saint-Félix, abbé de Saint-Thibéry , assistèrent à cette cérémonie, qui , malgré sa brièveté, ne laissa pas d'être brillante, ainsi que nous rapprend le notaire Vitalis, qui en rédigea le procès-verbal {Bulletin de la Société archéoL de Béziers, 1. 1, p. 184).

Nous ne savons si le cardinal Strozzi résida dans son diocèse, mais on a de lui, à la date du 23 juillet 1561, une lettre à la reine-mère, sa cousine, pour la prévenir que jusqu'alors Béziers avait élô paisible, nonobstant les troubles de la province, mais qu'enOn le mal y avait gagné et qu'il y avait eu une émotion depuis quelques jours, non pas tant à cause de religion que par le mauvais gouvernement de quelques officiers de police, et qu'il aurait couru un grand danger sans le secours du vicomte de Joyeuse , qui s'y prenait de manière à faire espérer que le tumulte Unirait bientôt.

Les calvinistes de Béziers se livrèrent d'abord à leurs prati- * ques religieuses hors de la ville , dans une île que formait la rivière d'Orb en se divisant ; mais peu à peu , ils se hasardèrent à tenir leur prêche dans la ville même. Un soir du mois d'août, tandis qu'ils chantaient des psaumes sur la place du marché , le • cardinal, qui passait près de là en carosse les ayant entendus , ieur fit dire de se taire. Mais les religionnaires, loin de lui obéir, chargèrent ceux qui venaient de sa part , et en blessèrent quelques-uns. Le prélat, plus que surpris de cet attentat, demanda alors des troupes au vicomte de Joyeuse, assurant que sa personne n'était point en sûreté dans une ville où les religionnaires étaient déjà en aussi grand nombre que les catholiques.

Au mois de septembre suivant, sur la résignation que fit en sa •faveur le cardinal Louis de Lorraine, Laurent Strozzi fut transféré à l évèché d'Albi, où il fit son entrée solennelle le 6 octobre 1561. Ce jour-là, les consuls de la ville lui rendirent l'hommage accoulumé. Les calvinistes faisaient de grands ravages dans le midi de la France. Mais le cardinal mit tant de soins et de zèle à maintenir ses diocésains dans le sein de l'Eglise; sa vigilance et sou esprit de persuasion furent si puissants sur les cœurs, <fue sa ville épiscopale et la plus grande partie de son diocèse •Turent préservés de l'hérésie. Au mois d'août 1562, il obtint du

roi Charles IX des lettres de protection pour son Eglise, et Tannée suivante, prêta serment de fidélité entre les mains de ce prince , qui, comptant sur son énergie , le nomma son lieutenant dans l'Albigeois.

Afin de maintenir la jeunesse dans les «vrais principes delà foi , le cardinal donna à la ville d'Albi un vaste établissement, appelé de Sainte-Gemme pour l'instruction des enfants. C'est le collège qui existe encore. En janvier 1567, le cardinal échangea son évêché pour l'abbaye de Saint- Victor de Marseille que gouvernait Philippe de Rodolphi, son neveu , mais il ne tarda point à être appelé à l'archevêché d'Aix. Après avoir prêté serment en qualité de chancelier de l'Université entre les mains de Nicolas Flotte, premier conseiller au parlement, il prit solennellement possession de sa nouvelle Eglise le 14 avril 1568, et mourut à Avignon le vendredi 14 décembre 1571. Son corps y fut inhumé dans l'église de Saint- Agricol , mais aucune inscription ne fut placée sur son tombeau.

La plupart des historiens ont loué la noblesse , le courage et les actions de ce cardinal dont l'éloge a été notamment écrit par François Augustin de l'Eglise dans son Histoire chronologique de Piémont. La famille Strozzi a fourni à l'Eglise d'Italie plusieurs prélats distingués , nous citerons, Alexandre , archevêque de Fermo; Alexandre, évêque de Volterra; Robert, évêque de Fiésole; un autre Robert, évêque de Collo , et Alexandre, évêque de San-Minialo.

Les armoiries du cardinal Laurent Strozzi étaient: d'or, à une fasce de sable chargée de trois croissants d'argent.

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