‹ La France pontificaleChapitre 68 sur 148 · JULIEN DE MÉDICIS · texte numérisé non relu

JULIEN DE MÉDICIS

Nous ue nous appesantirons pas ici sur l'illustration de cette célèbre famille florentine qui s'éleva à la souveraineté dans le XVe siècle. Ses origines sont obscures; quoiqu'elle ait trouvé des généalogistes qui l'ont fait remonter jusqu'à Charlemagne : c'est seulement à partir du XIII* siècle que des membres de cette maison figurent dans l'histoire. Les richesses considérables qu'elle avait acquises par le commerce lui assurèrent une puissante influence; mais les véritables fondateurs de la grandeur de cette maison furent Salvestro de Médicis, qui, en 1378 , arriva aux affaires comme gonfalonier de la justice à Florence , et Jeaa

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de Médicis son petit-fils, qui fut le père de Cosme, chef de la république florentine, mort le 1er août 1464. Celte maison, en moins d'un siècle et demi , a donné a l'Eglise quatre souverains Pontifes : Léon X , Clément VII, Pie IV, Léon XI; huit cardinaux , et deux reines à la France , Catherine et Marie.

Julien de Médicis, fils de Pierre-François de Médicis, II« du nom, gonfalonier de Florence en 1516, et de Marie Soderiui, descendait de cette branche des Médicis qui, lors de l'expulsion de Pierre II , prince de Florence (9 novembre 149 i), avait pris le nom de Popolani. Laurent, son frère, plus connu sous le nom de Lorenzino, fut, dans la nuit du 5 au 6 janvier 1537, l'assassin d'Alexandre de Médicis , premier duc de Floreuce et ses sœurs Laudamie et Madeleine épousèrent, la première, Pierre Strozzi, maréchal de France; la deuxième, Robert Strozzi, l'un et l'autre frères du cardinal Laurent Strozzi.

Appelé en France par la reine Catherine de Médicis, Julien remplaça, en octobre 1561 le cardinal Strozzi dans l'évèché de Bôziers, et sous son ôpiscopat, l'Eglise de Béziers eut horriblement à souffrir de la part des religion nâires qui, le 6 mai 1562, s'emparèrent de la ville et y introduisirent Jacques de Crussol , seigneur de Beaudinô, qui était a la tôle de leur parti dans le Bas-Languedoc, ainsi que les barons de Faugères et de Montpeyroux et 1200 fantassins. Les églises furent envahies, pillées et dévastées; dans la cathédrale de Saint-Nazaire où les hérétiques pénétrèrent, malgré la résistance qu'opposèrent d'abord douze bénéficiers et un chanoine qui s'y étaient enfermés, les tapisseries furent détendues et enlevées, ainsi que les calices, les patènes, les croix, les vases sacrés, les reliquaires et les autres richesses qu'on n'avait pas eu le temps de cacher; les statues et les images des saints furent brisées, les tombeaux de marbre et de jaspe de plusieurs évéques et celui de la princesse Jeanne de France, qui était supporté par des piliers fleurdelisés, furent détruits; les peintures qui ornaient les murailles furent gâtées à coup de piques et de hallebardes. Pour comble de profanation, les soldats de Beaudiné mirent les chevaux de leurs officiers dans l'église et leur donnèrent à manger l'avoine sur les autels. Dans l'église de Saint-Aphrodise, on mit en pièces le tombeau de l'évéque saint Guiraud et l'on dispersa ses reliques et celles de saint Aphrodise, dont de pieux fidèles purent cependant sauver quelques fragments. Pendant cinq ou six jour» de pareils sacrilèges furent commis dans les autres églises. Les

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couvents furent dévastés et quelques-uns dépouillés même de leurs toitures, portes et ferrements, de telle sorte qu'il n'en resta que les murs. Des ecclésiastiques furent tués ou emprisonnés, les biens des églises dispersés ou aliénés : aussi l'évoque, les chanoines et les bénéficie rs eurent alors à peine de quoi subvenir à leur modique entrelien. Le château de Lignan, seigneurie des évéques de Béziers , fut pris jusqu'à trois fois et incendié le 17 juillet 1562.

L'année suivante, par suite d'un nouvel édit de pacification, Béziers revint au pouvoir des catholiques, mais les religionnaires se remirent à y tenir leur prêche. A la prière de Julien de Médicis, Henri de Montmorcncy-Damville , gouverneur de Languedoc, les contraignit, au mois d'août a aller faire la cène hors de la ville. Le 29 décembre 1565 , Charles IX et la reinemère arrivèrent a Béziers : le roi logea à l'évêché et Catherine de Médicis dans la maison du barou de Sorgucs. Le lendemain , la reine et les minisires d'Etat furent occupés à entendre les plaintes des catholiques et des religion naires de Béziers, et firent espérer satisfaction aux uns et aux autres. L'évêque Julien de Médicis se plaignit surtout des violences que se permettaient les protestants.

Il avait obtenu du roi , en 1566, la permission de se rendre à Rome, mais il ne fit point ce voyage, parce que le pape saint Pie V lui écrivit le 4 mars de celte année , en l'exhortant à demeurer dans son diocèse, où sa présence était nécessaire pour arrêter les progrès de l'hérésie. Pourvu en 1570 de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, Julien de Médicis fut nommé, en décembre 1571, à l'archevêché d'Aix, et chancelier de l'Université de cette ville. En juillet 1574, il se démit de ce siège en faveur d'Alexandre Canigiani, son parent, pour monter sur la riche chaire épiscopule d'Albi.

Julien de Méd cis sut, dans ce nouveau diocèse, se concilier l'amour de son clergé et des fidèles, au point que lorsqu'il se disposait à s'absenter d'Albi , le peuple se portait en foule au seuil de son palais pour le conjurer de retarder son départ. Il fonda a Albi le couvent des Capucins dans le faubourg de Tarn, et fit bâtir la grosse tour de Combefa, qui porte son nom. Mathieu Toscan, son vicaire général, assista en son nom, en 1584, au concile provincial de Bourges. Diverses infirmités le contraignirent de se retirer au château d'Auriol, et c'est là qu'il mourut le jeudi 28 juillet 1588. On l'inhuma dans son

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abbaye de Saint- Victor de Marseille, et François Antelmy, rie cette ville, composa son épitaphe.

Ce prélat portait pour armoiries : d'or, à cinq tourteaux de gueules surmontés en chef d'un tourteau d'azur, chargé de trois fleurs de lis d'or, d'après une concession de Louis XII en faveur de Pierre II de Médicis et en récompense des services que ce seigneur lui avait rendus en Italie. L'origine des six tourteaux qui figurent dans les armoiries des Médicis est diversement exposée. D'après un ouvrage manuscrit cité par Roscoe (Vie de Laurent de Médicis) et intitulé : Origine e descendenza délia casa de Médicis , Averardo de Médicis, l'un des paladins de Charlemagne, tua un géant nommé Mugello et obtînt le privilège de porter dans ses armes six palle (disques ou tourteaux), comme souvenir des six disques de fer qui étaient attachés à la massue de son adversaire. Suivant une opinion plus commune et qui n'est pas plus fondée, les palle seraient des sortes de pilules et rappelleraient la profession médicale des premiers membres de cette famille. Les mots aile palle devinrent le cri de ralliement des Médicis.

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