ALEXANDRE CANIGIANI
Né à Florence du mariage d'Antoine Canigiani, noble Toscan, et d'Argentine Soderini, tante de Julien de Médicis, son prédécesseur, Alexandre Canigiani, destiné dès son enfance à l'Église, fut élevé avec soin, et devint un des premiers prêtres que l'illustre cardinal saint Charles Borromée attacha a sa personne et à sa maison. Il fut nommé archevêque d Aix en 1574 sur la démission que son cousin -germain donna de ce siège en sa faveur, et tout aussitôt, suivant la coutume, il fut déclaré chancelier de l'Université. Son entrée solennelle à Aix eut lieu le 46 septembre 1576. et sans tarder, ce bon prélat, fidèle imitateur de l'archevêque de Milan, commença la visite du troupeau que le souverain pasteur des âmes avait confié à son zèle.
Persuadé que lorsque les paroisses sont pourvues de bons prêtres, les fidèles marchent mieux dans la voie de l'Église, il s'appliqua à réformer les abus qui s'étaient glissés au sein de gon clergé, et jeta les fondements d'un séminaire. Le malheur des temps fit échouer cette entreprise qui eût été si utile au diocèse , et le pieux archevêque dut se contenter de former dans sa
propre maison une sorte de communauté, composée de quelques prêtres instruits, qu'il envoyait évangélifer les paroisses, avant d'en entreprendre la visite pastorale. Il assista à l'assemblée du clergé qui se tint d'abord à Melun, puis, le 26 février 1580, se réunit à Paris dans l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, et luimême indiqua, pour remédier aux maux que causait à la religion l'ignorance du clergé, un concile provincial qui se réunit au mois de septembre 15S5 à Aix même.
Les suflragants qui se trouvèrent à cette assemblée furent François de Simiane , évêque d'Api; Pierre Paparin de Chaumont, évêque de Gap; Antoine de Cuppis, évêque de Sisteron; Elzéar de Rastelles, évêque de Riez. François de Bouliers, évêque de Fréjus , retenu à Paris par un procès qu'il soutenait devant le Parlement, se fit représenter par Élie Masson, son vicaire général. On publia dans ce concile & canons de discipline, tirés du concile de Trente et des conciles précédents. Dans le neuvième chapitre, qui traite du sacrement de l'Eucharistie, il est dit que le tabernacle doit être d'or massif et de pierres précieuses, s'il est possible. Il est dit aussi qu'on mettra sur le haut du tabernacle une image de Jésus-Christ, ressuscitant du tombeau, ou percé d'une lance au côté, ou attaché à la croix. Dans le onzième , il est ordonné de faire usage du Bréviaire et du Missel romains.
11 est dit dans le chapitre qui traite du sacrement de Pénitence, que le prêtre qui confesse sera toujours assis en entendant les confessions, de quelque rang que puissent être les pénitents ou les pénitentes.
Le chapitre du sacrement de l'Extrême-Onction, porte que le curé qui l'administrera se fera assister du plus grand nombre de prêtres qu'il lui sera possible.
Le 17* chapitre recommande aux prêtres d'avoir la barbe rase au-dessus de la lèvre supérieure, afln de n'être pas gênés pour prendre le précieux sang.
Le 25« prescrit de faire une procession tous les jours de dimanche et de fête avant la messe paroissiale.
Le 28« fait un devoir à l'évêque de ne point quitter le choeur après la messe conventuelle , sans que l'office de sexte ou de none soit complètement achevé.
Le 30* ordonne le silence dans les sacristies et défend d'y recevoir des laïques sans nécessité.
Le 33« défend de faire aux funérailles dans les églises l'éloge
ARCMDIOCÈSE D'àIX. U9 ■ — ... . ■
funèbre de la personne decédéc, à moins d'en avoir obtenu par écrit la permission de l'évéque.
Le 39« recommande à l'évéque de visiter son séminaire tous les trois mois et de surveiller les écoles avec soin.
Le 40* indique la forme à suivre dans la célébration des synodes diocésains.
Le 41e ordoune aux évôques d'établir partout des vicaires forains, chargés chacun de l'inspection de huit ou dix paroisses, dont ils rassembleront les curés tous les mois, tantôt dans une église paroissiale , tantôt dans une autre, et après la messe dite, ils feront un discours aux prêtres de leur district sur les devoirs ecclésiastiques et curiaux. Ils rendront ensuite compte de tout à l'évêque.
Le 44« et dernier soumet tous ces décrets au- jugement de l'Église romaine, mère et maltresse de toutes les églises.
Ce concile, en effet, a élé approuvé par le Saint-Siège, et les acles en furent imprimés sous le titre : Concilium Aqueuse, anno 1585, Parisiis 1586, in 8°. Louis Odespung, prêtre de Tours, les a insérés tout au long dans son Recueil des conciles.
Alexandre Canigiani se trouvait à Paris en 1586, il y signa avec six autres évôques, quelques articles de réforme disciplinaire qu'ils s'engagèrent à observer jusqu'à la promulgation du concile de Trente. Il assista ensuite comme député de la province d'Aix aux États généraux qu'Henri JIÏ réunit a Blois en 1588. C'était un homme paciQque et régulier; aussi, voyant avec douleur les divisions qui déchiraient la France en proie à toutes les horreurs de la guerre civile , il se retira à Rome pour y finir tranquillement ses jours. Il mourut dans cette ville le jeudi 21 mars 1591. Peu de temps auparavant, le pape Sixte V l'avait envoyé en France avec quelques autres prélaits, pour travailler à la pacification des troubles du royaume. Son oraison funèbre, pronoucée par Laurent Jacomini Malespini, a été publiée en italien, Rome, 1591, in-8°. Charles Bascapé ou à Basilica sancti Pétri, en sa Vie de saint Charles Borromôe, parle de Canigiani et de sa famille , qui a aussi donné à l'Église un autre prélat, Jean-Marie Canigiani, évôque d'Hippone, mort en 4523, abbé général de Vallorabreuse.
Du temps d'Alexaalre Canigiani et par ses libéralités, les Frères-Mineurs ou Capucins s'établirent à Aix, et il leur donna la chapelle de Notre-Dame de Consolation, située hors des murs de la ville. Ils bâtirent à côté leur couvent, qui devint, en quel-
ques années , l'un des plus ibeaux qui se trouvât en Provence.
Ce prélat portait pour armoiries : De sable, au croissant d'argent, accompagné en chef d'un lambel de trois pièces de même.