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DANIEL DE COSNAG

Daniel de Cosnac, issu d'une des plus illustres familles du Limousin, naquit en 1626 au château de Cosnac, à peu de distance de Brives, et était fils de François, baron de Cosnac, et d'Éléonore de Talleyrand de Chàlais. Destiné , presque dès le berceau à titre de cadet, à la carrière ecclésiastique, il fit paraître, tout enfant, beaucoup de vivacité, de pénétration et de talent pour les affaires. Sa figure était assez désagréable et aurait pu être un obstacle à son avenir, mais son esprit la faisait oublier. Ses parents l'envoyèrent à Brives et à Périgueux pour y faire ses humanités, et ensuite à Paris , au collège de Navarre pour y étudier la philosophie. En 1644, il prit ses degrés de maître ès-arts, fut reçu bachelier de l'Université de Paris en 1648 et continua ses études dans la capitale jusqu'en 1650 qu'il entra en licence.

L'année suivante, admis par la protection du duc de Bouillon dans la maison du prince de Conti, il ne songea plus qu'à tirer parti , tout jeune qu'il était, de cette position pour faire fortune. Les premiers moments furent rudes; l'accueil qu'il reçut ue lui

Digitiz

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laissait que bien peu d'espoir de faire son chemin de ce côté , et il se fut dès lors retiré sans les conseils de Madame la duchesse de Longueville qui le décida à prendre patience. Il fit sagement. Cosnac, à force de soins, de prévenances , d'assiduité, finit par se glisser dans l'intimité de M. de Conti, durant une grave maladie du prince. « Personne , dit le caustique Saint-Simon , n'avait plus d'esprit, ni plus présent, ni plus d'activité, d'expédients et de ressources et sur-le-champ. Sa vivacité était prodigieuse ; avec cela très-sensé, très-plaisant en tout ce qu'il disait, sans penser à l'être, et d'excellente compagnie. Nul homme si propre à l'intrigue , ni qui eût le coup d'œil plus juste, au reste, peu scrupuleux, extrêmement ambitieux , mais avec cela, haut, hardi , libre , et qui se faisait craindre et compter par les ministres. • L'abbé de Choisy complète le portrait, sans le contredire. « C'est, dit-il, un homme d'une vivacité surprenante, d'une éloquence qui' ne laisse pas la liberté de douter de ses paroles , bien que , à la quantité qu'il en dit , il ne soit pas possible qu'elles soient toutes vraies. Il est d'une conversation charmante, d'une inquiétude qui fait plaisir à ceux qui ne font que l'observer et qui n'ont point affaire à lui. »

Cosnac sut bientôt conquérir une place moins obscure dans la maison du prince. Il obtint d'exercer les fonctions de premier gentilhomme, ce qui avait l'avantage de l'attacher constamment a sa personne. Bientôt, il traita de puissance à puissance avec Barbezières-Chémerant et Sarrasin, les favoris du maître , et se rendit chaque jour plus utile au prince , qu'il décida à faire la paix avec la cour. Cette paix fut l'ouvrage de Cosnac; sans lui, M. de Conti aurait peut-être signé un traité d'alliance avec Cromwel, et Ton ne saurait imaginer les incalculables conséquences d'un pareil coup de tête, au moment même où le prince de Condé , son frère, était passé du côté de l'Espagne.

A sa sortie de Bordeaux , M. de Conti s'était retiré à la Grange près de Pézenas, où il s'efforçait de passer le temps de son mieux. La troupe de Molière , encore inconnue et de la Béjart , était en Languedoc ; Cosnac qui avait l'argent des menus plaisirs, manda à Molière de venir, et celui-ci n'eut pas de peine à se faire préférer à Cormier, chef d une autre troupe qu'on avait vivement recommandée au prince. M. de Cosnac fit observer à M. de Conti qu'il s'était engagé avec Molière, et il ne cacha pas qu'à défaut du prince, il donnerait mille écus de son argent plutôt que de manquer de parole au comédien. Cette loyauté

piqua d'honneur M. de Conti qui revint de sa décision d'attirer Cormier a la Grange. Cette anecdote a d'autant plus d'importance, qu'il ne serait pas impossible que l'insistance de l'abbé de Cosnac eût eu quelque influence sur l'avenir de Molière.

Destiné tout d'abord à l'Église, le prince de Conti s'était pris d'une passion subite pour les armes, et supposant qu'une alliance contractée avec une des nièces de Mazarin était ce qui pouvait le plus aider ses projets de gloire, il fit faire à ce dernier des ouvertures , qu'on accueillit à merveille. En serviteur dévoué , de Cosnac se prononça ouvertement contre un mariage si disproportionné ; mais la décision élait irrévocable , et il n'eut plus qu'à en prendre son parti et à faire oublier à Mazarin et à Mademoiselle Martinozzi son opposition malavisée. Le prince une fois marié , il eût été peu décent que l'abbé de Cosnac conservât sa place de premier gentilhomme de la chambre, il se démit donc de sa charge en faveur du marquis de Villars. Mazarin lui avait promis le premier siège vacant; mais le ministre était de parole oublieuse, et ce fut l'abbé Oudedei qui obtint l'évéché de Fréjus. Aussi l'abbé de Cosnac se promit-il bien, à la première vacance, de n'épargner pour arriver ni pas ni démarches. Il apprend à six heures du matin la mort de Charles-Jacques de Leberon, évêque de Valence, arrivée au Ménil, près de Saint-Germain-en-Laye , le 5 juia 1654; sans perdre de temps , il va dans la chambre de la princesse de Conti, dont il s'était fait l'ami, la fait lever et l'envoie chez le cardinal. Celui-ci voulait bien accorder un autre évôché , mais refusait Valence. Daniel de Cosnac insiste , dépêche de nouveau la princesse à Son Éminence le cardinal-ministre , et se remue si bien lui-môme, que la place fut emportée d'assaut : Mazarin lui donna l'évéché de Valence par un brevet que le roi signa à Sedan le 22 juillet 1654; déjà un brevet royal, daté de Rethel le 24 juin précédent, l'avait nommé conseiller d'Etat. Le ministre lui remit sa nomination, au sortir d'un sermon prêché par l'abbé de Cosnac devant le roi et la reine, « Le roi , lui dit-il , vous fait maréchal sur la brèche. »

L'abbé de Choisy, dont il faut bien se garder de prendre au sérieux toutes les assertions, raconte qu'aussitôt après sa nomination , l'abbé de Cosnac alla chez l'archevêque de Paris : « Le roi, lui aurait-il dit, Monseigneur, m'a fait évêque, mais il s'agit de me faire prêtre. — Quand il vous plaira, aurait répondu M. de Paris. — Ce n'est pas tout, répliqua l'évêque

nommé de Valence, c'est que je vous supplie de me faire diacre. — Volontiers, lui dit M. de Paris. — Vous n'en serez pas quitte pour ces deux grâces, Monseigneur, interrompit M. de Valence ; car, outre la prêtrise et le diaconat , je vous demande encore le sous-diaconat. — Au nom du ciel , reprit brusquement M. de Paris, dépêchez-vous de m'assurer que vous êtes tonsuré de peur que vous ne remontiez la disette des sacrements jusqu'à la nécessité du baptême. » L'anecdote serait piquante, si elle était vraie, mais on peut assurer qu'elle appartient tout entière à la féconde imagination du chroniqueur. À cette époque, l'archevêque de Paris était le fameux cardinal de Retz, et ce prélat, qui n'avait point encore pris possession de ce siège , ne pouvait se trouver à Paris, puisque, depuis le 31 mars 1654, il était enfermé au château de Nantes , d'où il s'échappa le 8 août de cette année, pour se réfugier d'abord en Espagne, puis à Rome.

Préconisé dans le consistoire du 22 avril 1655 , l'abbé de Cosnac fut sacré le 24 octobre de cette année dans la cathédrale de Senlis, mais ne fit son entrée à Valence qu'en septembre 1657. Le prince de Conti l'avait chargé de la direction de ses affaires, et ses finances, entre autres choses, ne s'en trouvaient pas trop mal. Si Daniel de Gosnac était plus ambitieux et plu3 mondain qu'il ne convient à un ecclésiastique, c'était après tout un honnête homme et un homme intègre que son maître eût dû conserver près de lui; mais trop de gens étaient intéressés à le voir congédier, pour qu'un jour ou l'autre, des intrigues ne l'éloignassent pas. Des dégoûts, un refroidissement qu'on n'essaya pas de dissimuler le décidèrent à se retirer.

Ce fut alors que le cardinal Mazarin lui conseilla d'acheter la charge de premier aumônier de Monsieur. Le caractère de ce frère de Louis XIV, ses mœurs , ses étranges attachements ne sont que trop connus ; l'ôvêque de Valence , d'abord dépaysé dans la petite cour du Palais-Royal, finit par s'attirer les bonnes grâces et l'amitié du jeune prince, dont il eût voulu faire un homme de cœur, sinon un grand homme. Il ne tint pas à lui que Monsieur n'encourageât une tentative organisée pour mettre sur sa tête la couronne de Naples. Il le suit à l'armée , pousse le duc d'Orléans à se montrer à la tranchée , et l'y accompagne sans trop se soucier de ce qu'avait d'assez étrange cette démarche chez un ecclésiastique. Mais de Gosnac, dont l'ambition n'allait pas jusqu'à faire taire certains sentiments de droiture et de dignité, au lieu de faire cause commune avec ce chevalier de

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Lorraine , fait comme on peint les anges, pour nous servir des termes employés par l'abbé de Choisy, prit parti pour Madame contre le favori de Monsieur, qui ne le lui pardonna pas. Nous le voyons dans une circonstance remuer ciel et terre, afin de faire disparaître un libelle injurieux pour l'honneur de la maison. A dater de ce moment , le duc d'Orléans semble s'efforcer d'abreuver de dégoûts un serviteur auquel il n'avait à reprocher que de lui avoir été trop dévoué. Cependant Cosnac , par déférence pour Madame, patiente quelque temps, jusqu'à ce que, poussé à bout, il ûnit par demander son congé au prince , qui le lui accorda avec une dureté imméritée.

Monsieur exigeait qu'il, quittât Paris, l'évôque de Valence s'y refusait, mais il dut céder sur un ordre exprès de Louis XIV. Madame avait continué ses rapports avec lui : à la veille de partir pour l'Angleterre où le roi l'envoyait pour négocier un traité secret avec Charles II , elle flt dire à Daniel de Cosnac qu'elle voulait absolument avoir un entretien avec lui. Ce dernier s'en défendit longtemps, mais les prières de la princesse étaient tellement pressantes qu'il se mit en route quoique déjà très-souffrant. Il arriva mourant à Paris où il s'établit rue aux Ours , dans la maison d'un maître-tireur d'or, chez lequel il se croyait en sûreté. Il n'en fut pas moins arrêté presque aussitôt, et conduit malgré son état au For-PÉvêque, et non au Châtelet, comme le dit la Biographie universelle de Michaud, d'après l'abbé de Choisy. L'on avait feint de le prendre pour un faux monnayeur, et ce quiproquo volontaire avait servi de prétexte à des violences , dont l'évêque de Valence rejeta l'odieux sur M. de Louvois. Cosnac écrivit alors au roi qui le flt relâcher, et l'exila à l'Ile- Jourdain. (Cet exil dura deux années et huit mois, ainsi que le prouve une lettre de Madame de Sévigné, datée de Valence, le vendredi 6 octobre 1673. La Biographie universelle des frères Michaud commet une autre erreur, en disant , toujours d'après l'abbé de Choisy, que cet exil dura quatorze ans. Ce qui est certain, c'est que cet exil ne lui fit point perdre l'estime du roi qui avait accordé à son frère l'éloignement d'un serviteur dont la présence déplaisait. A Reims , où l'évôque de Valence obtint de lui faire sa cour, Louis XIV lui dit avec bonté : • Monsieur, je vous ai fait savoir que je n'avais eu aucune part à tout ce qui vous est arrivé de désagréable, que de l'avoir souffert, je vous le dis encore, et j'en suis très-fâché. — Sire, répondit le prélat en se jetant à ses pieds , Votre Majesté avait

tout pouvoir d'en user avec moi comme il lui eût plu , étant mon souverain et mon maître , et je ne pouvais avoir jamais sujet de m'en plaindre ; mais puisqu'elle a la bonté de nf assurer n'avoir eu aucune part aux mauvais traitements que j'ai reçus , je pourrai dire que jamais on n'a usé avec une personne de mon caractère de tant de violence et d'injustice qu'on a fait. »

Daniel de Cosnac qui, le 15 octobre 1666, transféra les reliques de saint Romain dans l'église de la Visitation de Valence, figura à plusieurs reprises aux assemblées du clergé, et fut, dans la grave question des régales, l'un des prélats français qui aidèrent le plus au triomphe des libertés de l'Église gallicane. Il avait été chargé d'examiner les brefs d'Innocent XI, et son rapport est une pièce historique qu'il est utile de lire. De retour dans son diocèse , l'évôque de Valence s'appliqua, comme il le dit , à l'extinction de l'hérésie. En moins de deux ans , de quatre-vingts temples protestants que contenait son double diocèse de Valence et de Die , il n'en resta plus qu'environ dix ou douze , « qui dans la vérité, n'étaient pas en état d'être rasés. » Mais ces temples mêmes disparurent , et avant la révocation de l'édit de Nantes, l'heureux prélat en avait complètement purgé le sol. Toutefois , son zèle n'alla pas jusqu'à l'oubli de tous les sentiments d'humanité. 11 se mit à parcourir le Dauphiné et le Vivarais à la suite des troupes envoyées pour arracher des abjurations aux prisonniers par des manœuvres assez habiles, mais peu loyales. Il sauva ainsi du gibet plus de deux mille personnes. De pareilles conversions, on le pense, ne devaient pas toujours être sincères. « J'avoue, dit-il , que la crainte des dragons et les logements dans les maisons des hérétiques y pouvaient contribuer beaucoup plus que moi. »

Le 19 janvier 1687, Louis XIV appela Daniel de Cosnac à l'archevêché d'Aix, mais les démêlés de la France avec le Saint- Siège firent qu'il ne fut préconisé que six ans plus tard , le 16 octobre 1693; que le pallium ne lui fut donné que le 9 novembre suivant , et qu'il ne prêta serment entre les mains du roi que le 11 juin 1695. Dans l'intervalle , il avait sacré le 31 janvier 1693, dans l'église des Filles du Saint-Sacrement du faubourg Saint- Germain à Paris, Pierre-François de Beauvau du Rivau, évêque de Sarlat; et le 18 avril 1694, conféré aussi l'onction épiscopale dans l'ég jsc de Saint-Sauveur d'Aix à Charles de Villeneuve de Vence, évêque de Glandèves. Le roi l'avait nommé, le 8 septembre 1689, abbé commendataire de Saint-Riquier, au dio-

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cèse d'Amiens , et le 1« novembre suivant lui avait aussi donné en commende l'abbaye de Saint-Taurin d'Évreux, dont l'archevêque d'Aix se démit en 1695.

M. de Cosnac qui , jusqu'à sa préconisation , n'avait gouverné le diocèse d'Aix qu'à titre de grand-vicaire , fut installé solennellement dans l'église métropolitaine le 20 décembre 1693. Pendant les premières années de son administration, il vécut en assez bonne intelligence avec le chapitre , qui, en considération de ce bon accord, nomma l'abbé de Cosnac, son neveu, à la prévôté le 27 septembre 1690; mais dans la suite, ils eurent divers procès à Aix, à Toulouse et au conseil du roi. La môme année, le prélat, qui était aussi chancelier de l'Université d'Aix, lit changer l'ordre qui y était établi et observé de tout temps; il nomma, en vertu d'un arrêt du conseil qu'il avait sollicité, l'abbé de Juliac son parent, depuis prévôt à la place de vicechancelier, et mit, en qualité de grefller, Matthieu de Montreuil, fameux poète, son commensal, qu'il avait auprès de lui comme secrétaire depuis plusieurs années , quoique ce fut un homme qui eut vécu dans la plus grande dissipation : ce qui attira à celui-ci des désagréments qui le contraignirent de quitter cette place. Ces entreprises de la part de l'archevêque d'Aix donnèrent lieu à des sarcasmes et à des chansons contre lui. Il en fut si fort indisposé qu'il fit présenter requête parle pénitencier et fit publier un monitoire qui fut fulminé.

M. Lebrun , curé de la paroisse du Saint-Esprit, homme fort instruit, se trouvant obligé de fulminer ce monitoire, en vertu d'une ordonnance particulière dont la date était ainsi exprimée : « Donné à Aix le 22 septembre 1692 après midi y ajouta en lisant l'ordonnance : « Observez, mes frères, que M, Vévôque de Valence avait dîné lorsqu'il rendit cette ordonnance. L'archevêque n'était alors qu'administrateur. Peu de temps après, on afficha à la porte de l'archevêché un canon du second concile de Lyon : De electione et eleeti potestate, qui déclare nul et de nul effet tout ce que font ceux qui siègent dans l'administration des diocèses avant que leur élection ait été confirmée par le souverain Pontife. Le curé du Saint-Esprit se fit, par cette affaire, une telle réputation dans le royaume , que partout on demanda son portrait.

Au milieu de ces désagréments que l'archevêque d'Aix s'attirait un peu par sa faute , le roi le fit, le 16 avril 1701 , commandeur de l'ordre du Saint-Esprit. L'année précédente, M*r de

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Cosnac voulut faire la visite des églises des religieux, il en visita cinq et y trouva partout des obstacles et des protestations. Il interdit les religieux de ces cinq églises, excepté les Jacobins; et comme il n'était guère aimé, cette sévérité ne fit qu'augmenter les préventions contre lui, préventions qui se soutinrent tant qu'il vécut, parce que trop présomptueux de son naturel, il ne fit jamais rien pour les détruire. Dans les démêlés qu;il eut avec les moines et les religieuses de son diocèse, la cour de Rome ne lui fut pas favorable, non plus que le conseil du roi; ce qui annonce en lui un homme entêté et absolu qui, croyant avoir raison en tout , voulait que tout pliât devant lui , et qu'on le crût infaillible et juste dans tout ce qu'il exigeait.

Parvenu enfin à sa 8I« année, ce prélat termina sa carrière le dimanche 22 janvier 1708, et fut enterré dans l'église métropolitaine de Saint-Sauveur, en présence du chapitre, du parlement et des consuls procureurs du pays. Il était alors le doyen des évôques de France. Il laissa dans son testament un legs à son séminaire et aux deux Hôpitaux généraux de la ville , mais on fut peu édifié de trouver après sa mort des sommes considérables qu'il aurait dû répandre sur les pauvres de son diocèse. Parmi ces sommes , on admira une cassette dans laquelle il y avait onze mille louis d'or frappés au coin de Louis XIII, gravé par Varin. On le chansonna après son décès , comme on avait fait pendant sa vie. L'un des couplets les plus modérés d'une des chansons dirigées contre lui est celui-ci :

Pour paraître au grand tribunal

Cosnac enfin déloge Beaucoup de gens en parlent mal

Et peu font son éloge , Mais laissons ses mânes en paix

Je n'en veux rien écrire L'honnôte homme ne doit jamais

Ni mentir, ni médire.

On lui fit cette courte , mais ironique épitaphe : Requiescat ut requievit.

Pour ne rien omettre de ce qui regarde cet archevêque , nous devons ajouter que si l'on avait recueilli toutes les choses vraies et singulières dont sa conversation ordinaire et toute sa vie

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Mil!

étaient remplies, on aurait un recueil précieux de pensées, de réparties, de saillies et d'anecdotes fort intéressantes. Le maréchal de Tessé a composé son histoire qu'il aurait été important d'avoir sous les yeux pour mieux esquisser son portrait.

Sous de Cosnac , il se forma à Àix une communauté de Prêtres de la Doctrine Chrétienne qu'on établit en 1691, pour desservir au faubourg une église succursale qui fut, quelques années après , érigée en paroisse. C'est aux libéralités du chanoine Jean-Baptiste du Chêne et du président son frère que la ville d'Aix fut redevable de cet utile établissement auquel on joignit un second pour l'éducation de la jeunesse.

L'hôpital fondé en faveur des insensés eut ses premiers commencements en cette même année 1691, au bout de la rue Sylvacane, dans une maison particulière auprès du couvent des dames Bénédictines, en attendant qu'on jetât auprès des Trinitaires les fondements de l'édifice élevé quelques années après.

Daniel de Cosnac, nous Pavons dit, avait gardé auprès de lui en qualité de secrétaire et surtout d'ami , l'abbé Matthieu de Montreuil , poète ingénieux chez qui la finesse et le naturel font pardonner les négligences, et qui mourut au palais archiépiscopal d'Aix le 21 août 1691, à l'âge de 80 ans. Avant d'être le secrétaire de M. de Cosnac qui, en 1690, l'avait fait nommer greffier de l'Université d'Aix, Matthieu de Montreuil avait dépensé la moitié de son bien en voyages et en plaisirs.

L'archevêque d'Aix avait prêché avec succès à la cour. Il prononça un discours à l'ouverture de l'assemblée provinciale des évêques de sa métropole tenue en 1700 par ordre du roi. Cette production est insérée dans les Mémoires du Clergé , 1706 , tome III , page 549. On a encore de lui des Ordonnances synodales publiées dans son premier synode diocésain le 13 octobre 1694, Aix, veuve Charles David et Antoine David , (petit in-4°, 1694, 73 pages. Enfin il a laissé sur sa vie des Mémoires manuscrits qui ont été publiés en deux volumes in-8° , Paris, chez Renouard, 1852, parle comte Jules de Cosnac pour la Société de l'Histoire de France. Ces mémoires, où l'on trouve de curieux détails sur la Fronde en province, bien qu'ils n'aient ni la verve ni le pétillement de ceux de l'abbé de Ghoisy, sont écrits avec une certaine bonhomie qui dispose à la confiance, et nous initient aux petites intrigues des cours du prince de Conti et de Monsieur. Mais l'esprit dont brillait la conversation de Daniel de Cosnac y fait défout, et si l'on veut avoir quelque échantillon de

ses boutades et de ses saillies, c'est à l'abbé de Choisy qu'il faut recourir bien qu'il y ait beaucoup à rabattre dans les assertions de cet écrivain.

Daniel de Cosnac portait pour armoiries : d'argent, semé d'étoiles de sable , au lion de même brochant , lampassé , armé et couronné de gueules.

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