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JEAN-BAPTISTE-ANTOINE DE BRAN CAS

Jean-Baptiste-Antoine de Brancas, né en 1693 à Pernes, diocèse de Carpentras, était le sixième fils de Henri de Brancas,

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des comtes de Forcalquier, marquis de Céreste, mort le 25 janvier 1700, chef de l'illustre maison de son nom en France, et de Dorothée de Cheylus, décédée le 20 décembre 1734. Son frère aîné, Henri-Ignace, occupa le siège épi-copal de Lisicux, de 1715 à 1760, un autre de ses frères, devint maréchal de France. Destiné à l'état ecclésiastique, il fut élevé avec beaucoup de soin, et reçu docteur en théologie de la faculté de Paris, fut pourvu, le 23 septembre 1717, d'une charge d'aumônier du roi, et obtint en commende, par brevet royal du 6 novembre suivant, l'abbaye de Saint-Pierre de Melun. L'un des agents généraux du clergé en 1720 et en 1723 , il assista en cette qualité à Reims, le 25 octobre 1722 , au sacre de Louis XV, et fut peu après nommé conseiller d'État.

Le roi le nomma , le 16 avril 1725 , à Tévéché de la Rochelle, pour lequel il fut préconisé à Rome dans le consistoire du 23 juillet suivant. Ses bulles ayant été expédiées le 5 septembre, Jean-Baptistc-Antoinc de Brancas fut sacré le 21 octobre delà môme année à Paris, dans l'église du noviciat des Jésuites par le cardinal Armand-Gaston de Rohan-Soubise, évéque de Strasbourg, grand-aumônier de France, assisté de Henri-Ignace de Brancas, son frère, évéque de Lisieux, et de Nicolas de Saulx- Ta vannes , évéque de Chàlons-sur-Marne.

M. de Brancas avait eu à peine le temps de connaître son diocèse , lorsqu'un brevet royal du 21 juin 1729 le transféra à l'archevéchô d'Aix. Préconisé pour ce nouveau siège dans le consistoire du 6 juillet suivant , il prêta serment entre les mains du roi le 4 septembre , et prit possession de son Église le 23 octobre de la même année. A cette époque, et sur la démission qu'en donna M. de Bclsunce, évéque de Marseille, il obtint en commende l'abbaye de Montmorcl , au diocèse d'Avranches.

En arrivant dans son diocèse, il logea d'abord au séminaire, où sa conduite régulière fut d'un très-bon exemple pour les ecclésiastiques qu'on y élevait ; mais ce qui ne parut pas autant édifiant au chapitre, c'est la prétention qu'il manifesta bientôt après, en voulant que les chanoines allassent en corps le chercher et le reconduire après les offices au séminaire. Le chapitre eut beau dire qu'il ne devait l'accompagner qu'à l'archevêché, M. de Brancas obtint du conseil du roi un arrêt qui l'autorisait à exiger ce qu'il demandait. Le chapitre imagina alors de le reconduire par la place de l'Université et la rue du Séminaire, au lieu de le faire passer par le chemin le plus court, qui était

(Je traverser l'archevêché. On avait d'abord nommé des arbitres pour celle affaire, mais ceux-ci se trouvèrent partagés, et ce fut apparemment par suite de ce partage que l'archevêque poursuivit un arrêt. Pendant l'arbitrage, le chapitre fit imprimer un mémoire pour l'instruction des gens de loi qui devaient décider la question. On y lit entre autres choses, ce qui suit : « Nous avons vécu vingt-un ans avec l'archevêque de Paris dans la plus parfaite union, » et dans une lettre écrite par le même chapitre à ce prélat, on lui dit, « Nous osons vous prier de vous souvenir que vous avez été notre appui , tout le temps que notre heureuse fortune vous a laissé parmi nous. » On lit encore dans les délibérations capitulaires (depuis 1712 jusqu'en 1730), que le chapitre ayant toujours à se plaindre de M. de Brancas, disait, le 15 mai 1734 : o La conciliation est impossible à des gens que M. l'archevêque regarde de trop haut, et avec qui il ne s'explique que par des tiers et par des sommations. Si la question eût été agitée du temps de M. de Paris (nous le citons souvent) , c'était l'idole du chapitre que M. du Luc , et il le mérilait ; mille faits le constatent » Parlant ensuite de M. de Brancas, le chapitre dit : « La réponse au compliment que nous eûmes l'honneur de lui faire sur sa nomination et pour lui apprendre le choix de nos grands vicaires, parmi lesquels était M. de Vence, son cousin , fut si sèche , que pouT ne laisser subsister aucune de ces préventions qui portent quelquefois sur l'essentiel; après en avoir fait lecture avec consternation, nous la déchirâmes. Arrivé à Aix, nous lui rendîmes avec empressement , nos respects, et en corps et en particulier. Sa froideur et son indifférence se soutinrent et durent encore. »

Malgré ces griefs, enflés peut-être par l'humeur et la prévention , et sur lesquels il ne conviendrait point de prononcer légèrement, on doit cette justice à M. de Brancas , que, pendant les 41 années qu'il a été chargé de la conduite du diocèse d'Aix, il s'y est rendu recommandable par des mœurs vraiment ecclésiastiques et par plusieurs établissements utiles, tels que le petit séminaire , la maison des Orphelines, celle de sainte Marcelle pour les pauvres servantes, les enfants abandonnés , les incurables, les écoles chrétiennes, la construction du corps-de-logis de l'Hôtel-Dieu , destiné au logement des convalescents, à quoi il faut ajouter les sommes considérables qu'il a laissées pour récompenser les services des prêtres qui, pendant vingt ou

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trente ans, s'étaient consacrés au saint ministère dans les paroisses du diocèse, etc.

Ennemi déclaré des opposants à la constitution Unigenitus qu'il poursuivit toujours avecjzèlc, M. de Brancas fui, en 4755, exilé à Lambesc pour avoir fait refuser les sacrements à plusieurs personnes , notamment à M. de Joannès , chevalier de Saint-Louis. C'est dans le temps de son exil , qu'il prononça à l'assemblée des communautés tenue en cette ville Tannée suivante, ce discours qu'on remarqua comme un peu ironique : « Messieurs, si j'avais les yeux de M. le gouverneur (le duc de Villars) et la mémoire de M. l'intendant (de la Tour), je pourrais prononcer ou vous lire un discours ; mais le déclin de l'âge m'a été l'un et l'autre. D'ailleurs , que pourrais-je vous dire après deux personnes , si maîtres dans l'art de parler élégamment ? elles ne me laissent que deux intérêts à remplir, le vôtre en vous épargnant l'ennui d'entendre la rusticité de mon allocution; le mien, en m'épargnant un parallèle qui me serait énormément désavantageux. Tout ce que je puis vous dire , c'est que le déclin de l'âge qui éteint toutes les passions n'a rienretranchô de celle qué j'ai pour le roi, notre auguste maître, pour toute la famille royale et son illustre rejeton , et pour toute la province : elle est toujours plus vive et plus tendre , mais l'assesseur (Sabathier) va vous dédommager abondamment et avec usure de ce que vous fait perdre mon indigence. »

Parvenu à l'âge de 77 ans, M. de Brancas, qui avait toujours vécu au milieu de son troupeau , lui fut enlevé tout rempli de bonnes œuvres, le jeudi, 30 août 1770. Les pauvres qu'il avait secourus de tout temps , et les ecclésiastiques qui s'étaient ressentis de ses bienfaits, le regrettèrent d'une manière particulière, et tous les gens équitables reconnurent qu'ils perdaient en lui un ôvêque qui joignait à des mœurs pures beaucoup de piété et une conduite vraiment sacerdotale. S'il n'emporta pas l'amour de tous ses diocésains, il emporta du moins leur estime qu'il méritait a plusieurs titres, de sorte qu'on peut dire qu'il mourut plein d'aunées et de bonnes œuvres.

Le séminaire d'Aix, auquel il était attaché de cœur et d'esprit et où il faisait élever gratuitement plusieurs ecclésiastiques dépourvus de fortune, hérita de tous ses biens , dont une partie fut destinée à continuer la même œuvre après sa mort. On lui fit des funérailles honorables auxquelles officia M. Bocon de la Merlière, évoque d'Apt , qui, pendant la messe, debout au pied de l'autel,

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prononça l'oraison funèbre du prélat. Le parlement assista en corps au convoi ; mais ni les consuls ni la maréi haussée ne s'y trouvèrent. Après que le corps du défunt archevêque eût été inhumé dans le tombeau de ses prédécesseurs en l'église métropolitaine, on porta son cœur au séminaire, et on l'y déposa dans le sanctuaire en parallèle avec celui du cardinal de Grimaldi. On grava ensuite une inscription conçue en ces termes : « lnsignis Dei famulus , pontificalis ordinis decus, lll. ac RR. DD. Joannes Baptista Antonius de Brancas ex comitibus Forcalquerii, archiepiscopus Aquensis , minoris seminarii fundator, fxdei et disciplina; zelator acerrimus , exemplar clcri sui et in eum mirifice bene ficus, patrix pater pauperum que refugium perenne, multas in vitasua suffulsit domos, innumerasque familias, diœcesim pluribus pictatis et char ita lis monument i$ insignivit, seminario quod semper fovit.quod aumt et quod hxredem institua, amoris perpetui pretiosissimum hoc pignus cor suum reliquit, annis XLI Aqucnscm piissime rexit Ecclesiam, obiit die XXX Augusti, anno MDCCLXX, xtatis suœ, LXXVII, et planœerunt eum populi planctu religioso. »

«L'insigne serviteur de Dieu et la gloire de Tépiscopat, l'illustrissime et révérendissime seigneur Jean-Baptiste-Antoine de Brancas, des comtes de Forcalquier, archevêque d'Aix, fondateur du petit séminaire, observateur ardent de la discipline et de la foi, modèle et généreux bienfaiteur de son clergé, père de la patrie et refuge assidu des pauvres, a soutenu pendant sa vie beaucoup de maisons et d'innombrables familles. Il a doté son diocèse de beaucoup de monuments de sa piété et de sa charité, et pour gage très-précieux du continuel amour qu'il portait à son séminaire qu'il protégea sans cesse, qu'il augmenta et qu'il institua son héritier, il lui laissa son cœur. Ce prélat gouverna pendant quarante-un ans très-pieusement l'Église d'Aix, et mourut le 30 août 1770, à l'âge de 77 ans. Sa mort remplit de deuil les peuples qui le pleurèrent. »

En 1793, des mains sacrilèges retirèrent le prélat de sa tombe, et convertirent en balles son cercueil de plomb. Son cadavre alors encore entier, bien que vingt-trois ans se fussent écoulés depuis son inhumation , fut enterré, par ordre du club, dans le cimetière dit des Pendus, où l'on ensevelissait les criminels suppliciés par arrêt du parlement. L'un des républicains qui avait aidé à porter dans ce lieu le corps de l'archevêque d'Aix ,

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indiqua, étant au lit de mort, la place où il l'avait déposé. Des fouilles furent faites en 1802, par ordre de M** Champion de Cicé, qui venait d'arriver dans le diocèse, et Ton retrouva les ossements que servit à faire reconnaître une partie de la soutane violette qui les recouvrait encore. Le 4 octobre de cette année , ces restes précieux furent réintégrés solennellement dans la tombe des archevêques , au milieu du chœur de l'église métropolitaine de Saint-Sauveur, et l'oraison funèbre du prélat fut prononcée en présence d'une foule immense, dont une partie ' avait été témoin de ses vertus.

L'acte mortuaire de M*r de Brancas est conçu dans les termes suivants sur les registres paroissiaux de Saint-Sauveur :

« Monseigneur Jean-Baptiste-Antoine de Brancas, des comtes de Forcalquier, archevêque d'Aix en Provence est décédé le trente aoust mitte sept cent soixante et dix et a été enterré le sixiesrae septembre suivant dans le chœur en la sépulture ies archevêques de l'église métropolitaine Saint-Sauveur, âgé de soixante-dix-sept ans , témoins les soussignés.

« Revest , vie. — Charlot. — Cornaud , curé. »

L'éloge funèbre de M. de Brancas, dû à M. Christine, recteur de Saint-Jean , est inséré dans le deuxième Recueil des Mémoires de la Société académique d'Aix.

Ce prélat portait pour armoiries : écartelé, au 1er et au 4e d'azur, à un pal d'argent chargé de trois tours de gueules et accosté de quatre pattes de lion d'or mouvantes des deux flancs de Vécu , qui est Brancas ; au, 2e et au 3e, de gueules, à la croix cléchée et pommettée d'or, qui est Forcalquier.

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