JEAN-DE-DIEU-RAIMONDJDE BOISGELIN DE CUCÊ
Né à Rennes, le 27 février 1732, d'une noble maison distinguée par son ancienneté et ses services militaires , Jean-de- Dieu-Raimond de Boisgelin de Cucé était le deuxième fils de Renaud-Emmanuel, marquis de Cucé, baron de la Roche-Bernard, etc. Sa famille tirait son nom d'une terre et seigneurie située dans l'ancien évôché de Saint-Malo, aujourd'hui paroisse de Pléhédel, arrondissement civil de Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord). On .trouve dès 1120, à l'assise du comte Geoffroi, un Boisgelin,
avec le titre de vicomte de Plôhédel , et Raoul de Boisgelin, suivit le roi saint Louis à la Terre-Sainte. Destiné de bonne heure à Tétat ecclésiastique, par le désir de ses parents et par sa propre inclination, Jean-de-Dieu-Raimondflt d'excellentes études. La mort de son frère aîné, dit le marquis de Cucé , sous-lieutenant de la lro compagnie des mousquetaires, décédé par suite des blessures reçues au combat de Saint-Cast, en 1758, le rendit, bien jeune encore, le chef de sa famille, mais il renonça à son droit d'aînesse , en faveur d'un frère puîné, lieutenant dans les gardes-françaises , et suivit la carrière qu'il avait commencée. Le jeune de Boisgelin fut admis aux ordres mineurs à Paris, le 6 juin 1751 , et s'engagea définitivement dans les ordres sacrés en recevant le sous-diaconat, le 21 septembre 1754.
Aussitôt qu'il eût reçu la prêtrise , il fut nommé grand-vicaire du diocèse de Rouen à la résidence de Pontoise , et appelé par brevet royal ; du 26 décembre 1764, à l'évéché de Lavaur pour succéder à Jean -Baptiste- Joseph de Fontanges, décédé le 8 novembre précédent, à l'âge de 46 ans à peine. Préconisé dans le consistoire du 4 février 1 765, bullô dans celui du 3 avril suivant, il fut sacré le 28 du môme mois, prêta serment de fidélité entre les mains du roi, le 2 mai suivant, et vint aussitôt prendre possession de son diocèse. Il ne fit que se montrer aux États de Languedoc, et, dès les premiers moments, il y fit briller ses talents pour l'administration. Le diocèse de Lavaur dut à son crédit et à ses sollicitations la construction d'un pont sur l'Agout, dont l'architecture hardie a servi plus tard de modèle à des ouvrages du môme genre.
Les affaires d'un diocèse aussi peu étendu que celui de Lavaur ne pouvaient suffire à l'activité d'un esprit ardent et avide d'occupations, comme était celui de M. de Boisgelin ; mais son cœur trouvait à se dédommager de cette espèce d'inaction, en exerçant une bienfaisance éclairée en faveur de ses diocésains de toutes les classes. L'évéché de Lavaur ne lui avait été donné que comme une espèce de passage à un siège plus important, aussi fut-il nommé, le 4 novembre 1770, à l'archevêché d'Aix, pour lequel il fut préconisé dans le consistoire du 4 mars 1771. Des bulles et le pallium lui ayant été accordés dans le consistoire du 17 juin suivant, il prêta de nouveau serment de fidélité au roi, le 10 juillet. M. de Boisgelin prit possession du siège, par procureur, le 4 août, et fut installé en personne, dans l'église métropolitaine de Saint-Sauveur, le 9 novembre de la même année.
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L'intention du gouvernement, en le plaçant à la tête des États de Provence , était de donner plus d'activité à l'administration un peu languissante de cette province. Tout en effet changea de face dès qu'il parut, et ce qu'il y a de plus honorable pour lui, c'est que, chef d'une administration jalouse, économe , sévère , transporté dans une province dont les habitants sont renommés par leur esprit, leur sagacité, leur méfiance naturelle de l'autorité, ne pouvant agir qu'en vertu d'une constitution essentiellement populaire et ombrageuse, dont les agents n'exerçaient que des fonctions momeatanôes, il parvint à s'emparer avec tant d'art de l'opinion publique , et à inspirer une si entière confiance à la nombreuse succession des administrateurs associés à ses fonctions, qu'il ne survint pas une seule affaire, ni ne se présenta une seule circonstance où le chef de l'administration se soit trouvé en opposition avec ses collègues.
M. de Boisgelin arriva à Àix dans un temps où les discordes publiques et privées devaient présenter les plus grands obstacles aux succès de son administration. C'était en 1771, époque remarquable par la révolution opérée dans la magistrature. Les divisions éclatantes qu'avait introduites dans toutes les parties de la province et jusque dans le sein de chaque famille , cet intervertissement de tous les anciens rapports et de toutes les anciennes habitudes ajoutaient des difficultés et des contradictions de tous les jours et de tous les moments, à celles qui naissaient de la nature même des fonctions de sa place. Mais telle fut la sagesse du prélat , qu'il sut accorder un intérêt noble et généreux a tous ceux que l'autorité avait proscrits sans affliger aucun de ceux que des motifs de soumission et des considérations d'ordre public avaient invités à ne pas laisser les peuples sans justice et les tribunaux sans magistrats.
L'archevêque d'Àix signala son administration par une multitude d'ouvrages publics, qui donnèrent une nouvelle activité au commerce d'une province où la nature n'a suppléé à l'aridité du soi qu'en dévouant ses habitants à une laborieuse industrie. C'est à lui principalement qu'on doit la construction d'un canal auquel on a donné son nom, et ces superbes routes qui sillonnent aujourd'hui la Provence. Tl avait su faire naître dans le pays une noble et utile émulation entre les villes et les. communautés : elles cessèrent de se regarder comme étrangères les unes aux autres, et apprirent, par une heureuse expérience, que leur prospérité particulière ne pouvait s'accroître qu'en multipliant
des communications plus sûres et plus directes entre les cités et les campagnes.
M. de Boisgelin gouverna son diocèse avec la môme sagesse et la môme douceur de principes. Personne ne se montra plus convaincu et ne convainquit mieux les autres, que les fonctions d'un évôque doivent toujours s'exercer sous ces formes douces et paternelles qui rappellent l'origine de ce saint ministère. Aussi, pendant son épiscopat, on ne vit point les tribunaux retentir de ces débats imprudents, de ces grands scandales qui faisaient gémir en d'autres lieux les amis de la religion et préparaient les coupables succès de ses ennemis. Il ne négligea rien pour améliorer le sort des prôtres , pour ranimer le goût des bonnes études dans le séminaire d'Aix, oû il établit des places gratuites au concours, et où il fonda des prix en livres. Il mit le môme zèle à rétablir les conférences ecclésiastiques des curés du diocèse , que des considérations de sagesse et des vues de tranquillité avaient contribué à laisser tomber dans une sorle de langueur. Quelques années avant la révolution , il fonda à Lambesc une maison d'éducation pour' les jeunes personnes dont les parents ne pouvaient, par la modicité de leur fortune, voir remplir les vœux d'une tendresse éclairée. Il appela de Paris, pour la diriger, les membres d'une association respectable, et l'utilité de cet établissement se flt si bien sentir, qu'après les orages de la révolution qui avait amené sa ruine, il reparuMout à coup, et sembla renaître à une nouvelle vie.
La bienfaisance de M. de Boisgelin éclata surtout aux approches de la révolution. Sa sagesse unie à la générosité sauva alors la ville d'Aix des plus grands malheurs. Dans un moment d'effervescence causée par une terrible disette, les greniers publics avaient été pillés, les excès auxquels le peuple s'était livré allaient arrêter les approvisionnements, lorsque l'archevêque se présenta pour calmer le désordre , et mit cent mille francs de ses propres deniers à la disposition des autorités locales pour l'achat des grains. En môme temps, il adressait aux curés de son diocèse une instruction pastorale , et leur recommandait de rappeler le peuple à ses devoirs en l'invitant à rapporter aux greniers publics ce qu'il avait pillé. La voix de la religion et de la piété fut entendue; elle fit ce que n'avaient pu faire les lois humaines. Le peuple obéit à l'invitation de ses pasteurs, et s'assembla en foule dans l'église métropolitaine de Saint-Sauveur, où il exprima de la manière la plus touchante,
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sa reconnaissance pour le prélat qui travaillait si efficacement à adoucir ses maux.
La place éminente que M. de Boisgelin occupait dans l'Église l'avait associé de bonne heure à toutes les affaires du clergé de France. Les procès- verbaux des assemblées du clergé attestent et attesteront toujours les services importants qu'il rendit a son corps, et les talents supérieurs qu'il déploya dans ces assemblées. Peut-être cependant, ne sut-il pas, dans les commencements de son épiscopat, se garantir assez de l'influence de quelques liaisons mal assorties avec son état. Membre de la com mission des religieux , il prit part aux mesures portées successivement contre les ordres monastiques. En novembre 1774, il avait obtenu un brevet royal qui unissait l'abbaye de Saint- Gilles, diocèse de Nîmes, à l'archevêché d'Aix, et avait été nommé, en avril 1762, abbé commendataire de Saint-Maixent, diocèse de Poitiers; et en 1760, abbé de Vauluisant, diocèse de Sens, dont il se démit en 1779, en obtenant, le U avril de cette année, l'abbaye de Chaalis, au diocèse de Senlis.
Membre de l'assemblée des notables en 1787 , M. de Boisgelin siégea en 1789 aux Étals généraux comme député du clergé de la sénéchaussée d'Aix. Il s'y fit remarquer par son esprit conciliant , par la sagesse et la modération de son caractère. Il vota dans cette assemblée pour la séparation des trois ordres, pour l'abolition des redevances féodales et pour la détermination annuelle de l'impôt. Il appuya ensuite la motion de Mirabeau tendant à ce qu'on fit précéder la promulgation des lois de cette formule : Par la grâce de Dieu et la loi constitutionnelle; il soutint que l'emprunt décrété sur les biens du clergé devait être hypothéqué, et défendit les droits de propriété de son ordre sur les domaines qui étaient en sa possession , sauf à y apporter promptement une réforme salutaire. Malgré cette opinion, il fut nommé président de l'assemblée le 23 novembre 1789. L'année suivante, il fut d'avis de conserver au roi le droit de guerre et de paix raisonnablement limité, et opina ensuite* pour le maintien des dîmes. C'est lui qui , au nom du clergé de France, fut chargé de faire, a l'Assemblée nationale, l'offre de 400 millions, offre évidemment suffisante pour réparer le désordre des finances , qui conservait à la nation les secours du clergé pour la suite des temps, laissait subsister le culte public dans toute sa dignité, et épargnait peut-être bien des maux, en garantissant surtout du pillage les domaines des hôpitaux et le patrimoine des pauvres.
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Après avoir combattu la motion qui mettait à la disposition de l'Assemblée tous les biens de l'Église, en garantie de la valeur des assignats, il publia un écrit devenu célèbre sous le titre
Exposition des principes sur la constitution civile du cleiyé écrit que signèrent, le 30 octobre 1790, trente évôques,membres de l'Assemblée, auxquels se joignirent bientôt cent dix évoques français , ou ayant dès extensions de leurs diocèses en France. L'archevêque d'Aix y défendit les vrais principes de l'Église, sans plaintes, sans amertume, et avec une modération et une solidité qui eussent peut-être ramené des esprits moins prévenus. V Exposition réclamait la juridiction essentielle à l'Église, le droit de fixer la discipline t de faire des règlements , d'instituer des évoques et de leur donner une mission, droit que les nouveaux décrets lui ravissaient en entier. Elle n'oubliait pas de se plaindre de la suppression de tant de monastères, de ces décrets qui fermaient des retraites encore souvent consacrées à la piété, qui prétendaient anéantir des promesses faites à Dieu, qui apprenaient à parjurer ses serments, et qui s'efforçaient de renverser des barrières que la main de l'homme n'a point posées. Les éveques demandaient en finissant qu'on admît le concours de la \ uissance ecclésiastique pour légitimer tous les changements qui pouvaient l'êlre, qu'on s'adressât au Pape, sans lequel il ne doit se traiter rien d'important dans l'Église, qu'on autorisât la convocation d'un concile national ou de conciles provinciaux ; qu'on ne repoussât pas toutes les propositions du clergé; enfin , qu'on ne crût pas qu'il en était de la discipline de l'Église comme de la police des États, et que l'édifice de Dieu était de nature à être changé par l'homme.
Mais la résolution était prise" de tout détruire, et la prévention allait jusqu'à faire un crime aux évôques de s'opposer à ce torrent d'innovations. On voulait l'abaissement du clergé, l'asservissement de l'Église, la destruction de tant d'établissements utiles. On appelait sur les prêtres le mépris des peuples, on provoquait contre eux les délations et les calomnies , on avilissait la religion par toute sorte de moyens. Au milieu de ces invectives et de cette licence, les évôques ne manquèrent pas à ce qu'ils devaient à leur caractère. L' Exposition des principes devint un jugement de toute l'Église gallicane. Beaucoup d'entre eux publièrent des Instructions et des Lettres pastorales pour repousser les coups qu'on leur portait; combattre les changements décrétés , et éclairer les peuples qu'on voulait séduire.
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Des ecclésiastiques instruits les secondèrent par des ouvragée utiles et solides. Des laïques même entrèrent dans la lice, et l'on fut surtout étonné de voir des hommes Eélés pour en appeler de la bulle Unigenitus, repousser en ce moment la doc* trine du parti janséniste, et attaquer le rédacteur de la constitution avec ses propres armes. Le temps a fait justice de cette prétendue constitution civile du clergé contre laquelle s'unirent pour la rejeter, le Saint-Siège et Tépiscopat. Mais l'Assemblée nationale ne fut point arrêtée par cette opposition et par ses motifs. Le 27 novembre 1790, un décret prononça que tous les évôques et curés qui n'auraient pas fait , sous huit jours, le serment de fidélité a la constitution, seraient censés avoir renoncé à leurs fonctions ; manière fort commode d'expulser les titulaire» dont on prévoyait le refus.
IL de Boisgelin ne pouvait hésiter sur le parti a prendre. Un évôque constitutionnel , Charles-Benoît Roux , introduisait le schisme dans le diocèse d'Àix en s'asseyant , au mois de février 1791 , sur la chaire de saint Maximin et de saint Sidoine. La persécution commençait. L'archevêque d^Aix se retira en Angle* terre d'où il ne revint qu'eu 1801 , à l'époque où le Saint-Siège se réconcilia avec la France. Au mois d'octobre de cette année, il n'avait point hésité à remettre entre les mains du souverain Pontife la démission de son siège , afin de faciliter toutes les négociations qui pouvaient amener le rétablissement définitif de la religion en France.
Par un arrêté du 19 germinal an X (9 avril 1802), le premier consul Bonaparte nomma M. de Boisgelin, à l'archevêché de Tours. L'institution canonique lui fut donnée par le cardinal Caprara, légat du Saint-Siège , et le 18 avril , jour de Pâques , lors de la cérémonie célébrée solennellement en l'église métropolitaine de Paris, pour la promulgation do Concordat, c'est lui qui fut chargé de prononcer un discours analogue à la circonstance. Il montra les prodig<es de ia Providence dans les événements qui avaient préparé le rétablissement de la religion. Avant l'Évangile , il avait prêté , avec les autres évéques , entre les mains da Premier Consul, le serment prescrit par l'article 6 du Concordai.
M. de Boisgelin, en arrivant dans son diocèse, ne parvint qtfavec beaucoup de peine, malgré son esprit de modération et la douceur de son caractère, à faire cesser les divisions que la révolution y avait fait naître. Un des moyens employés à cette époque , pour agiter les esprits, était de rendre publiques par la
yoie de l'impression, les conversations qu'il est toujours si facile de tronquer et de présenter comme Ton veut. L'un des prêtres constitutionnels de Tours même, qui prétendait avoir à se plaindre du nouvel archevêque, lui annonça que ses entretiens avec lui allaient être publiés dans un journal ecclésiastique de Paris. Il lui fit part en même temps de sa correspondance avec la capitale. On y parlait des conférences du sénateur Grégoire, ancien évôque de Loir-et-Cher avec le Premier Consul , et de son influence pour les dernières mesures de conciliation. Les évêques constitutionnels non renommés étaient présentés comme éclipsant totalement dans leurs anciens diocèses, les évêques récemment institués, et M. Cambacérès, archevêque de Rouen, comme rentré dans le devoir par la fermeté des prêtres assermentés de cette ville.
Quelque temps après, il parut à Tours une petite brochure, sans nom d'auteur ni d'imprimeur. Elle avait pour titre : Dialogue entre un prêtre assermenté et le grand vicaire de... après avoir signé Vadhésion au Concordat. L'objet évident de cette brochure, qu'on répandit avec profusion dans tout le diocèse de Tours, était de réveiller les anciennes disputes. Elle fut l'ouvrage de quelque brouillon, mécontent de voir le rétablissement de la paix religieuse, consommé dans un vaste diocèse par la réunion des ecclésiastiques de toutes les opinions. A cette époque, en effet, tous avaient fait parvenir à M. de Boisgclin leur déclaration d'adhésion au Concordat. Ce prélat, après leur en avoir verbalement expliqué les principes, les avait indistinctement reçus dans sa communion; deux anciens constitutionnels étaient placés dans la cathédrale , et la plupart des prêtres dans les paroisses qu'ils avaient jusqu'alors desservies.
Plusieurs signes extérieurs de religion , enlevés ou détruits pendant le règne de la Terreur, avaient été rétablis dans le diocèse de Tours, hors des édifices consacrés au culte, lorsque le préfet d'Indre-et-Loire , c'était le fameux M. de Pommereul , écrivit une circulaire à tous les maires de ce département, pour leur faire observer qu'aucun de ces signes n'avait pu être rétabli sans son autorisation, et leur enjoindre de s'opposer avec soin à toute nouvelle érection ou plantation de croix. Cette circulaire produisit un assez grand mécontentement, et M. de Boisgelin dut en référer à M. Portalis, chargé de la direction des cultes. Le gouvernement improuva la conduite du préfet, et il lui fut spécialement recommandé de ne point gêner à cet égard la piété des fidèles.
M. de Boisgelin avait, sans retard, procédé à l'organisation de son chapitre métropolitain , et , de concert avec le préfet , à la circonscription des paroisses. Le 17 janvier 1803, d'après le désir que le Premier Consul en avait exprimé au souverain Pontife, Pie VII comprit l'archevêque de Tours dans la promotion de cardinaux qu'il fit alors pour la France. Le prince Jusliniani, garde-noble de Sa Sainteté , arriva à Tours pour lui remettre une lettre du Pape, lui annonçant sa nomination, et les lettres de félicitation des membres du Sacré Collège. La barettc , apportée par M*r Doria, ablégat du Pape, fut remise au nouveau prince de l'Église, le 27 mars suivant, par le Premier Consul, dans la chapelle du palais des Tuileries.
De retour dans son diocèse, le cardinal eut à s'y occuper de la répression d'un abus que le malheur des temps y avait introduit. Sur la réclamation qu'il fît a cet égard, le conseiller d'État, chargé de toutes les affaires concernant les cultes, lui adressa de Paris, à la date du il fructidor, an XI (29 août 1803), une lettre qui, par l'importance de la question qu'elle décidait, mérite d'être conservée.
« Monsieur le Cardinal, j'ai mis sous les yeux du Premier Consul votre réclamation contre l'abus de certains pères de famille, qui , en présentant leurs enfants au baptême, leur donnoient des prénoms autres que ceux indiqués par le calendrier ecclésiastique; ; il [a pensé qu'un tel abus ne pouvoit subsister. Dans les registres civils de naissance , on peut donner aux enfants tous les prénoms autorisés par la loi qui a été portée sur cet objet dans la dernière session du Corps législatif; mais, s'agit-il de baptême? on doit se conformer à la discipline de l'Église et ne pas donner aux enfants, lors de l'administration de ce sacrement , des prénoms que cette discipline n'avoue pas.
» J'ai l'honneur de vous saluer.
» Signé, Portalis. »
Le cardinal de Boisgelin , en montant sur le siège métropolitain de Tours, s'était conformé aux vues du gouvernement pour le rétablissement de l'ordre. Son diocèse était entièrement pacifié lorsqu'il fut atteint de la maladie à laquelle il succomba, à Angevilliers (Seine-et-Oise), le mercredi 22 août 1804, à l'âge de 72 ans. M. Charrier de la Roche, premier évêque de Versailles, prononça , le 12 septembre suivant , son oraison funèbre.
LA FRANCE TONTIFICALE.
Doué d'un goût fin et délicat , d'un esprit brillant et facile, le cardinal de Boisgelin aima les lettres et les cultiva avec succès. Il avait élé reçu, le 29 février 4776, membre de l'Académie française , à la place de l'abbé de Voisenon. Son successeur à la seconde classe de l'Institut fut M. bureau de la Malle. Il avait prononcé, en 1765, l'oraison funèbre du Dauphin, fils de Louis XV (non imprimée) \ celle de Stanislas Ier, roi de Pologne [Paris, Hérissant, 1766, in-8°), celle de la Dauphine (1779, in-4°), et le discours du sacre , à la cérémonie du couronnement de Louis XVI, à Reims, le 11 juin 1775 (Paris, 1775, in-8°). On se rappelle que , dans cette dernière circonstance , malgré la sainteté du lieu, de nombreux applaudissements interrompirent l'orateur, qui déploya, comme en ses oraisons funèbres, une éloquence aussi gracieuse que touchante.
Voici la liste des ouvrages imprimés que nous connaissons de M. de Boisgelin , outre ceux que nous avons déjà mentionnés; il en est quelques-uns, publiés avant et pendant la révolution, sur des questions aujourd'hui sans aucun intérêt. Discours prononcés dans l'Académie françoise, le jeudi, 29 février 1776, à la réception de M. de Boisgelin , archevêque d'Aix, Paris, Démonville, 1776, in-4°. — Recueil de pièces diverses, en vers, Philadelphie (Paris), 1783, in-4°. — Le Temple de Gnide (poème imité de Montesquieu), s. 1. n. d., in-8°. — Héroïdes d'Ovide, traduites en vers français, sans nom d'auteur, Philadelphie (Paris), 1786, in 8°. L'abbé Garnier, historiographe de France, fut l'éditeur de cet ouvrage^ tiré à douze exemplaires seulement. — Récit des conférences des commissaires du clergé avec les commissaires du conseil ^ concernant la demande faite aux bénéûciers de la prestation de foi et hommage, Paris , Desprez , 1786, in-4° et in-8°. On trouve quelquefois, joint à ce précis, un autre écrit sur la même question , qui avait été imprimé l'année précédente, sous ce titre : Défense oies droits du roi contre les prétentions du clergé de France, sur cette question : Les ecclésiastiques doivent-ils à S. M. la foi et hommage, l'aveu et le dénombrement ou des déclarations du temporel pour les biens qu'ils possèdent dans le royaume? Paris, Colloty 4785. Ce dernier écrit n'est pas de M. de Boisgelin, mais de M. de Saint-Genis, auditeur des comptes. — Mémoires pour U clergé de France, au sujet de la prestation de foi et hommage , avec la réponse de Vinspecteur du domaine, Amsterdam (Paris), 4785, in-8°. — Discours prononcés dans l'assemblée des États
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de Provence, Paris, Née de la Rochelle , 1788, in-4°. — Discours sur les principes des droits des ordres dans les États généraux , 1789, jn-8». — Défense de la protestation de V ordre du clergé dans rassemblée des trois ordres réunis le 1««- juillet 1789, Paris, 1789, in-8°. — Discours à rassemblée de Vordre du clergé de la sénéchaussée d'Aix, Aix, Pierre-Joseph Calmon, 1789, in-4°. — Discours sur la propriété des biens ecclésiastiques, Paris, G. Desprez, 1789, in-4°. L'archevêque établit le droit de propriété du clergé , l'intérêt de la nation à lui conserver ses biens, et la nécessité d'en réformer la distribution. — Discours de M. l'archevêque d'Aix, sur la vente des biens du clergé, prononcé dans PAssemblée nationale , le 12 avril (Paris, Iioze, imprimeur national, 1790), in-8° de 40 pages. Le prélat combat la proposition de mettre à la disposition de l'Assemblée tous les biens du clergé, aûn d'établir la confiance dans les assignats. — Discours sur le rapport du comité ecclésiastique, concernant la Constitution du clergé, prononcé le 29 mai 1790, Paris, 1790, in-8°. M. de Boisgelin propose de convoquer un concile national pour l'organisation de la constitution civile du clergé. — Observations sur r opinion de MM. Camus et Treilhard, Paris, 1790, in-8°. L'opinion de Camus porte la date du 31 mai (in-8° de 44 pages), celle de Treilhard est du 30 mai (in-8° de 38 pages). L'une et l'autre concernent le Plan de constitution du clergé proposé par le Comité ecclésiastique. — Opinion sur la suppression des ordres monastiques, Aix, P.-J. Calmon, 1790, in-8°. — Exposition des principes sur la constitution du clergé, par les évôqucs députés à l'Assemblée nationale , 1791, in-8°. Il existe deux éditions de cet écrit, l'une de 1795, de 31 pages in-8°, sans nom d'imprimeur; l'autre de 72 pages in-8°, de l'imprimerie de la veuve Hérissant. — Considérations sur la paix publique, adressées aux chefs de la révoluêion, Paris, les marchands de nouveautés, 1791 , in-8°. — Lettre des èvêques députés à l'Assemblée nationale, en réponse au bref du Pape, en date du 10 mars 1791, in-8°. — Art déjuger par l'analyse des idées, Paris, 1789, in-8°. — Le Psalmiste, traduction des psaumes en vers français, précédé d'un Discours sur la poésie des Hébreux, Londres, 1799, in-8°. Cet ouvrage fut publié pour subvenir aux besoins de quelques familles d'émigrés français; il a été réimprimé en 1818 avec des corrections importantes dans la Collection des œuvres de M. de Boisgelin. — Lettre en réponse au bref de Sa Sainteté Pie VII, en date du 15 août 1801 (Londres, 1801),
in-8°. — Lettre à M** l'archevêque de Narbonne, sans date (1801), in-8°. — Sermon pour la dédicace de l'église paroissiale de Saint-Martin, dans l'église métropolitaine de Tours, sans date (1803), in-8°. — Discours pour la bénédiction de la chapelle de King-Street, Londres, 1799, in-8°. — Discours pour la première communion à la chapelle de King-Street, Portman- Square, Londres, 1799, in-8°. — Discours pour la rénovation des vœux du Baptême, Londres, 4799, in-8<>. — Discours pour une association de prières et de charité, Londres, 1800, in-8°. — Discours sur le rétablissement de la religion , prononcé à Notre- Dame, le jour de Pâques, 1802, Paris, Leclere, 1802, in-8° de 16 pages. Ce discours, qui est devenu très-rare, a été réimprimé dans Y Encyclopédie religieuse ou Cours de morale. Il fut publié aussi sous le titre de : Discours à la cérémonie de la prestation du serment des archevêques et des évêques , Paris , 1802, in-4°. — Il reste encore en manuscrit de M. de Boisgelin, des Observations sur Montesquieu.
Un grand nombre de ses ouvrages ont été perdus pendant la révolution. L'on sait à quel point la Terreur avait frappé toutes les âmes; l'on n'osait conserver les écrits les plus étrangers à cette époque déplorable, surtout lorsqu'ils étaient transcrits de (a main de ceux que la proscription avait éloignés de leur patrie. L'on doit surtout regretter une Histoire de la révolution jusques à l'époque des massacres du 2 septembre 1792 : elle était écrite avec la modération et l'impartialité de son caractère, mais elle faisait connaître les causes et les fautes qui avaient amené ce terrible bouleversement. C'était certainement un de ses meilleurs ouvrages. Il est peu de personnes qui aient composé autant que M. de Boisgelin. Indépendamment des ouvrages sur la religion et les matières ecclésiastiques, il a écrit sur la littérature, mais ces écrits n'étaient que le délassement et le repos de son esprit après les occupations graves et sérieuses de son ministère , qui l'occupaient constamment. Il n'avait pas la pensée de les faire imprimer, surtout dans les dernières années de sa vie. Tout ce qui pouvait intéresser le bien et le rétablissement de la religion lui paraissait seul digne d'occuper ses pensées et son talent.
Pierre-René Auguis, mort en mars 1846, conservateur de la bibliothèque Mazarine à Paris, a publié : Œuvres de M*r le cardinal Boisgelin de Cucé , archevêque de Tours , contenant ses Oraisons funèbres, Discours, Traités philosophiques, savoir:
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la Réfutation du système développé par Bailly, dans ses Lettres sur l'Atlantide de Platon ; les Considérations adressées aux chefs de la Révolution ; la traduction en vers français des Psaumes de David, et le compte rendu par Delille, de cette traduction, etc., précédées d'une Notice historique sur la vie et les écrits de ce prélat, Paris, Guitel, 1818,in-8°. La traduction en vers français des Héroïdes d'Ovide et quelques autres écrits de littérature légère n'ont pas été admis dans ce volume. La Notice sur le cardinal est due a M. le cardinal de Bausset, l'un des anciens grands vicaires de M. de Boisgelin , et avait été publiée séparément, 1804, in-8° par M. Dombideau de Crouzeîlles, mort évôque de Quimper.
Membre de la Légion d'honneur le 2 octobre 1803 , le cardinal de Boisgelin fut promu grand-officier de Tordre, le 14 juin 1804.
Il portait pour armoiries : écartelc, au l«r et au 4« de gueules à une molette d'éperon d 'argent , à cinq rais, au 2 e et au 3* d'azur plein, et pour devise : In virtute vis.