JEROME-MARIE CHAMPION DE CICÉ
Issu d'une famille déclarée noble d'ancienne extraction par arrêt du 3 septembre 1668 , rendu en la chambre de la réformation de la noblesse de Bretagne , il naquit à Rennes le 4 septembre 1735, et était l'un des douze enfants de Jérôme- Vincent Champion de Gicé , capitaine de dragons au régiment de Bre* tagne , et de Marie-Rose-Françoise de Varennes. Sa sœur, Adélaïde de Gicé , impliquée dans la conspiration du 3 nivôse an I& (24 décembre 1800), pour avoir donné asile à l'un des Auteurs de cet attentat dirigé contre la vie du Premier Consul, dut son salut à l'éloquente défense du célèbre avocat Bellart. Destiné à la carrière .ecclésiastique, Jérôme-Marie fut envoyé à Paris pour y faire ses études et y prit tous ses grades jusqu'à ce» lui de docteur en théologie. Ordonné prêtre en 1761 , il devint vicaire général de son frère Jean- Baptiste, successivement évêque de Troyes et d'Auxerre, et en apprenant «cws sa direction les détails du gouvernement ecclésiastique, il l'aida âaré*
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gler les discussions d'intérêt que nécessitait sa translation de Pévêché de Troyes à celui d'Auxerre. Déjà, dès le 7 août 1760, il avait obtenu en commende l'abbaye de Chantemerle, située dans le premier de ces diocèses.
La réputation qu'il s'acquit comme vicaire général lui mérita , en 1765, l'honneur d'être un des agents généraux du clergé de France. Ce fui dans ce poste important qu'il eut occasion de manifester ces vues profondes et sages , de déployer ces rares et grands talents qui lui attirèrent l'admiration de ses collaborateurs , l'applaudissement général et les remerciements publics de l'assemblée du clergé. Le clergé se trouvait alors dans une conjoncture assez difficile. Aux prises avec un corps puissant, il avait à combattre tous les genres d'obstacles, la raideur des parlements, la faiblesse de la Cour, les progrès de l'esprit philosophique. M. de Cicé dut avoir en sa qualité une grande part aux opérations de l'assemblée. C'était sur les agents que roulaient une foule de détails qui demandaient beaucoup d'activité; toutefois, le nombre considérable de questions qui furent traitées dans cette célèbre assemblée de 1765, n'empêcha point M. de Cicé de donner son attention à la partie des archives qu'il étendit et distribua en meilleur ordre. La place d'agent du clergé était, du reste, d'autant plus difficile à remplir à celte époque, que des ennemis cachés ou publics, faibles ou redoutables, timides ou hardis, semblaient se réunir à la fois pour attaquer l'Église de France, et préparer de loin cette coalition funeste d'esprits pervers qui, dans leur rage insensée, fondirent, quelques années après, sur toutes les institutions divines et humaines, et brisant à la fois les trônes et les autels, en dispersèrent les débris sanglants sur la surface du monde entier.
L'agence du clergé était communément la porte de l'épiscopat; aussi à l'expiration de ses cinq années, l'abbé de Cicé, par brevet du 24 juin 1770, fut nommé à l'évêché de Rodez pour lequel il fut sacré le 26 août suivant par le cardinal Charles- Antoine de la Roche-Aymon, archevêque de Reims, grandaumônier de France, en présence de l'assemblée générale du clergé, dans l'église des Grands-Augustins, à Paris. Installé personnellement sur ce siège le 8 août 1774 , il y porta le même esprit qu'il avait montré jusque-là , et l'habitude des affaires augmenta en lui ce tact à les manier et cet art de les faire réussir. C'était à proprement parler, un évêque administrateur, et cette qualité, bien qu'elle ne soit pas la plus essentielle pour
un premier pasteur, est propre à établir l'ordre et la discipline dans le gouvernement ecclésiastique, surtout quand elle se trouve unie à d'autres espèces de mérites.
Des abus réprimés ou détruits , d'utiles règlements mis en vigueur, un gouvernement paternel le firent chérir et vénérer de ses diocésains qu'il regardait comme ses enfants. Cet amour du bien et de Tordre qui Panima toujours, cet esprit de conciliation qu'il sut porter en toutes choses, lui firent imaginer un nouveau moyen d'être utile au troupeau que la Providence lui avait confié. Il choisit plusieurs personnes de bonne volonté, d'une probité reconnue, d'une réputation intacte et qui étaient versées suffisamment dans la connaissance des lois. Il en forma un tribunal privé qu'il voulut présider lui-même. C'était devant cet aréopage désintéressé et qui rappelait les mœurs de la primitive Église, que tous les particuliers pauvres, toutes les familles peu favorisées de la fortune pouvaient venir discuter sans frais et sans crainte les diverses affaires d'intérêts qui survenaient entre eux. On conciliait les esprits , on les éclairait sur leurs véritables intérêts ; on arrangeait leurs différends : une justice impartiale présidait à toutes les décisions. On prévenait, on étouffait ainsi les dissensions et les procès qui sont la ruine de tant de maisons. Si quelques affaires particulières exigeaient des actes publics, et par devant les tribunaux ordinaires, la main généreuse de M. de Cicé puisait dans sa propre bourse, et pourvoyait à tous les frais. « Heureux, disait-il souvent, d'acheter avec de l'or la paix et le bien-être des familles 1 »
Sous son épiscopat, fut créée, en 1779, l'administration provinciale de la Haute-Guyenne, séant à Villefranche et embrassant le Rouergue et le Quercy, et dont firent aussi partie les évôques de Montauban , de Vabres et de Cahors. Il en fut nommé président, et en parcourant les procès-verbaux des séances de cette assemblée, où se traitèrent de nombreux et importants intérêts, on reconnaît que M*1" de Cicé était d'une aptitude remarquable pour l'administration des affaires de l'État, et qu'il dirigea les travaux de l'assemblée avec autant de sagesse que de dignité.
Un brevet royal du 4 février 1781 transféra M*r de Cicé à l'archevêché de Bordeaux. Déjà le 2 avril 1780, un brevet royal l'avait nommé abbé commendataire delà Grasse. Préconisé dans le consistoire du 2 avril suivant, il adressa de Paris le 28 octobre, à ses diocésains , un mandement à l'occasion de la naissance du Dauphin , et leur manifesta son vif regret de ne pouvoir mêler
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ses acclamations aux leurs, et les conduire lui-même au pied des saints autels. En ce jour où il leur parle pour la première fois , il les conjure avec instance de demander pour lui au ciel les vertus qui font les grands évêques , et de solliciter en sa faveur les grâces qui, en sanctifiant son ministère, le rendront plus utile pour eux. Le 5 décembre suivant, ses vicaires généraux , MM. Boudin , Montdauphin , du Myrat et de Beaurepaire , publièrent en son nom un mandement sur nos victoires en Amérique; mais en 1782, M. de Gicé vint à Bordeaux et fut installé solennellement dans l'église primatiale de Saint-André.
Les événements politiques qui commençaient déjà à ébranler la société, détournèrent bientôt l'archevêque de Bordeaux de ses fonctions pastorales, et ses mandements furent plutôt datés de Paris que de sa ville métropolitaine. Dans ceux qui, par les soins de Son Éminence le cardinal Donnet, archevêque actuel de Bordeaux , ont été réimprimés dans le Recueil des Mandements, etc., de ses prédécesseurs et successeurs, et qu'on lira avec un vif intérêt, il ordonna un Te Deum pour la paix signée le 3 septembre 1783 entre la France et l'Angleterre (Paris, 6 décembre 1 783), des prières relatives à la grossesse de la reine (10 décembre 1784, à Bordeaux), un Te Deum pour l'heureuse délivrance de cette princesse qui mit au monde Louis-Charles , dauphin de France, mort prématurément dans la prison du Temple (Bordeaux, 8 avril 1785), et enfin des prières pour une nouvelle grossesse de la* reine (mandement daté de Bourg, le 17 mai 1786). A cette époque, et par brevet royal du 10 novembre 1785, il avait été nommé abbé commendataire d'Ourscamp.
Cependant les orages politiques grondent, nos assemblées nationales se forment, et M. de Cicé s'y montre à la fois comme un soutien courageux des principes conservateurs et un véritable ami du peuple. Membre de l'assemblée des notables en 1 787 , il prononça à son retour, le 9 août de cette année, en présence des évêques, ses suffragants, et des députés du second ordre, un discours qui honore le désintéressement du pasteur et de son clergé. Le prélat y conclut à ce que la vérification des biens du clergé fût faite, afin de savoir dans quelles proportions il contribuait aux charges imposées aux autres citoyens; il opina pour que, si l'imposition du clergé est inférieure, on offre volontairement un secours annuel qui rétablisse l'équilibre, il insista dans le cas oû l'imposition du clergé surpasserait celle que les autres
citoyens ont à supporter, pour qu'on s'abstint de réclamer aucune sorte de soulagement. C'est ainsi que le clergé français entendait exercer ses privilèges.
A cette époque, à toutes les calamités publiques étaient venues fie joindre l'intempérie des saisons, la médiocrité de la récolte, en 1787, et l'espérance presque certaine d'une récolte mauvaise en 1788. M. de Cicé, par un mandement du 11 janvier de cette dernière année , ordonna des prières pour demander à Dieu la cessation de tant de fléaux , et dans le mandement de Carême qu'il donna le 2 février suivant, il montra combien les malheurs qui accablaient la France étaient le résultat funeste et inévitable de l'affaiblissement de la foi et de la charité. Après avoir adressé a son clergé une lettre relative à la tenue des registres dé paroisse qui formaient alors l'état civil et religieux des citoyens et des fidèles, il publia le U février 1789, un mandement concernant la prochaine convocation des États généraux, et ce mandement où M. de Cicé rappelle celui que donna en 1614, le cardinal de Sourdis, est le dernier que ce prélat ait adressé avant la révolution , aux fidèles bordelais.
Nommé membre des États généraux par le clergé du diocèse de Bordeaux , M. de €icé y porta un grand sentiment de modération et peut-être un peu de penchant pour quelques-unes des innovations que les meilleurs esprits croyaient alors devoir souhaiter. Il fut un des premiers de son ordre à se rallier aux représentants des communes ; et fut applaudi à l'appel de son nom. Élu membre du comité de constitution le 14 juillet 1789, il fit, le 27 du même mois, le rapport des premières opérations de ce comité , et proclama la nécessité de faire précéder le pacte constitutionnel de la déclaration des droits de l'homme. Par un contraste singulier, son frère , qui était aussi membre de l'Assemblée nationale , Tejeta comme inutile toute déclaration des droits de l'homme. Ce rapport acheva de confirmer l'opinion qu'on s'était faite des sentiments patriotiques de l'archevêque de Bordeaux.
Lorsque M. deBareniin, garde-des-sceaux , en butte à l'animad version publique, se vit obligé de résigner ses fonctions, Louis XVI, pour lui succéder, jeta les yeux sur M. de Cicé. Il le nomma le 4 août 1789, le jour même où eut lieu cette séance mémorable pendant laquelle, sur la motion du vicomte de Noailles, le clergé et la noblesse renoncèrent par acclamation aux droits féodaux, justices seigneuriales, redevances, banalités,
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droits de chasse, privilèges, vénalité des charges, etc. Depuis Guillaume du Vair, évéque de Lisieux (1616-1621), aucun ecclésiastique n'avait été élevé à la charge de garde -des-sceaux. En la conférant à M. de Cicé, Louis XVI sembla reconnaître comme -élément du système représentatif, l'influence que la majorité des assemblées délibérantes peut exercer sur le choix des ministres. Cette nomination déplut aux partis extrêmes. Du reste , cette place était fort délicate à remplir au milieu des orages toujours croissants d'une révolution qui marchait avec vitesse vers son but. Mais ce qui rendait la position de l'archevêque de Bordeaux plus difficile, c'étaient les affaires de l'Église eU'ardeur de l'Assemblée à se mêler du spirituel. Aussi , se vit-il obligé de prêter son concours à des actes qu'il ne pouvait approuver comme évêque. Le 5 août , il fut déclaré ministre d'État, prit séance au conseil et prêta serment de fidélité au roi comme garde-dessceaux.
A la suite des changements rapides et imprudents qui se firent alors , un parti dangereux et hostile à la religion fit paraître la Constitution civile du clergé, et promulgua une foule de lois plus ou moins contraires à la discipline de l'Église. Dans ces circonstances difficiles, au milieu du délire qui commençait à trou- Mer toutes les têtes, et qui, semblable à une vapeur malfaisante, offusqua et fit errer les esprits les plus sages et les plus prudents, M. de Cicé s'égara un moment. Ne craignons pas de le dire hautement, puisqu'il n'a pas craint de l'avouer lui-même aux yeux de ses ouailles et de la chrétienté, et qu'il expia cette faute dans l'exil par son repentir et ses larmes. Il apposa son sceau au décret sur ia Constitution civile; mais son erreur ne fut pas de longue durée , et le 21 octobre 1790, il déposa sa démission aux mains du roi qui ne lui donna qu'un mois après un successeur, fie fut Ouport-Dutertre.
Digne imitateur du eygne de Cambrai, M. de Cicé s'est fait une gloire de son humiliation et un titre à notre respect par la douleur qu'il éprouva d'avoir prêté les mains à une œuvre schismatique. Il est intéressant , il est beau , de l'entendre avouer courageusement ses erreurs. Écoutons-le dans son Instruction pastorale du 10 février 4792 :
« A la vue de ces scènes de sang et du schisme qui couvre la France, qu'ils «ont douloureux les souvenirs de ceux qui, comme moi , mêlés aux affaires publiques, ont cru pouvoir d&t tourner la tempête par le moyen des tempéraments l qui, loin de
prévoir qu'une nation religieuse, renommée par son amour pour ses rois et par la douceur de ses mœurs , voudrait renverser le trône et l'autel , et foulerait aux pieds les droits les plus sacrés , ont été conduits par les circonstances à paraître céder pour un temps au torrent dans l'espoir de détourner plus sûrement ses ravages ; qui , engagés dans les liens d'un pénible ministère , frappés de terreur à l'aspect des plus éminents dangers (et plût au Ciel qu'ils n'eussent menacé que ma tête!) pressés entre le double devoir de préserver l'oint du Seigneur et son arche sainte, se sont vus entraîner comme moi à prêter leurs noms à des actes qui répugnaient également à mes principes et au caractère dont je suis revêtu! Je vous ai déjà entretenus de ces sentiments, et mes larmes avaient devancé mes paroles. »
« A Dieu ne plaise, dit encore M. de Cicé dans sa Lettre pastorale aux fidèles de son diocèse, du 9 août 1792, à Dieu ne plaise que je veuille déguiser ou pallier mes erreurs ou mes fautes! Que sont les illusions devant les grandes pensées dont je suis pénétré! Si vous avez rendu justice à mes intentions, vous avez dû gémir de ne pas voir éclater mon indignation et se déployer mon zèle contre les entreprises qui menaçaient la religion et la monarchie... Peut-être en est-il parmi vous qui en ont reçu du scandale? Àh! qu'ils apprennent par mon exemple à ne point placer trop de confiance dans les conseils de la prudence humaine; à s'affermir de plus en plus dans la crainte du Seigneur et dans leur fidélité à marcher dans ses voies oû nous ne pouvons nous égarer.
» Et si parmi nos frères qui se sont voués à Terreur, il en est qui, séduits par des apparences trompeuses, ont pu trouver dans ma conduite des prétextes pour colorer leur rébellion; qui n'auraient pas été désabusés par ma fidélité à la tradition apostolique , par mon adhésion aux principes des évéques français, par ma soumission filiale au souverain Pontife , par mon enseignement constant, par la préférence que j'ai donnée sans balancer un moment, aux privations et à l'exil, plutôt que de trahir la foi de mon Église et la mienne , que du moins cette manifestation de mes sentiments et de ma douleur dessille leurs yeux , avant que l'Église ait prononcé ses derniers anathèmesî Puissé-je les convaincre que l'homme ne se dégrade point en convenant avec candeur et simplicité de ses torts; que le chrétien remplit le plus saint de ses devoirs en s'humiliant, en édifiant l'Église par sa soumission et par ses larmes , en faisant éclater avec ses re-
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grets, sa confiance dans le |Dieu de bonté et de miséricorde. • M. de Cicé s'était, dès l'année précédente (1791), expliqué sur le serment constitutionnel , et ses sentiments à cet égard sont consignés dans deux monuments remarquables : le premier est une lettre imprimée où il explique aux administrateurs du département de la Gironde, les motifs qui le déterminent à refuser le serment; le deuxième, une lettre aussi imprimée qu'il adressa à M. Toucas de Poyen , alors curé de Talence, mort en 1834 curé de Saint-Pierre de Bordeaux.
« J'ose dire , écrit-il dans le premier de ces documents , que j'ai, pendant toute ma vie, fait preuve de ma soumission à l'autorité civile , de mon zèle pour le bonheur de mes concitoyens et pour la prospérité nationale. Je n'ai jamais hésité de faire pour de si dignes objets, toutes sortes de sacrifices, ma conscience s'est toujours trouvée d'accord avec mon penchant... pourquoi faut-il aujourd'hui qu'il se rencontre une opposition invincible entre mes principes et les dispositions de la loi nouvelle , applicables aux ecclésiastiques fonctionnaires publics?... Je ne puis ni ne dois vous dissimuler, Messieurs, que j'ai différé jusqu'à ce moment à m'expliquer vis-à-vis de vous, parce que j'espérais toujours que le souverain Pontife, en répondant au roi, présenterait peut-être des tempéraments d'où pourrait naître une heureuse solution.
« La Providence n'a permis ni que cette réponse arrivât, ni
que l'Assemblée voulût surseoir à l'exécution de son décret
Je ne puis donc, Messieurs, prêter le serment exigé, sans reconnaître que le pouvoir civil s'étend sur des objets spirituels, sur le gouvernement de l'Église et sa discipline générale, et a droit d'y statuer, sans l'intervention de l'autorité ecclésiastique ; or, c'est ce que les principes dans lesquels j'ai été élevé, et que j'ai toujours professés, ne me permettent pas de reconnaître »
Le second document est d'une trop haute importance dans la biographie de M*r de Cicé, pour que nous ne le transcrivions pas tout entier :
t Vous m'avez donné, Monsieur, une preuve non équivoque et de votre attachement pour moi, et de votre zèle pour le bien de la religion, en m'informant de quelques bruits qui se répandaient et qui étaient capables d'affaiblir les liens de la confiance entre mon diocèse et moi. Je vais m'en expliquer avec vous et je confie à votre sagesse l'usage que vous croirez devoir faire de ma lettre auprès de MM. vos confrères.
» J'ai toujours eu pour principe de me conduire tellement,, que je fusse toujours prêt à rendre compte de ma conduite , et j'y serai toujours entraîné par un sentiment de confiance et d'affection à l'égard des curés de mon diocèse et autres ecclésiastiques qui sont, dans ces temps d'épreuve, demeurés fidèles à leur conscience.
» On est étonné, dites- vous, du silence que j'ai gardé sur divers brefs que le Saint-Père a cités dans ceux qui viennent d'être rendus publics; j'ai trouvé simple que le Saint-Père ait voulu faire connaître a toute l'Église, les soins divers qu'il s'était donnés et sa constante vigilance , afin qu'on ne lui fit pas un tort du retard de sa réponse.
» Mais il est évident que des brefs particuliers , adressés à des ministres du roi et relatifs aux délibérations du conseil , n'étaient pas dans le cas d'être rendus publics : si telle avait été l'intention du Pape, il dépendait de lui de la, remplir. La justice et la charité doivent faire présumer que j'ai rempli mon devoir comme ministre, et je puis vous assurer avec vérité, que la communication qu'on paraît regretter aurait en de vrais inconvénients. J'ai dû me renfermer dans les mesures adoptées par le roi : elles consistaient à tout communiquer au Saint-Père et à faire savoir à l'Assemblée qu'en attendant la réponse de Home , Sa Majesté surseoierait à l'exécution des décrets. Ces mesures ont été connues de toute la France. On y a connu également l'Exposition des principes des évêques, à laquelle j'ai adhéré avec presque tous mes collègues dans l'épiscopat.
» Lorsqu'après ma sortie du ministère , le serment a été décrété , je n'ai pas attendu qu'il me fût demandé, ou a aucune autre personne de mon diocèse, et je me suis adressé au département lui-même pour lui manifester, et à tout mon diocèse, que ma conscience ne me permettait pas de prêter ce serment.
» Voilà, Monsieur, l'explication que je vous ai promise au commencement de cette lettre; à présent, qu'il me soit permis d'observer que les ecclésiastiques de mon diocèse ont été instruits à temps de mes principes et de ma détermination. J'ai répondu aussi et très-exactement à toutes les lettres consultatives que j'ai reçues. Les écrits les plus lumineux ont été répandus dans mon diocèse; on a pu môme y pressentir l'opinion da Saint-Père, puisque dès le mois d'août ou de septembre 1790, tons les papiers publics ont fait mention d'un bref adressé à M, l'évêque de Léon. En un mot, l'instruction n'a pas manqué, et
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ceux qui ont péché, ne l'ont pu faire par une ignorance excusable. Je sais qu'on est trop porté pour pallier ses torts ou ses faiblesses , à en rechercher la cause dans les autres. Eh ! plût à Dieu que cette disposition, sincère sous tous les rapport*, déterminât ceux qui l'ont adoptée à revenir aujourd'hui de bonne foi sur eux-mêmes ;. et môme en rejetant sur moi leurs torts précédents, je leur dirais comme l'Apôtre, en les serrant dans mes bras : « Quia eratis m illo tempore sine Christo aliénât* à conversatione Israël... Nunc autem m Christo Jesuy vos qui aliquando eratis longé, facti est propfr, in sanguine Christi*. »
« Àh l mon cher Curé, ne nous occupons que des grands îaté» rèts dont nous sommes dépositaires et répondons fidèlement aux vues de la Providence qui a multiplié autour de nous les peiues et les afflictions pour éprouver notre foi, pour ranimer notre zèle, pour séparer le bon grain du mauvais et pour manifeste» aux moins clairvoyants la vanité et les dangers de la philosophie du siècle. Revôtissons-nous donc des armes de la foi et de la charité, pour résister aux maux qui nous poursuivent ou nous menacent : • Quoniam non est nobis colluctatlo adversus carnem et sanguinem> sed adversus Principes et Potestates, adversus mundi Rectores tenebrarum harum, contrà spiritualia nequitiae in cœlestibus ; propterea accipite armaturam Dei, ut possitis resistere m die malo, et in omnibus perfecti stare2. •
« Voyez, mon cher Curé, quel secours d'un autre côté nous fournit la Providence; voyez le concert des premiers pasteurs et du Saint-Siège, voyez ce nombre infini de curés, d'ecclésiastiques et de religieux fidèles à leur conscience et souffrant pour la foi; voyez ces vierges saintes quifont été en butte aux plus odieuses persécutions et qui ont montré tant de courage pour renouveler à nos yeux le miracle de la grâce qui choisit les plus
1 Parce que vous étiez en ce temps , sans le Christ , étrangers à la fré» quentation d'Israël... Mais maintenant, vous qui étiez autrefois au loin en Jésus -Christ , il est arrivé que vous êtes proche par le sang de Jésus- Christ {ÊpUre II aux Éphësiem, ch. VI, v. *8 et 43).
a Car nous n'avons point à combattre contre le sang e» la chair, mais contre les principautés et les puissances , contre ceux qui dirigent les ténèbres de ce siècle , contre les malices spirituelles qui sont dans les airs ; c'est pourquoi recevez toutes les armes de Dieu , afin de pouvoir résister dans le jour mauvais, et qu'après avoir tout surmonté, vous demeuriez fermes {Ep. Il aux Efhti., ch. VI, v. 42 et 13.
faibles pour servir d'exemple aux plus forts; voyez les écrits où les principes sont si bien établis, les objections tellement confondues , etc., etc. Si tant de motifs ne soutenaient notre courage, nous nous rendrions bien coupables. Sans doute, en considérant nos convenances personnelles, en prenant conseil de la chair et du sang, nous désirerions de voir nos liens rompus, mais nous devons dire avec l'Apôtre : « Permanere autem... necessarium propter vos : et hoc confidens scio quia manebo et permanebo omnibus vobis ad profectum vestrum et gaudium fidei*. » Et continuant le discours du même Apôtre, je vous dis et à tous mes fidèles coopérateurs : Tantum dignè Evangelio Christi conversamini ,ut, sivè cùm venero et videro vos, sive absens, audiam de vobis quia statis in uno Spiritu unanimes, collaborantes fidei Evangelii, et in nullo terreamini ab adversariis, quœ illis est causa perditionis, vobis autem salutis et hoc à Deo : quia vobis donatum est pro Christo, non solum ut in eum credatis, sed ut etiam pro illo patiamini2. »
« C'est dans ces sentiments , mon cher Curé , que je vous renouvelle l'assurance de mon tendre et inviolable attachement.
« f J. M. Arch. de Bordeaux. »
Le torrent de la révolution emporta bientôt M&r de Cicé loin de la patrie , et il alla partager l'honorable exil du clergé français. Pendant les dix années qu'il passa à l'étranger, et presque toujours à Londres , il donna en plusieurs occasions des témoignages de sa sollicitude pour l'Église de Bordeaux, que le schisme avait envahie, ainsi que toutes les autres Églises de France. Il avait laissé dans cette ville de dignes représentants de
« Mais il est plus nécessaire pour vous que je demeure... Et je sais cela avec la confiance que je demeurerai et continuerai d'être avec vous tous pour votre avancement et pour la joie de votre foi (Ep. aux Philipp., ch. I, v. 24 et 25).
2 Conduisez-vous seulement d'une manière digne de l'Evangile de Jésus-Christ , afin que soit que je vienne et que je vous voie , soit que je sois absent , j'apprenne de vous que vous demeurez unanimes en un seul esprit , travaillant ensemble à la foi de l'Évangile , et n'étant nullement effrayés de vos ennemis ; ce qui leur est une cause de perdition est pour vous un motif de salut , et cela de la part de Dieu , parce qu'il vous a été donné pour le Christ, non-seulement de croire en lui, mais encore de souffrir pour lui (Ep. aux Phil.7 ch. I, v. 27, 28 et 29).
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son autorité, dont quelques-uns, et notamment le pieux et savant abbé Langoiran et le P. Pannetier, saint prêtre de l'Ordre des Carmes, payèrent de leur sang, le zèle avec lequel ils ne cessèrent de professer et de défendre les principes orthodoxes. L'abbé de Laporte , vicaire général , plus tard évôque de Carcassonne, dirigea d'abord le diocèse; l'abbé Boyer le dirigea après lui. Ce dernier devint vicaire général de M*r d'Aviau, successeur immédiat de Me* de Cicé. Au milieu des persécutions suscitées de toutes parts aux prêtres fidèles, on vit élire successivement deux évêques constitutionnels, Pierre Pacareau et Dominique Lacombe.
Après la conclusion du Concordat , M*r de Cicé crut pouvoir revenir en France. Obéissant à l'invitation de Pie VII, il adressa de Londres, le 8 octobre 1801 , sa démission de l'archevêché de Bordeaux, et le môme jour, il écrivit à ses chers diocésains pour leur expliquer les raisons qui lui imposaient le devoir d'abdiquer son siège ainsi que le souverain Pontife le prescrivait à tous les évêques de France. Cet empressement fut récompensé par le Premier Consul, qui, le 9 avril 1802, le nomma à l'archevêché d'Aix et Arles. Il prêta le serment prescrit par le Concordat le 18 de ce même mois à Notre-Dame , en présence du cardinal-légat , et arriva à Aix le 8 juillet suivant , accueilli par les démonstrations de la joie la plus vive. Le 14 de ce mois , jour de son installation dans son église métropolitaine , il adressa à ses nouveaux diocésains un mandement où il exprime pour son ancienne Église les sentiments de la plus tendre affection.
• Nous ne vous dissimulerons pointj, Nos Très-Chers Frères, y dit-il , que nos premiers vœux , les vœux les plus ardents de notre cœur, en revenant de notre exil , nous portaient vers le troupeau chéri que la Providence nous avait confié et au milieu duquel nous avions exercé notre ministère avec tant de consolation. Église de Bordeaux, chère et tendre épouse, c'est avec la plus vive douleur que nous nous arrachons de votre sein. Nous nous étions toujours flatté de vous revoir encore et de recueillir avec vous de nouveaux fruits de grâce et de bénédiction. C'est cet espoir que nous n'avions jamais perdu, qui nous consolait dans nos plus grandes afflictions. Non , jamais votre tendresse pour vous ne recevra d'affaiblissement. Jamais nous ne perdrons de vue ni les dignes coopérateurs qui nous ont fait goûter des joies si pures, ni les fidèles enfants de cette Église vénérable, si dociles et si soumis à la voix de leur pasteur. Ils vivront dans
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notre cœur les uns et les autres , et tant qu'un souffle de vie soutiendra notre existence , nous ne cesserons de les présenter au Seigneur dans nos prières et dans nos sacrifices. »
En arrivant dans son diocèse dont les départements du Var et des Bouches-du-Rhône formaient la circonscription, M*1, de Cicé s'occupa de guérir les plaies que le malheur des temps avait faites. Il rassembla ses prêtres, rouvrit les églises, et commença tout aussitôt la visite de son nombreux troupeau. S'étant rendu à Marseille peu de jours après son installation , il y lit cesser les divisions religieuses. Le rapprochement des prêtres fut tel qu'un d'entre eux , non assermenté et très-exalté dans son opinion , avant l'arrivée du prélat, voulut servir la messe à un prêtre constitutionnel, et y conduisit toutes les anciennes religieuses qu'il dirigeait, pour les faire communier de la main de ce prêtre. Les autorités de la ville s'empressèrent d'offrir leurs hommages à l'archevêque et de lui témoigner la satisfaction que sa présence inspirait. Les protestants partagèrent l'allégresse commune, et lui envoyèrent une députation pour lui exprimer les sentiments de vénération qu'ils éprouvaient.
Le 18 juillet, M** de Cicé officia dans l'église de Saint-Martin et organisa les paroisses de cette grande ville. Il ne fut pas moins heureux à Arles, à Tarascon et à Saint-Remi qu'il alla visiter en quittant Marseille. Il pourvut, dans cette tournée, aux besoins urgents de quelques compagnies, et notamment de la paroisse de Saint-Martin de la Crau, où près de 4000 habitants vivaient depuis douze années sans entendre parler de religion.
La plupart des prêtres de l'ancien diocèse de Toulon, accoutumés à vivre sous la juridiction de M. de Castellane, évêque non démissionnaire, hésitaient entre lui et M. de Cicé. D'un autre côté, les divisions produites par le serment de 1790 n'y étaient pas encore éteintes, en sorte que ce pays était sous le rapport religieux dans un état d'anarchie déplorable. M*r de Cicé s'y rendit, et sa présence rétablit partout le bon ordre et la paix. Il fit ce voyage par mer; le bâtiment qui l'amenait à Toulon fut à peine signalé, que plusieurs coups de canon partis d'une frégate placée dans la rade annoncèrent sa prochaine arrivée. Le sous-préfet de l'arrondissement, le maire et les adjoints de la ville, allèrent à sa rencontre, et montèrent avec lui sur le canot du préfet maritime. Plusieurs corps de troupes étaient rangés en bataille sur le port , où Ton se donna des témoignages réciproques de confiance et d'amitié. De là , M«r de Cicé fut con-
duit par le préfet et par toutes les autorités, aux acclamations du peuple et aux sons d'une musique militaire, à la maison commune et ensuite à l'hôtel qui lui avait été désigné.
L'archevêque avait éprouvé quelques inquiétudes en approchant d'une ville qui rappelait de si affligeants souvenirs. Ces inquiétudes , dont il n'avait pu se défendre , lui firent attacher plus de prix encore au touchant accueil qu'il reçut des Toulonnais. Son séjour dans leur ville eut les plus heureux résultats. Il vit tous les prêtres en particulier, fixa leurs principes et s'assura de leurs sentiments. Tous, à l'exception d'un seul, le reconnurent pour leur légitime pasteur. A sa voix , l'église majeure de Toulon fut rendue au culte le 5 septembre 1802, malgré de grands obstacles , et cette ville où l'impiété avait établi son empire sur des cendres et des ruines, jouit de nouveau des bienfaits de la religion.
M«r de Cicé parcourut avec le même succès le reste du département du Var, et revint ensuite dans sa ville métropolitaine pour organiser son chapitre, où on lui reprocha toutefois de n'avoir point appelé quelqu'un des survivants du chapitre de l'antique Église d'Arles, et pour donner ses soins à l'administration. Au commencement de nos troubles politiques, l'église métropolitaine de Saint-Sauveur avait été dévastée et convertie en temple de la Raison. Ce fut la première des églises d'Aix que M*1" de Cicé ouvrit à la piété des fidèles. Avec peu de ressources, il put la mettre dans un état décent , mais par une fatalité inconcevable, il fit abattre un petit oratoire qui s'y trouvait, connu sous le nom de sainte chapelle. Ce fut une véritable perte pour l'archéologie, perte dont ne put dédommager une nouvelle chapelle construite vis-à-vis de l'ancienne. Par une lettre pastorale du 9 octobre 1802, il réclama les prières des fidèles pour que l'Esprit de conseil et de vérité l'éclairât sur le choix des pasteurs qu'il devait placer à la tête des paroisses, et, après leur avoir donné leur mission, il crut devoir, dans une autre lettre pastorale du 5 mai 1803, leur tracer les règles qu'ils devaient suivre dans l'administration spirituelle dont il les chargeait. Cette lettre peut servir de code spirituel à tout prêtre chargé de la conduite des ames.
L'archevêque d'Aix s'occupa ensuite de recueillir les reliques des saints, que la tourmente révolutionnaire avait dispersées, et envoya à cet effet des prêtres dans toutes les églises pour réunir des témoignages constatant l'identité de ces restes précieux
qui, ainsi qu'il le dit dans son instruction pastorale du 12 avril 1803, sont présentés de nouveau a la vénération des fidèles. A peine avait-il pourvu les paroisses de pasteurs, qu'il s'empressa de pourvoir aux besoins de ceux des ministres des autels que Tàge ou les infirmités mettaient dans le cas de lui demander quelquefois des secours. Il fut le premier des évôques de France à prendre des mesures pour parvenir à ce but, et c'est à son esprit pénétrant qu'on dut l'idée de la réserve du sixième du produit des chaises. Un décret impérial appliqua plus tard cette mesure à toutes les Églises de France.
L'œuvre de ses séminaires présentait bien des obstacles; il parvint à les surmonter, et son zèle le porta pour se créer des ressources à faire appel à son diocèse par une lettre pastorale du 2 décembre 1803. Son grand séminaire est bientôt peuplé de jeunes gens qui doivent perpétuer le sacerdoce, et peu de temps après, on voit s'élever de petits séminaires à Marseille, à la Seyne, à Vence, à Grasse et à Salon. La disette de prêtres le porta môme à faire venir de Luxembourg, département des Forêts, douze jeunes ecclésiastiques, pour être incorporés dans le diocèse d'Aix et élevés gratuitement dans son séminaire. Il donna à ses prêtres des règlements pleins de sagesse et de bonté, qui, en faisant revivre parmi eux les anciennes règles, devaient leur concilier le respect et l'amour des peuples.
Une lettre pastorale du 25 février 1804 les excita à s'élever avec force contre les mauvais livres. Le 31 août suivant, M«r de Cicé assista à Marseille à la procession de la Major, dite paroisse Saint-Lazare , et c'est la seule fois qu'il se soit montré dans une pareille cérémonie en cette ville. Il y allait cependant assez sou- • vent et les autorités municipales lui avaient assigné une maison , afin qu'il fût plus à portée de veiller sur cette portion si considérable de son troupeau. Un catéchisme à l'usage du diocèse d'Aix fut rédigé par ses soins et servit de base au catéchisme de l'Fjmpire, et afin de perpétuer le zèle, la piété et l'exemple de toutes les vertus qui régnaient dans tout son chapitre, il lui donna, le 5 novembre 1807 , des statuts dignes des plus grands évêques. Les vierges chrétiennes , que la révolution avait dispersées , se réunirent sur l'invitation du prélat. Sa vigilance s'étendit au loin sur toutes les parties de son diocèse si vaste, et il favorisa de tout son pouvoir la restauration de tous les établissements de religion, de charité et de piété. Assisté de M«r Ferdinand de Laporte, évêque de Garcassonne, son ancien
ARCHID10CÈSE D'AIX
vicaire général à Bordeaux, il consacra le 24 octobre 1806 l'église de l'hôpital du Saint-Esprit, dont Mfi'de Cosoac, son prédécesseur, avait posé la première pierre, un siècle auparavant, le 4 mars 1706.
La maladie surprit M** de Cicé au milieu de ses occupations pastorales. Elle fut pour lui un long et douloureux martyre, mais en même temps, elle lui fournit l'occasion de montrer toutes les vertus chrétiennes unies à la plus touchante sensibilité envers ses amis. Le 19 juillet 1810, il reçut le saint Viatique, dans sa chapelle, où il s'était fait transporter, en présence de M*r Miollis, évêque de Digne, et Textrôme-onction lui fut donnée le 2 août suivant. Affaissé sous le poids du mal , après avoir accompli les derniers devoirs du chrétien mourant, il fit un effort sur lui-môme, prit son étole , Pôta de son cou , et s'adressant au prêtre qui lui avait apporté le pain de vie et qu'il honorait d'une amitié particulière, il lui dit : « Je dois me détacher de tout , mon ami , prenez ceci , et lorsque vous exercerez les fonctions sacrées, que cet ornement que j'ai porté, vous fasse quelquefois ressouvenir de moi en offrant le saint sacrifice. »
Cette cérémonie des approches du trépas, ce spectacle religieux et imposant, ces flambeaux, ces prêtres vénérables plongés dans la douleur et dans le recueillement ; ce congé solennel que l'archevêque mourant prenait du monde, le discours touchant que sa piété lui dictait et dans lequel il demandait pardon à Dieu et aux hommes de ses fautes ; tout cela avait porté déjà dans l'âme des assistants un attendrissement religieux; mais ce dernier élan de sensibilité y vint mettre le comble. Toute l'assemblée et le prêtre lui-même, à qui ce présent modeste et sans éclat était adressé, fondirent en larmes. Quelques instants après, Jérôme-Marie Champion de Cicé rendait son âme à Dieu à l'âge de 75 ans, et dans la 40e année de son épiscopat. C'était le mercredi , 22 août 1810, à deux heures moins un quart de l'aprèsmidi.
Ses dépouilles mortelles furent inhumées dans le cimetière de Saint-Sauveur où l'épitaphe suivante fut gravée sur son tombeau :
« Hieronymo- Marix Champion de Cicé, archiepiscopo Aquensi et Arelatensi, olim Burdigalensi, priùs Ruthenensi Antistiti, qui) quadraginta post annos episcopatus , omni virtutum laborumque génère plenos, octo quorum in regendà Ecclesia Aquensi, carnis resurrectionem expectans, obdormt-
vit in Domino XI Kal. septembris, anno MOCCCX, œt. LXXIV, mens. XI, dieb. XIX; pietas, gratitudo , relligio mœrentes postière VI id. novembris , anno MDCCCX. »
A Jérôme-Marie Champion de Cicé, archevêque d'Aix et d'Arles , ancien archevêque de Bordeaux , et d'abord évêque de Rodez t qui après un épiscopat de quarante années, dont huit dans l'administration de l'Église d'Aix, épiscopat plein de toutes sortes de travaux et de vertus , s'est endormi dans le Seigneur le 22 août 1810, à l'âge de 74 ans, 1 1 mois et 19 jours. Il attend ici la résurrection de la chair. La piété , la reconnaissance et la religion lui ont élevé ce monument de leurs regrets le 8 novembre 1810.
Le 20 mars 1816, le chapitre de Saint-Sauveur flt exhumer le corps de M*r de Cicé qui fut déposé dans le tombeau destiné à la sépulture des archevêques d'Aix , sous la présidence de M*r Miollis, évêque de Digne. M. l'abbé Rey fit ce jour-là un discours qui a été imprimé sous le titre de : Discours prononcé dans l'église métropolitaine de Saint-Sauveur d'Aix , le 20 mars 1816, à l'occasion de la translation qui y a été faite du corps de Jérôme-Marie Champion de Cicé , archevêque d'Aix , dans le tombeau destiné à la sépulture des archevêques , Aix , A . Pontier, 1816, in-4° de 10 pages. L'épitaphe suivante lui fut alors consacrée :
« Rev&rendissimo in Christo Patri Hieronxjmo-Mariœ Champion de Cicé, felicis recordationis , Aquensi archiepiscopo. Venerabile Capitulum ultima vota persolvens, mortales ejus eccuvias in cœmeterio sanctissimi Salvatoris depositas, régnante et annuente Christianissimo rege Ludovico X VIII , in tumulum Rev. DD. Archiepiscoporum transferri in eoque condi curavit die XX mensis Martii , anno Domini MDCCCXVI. »
Au très-révérend Père en Dieu Jérôme-Marie Champion de Cicé, d'heureuse mémoire, archevêque d'Aix. Le vénérable Chapitre accomplissant ses derniers vœux, a, sous le règne et du consentement du roi très-chrétien Louis XVIII, fait transférer ses dépouilles mortelles déposées dans le cimetière de Saint-Sauveur, dans le tombeau des révérendissimes seigneurs archevêques, où elles ont été inhumées le 20 mars de l'an du Seigneur 1816.
L'acte de décès de M?r de Cicé est conçu dans les termes suivants sur les registres de l'éiat civil de la ville d'Aix : « L'an mil huit cent dix et le vingt-deuxième jour du mois
ÀRCHIDIOCÈSE D'AIX.
d'août, à cinq heures du soir, par devant nous, maire officier public de l'état civil de cette ville d'Aix, sont comparus M» Guillaume Martin , prêtre, chanoine honoraire de l'église métropolitaine d'Aix, âgé de 63 ans, domicilié en la ville de Marseille, et Claude Rey, prêtre, chanoine honoraire et secrétaire de l'archevêché, âgé de 38 ans, domicilié à Aix, isle 124, n° 12, lesquels nous ont déclaré que M. Jérôme-Marie Champion de Cicé, archevêque d'Aix et d'Arles, comte de l'Empire, officier de la Légion d'honneur, âgé de 75 ans, natif de la ville de Rennes, département d'Ille-et-Vilaine , était décédé cejourd'hui à deux heures de relevée, dans son palais archiépiscopal, isle 60, n° 2 ; Et ont les témoins signé avec nous le présent acte, après que lecture leur en a été faite.
Guillaume Martin. — Rey, chanoine , secrétaire de l'archevêché. — Fortis.
La mort de l'archevêque d'Aix et d'Arles eut du retentissement dans 'tout le pays bordelais. On donna des regrets à cette perte douloureuse que faisait le clergé de France. M*r d'Aviau prescrivit des prières pour le repos de son âme et fit, le 1 1 septembre 1810, une lettre pastorale qu'il consacra à l'éloge de son prédécesseur défunt , éloge que l'opinion publique sanctionna. Le 8 novembre suivant, M. l'abbé Rey, qui fut, sous Louis-Philippe, évêque de Dijon , et qui avait toute la confiance de l'archevêque, prononça dans l'église métropolitaine de Saint-Sauveur d'Aix , ['Éloge funèbre de M*r de Cicé. Il a été publié sous le titre . Discours prononcé dans l 'église métropolitaine d'Aix, le 8 novembre 1810, jour des obsèques de M*r Jérôme-Marie Champion de Cicé, archevêque d'Aix et d'Arles, par M. Rey, chanoine honoraire, secrétaire de l'archevêché et ancien vicaire général de M*r de Cicé, Aix, chez Augustin Pontier, 1810, in-4a. On y trouve des renseignements assez étendus sur la vie de ce prélat , dont le nom est lié avec les faits les plus importants qui remplissent les Annales de l'Église de son temps.
Sans parler des Mandements et Lettres pastorales qu'il publia dans les trois diocèses qu'il fut appelé à gouverner, nous connaissons de lui : Rapport fait par M. l'archevêque de Bordeaux au nom du comité choisi par l'Assemblée nationale pour rédiger un plan de constitution, Paris, 1789, in-8°. — Eloge funèbre de Charles -Emmanuel Leclerc , capitaine général commandant l'isle Saint-Domingue, prononcé dans l'Eglise majeure de Saint-Martin de Marseille le 26 pluviôse, an XI (15
février 1803), Aix, an XI (1803) in-8°. — Discours prononcé en l'Église majeure de Saint-Martin de Marseille, le 2 germinal, an XI (23 mars 1803), en l'honneur de Pie VI dont le cœur et les entrailles étaient présentes, Aix, an XI (1803).
Mp Champion de Cicé , membre de la Légion d'honneur le 16 .messidor, an XII (5 juillet 1804) et promu officier de la Légion d'honneur le 15 janvier 1805, portait pour armoiries.: écartelé, au 1er d'azur à la croix pâtée d'or, signe des comtes archevêques, au 2* et au 3e d'azur, à trois écussons d'argent, chargés de trois bandes de gueules, au te de gueules, à la fasce d'hermine,