ARCHEVÊQUE NOMMÉ
L'aîné d'une famille nombreuse , Gaspard- Jean-André- Joseph Jauffret naquit le 13 décembre 1759, à la Roque-Brussane , alors du diocèse d'Aix , aujourd'hui diocèse de Fréjus (Var) et était fils de Gaspard-Jean-André Jauffret , et de Catherine Grésolle. Après avoir fait ses études au collège de Toulon et à l'université d'Aix, il embrassa l'état ecclésiastique, et quoique bien jeune encore, fut pourvu d'un canonicat dans la collégiale d'Aulps. Désireux cependant d'acquérir des connaissances qui le missent en état de se rendre plus utile encore, M. Jauffret vint à Paris, s'y lia avec les plus célèbres prédicateurs de ce temps, notamment avec l'abbé de Boulogne, son compatriote , sous les auspices duquel il prêcha avec quelque succès et s'attacha tour à tour à, la communauté des prêtres de Saint-Roch et à celle de la paroisse de Saint-Sulpice. Animé du désir de servir l'Église dans les temps difficiles qui s'annonçaient pour elle, l'abbé Jauffret qui fréquentait alors quelques réunions de pieux et savants ecclésiastiques où l'on s'exerçait sur des matières de religion , préparait les ouvrages qu'il a successivement publiés.
Son premier écrit parait être celui qui a pour titre : De la religion à l'Assemblée nationale , discours philosophique et po* litique, 1790, 142 pages in-8°, réimprimé plusieurs fois sous différents titres : De la religion, aux Législateurs; De la religion, aux Français. Peu après, il entreprit un journal sous le titre d'Annales de la religion et du sentiment, feuille hebdomadaire qui subsista pendant toute Tannée 1791 et une partie de 1792.
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On y rendait compte des faits et des ouvrages relatifs aux matières ecclésiastiques , et l'auteur s'y prononçait énergiquement contre la constitution civile du clergé. Plusieurs articles de ce recueil ont été insérés ailleurs; ainsi celui du Ministère pastoral dans V Église catholique, qui était de M. Jauffret lui-même, se trouve dans le tome VI de la Collection ecclésiastique de l'abbé Guillon. Un autre article , intitulé : le Vrai point de la question relativement au serment, paraît être aussi de lui , et fut réimprimé, in-8°, 29 pages.
Le zèle que l'abbé Jauffret montrait, dans son journal pour la cause de l'Église, devait, dans ces jours mauvais, lui attirer des traverses. Il fut obligé de se cacher après la journée du 10 août 1792, se réfugia quelque temps à Orléans , et ensuite en Provence, où il demeura plusieurs années. Après la Terreur, il exerça le ministère à la Roque-Brussane môme, et y réveilla, par des instructions fréquentes, les sentiments religieux que la révolution avait assoupis. Son zèle fit d'autant plus d'effet, que la plupart des prêtres étaient encore ou errants ou bannis. L'abbé Jauffret fut ainsi un des premiers à élever la voix en faveur de la religion , et publia l'ouvrage intitulé : du Culte public ou de la nécessité du culte public en général, et de l'Excellence du culte catholique en particulier, 1795, 2 vol. in-8<>, 3« édition, 1815. Cet ouvrage parut d'abord dans les Annales religieuses dont M. Jauffret fut un des premiers rédacteurs, mais il ne travailla qu'aux dix-huit premiers numéros de ce recueil , dont la rédaction fut ensuite confiée à M. de Boulogne. M. Jauffret mit successivement au jour un assez grand nombre d'ouvrages, dont nous citerons plus loin les titres.
Après le concordat du 15 juillet 1801 , M. du Vivier de Lorry, ancien évôque d'Angers, ayant été nommé à l'évôché de la Rochelle , et ne pouvant , pour raison de santé , se rendre immédiatement dans son diocèse, l'abbé Jauffret fut chargé, par le Premier Consul , d'y aller avec le titre d'administrateur. Il venait à peine d'obtenir de M. de Lorry les pouvoirs nécessaires, lorsqu'il fut appelé aux fonctions de premier vicaire général de Lyon. Il se rendit aussitôt dans cette ville, où d'assez grandes divisions avaient éclaté, et se trouva même chargé bientôt, avec ses collègues, de l'administration de ce diocèse, M. Fesch, archevêque de Lyon , ayant été nommé presque immédiatement ambassadeur de France à Rome. Bientôt les traces de division disparurent, l'éducation des clercs prospéra, toutes les bonnes
œuvres furent encouragées. On vit d'utiles institutions se former et se propager dans le diocèse. Les Frères des écoles chrétiennes, provisoirement approuvés, entrèrent dès lors en jouissance de l'édifice, devenu, pendant plusieurs années, leur maison chef -lieu. Plusieurs associations de charité furent établies, de nouveaux statuts furent donnés à celle des sœurs dites de Saint-Charles. Jusque-là , leurs services avaient été locaux et bornés à l'état d'institutrices. La nouvelle direction qu'elles reçurent alors les rendit à la fois institutrices et hospitalières. Leur nombre s'accrut et le bienfait de leur institution s'étendit rapidement aux différents diocèses composant la métropole.
En mars 1805 , l'abbé Jauffret appelé à Paris comme vicaire général de la grande-aumônerie , eut occasion de provoquer des mesures utiles et fit revivre ou favorisa des établissements précieux à la religion. Différentes congrégations furent autorisées, les missions étrangères reçurent quelque encouragement, les associations d'hospitalières et d'institutrices obtinrent une protection plus marquée. Les dames de Saint-Maur, celles du Refuge, dites de Saint-Michel, durent beaucoup, entre autres, aux soins de l'abbé Jauffret. Lorsqu'on forma la chapelle des Tuileries , il fut nommé chapelain , tout en conservant son titre de vicaire général. M. Bienaimô, évêque de Metz, étant mort le 9 février 1806, l'abbé Jauffret nommé par décret impérial du 15 juillet suivant pour lui succéder, fut préconisé pour ce siège dans le consistoire du 26 août et sacré le 8 décembre de la même année dans la chapelle du palais des Tuileries, par le cardinal Joseph Fesch, archevêque de Lyon, grand-aumônier de l'Empire, assisté de Louis Charrier de la Roche , évêque de Versailles, et de Maurice de Broglie, évêque d'Acqui. Son intronisation dans la cathédrale de Metz eut lieu le 29 janvier 1807.
Le nouvel évêque qui changea alors sou titre de chapelain en celui d'aumônier ordinaire de l'Empereur, trouvait tout à faire dans son diocèse, car l'âge et les infirmités de son prédécesseur ne lui avaient point permis d'opérer tout le bien qu'on était en droit d'attendre de son zèle et de son bon esprit. Ses premiers soins se portèrent sur les moyens de perpétuer le sacerdoce. Le grand séminaire de Metz sortit de ses ruines , trois petits séminaires furent établis et en outre un grand nombre de curés s'appliquèrent à élever des sujets pour l'état ecclésiastique. M. Jauffret ne négligea rien pour exciter à cet égard le zèle du clergé et des fidèles : sa lettre pastorale du 6 avril 1808(48 pages
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in-8<>), rappelle tous les motifs qui devaient engager ses diocésains à le seconder dans la formation et dans le soutien des écoles ecclésiastiques. Il logea quelque temps les jeunes gens dans son propre palais et obtint ensuite du gouvernement les bâtiments nécessaires. Au bout d'un an , grâce à son activité , le diocèse de Metz comptait 6 à 700 élèves de tout âge qui étudiaient dans les différentes écoles à Metz, à Charleville, à Luxembourg et à Bastogne.
Ces occupations n'empêchèrent pas le prélat de veiller aux autres parties de l'administration. Le 3 mars 1807, il adressa à son clergé des avis et des règlements sur les fonctions du saint ministère. Ses mandements pour les carêmes de 1807 et de 1808 montrent tout le soin qu'il avait d'instruire son troupeau. Il prêchait dans les églises et son zèle donna une nouvelle impulsion à l'opinion publique dans une ville où de grands scandales avaient éclaté. L'autorité civile s'était crue obligée, en juin 1804 d'interdire l'exercice du culte hors des églises, pour prévenir les insultes des partisans de l'impiété. M. Jauffret fit lever cette défense, la religion put se montrer au dehors pour la procession de la Fête-Dieu en 1807 et elle ne recueillit que des respects.
Quoique naturellement porté à ne pas se mettre en opposition avec les autorités locales, l'évêque de Metz n'hésita pas a réclamer, peu après son arrivée , contre une délibération par laquelle sur la demande que lui en fit une personne connue par son goût éclairé pour les arts et chargée de visiter les divers établissements publics de l'Empire, à l'effet d'en extraire les objets d'art qui lui sembleraient propres à l'embellissement de la Malmaison , le conseil municipal de Metz disposait , en faveur de l'impératrice Joséphine, d'une cuve de porphyre placée dans l'église cathédrale et servant de fonts baptismaux. Lorsque cette délibération fut prise , le prélat était absent. Le jour même qu'il rentrait dans sa ville épiscopale , on disposait tout pour l'enlèvement de la cuve, la voiture qui devait servir à son transport était prête et toute la ville courait à la cathédrale pour voir encore une fois un objet auquel , indépendamment de sa valeur réelle, la piété des fidèles attachait le plus grand prix, attendu sa destination sacrée. L'évêque en est à peine instruit qu'il se rend chez le préfet , lui fait les représentations convenables et obtient un délai. Le gouvernement est prévenu ; l'ordre de respecter la cuve arrive bientôt. La délibération du conseil municipal est annulée , et le préfet est averti lui-même de ne plus se
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prêter à de pareils actes, aucun objet consacré au culte ne pouvant recevoir une autre destination sans l'autorisation du premier pasteur.
Dans les dix-huit premiers mois de son épiscopat , M. Jauffret visita les chefs-lieux de canton des trois départements qui composaient son diocèse et qui étaient ceux de la Moselle, des Ardennes et des Forêts, aujourd'hui grand-duché de Luxembourg. Dans ces tournées , il parlait souvent aux peuples , soit pour la confirmation, soit pour différentes cérémonies, et depuis, il réunit ses instructions relatives à la confirmation et en forma un ouvrage sous le titre d'Entretiens sur le sacrement de confirmation qu'il adressa à son diocèse en 1809. Ces Entretiens ont été publiés à part, in-8°, la même année et en 1814. L'évêque de Metz rétablit à Arlon le culte de saint Donat et procura des missions à plusieurs cantons. Il favorisa surtout l'établissement des communautés religieuses : outre les anciennes congrégations qui se réformèrent ou s'étendirent sous son épiscopat, il en institua deux nouvelles, les dames de Sainte-Sophie et les sœurs de Sainte-Chrétienne. Ces deux congrégations autorisées la première par un décret de juin 1807, et la seconde par un décret du 12 août de la même année, se livrent à l'instruction des jeunes personnes et ont rendu d'importants services à la ville de Metz. Les dames de Sainte-Sophie ouvrirent des pensionnats à Metz et à Luxembourg, et les sœurs de Sainte-Chrétienne, sous la direction habile de Madame de Méjanes, dont M*r Chalandon , archevêque actuel d'Aix a écrit si élégamment la vie, ont des écoles gratuites et donnent de plus leurs soins aux pauvres. La maison de Metz est le chef-lieu de cette congrégation qui a formé un grand nombre de succursales dont les succès toujours croissants font encore bénir cette utile institution. M. Jauffret leur donna des règlements et se plaisait à diriger personnellement des institutions qu'il regardait comme d'une haute importance dans l'état actuel de la société. Les soeurs de Sainte-Elisabeth, à Luxembourg, et celles de la Providence, dites de Saint-André, instituées par un pieux ecclésiastique, près de Forbach, furent puissamment encouragées par ses soins.
Le titre d'aumônier que M. Jauffret avait à la cour, le forçait de temps en temps de quitter son diocèse. En 1810, il fut désigné pour faire partie du cortège qui devait aller au devant de l'archiduchesse Marie-Louise d'Autriche , fit en conséquence le voyage de Braunau , et revint avec la nouvelle impératrice qui ,
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en quelques circonstances, le choisit pour confesseur. Il fut aussi du nombre des dix-neuf évêques qui écrivirent au Pape le 25 mars 1810, pour demander une amplialion de l'induit sur les dispenses de mariage. Apres la mort de M. Champion de Cicé, Napoléon I« eut l'intention de nommer à l'archevêché d'Aix, M. Duvoisin , alors évèque de Nantes; mais ce prélat ayant fait agréer les motifs de son refus, un décret impérial du 5 janvier 181 1 , inséré sur-le-champ au Moniteur, nomma à ce siège M. Jauflret, qui, d'après ce qui lui avait été dit la veille par le ministre des cultes, avait tout lieu d'espérer qu'on ne l'éloignerait point de son diocèse. Par un décret du même jour, l'abbé Ignace Laurent , prêtre desservant la succursale de Saint-Leu, à Paris, était nommé à l'évêché de Metz. Le moment n'était pas favorable pour résister à l'Empereur, qui venait de frapper d'une disgrâce éclatante M. l'abbé d'Astros, vicaire-général de Paris, depuis cardinal et archevêque de Toulouse, et M. le comte Portalis, conseiller d'État. L'évêque de Metz n'osa, dans cette circonstance , se prononcer pour un refus absolu.
Instruit par le ministre des cultes de la nomination de M. Jauffret, le chapitre métropolitain d'Aix s'assembla extraordinairement, et fit immédiatement parvenir les deux lettres suivantes à l'évêque de Metz.
o Aix, le 15 janvier 1811.
» Monseigneur,
» Le chapitre métropolitain d'Aix s'empresse de vous témoigner la satisfaction qu'il éprouve en apprenant votre nomination au siège de cette Église : il bénit la Providence qui pourvoit avec un soin si attentif aux besoins de ce vaste diocèse. Tous les gens de bien s'en réjouissent , et ce sentiment est d'autant plus sincère qu'il n'est pas seulement inspiré par le bruit éloigné d'une grande réputation, mais parla connaissance des talents qui vous ont toujours distingué , et des vertus éminentes dont vous avez donné l'exemple parmi eux.
• Nous avons l'honneur d'être avec respect , • Monseigneur,
■ Les dignitaires, chanoines et chapitre métropolitain d'Aix,
» Signés : Robineau, doyen; Blanche, chan. archid.; Beylot, chan. théolog. : l'abbé de la Beaume, chan.; de Périer, chan. pénitencier; Suffren, chan.; Boulard, chan.; Guigou, chan.; Rey, chan. secrét. de l'archevêché et du vénérable chapitre. »
« Aix, le 16 janvier 48H.
» Monseigneur,
» Le chapitre métropolitain d'Aix s'empresse de vous exprimer la satisfaction avec laquelle il a appris, par une lettre officielle, en date du 8 du présent mois, écrite par S. Exc. le ministre des cultes, votre nomination à l'archevêché d'Aix et Arles. Le chapitre s'est en conséquence, extraordinairement assemblé, et a délibéré unanimement de vous conférer le litre d'administrateur du diocèse , avec toutes les attributions dont il est dépositaire , le siège vacant.
» Un extrait de la délibération du chapitre sera expédié aujourd'hui à S. Exc. le ministre des cultes.
• Nous avons l'honneur d'être avec respect, » Monseigneur,
» Vos très-humbles et obéissants serviteurs les dignitaires, chanoines et chapitre métropolitain d'Aix.
» Signés : Arquier, vie. gên.; Robineau, doyen; de Périer, chan. pénit.; l'abbé de la Beaume, chan.; Blanche, arckid.; Beylot, chan. théolog.; Boulard, chan.; Guigou, chan.; Suffren, chan.; Rey, chan. secret, de V archevêché et du vénérable chapitre. »
Nous avons cru devoir publier ces lettres comme une preuve que le chapitre de Saint-Sauveur d'Aix conféra librement et unanimement à l'évêque de Metz, les pouvoirs nécessaires pour administrer le diocèse. Les vicaires généraux capitulaires , MM. Arquier, Dudemaine, Blanche, Guigou et Boulard écrivirent à leur tour le 11 février à M. Jauffret et le félicitèrent de sa nomination qu'ils annoncèrent officiellement le môme jour au clergé et au diocèse. Le prélat ne se pressa pas cependant de se rendre à Aix , ne voulant point aller occuper ce siège avant d'avoir reçu ses bulles d'institution canonique. Il ne s'y rendit qu'environ un an après, sur un ordre formel du ministre des cultes et d'après l'assurance qu'on lui donna que ses bulles le suivraient de près. Les sages mesures qu'il prit à son arrivée lui concilièrent toutes les opinions. Il ne fit aucune fonction archiépiscopale, n'usa d'aucun des droits réservés aux prélats canoniquement institués : on ne lui vit prendre d'autre place au chœur de l'église métropolitaine de Saint-Sauveur que celle destinée dans cette église aux évéques étrangers au diocèse, enfin il refusa tout honneur attaché à la juridiction métropolitaine.
Malgré les décrets oppressifs rendus à cette époque, son administration se flt remarquer par des vues utiles, notamment par deux institutions très-importantes, celles des Dames de Sainte-Sophie et des Sœurs de Sainte-Chrétienne, formées sur le modèle des congrégations établies à Metz pour le service des pauvres et l'éducation des fliles. Parmi les Dames ou Sœurs composant ces institutions, les unes reçurent depuis la Restauration, les autres formant le plus petit nombre, reprirent le nom à'Ursulines ou de Sœurs de Saint-Thomas qu'elles avaient quitté pour faire partie des nouvelles congrégations. Mais en changeant de nom, elles ne changèrent point d'objet, et elles rendent toujours les mômes services; c'est toujours le même esprit de charité , le môme zèle qui les anime. Les Ursulines d'Aix durent, à la générosité de l'archevêque nommé, une somme considérable pour l'acquisition de la maison où elles s'établirent.
M. Jauffret fut du nombre des douze évêques, qui, le 27 avril 1811, écrivirent au Pape, alors à Savone, pour le prier d'accueillir une députation de trois évêques français : on remarque que dans les signatures, son nom se trouve le dernier et sous le seul titre d'évêque de Metz. Quelques jours après, le prélat adressa en son propre nom, à Sa Sainteté, une lettre où il parlait de sa nomination au siège d'Aix; dans cette lettre, datée du i*r mai, il exposait les besoins des Églises et les raisons qui devaient, selon lui, engager le Saint-Père à donner des bulles aux évêques nommés.
Cette même année, M. Jauffret assista au concile national tenu à Paris sous la présidence du cardinal Fesch , archevêque de Lyon, mais il ne s'y flt point remarquer, n se trouvait à Paris à l'époque de la première Restauration , et , depuis quinze mois, il n'avait pas mis le pied dans le diocèse d'Aix. Il se hâta de renoncer de lui-même, à une nomination qu'il n'avait point sollicitée, et par un mandement du 21 avril 1814, il annonça qu'il reprenait personnellement l'administration du diocèse de Metz. Les circonstances firent cependant que ce mandement ne fut publié d'abord que dans les Ardennes. Par une coïncidence fortuite, ce même jour 21 avril, une délibération capitulaire des chanoines d'Aix révoquait tous les pouvoirs accordés en 1811 à M. Jauffret. Cette délibération était signée de MM. Robineau , doyen ; Beylot , théologal ; de Périer, pénitencier; Sarmet, de la Beaume, Boulard, Suffren, Guigou, chanoines et Rey, secré-
taire du chapitre. Le 28 mai , le prélat donna un autre mandement sur le retour des Bourbons. La même année, il fit faire une quôte générale pour les besoins de ses séminaires qui avaient beaucoup souffert de l'invasion étrangère. M. Jauffret se livrait avec ardeur aux soins de son diocèse , lorsqu'en mars
1815, Napoléon débarqué au golfe Juan, vint ressaisir le pouvoir. Instruit que l'abbé Laurent , qu'il avait nommé à la cure de Sedan, était venu précipitamment à Paris, et prétendait faire revivre sa nomination à l'ôvéché de Metz, M. Jauffret manifesta l'intention formelle de lui refuser tout pouvoir. Il se rendit peu après à Paris pour se soustraire d'une part aux instances de l'autorité militaire, qui le pressait de parcourir dans tous les sens, le département de la Moselle, à l'effet d'y seconder ses opérations, et pour déjouer, de l'autre, les plans de l'abbé Laurent qui faisait les démarches les plus actives pour se faire réintégrer dans ce qu'il appelait ses droits éventuels sur le siège de Metz. Avant de quitter sa ville épiscopale , le prélat assembla son conseil et prévit le cas où quelques circonstances imprévues l'empêcheraient de s'occuper personnellement de l'administration de son diocèse.
En arrivant à Paris, il assura de nouveau le directeur général des cultes de l'intention où il était de ne plus quitter le siège de Metz , pour en aller occuper un autre qui ne lui appartenait point et pour lequel il n'avait point été institué. Il ne vit point Napoléon, ne reprit point ses fonctions d'aumônier; après le second retour du roi Louis XVIII , fit célébrer, dans toutes les églises de son diocèse, de solennelles actions de grâces, et établit des prières à perpétuité , qui devaient avoir lieu le premier jour de l'an.
Un principal du collège de Luxembourg, l'abbé Dominique- Constantin Munchen , fit un éclat qui révolta tous les amis de la religion. Il fit soutenir, le 8 août 1816, une thèse de droit naturel où il posait des principes hardis , blâmés par les plus sages publicistes et réprouvés surtout par les catholiques. La thèse était partagée en 42 propositions, dont un assez grand nombre étaient répréhensibles. L'évôque de Metz, dont la juridiction s'étendait sur le grand-duché de Luxembourg (ancien département des Forêts), informé des principes de la thèse, crut devoir réclamer de toute la force de son ministère, et, le 12 septembre
1816, condamna la thèse, et défendit aux élèves, qui se destinaient à l'état ecclésiastique , de fréquenter à l'avenir les le-
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çons de philosophie du dit abbé Munchen, sous peine de n'être point admis dans les cours de théologie du séminaire. L'abbé Munchen fut obligé de quitter Luxembourg, et se retira à Gand, où il mourut peu après.
M*r Jauffret contribua efficacement à procurer, à la ville de Metz, un établissement de Frères des écoles chrétiennes; il reçut d'abord ces Frères dans son palais, ordonna une quête pour leurs écoles et célébra la messe le jour où l'on en fit l'ouverture. En 18h8, il établit une retraite annuelle pour les ecclésiastiques de son diocèse, et il ouvrit la première le 7 septembre, par un discours qu'il adressa à son clergé. Un règlement, du 30 novembre de cette année, était relatif aux sœurs des congrégations étrangères au diocèse, et qui se trouvaient isolées dans les paroisses : un autre, du 23 février 1820, conféra le titre et les fonctions d'archiprêtre à tous les curés de canton. Le 28 du même mois, il établit les réunions des curés, soit dans sa ville épiscopale, soit dans les divers cantons. Le 23 mars, il rétablit rofficialité diocésaine pour le spirituel, nomma, pour chaque arrondissement du département de la Moselle , un archidiacre et des visiteurs de l'archidiaconé , et cette mesure lui attira de rudes attaques de la part de quelques canonistes. L'ordonnance de Févôque de Metz fut ensuite traduite dans la Chronique religieuse comme un abus de pouvoir, comme un crime, un attentat qui réclamait toute la sévérité des lois. L'article n'était point signé, mais il reparut bientôt, imprimé à part, et portant le nom du comte Lanjuinais, pair de France. L'évêque de Metz ne jugea pas qu'il lui convint d'entrer en lice pour défendre les actes de son administration, mais il parut deux bons écrits sur cette matière. L'un avait pour titre : Des Nouvelles Officialités ou Réfutation oVun écrit de M. Lanjuinais contre une Ordonnance de M. ÏÉvéque de Metz , par l'auteur des Mémoires historiques sur les a ffaires ecclésiastiques de France (Joseph Jauffret, frère du prélat), Paris, 1820, in-8°; l'autre était intitulé : Les Officialités actuelles sont-elles ces tribunaux contentieux supprimés par la loi du 7 septembre 1790? ou Défense d'une Ordonnance de M. rÉvêque de Metz, qui rétablit l'officialité dans son diocèse, Paris, 1820, in-8°. — L'auteur de ce dernier opuscule ne se nomma pas, mais on savait que c'était un ecclésiastique attaché à l'administration d'un grand diocèse.
Parmi les coutumes salutaires que l'évêque de Metz rétablit, il n'est point permis surtout a'oublier la tenue du synode diocé-
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sain. Le prélat convoqua, pour le jeudi de la seconde semaine après Pâques, 1820 , tous les archiprêtres , il ouvrit rassemblée par un discours et publia des statuts synodaux qui ont été imprimés sous le titre de Statuta synodalia diœcesis Metensis, Metz, 1820, in-8° de 200 pages. Ils sont précédés d'une lettre pastorale , en date du 19 avril , et partagés en 13 titres, dont le 1er traite de la foi, le 2e des offices et des fôtes, le 3e du sacrifice de la messe, le 4e des sacrements en général, les 7 titres suivants, de chacun des sacrements, le 12e de la sépulture ecclésiastique et le 13e des fabriques. Ils contiennent les règlements les plus sages et les mieux adaptés aux besoins des circonstances. On ne put qu'applaudir à. l'exemple donné alors par M. l'évêque de Metz , en faisant revivre ces assemblées qui contribuent si puissamment à l'instruction et à l'édification , et qui resserrent les nœuds entre le premier pasteur et son clergé. Par une ordonnance du 28 février de la même année , il avait réglé qu'il se tiendrait tous les ans , le mercredi de la quatrième semaine après Pâques, des assemblées rurales des prêtres de chaque archiprôtré. Nous ne parlerons pas des règlements du prélat pour les examens annuels des jeunes prêtres appelés au service des paroisses et de quelques pratiques de piété qu'il remit en honneur. Il était sans cesse occupé de tout ce qui pouvait faire fleurir la discipline et déraciner les abus. On peut consulter, à ce sujet, son Recueil choisi de mandements, Metz, Collignon, 1820, 2 vol. in-8°, et qui renferme des pièces intéressantes.
M. Jauffret avait été nommé membre de la commission d'évéques chargés de rédiger, au nom de l'épiscopat français, une réponse au Saint-Père, sur l'arrangement provisoire fait en 1819 avec la cour de Rome. Une maladie qu'il essuya en 1820, fit éclater l'attachement que lui portait son clergé. Le prélat se rétablit, sans cependant recouvrer toutes ses forces, et sa santé depuis ce temps parut décliner. Toutefois, on le voyait toujours occupé du bien de son diocèse. Il adressait à son troupeau de fréquentes instructions ; en 1821 , il en publia une assez étendue sur l'Esprit du sacerdoce chrétien , et en 1822, une autre, sur la Morale de V Évangile.
L'érection de l'archevêché de Reims , en vertu des brefs du mois de septembre 1821, enleva le département des Ardennes à la juridiction de l'évêque de Metz; non-seulement le prélat vit cette soustraction sans chagrin , il s'empressa même de rendre
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à M. de Coucy, archevêque de Reims, tous les services qui étaient en son pouvoir. Il lui laissa des séminaires florissants, qui ont formé la meilleure ressource du diocèse de Reims. Aussi le département des Àrdennes voulut offrir à l'évêque de Metz, un témoignage de la reconnaissance publique pour le bien qu'il y avait fait , et le conseil général , présidé par le vicomte de Remont, se réunit au préfet pour lui faire hommage, en 1822, d'un calice en vermeil, de burettes et d'un bassin avec une inscription honorable, en accompagnant ce présent des lettres les plus flatteuses.
Dans les derniers temps de sa vie , M. Jauffret s'appliquait encore avec ardeur à former ou à étendre des établissements utiles à l'Eglise et à la société. En 1822, on vit s'élever par ses soins une école préparatoire pour les enfants qui se destinaient à entrer au petit séminaire. Le 7 mars 1823, il donna des règlements à une association de veuves connues à Metz sous le nom de Sœurs de Sainte-Félicité , et qui donnent des soins aux pauvres mères de familles. C'est au milieu de ces travaux que le prélat fut frappé. Il avait présidé à Metz la translation des reliques de saint Etienne, et avait tenu son synode au mois d'avril, lorsqu'il fut appelé à Paris pour quelques affaires. Il se proposait de n'y passer que peu de jours et de retourner à Metz pour l'ordination de la Trinité; mais la Providence en disposa autrement. Le lundi 12 mai 1823, le prélat était allé dîner à la campagne avec un ecclésiastique de ses amis, il revint le soir et paraissait trèsgai , cependant , en se couchant, il se plaignit d'un peu de malaise. A onze heures, il sonna son domestique, et demanda l'abbé Masson , son secrétaire. On n'eut que le temps de lui administrer l'extrême-onction , et à minuit un quart, il expira étouffé, ainsi qu'on Ta cru , par des glaires auxquelles il était sujet.
Les vertus de M. Jauffret, sa douceur, son zèle pour le bien , tout ce qu'il avait fait pendant son épiscopat pour la religion et l'Église , furent des motifs bien légitimes d'espérance pour ses nombreux amis. Sa mort produisit une vive impression à Metz où il s'était fait aimer, par ses excellentes qualités, en même temps qu'il avait rendu d'inappréciables services à ce diocèse. Son chapitre, son clergé, ses séminaires, les communautés qu'il avait établies, donnèrent, aussi bien que les fidèles, des larmes à sa mémoire. Le chapitre publia le 15 mai, une Lettre pastwale pour annoncer cette perte au diocèse : il y faisait un juste éloge du prélat , de sa piété, de son zèle , de son assiduité pour les
fonctions du ministère , de sa sagesse dans la formation de tant d'établissements.
D'après le vœu exprimé par la ville de Metz, le roi Louis XVIII permit le 14 mai que le corps du prélat fût provisoirement déposé dans le caveau de l'église de Saint-François d'Assise à Paris, et le 14 juin suivant, qu'il fût transféré et inhumé dans un des caveaux de la cathédrale de Metz. Les obsèques furent solennellement célébrées à Metz, le lundi 23 du môme mois. Son Oraison funèbre fut prononcée, elle a été imprimée chez Collignon, Metz, 1823, in-8°.
Outre les ouvrages que nous avons déjà mentionnés, M Jauffret a publié : Des Consolations ou Recueil choisi de tout ce que la raison et la religion peuvent offrir de consolations aux malheureux, Paris, 1796, 15 vol. in-18; on a extrait de cet ouvrage et vendu à part : les Consolations des divines Écritures, 3 vol. in-18, et du Suicide, 2 vol. in-18. — Examen critique du nouveau calendrier, 1797, in-8°. — L'Adorateur en esprit et en vérité , ou les Exercices de la vie chrétienne réglée selon l'esprit de Jésus-Christ et de son Église , 1800, 3 vol. in-18. Cet ouvrage se compose des Méditations du P. Bourdaloue et du P. Bouhours , souvent refonduos par M. Jauffret, 5e édition, Ad. Leclere, 1855, in-18. — Des Services que les femmes peuvent rendre à la religion , ouvrage suivi de la Vie des Dames françaises les plus illustres en ce genre dans le XVIIe siècle , 1800, in-12; la seconde édition de cet ouvrage a pour titre : Vies des Dames françaises , 1816, in-12, mais elle n'est pas due à l'évéque de Metz et est l'œuvre de Picot, rédacteur de Y Ami de la Religion. — Méditations sur les souffrances de la croix de Notre- Seigneur Jésus-Christ , suivies d'une Instruction sur les Indulgences, 1800, in-18. — Le Paradis de Vâme chrétienne , contenant divers exercices de piété tirés de l'Écriture sainte et des Saints Pères, traduit du latin d'Horstius dit Merlo (par Nicolas Fontaine), nouvelle édition, revue et corrigée, Paris, V« Nyon, 1802 , 2 vol. in-12. — Les Avantages de l'amitié chrétienne ou Lettres à Gustave, Paris, Ve Nyon, sans date (1803) in-12 de 384 pages. — Mémoires pour servir à l'histoire de la religion et de la philosophie, à la fin du XVI II* siècle, Paris, Ad. Leclere, 1803, 2 vol. in-8°. L'auteur ne mit pas son nom à cet ouvrage qui est très-estimô , et qui ne devait être que le commencement d'une collection de pièces relatives à la persécution contre les prêtres pendant la Terreur. — De la vraie
ARCIIIDIOCÈSE D'àIX.
Sagesse, pour servir de suite à Y Imitation de Jésus-Christ : Opuscules de Thomas A-Kempis , rédigés en un nouvel ordre de livres et de chapitres, suivis des Consolations de la vraie sagesse dans les derniers moments d'une jeune mère chrétienne, 1804, in-12, 3* édition, Metz, Collignon, 1823, in-18, ou Toulouse, Tislet, 1825, in-18. — Examen 'particulier sur divers sujets, à l'usage de toutes les sœurs consacrées à Dieu dans les fonctions d'institutrices gratuites ou de servantes des pauvres et des malades, nouv. édit., Lyon et Paris, Rusand, 1823, in-12.
M. Jauffret a été l'éditeur des ouvrages suivants : Œuvres choisies de Fénelon, Paris, an VII (1799), in-12. — Éloge des évéques, par Godeau , évôque de Grasse, 1802, in-8°. Ce volume dont les additions forment à peu près la cinquième partie, est enrichi d'une Vie de Godeau qui se trouve à son rang parmi celles des évéques. — L'Art épistolaire, ou dialogue sur la manière de bien écrire les lettres, Paris, 1799, 3 vol. in-18, et les Paroles des grands hommes de l'antiquité et des temps modernes, 2 vol. in-18, qui ont paru sous le nom de Louis-François Jauffret, frère de l'évêque de Metz, sont, dans le fait, des productions du prélat lui-même.
Membre de la Légion d'honneur le 16 messidor, an XII (5 juillet 1804) , M. Jauffret titré baron de l'Empire , fut promu officier de l'ordre le 24 janvier 181 1 .
82. - PIERRE-FRANÇOIS-GABRIEL-RAIMOND-IGNACE- FERDINAND DE BAUSSET-ROQUEFORT (1817-18Î9).
D'une famille distinguée de Provence, originaire d'Aubagne, mais établie à Marseille et qui a donné plusieurs évéques à l'Église de France, et un cardinal au Sacré-Collége , Pierre-François-Gabriel-Raimond-Ignace-Ferdinand de Bausset-Roquefort , naquit à Béziers, le 31 décembre 1757, et était le quatrième ûls de Joachim , marquis de Bausset , seigneur de Roquefort , et de Françoise-Marie deThomassin de Raillane. Après avoir fait ses études dans un des principaux collèges de Paris , il entra au séminaire de Saint-Sulpice, pour faire sa théologie , et dès qu'il eut été ordonné prêtre , il fut nommé à un canonicat dans l'église collégiale de Saint-Pierre de Vienne. M. de Boisgelin, archevêque d'Aix , digne appréciateur de ses rares qualités , lui donna un canonicat dans l'église de Saint-Sauveur et des lettres
de grand-vicaire, et en 1787, M. de Jarente, évôque d'Orléans, en le nommant à un canonicat de sa cathédrale, le fit aussi son vicaire général et sous-chantre , ce qui le rendait l'un des dignitaires du chapitre.
Son attachement aux bons principes et son refus constant de prêter le serment exigé parla constitution civile du clergé, le forcèrent, en 1791, de renoncer à ses fonctions et de s'expatrier. En cette pénible circonstance, il se garda bien d'imiter le déplorable exemple de M. de Jarente, son évêque, l'un des quatre prélats français qui obéirent aux décrets schismatiques de l'Assemblée nationale. L'Angleterre fut le pays où il chercha d'abord un asile, mais il n'y demeura que peu de temps, et alla rejoindre en Italie son oncle, Emmanuel-François de Bausset-Roquefort, évôque de Fréjus. Il habita successivement Trieste, Ferrare, Fiume et d'autres villes ; mais après le 9 thermidor, il répondit à l'appel de sa famille , rentra en France, et se fixa dans la ville d'Aix.
Champion de Cicé, nommé archevêque d'Aix après le Concordat, le désigna, en 1802, pour faire partie du chapitre de Saint-Sauveur, en qualité de premier chanoine et de membre de son conseil. Ce prélat se fit accompagner par lui dans la première visite pastorale qu'il entreprit de son vaste diocèse, et voulut qu'il officiât, en sa présence , dans les églises de Draguignan , de Grasse, etc. Il obtint même du préfet du département du Var, qu'une partie de la chapelle de M*r de Bausset, évêque de Fréjus, son oncle, décédé à Fiume, le 10 février 1802, lui serait restituée. Malgré sa vigilauce continuelle à couler ses jours dans l'obscurité et la solitude , l'abbé de Bausset fut bientôt distingué au milieu de ses vénérables collègues, et la réputation qu'il s'était acquise par sa sagesse ne tarda pas à être connue de l'empereur Napoléon
M. Maynaud de Pancemont, évôque de Vannes, étant mort, l'abbé de Bausset, par décret impérial du 16 novembre 1807, fut appelé à lui succéder. Sa nomination ayant été confirmée en cour de Rome, il fut sacré, le 29 mai 1808, à Aix, dans la cathédrale, par l'archevêque Jérôme-Marie Champion de Cicé, assisté d'Étienne-Martin-Balthazar-Parfait-André de Morel de Mons- Villeneuve , évêque de Mende, et de Jean-Baptiste Colonna d'Istria, évôque de Nice.
A son arrivée dans son diocèse , le nouvel évêque publia une Lettre pastorale, dans laquelle il fit un bel éloge de son prédé-
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cesseur. Presque aussitôt il réduisit en corps les ordonnances éparses des évôques de Vannes , et les prêtres de son clergé trouvèrent, dans ce premier acte de son administration , et un gage de son zèle et la règle sûre de leur conduite. La modération et la sagesse du prélat triomphèrent des circonstances difficiles où il se trouvait. Sous ses auspices sej formèrent, dans le diocèse, un grand nombre d'établissements utiles, séminaires, asiles pour les jeunes vierges, hôpitaux pour les malades, embellissements ou réparations des édifices sacrés, rien qui ne fût du ressort de son activité , et son cœur impatient courait à la rencontre du bien que son amour pour l'Église lui offrait à faire. Dans la visite de son diocèse, il fut témoin d'affreux désordres et il eut à gémir sur la profonde ignorance où il trouva le peuple des campagnes enseveli. Ses pas furent plus d'une fois arrêtés par les débris et les ravages de la guerre civile , et les villages en cendres, les cités fumantes encore attestaient assez les combats meurtriers dont ce malheureux pays avait été le théâtre.
Il appartenait a un généreux prélat de ramener le règne de la paix sur ces plages trop longtemps fameuses. La terre classique de la fidélité devait être aussi celle de l'union et de la prospérité, aussi n'oublia-t-il rien pour atteindre un but si désirable, sacrifices de l'autel, cérémonies expiatoires sur ces champs illustrés par des batailles , oubli du passé, accord dans le présent, bonheur pour l'avenir. Sa modération et sa prudence, merveilleusement combinées, employèrent tous les moyens possibles pour étouffer les haines , éteindre les vengeances et rappeler les cœurs chrétiens à la charité de l'Évangile. Le bien qu'il fit dans le diocèse de Vannes est prodigieux.
Cependant Napoléon I« avait, en M«r de Bausset, un évôque dévoué à sa cause. Ce prélat établit, dans son diocèse, l'obligation de faire chaque année, au 2 décembre, dans l'office divin, mémoire du sacre de l'Empereur, par une antienne et une oraison, ce qui était pour le moins insolite. Toutefois, lorsque ce prince conçut le projet de réunir en concile national, au mois de juin 1811 , les évêques de son Empire, afin de les faire servir à ses desseins ambitieux , M*1" de Bausset ne trahit point sa conscience. Plein de sagesse et de prudence , tant qu'on n'agita devant lui que des questions indifférentes, il sembla méconnaître Tune et l'autre, quand il s'aperçut que le dépôt des saines doctrines était attaqué, et bravant ainsi lés promesses et les clameurs d'un pouvoir irrité, il demeura inébranlable dans les principes de la foi.
Une démarche, qu'il fit en 1814, prouva quels étaient son désintéressement et son amour pour la paix. M. Amelot, évéque de Vannes, à l'époque de la révolution, était un des prélats qui n'avaient point donné leur démission en 1801 , et beaucoup de ses diocésains conservaient pour lui un vif attachement. M. de Bausset lui écrivit, dès le 15 avril, pour l'engager à reprendre son siège. De plus, il rédigea un acte de démission de l'évèché de Vannes , le signa et l'envoya à M. Amelot , alors encore à Londres. Cette offre ne fut point acceptée, et peut-être qu'au fond elle ne pouvait pas l'être ; mais elle n'en honore pas moins le dévouement et la modestie de M. de Bausset, et elle dut lui concilier de plus en plus l'estime et l'affection de ses diocésains.
Le prélat continua de gouverner son troupeau avec la môme sagesse. La Bretagne lui doit de la reconnaissance pour l'intérêt qu'il prit au rachat d'une église chère à tous les Bretons, celle de Sainte-Anne, près d'Auray, rachat fait avec son approbation, en 1814. L'année suivante, il établit son petit séminaire dans l'ancien couvent des Carmes , dépendant de cette église , et en confia la direction aux Pères Jésuites, qui le rendirent bientôt très-florissant, mais qui furent obligés de se retirer devant la tempête de 1828. Plein d'estime pour ces vertueux et habiles maîtres , il les appela depuis pour diriger son petit séminaire d'Aix.
Une ordonnance royale du 8 août 1817 l'avait nommé ace dernier siège, pour lequel il fut préconisé dans le consistoire du 1««- octobre suivant, mais les difficultés que rencontra l'exécution du Concordat de cette année ne lui permirent de prendre possession de son église métropolitaine que le 13 novembre 1819, ses bulles ayant été reçues par ordonnance royale du 15 septembre précédent. Tel il avait paru à Vannes, tel il se montra à Aix , c'est-à-dire plein de douceur et de piété. Le siège de Marseille n'était pas encore rétabli lors de son retour en Provence , et cette ville célèbre était sous sa juridiction. M. de Bausset y passait trois ou quatre mois de Tannée pour l'utilité de cette partie de son diocèse. Il en agit ainsi jusqu'en 1823, que Marseille eut un évéque en la personne de M. de Mazenod , son diocésain. L'année précédente, il avait donné son consentement au démembrement du diocèse d'Aix pour le rétablissement des anciens sièges de Fréjus et de Marseille, et il reçut à cette occasion, de cette dernière ville, un témoignage flatteur d'estime : elle lui fit présent d'une chapelle en vermeil.
M. de Bau?set avait signé, le 30 mai 1819, la lettre adressée au
Saint-Père par les cardinaux, archevêques etévèquesde France; il signa également la déclaration du clergé du 3 avril 1826, protestant de son attachement aux libertés de l'Église gallicane. Il fut môme un des prélats chargés de la présenter au roi Charles X. Ce prince estimait beaucoup M. de Bausset, qu'il nomma deux l'ois président du grand collège électoral des Bouches-du-Rhône et éleva à la pairie, avec le titre de comte, par ordonnance royale du 21 décembre 1825. Ce dernier titre l'amena chaque hiver à Paris pour la session des Chambres.
L'archevêque d'Aix, assisté de MM. Morel de Mons- Villeneuve, archevêque d'Avignon, et Miollis , évêque de Digne , consacra 9 le 30 avril 1822, la nouvelle église de la Madeleine à Aix, en présence de M. de Richery, alors évêque nommé de Fréjus. L'ancienne église placée sous ce vocable avait été consacrée le 9 janvier 1453 , par l'archevêque Robert Damiani. Se trouvant à Paris en 1823, M. de Bausset conféra l'onction épiscopale à MM. de Trevern et de Lesquen , évêques d'Aire et de Beau vais (13 juillet); à MM. de Richery et de Sausin, évêques de Fréjus et de Blois (20 juillet), et le 29 juin 1824, dans la cathédrale Saint- Sauveur, à M. Guigou, évêque d'Angoulême, qui était son grandvicaire et son ami , et sur lequel il n'avait pas peu contribué à appeler le choix du roi.
D'un tempérament naturellement faible et d'une santé délicate, M. de Bausset était parvenu à sa 72e année, et venait d'assister de la manière la plus édifiante à sa retraite pastorale donnée en octobre 1828, lorsqu'il tomba malade. Il se montra dans cette occasion rempli de foi et de courage , ordonna avec un grand sang-froid les apprêts de sa sépulture , et adressa le» plus tendres adieux à son clergé dans l'allocution qu'il prononça le 19 janvier 1829, jour où il reçut les derniers sacrements. Il vécut encore dix jours, au bout desquels il rendit l'àme à son Créateur le jour de la fêle de saint François de Sales, jeudi 29 janvier 1829, après avoir témoigné le désir d'avoir pour successeur M. de Richery, évêque de Fréjus.
Le chapitre métropolitain publia le lendemain un Mandement où Ton remarquait les passages suivants :
« La mort vient de nous enlever le pasteur vénérable que le Seigneur dans sa miséricorde , avait enfin accordé à nos vœux et à nos besoins. Son arrivée dans ce diocèse, après une viduité aussi longue que douloureuse, avait rempli tous les cœurs d'allégresse. Instruits et guidés par ses soins paternels, nous goû-
lions en paix les doux fruits de sa tendre sollicitude; heureux, Nos Très-Chers Frères, si yous avez su mettre à profit ses exemples et ses leçons salutaires! Nous étions ses enfants, il n'existait que pour vous et pour nous, et chaque jour, ainsi qu'il le manifesta lui-môme durant sa dernière maladie, au moment où il eut recours aux sacrements de l'Église , chaque jour, il n'avait cessé de prier pour les ouailles qui lui avaient été confiées. La faiblesse de sa santé ne l'arrêta jamais lorsqu'il s'agissait de remplir ses devoirs de premier pasteur, et la plus grande peine qu'éprouvait son cœur, celle que lui causait sa tendresse paternelle, il nous le disait lui-môme , la dernière fois que nous étions assemblés auprès de lui, sa peine la plus cruelle était de ne pouvoir se trouver dans la maison du Seigneur, au milieu de son troupeau. Ses paroles étaient des paroles de paix et de bénédiction...
» Nous ne vous entretiendrons pas de tout le bien qu'il faisait, de tout le bien qu'il voulait faire; sa charité n'avait pas de bornes. Jamais il ne fut insensible ni au malheur ni à l'infortune; il répandait ses dons avec abondance dans le sein des pauvres, et la justice de ses œuvres demeurera éternellement. Sa vie a été une vie d'œuvres salutaires , et sa mort a été précieuse devant Dieu. Dans les intervalles de repos que lui laissait sa cruelle maladie, il s'occupait de Dieu, il portait ses regards sur l'image de Jésus crucifié, qu'à l'exemple de l'Apôtre, il appelait l'auteur et le consommateur de notre foi. Résigné à la volonté du Seigneur, il s'humiliait en sa présence , nous entretenait du mystère de la croix du Sauveur, et s'excitait à la porter avec ardeur et avec joie, a l'exemple de ce divin modèle. »
Le chapitre , dans ce Mandement qu'il avait donné en corps avant de procéder à la nomination des vicaires capitulaires, ce qui est contraire à l'usage , louait avec raison la charité du prélat défunt. Depuis le mois d'août 1828 jusqu'à sa mort, c'est-àdire dans l'espace de 160 jours , M. de Bausset avait distribué en dons et aumônes une somme de 21,000 francs. Il ne voulait demeurer étranger à aucune bonne œuvre, et sa bienfaisance était universelle. Il secourait largement les mendiants, les prisonniers, les malades, et portait un intérêt tout particulier à l'Œuvre de la Miséricorde. Outre une retraite générale qu'il avait fait donner aux pauvres d'Aix, il les rassemblait tous les mois à l'hôpital pour entendre une prédication et recevoir l'aumône. Suivant
AHCHIDIOCÈSE D'AIX.
ses intentions , ses biens devaient retourner à sa famille , et ses livres et sa chapelle devaient passer au séminaire et à son église métropolitaine. Bien que son testament olographe ne fut point signé, ses héritiers se conformèrent à ses dernières dispositions.
M. de Bausset était cousin du cardinal de Bausset , l'élégant historien de Bossuet et de Fénelon : « et si, dit un biographe, l'un fut la lumière de l'Église de France, l'autre en fut l'exemple par ses vertus et la pureté de ses doctrines. » Son zèle pour la discipline était remarquable. Les saints canons comptèrent rarement un défenseur comme lui. « Il m'en coûte, disait-il, de trouver des coupables, mais quand je les rencontre, il ne me reste qu'à être sévère et à faire observer la loi. » Il fut inhumé dans le caveau des archevêques d'Aix, et son Oraison funèbre fut prononcée le 3 avril 1829, jour de ses obsèques, par M. l'abbé Ginoux aîné, alors recteur de la paroisse de Marignane. Elle a été imprimée sous le titre de : Discours prononcé dans la métropole d'Aix , le 3 avril 1829, jour des obsèques de Mer Pierre- François-Gabriel-Raymond-Ignace-Ferdinand de Bausset-Roquefort, ancien évêque de Vannes , archevêque d'Aix , d'Arles et d'Embrun, comte et pair de France , Aix , chez Pontier fils aîné (sans date), in-8° de 44 pages. M. de Montblanc , archevêque de Tours , prononça l'éloge funèbre du prélat , à la Chambre des pairs, dans la séance du 12 mars 1829.
Voici en quels termes l'acte de décès de M. de Bausset se trouve dressé sur les registres de l'état civil de la ville d'Aix pour l'année 1829 :
« L'an mil huit cent vingt-neuf et le vingt-neuf janvier, à sept heures du soir, acte de décès de Monseigneur Pierre-François-Gabriel-Raymond-Ignace-FerdinandDEBAUSSET-RoQUEFOHT, archevêque d'Aix , d'Arles et d'Embrun, pair de France, officier de Tordre royal de la Légion d'honneur, décédé cejourd'hui a quatre heures du soir, dans son palais archiépiscopal , Agé de soixante-douze ans , natif de la ville de Béziers , département de l'Hérault, fils de feu Mr Joachim de Bausset-Roquefort, et de feue dame Françoise-Marie de Thomassin. Sur la déclaration à nous faite par M. Claude Rey, prêtre, chanoine théologal du chapitre métropolitain de l'église Saint-Sauveur d'Aix, âgé de cinquante-cinq ans , et par Michel Figuière , prêtre , aumônier de feu M*r l'archevêque d'Aix , âgé de trente-six ans , domiciliés en cette ville d'Aix, y demeurants, non parents ni alliés qui ont signé le présent acte, après lecture faite.
« Constaté par nous maire, officier public de l'état civil de cette ville d'Aix.
« Rey, chane théologal. — Figuière, p4™. — D. Du Bourguet , maire. »
Chevalier de la Légion d'honneur le 15 août 1810 , M. de Bausset-Roquefort avait été promu officier de l'ordre le 1er mai 1821.
Les armoiries de M*r de Bausset-Roquefort , qui surmontent encore aujourd'hui le portail du palais archiépiscopal , car c'est à lui qu'on en doit la construction, étaient : d'azur, au chevron d'or, accompagnée en chef de deux étoiles à 6 rais d'argent, et en pointe d'un mont de six coupeaux du même.