‹ La France pontificaleChapitre 87 sur 148 · CHARLES- ALEXANDRE DE RICHERY · texte numérisé non relu

CHARLES- ALEXANDRE DE RICHERY

Fils de Charles-Louis-Alexandre de Richery, seigneur d' Allons, et de Marie-Lucrèce-Marguerite de Grasse de Briançon, Charles- Alexandre de Richery naquit le 31 juillet 1759, au château d'Allons, près de Castellane. Il fut placé de bonne heure au collège d'Âix , dirigé lors par les Oratoriens. Au sortir du collège , une vocation prononcée l'entraînant vers la carrière ecclésiastique, il entra au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, et y reçut successivement tous les ordres. Il revint ensuite en Provence, et fut nommé, en 1784, chanoine de Saint-Sauveur d'Aix, comme remplaçant M. de Creisset, qui avait résigné en sa faveur.

Il habita alors la ville métropolitaine , et y noua des amitiés honorables et solides que la bonté du cœur, que le charme de l'esprit du jeune prêtre avaient fait naître, et que les épreuves du temps ne firent que fortifier. Poussé par les élans d'une vive et ardente piété, il partit alors pour le monastère de la Trappe, où il se soumit pendant quelque temps aux règles d'une austère discipline ; mais sa faible santé le força de revenir en Provence, et de rentrer dans le sein du chapitre d'Aix. Peu après son retour, M. de Bonneval, évôque de Senez, lui donna des lettres de grand-vicaire.

Sa coopération à l'administration de ce petit diocèse ne l'absorbait pas tellement, qu'il fût forcé à résidence continuelle, et le temps dont il pouvait disposer, il venait le passer dans sa chère ville d'Aix , auprès d'amis fidèles et dévoués. Il s'y trouvait, le 14 décembre 1790, quand une populace égarée , dépassant presque aux premiers jours la mesure des excès auxquels

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«Ile devait se livrer plus tard , mit à mort MM. Guiramand , de la Roquette et le célèbre Pascalis. Le lendemain, un grand nombre de personnes, épouvantées de ces crimes, quittaient la ville , quelques-unes pour n'y plus rentrer, et de ce jour, ainsi qu'on l'a judicieusement remarqué , date l'émigration qui a si fort accéléré la décadence de l'ancienne capitale de la Provence. M. de Richery s'éloigna aussi de la ville, et s'arrêta quelque temps au château de Fontcolombe, chez un de ses amis intimes, puis rentra dans les montagnes, où il administra le diocèse de Senez en l'absence de son évôque , et enfin quitta la France lorsque le culte fut supprimé, et qu'il n'y eut plus de sécurité pour les personnes. Ce ne fut pas, au reste, sans avoir couru de graves dangers, car son compagnon de route, M. l'abbé Raynard, un des dignitaires du chapitre de Senez, qui marchait un peu en avant de lui , fut saisi par une troupe de forcenés au-dessus de la petite ville d'Entrevaux, et précipité dans les eaux du Var, où, dans les derniers moments de sa prompte et cruelle agonie, il murmurait encore des paroles de pardon pour ses assassins.

L'abbé de Richery se dirigea vers Rome, et, arrivé dans la capitale du monde chrétien , alla habiter, avec plusieurs prêtres émigrés comme lui, le couvent des Olivétains. Il eut bientôt l'occasion de connaître intimement M. de Chastellux , chevalier d'honneur des deux filles de Louis XV. Par lui, il fut présenté à Mesdames de France, Adélaïde et Victoire, et devint, peu après, en quelque sorte , le confident et l'ami de ces deux infortunées princesses, dont la destinée était de mourir sur la terre étrangère , et dont les dépouilles mortelles devaient être ramenées en des temps plus calmes , dans les caveaux de Saint-Denys , par l'abbé de Richery, le compagnon et le consolateur de leur exil.

Tous ensemble, ils suivaient d'un œil attentif et attristé les convulsions de la patrie absente. Que de larmes répandues en commun pour tant d'innocentes victimes que l'hydre révolutionnaire dévorait chaque jour, et quelle ne fut pas surtout leur désolation lorsqu'ils apprirent les crimes des 21 janvier et 16 octobre 1793, la mort sur l'échafaud du roi Louis XVI et de la reine Marie-Antoinette !

Lorsque la tempête se fut enfin apaisée , M. de Richery rentra -en France en 1801, et, peu de temps après, sa famille ayant vendu le château d'Allons , il alla se fixer dans la petite ville d'Eoulx , à deux lieues de Castellane, où se trouvèrent bientôt

réunis bien des parents que la tourmente avait dispersés. Pendant tout le temps de l'Empire, et malgré l'insuffisance de sa fortune, il ne fit aucune démarche auprès de M. Champion de Cicé, qui avait pris possession , le U juillet 1802, de l'archevêché d'Aix, pour reprendre la position que lui avait fait perdre la révolution. Il avait vu de près les infortunes des membres de la famille royale, et, à cause d'elles, il s'était profondément attaché à eux. Il ne comprenait pas le dévouement sans le sacrifice , et loin de blâmer ceux qui agissaient autrement que lui, il se tenait pourtant à l'écart et venait souvent visiter ses amis d'Aix, entreprenant parfois ces voyages à pied , et ramenant quelquefois aussi ces mêmes amis dans ses chères montagnes , et entretenant avec tous une aimable et charmante correspondance, que beaucoup conservent encore avec un soin religieux.

La Restauration changea entièrement le genre de vie de M. l'abbé de Richery , qui , dès lors , fut tiré de sajetraite et reçut de Louis XVIII et des princes, diverses missions de confiance. C'est ainsi qu'en décembre 1815, il se trouvait à Paris comme président de la députation du collège électoral des Basses-Alpes, chargée de complimenter le roi et tous les membres de la famille royale. L'année suivante, il fut chargé avec M. Galois de Latour, évôque nommé de Moulins, plus tard archevêque de Bourges, et de M. l'abbé Vigne, curé de Notre-Dame, de Paris, d'aller prendre à Toulon les corps des dignes filles de Louis XV et de Marie Lcczinska, mortes toutes deux à Trieste, et de ramener jusque dans les caveaux de Saint- Denys, ces dépouilles vénérées qui y furent reçues le 2 janvier 1817, au milieu des pompes funèbres et expiatoires de l'Église.

L'évêché de Fréjus ayant été rétabli par le concordat conclu à Rome, le H juin 1817, M. l'abbé de Richery fut nommé à ce siège par ordonnance royale du 8 août de cette année ; mais ce concordat étant demeuré sans effet, ce ne fut que dans un consistoire tenu le 16 mai 1823, que M. de Richery fut préconisé pour cet évêché , définitivement maintenu par la bulle Paternœ earitatis du 6 octobre 1822. Ses bulles ayant été reçues au Conseil d'Etat le 2 juillet suivant , le nouveau prélat prêta serment le 22 du même mois entre les mains de Louis XVIII. La cérémonie de son sacre avait eu lieu à Paris le 20 de ce même mois. Elle avait été faite par M. de Bausset-Roquefort , archevêque d'Aix , assisté de MM. Arbaud , évêque de Gap, et de Mazenod, évêque de Marseille , dans l'église des Missions étrangères.

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Aussitôt après, M*r de Richery se dirigea vers le chef-lieu de son diocèse, où son arrivée était impatiemment désirée et attendue : depuis trente- trois ans, le siège de Fréjus, illustré par tant de célèbres évêques, avait été vacant. Le pontife qui venait l'occuper après tant de jours d'affliction et de deuil, le pontife qui venait au nom du Seigneur, ne pouvait qu'être béni, et aussi son entrée a Fréjus se fit-elle au milieu de l'allégresse générale. • Le Moniteur, quelques jours après, en rendait compte en ces termes :

« C'est le 1« octobre que M** de Richery, ôvôque de Fréjus, a fait son entrée dans sa cathédrale. L'enthousiasme des habitants s'est manifesté dans cette mémorable journée. Tous les prêtres des environs , réunis à ceux de la ville pour former le cortège, ont pleuré de joie à l'aspect du pasteur suprême de leur troupeau. Le prélat lui-même paraissait vivement ému de se trouver à la tête de ses nombreux enfants. Il a fait ensuite lecture de son mandement, et a prouvé à ses nombreux auditeurs qu'il serait non-seulement puissant en œuvres , mais encore en paroles quand il annoncera ou expliquera l'Évangile aux fidèles. •

C'était un diocèse entier que M«r de Richery avait à reconstituer. Le temps ou les hommes avaient fait partout, et notamment dans la ville épiscopale, œuvre complète de destruction. Sous l'impulsion du nouveau prélat, la cathédrale fut réparée, un séminaire fut rétabli pour recevoir les jeunes lévites destinés à diriger les nombreuses paroisses du diocèse ; l'évêque acheta de ses deniers une campagne pour ce même séminaire; enfin, un palais épiscopal fut construit , pendant que M*r de Richery habitait une maison particulière , avec la plus grande simplicité et en compagnie de tous les membres de sa famille.

En même temps qu'il relevait les ruines qui s'étaient faites dans sa ville épiscopale , et qu'il pourvoyait à tous les besoins d'une administration qui n'était pas sans difficultés, puisqu'elle était sans précédents, le saint évêque faisait éclater les sentiments d une profonde et admirable charité.

Il s'était en quelque sorte institué le père des pauvres, et il les comblait des largesses de son amour et de ses aumônes. Le souvenir en est encore vivant dans le diocèse de Fréjus. Bon et affable envers tous, simple dans ses habitudes, ferme dans son administration, soigneux de tous les intérêts, actif et infatigable quand il s'agissait d'un devoir à remplir, il était chéri par son clergé et par les fidèles, et les sentiments qu'il avait inspirés à

toutes les populations par lui tant de fois visitées dans les villes, et dans les campagnes les plus humbles, éclatèrent avec une spontanéité, avec une unanimité éloquente, quand il fut question d'enlever le pasteur au troupeau.

M*r de Bausset, archevêque d'Aix, atteint d'une grave maladie qui devait l'entraîner dans la tombe, se préoccupait avant de quitter ce monde, du choix de son successeur. Ses vues s'étaient portées sur son suffragant de Fréjus, M«r de Richery, et à •sa mort, survenue le 29 janvier 1829, le gouvernement s'empressa de ratifier le choix de l'illustre défunt. M de Richery fut nommé par ordonnance royale du 8 février suivant, toutefois, il hésita longtemps avant d'accepter. C'était pour lui une cruelle douleur de rompre les liens d'affection qui l'attachaient intimement à ces bonnes populations du diocèse de Fréjus qu'il aimait tant et dont il était si aimé. Longtemps-, il voulut refuser; mais vaincu par les pressantes sollicitations de ses amis , et notamment par celles de M. le comte Joseph de Villeneuve-Bargemon , directeur général des postes , il finit par accepter. Sa résolution étant bien arrêtée, ayant été préconisé dans le consistoire du 27 juillet suivant, il quitta Fréjus au milieu des témoignages de la plus tendre affliction, ému lui-même jusqu'aux larmes, et prenant la route du diocèse que le souverain Pontife, d'accord avec le Gouvernement français, venait de confier à son zèle, il fit son entrée solennelle à Aix le 12 septembre 1829.

Msr de Richery n'arrivait pas dans sa ville métropolitaine comme un étranger, et à des époques éloignées , ses qualités et ses vertus y avaient été appréciées à leur juste valeur. Aussi, la distinction de ses manières et son affabilité pour tous lui concilièrent bientôt tous les cœurs. La Providence du reste réservait dès le début, à sa charité, et comme pour la faire briller de tout son éclat, une de ces épreuves pénibles que traversent parfois les populations, et pendant lesquelles elles ont besoin, pour résister aux poignantes afflictions de la misère, de tous les soulagements de la bienfaisance publique. M«r de Richery se donna tout à tous dans le rigoureux et long hiver de 1829 à 1830, et sa conduite fut telle, pendant ce temps où le sol était couvert de neige, où le froid sévissait avec une rigueur toute exceptionnelle , où les travaux des champs comme ceux de l'atelier étaient suspendus, qu'il ne fallut au digne archevêque que des jours peu nombreux passés au milieu de son nouveau diocèse , pour qu'il survécût à la mort dans le souvenir

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de ceux qui ne perdent pas la mémoire des bienfaits. C'est ainsi que le vénérable prélat n'est point descendu tout entier dans la tombe. Son nom est resté à Aix presque comme la personnification de la charité elle-même, et que de fois encore son nom y est-il prononcé avec attendrissement par ceux qui se rappellent que la main du bienfaisant évôque a soulagé leurs misères, ou bien par leurs enfants. On lira quelques traits édifiants de sa vie si chrétienne dans l'intéressante notice qu'a consacrée au pieux archevêque son oncle, M. Jules de Seranon, avocat à la cour impériale d'Aix. Cette notice, lue en séance publique de l'Académie d' Aix, le 15 janvier 1859, a été publiée à Aix, 1859, in-8°. Nous n'avons fait en quelque sorte que résumer cet excellent travail.

Nous ne pouvons au surplus parler de la charité de M*r de Richery saus ajouter aussitôt que partout et dans toutes les occasions, elle fut puissamment secondée par la charité publique, par les efforts de tous, des autorités, et des particuliers, des individus aussi bien que des corporations. Le prélat en rendait témoignage dans le Mandement qu'il publia pour le carême, le 6 février 1830, où Ton sent palpiter le cœur ému du vénérable pasteur : « Nous avons trouvé également, y disait-il, la même coopération et les mêmes secours dans les établissements de charité et les différentes œuvres de bienfaisance dont s'honore notre ville , et particulièrement dans celle de la Miséricorde, si digne de l'estime , de la confiance et de la reconnaissance publique et dê la nôtre , par son dévouement admirable pour le soulagement des malheureux, que leur pieuse sollicitude porte à aller chercher et visiter jusque dans les lieux les plus écartés et les plus obscurs de leurs chétives demeures, pour y répandre des consolations et les dons sans cesse renaissants de la charité chrétienne. Ah l nous ne saurions trop exhorter les Âmes sensibles et généreuses à continuèr de verser une partie de leur superflu dans les mains de ces pieux administrateurs. Ne les voyez- vous pas, dès les premières heures du jour, s'arrachant au repos, braver toutes les rigueurs de la saison et se répandre les dimanches et les fêtes, dans nos églises, pour y recueillir les aumônes des fidèles? Votre cœur n'esl-il pas vivement ému quand vous entendez ces voix compatissantes vous adresser ces simples, mais si touchantes paroles : Pour les pauvres malades? Ahl en même temps qu'une larme de pitié coulera de vos yeux attendris , laissez découjer de votre main

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dans celle de ces intercesseurs des pauvres, cette offrande, qui, quelque légère qu'elle soit, ne sera pas sans mérite devant Dieu et vous sera rendue au centuple. »

Voilà comment l'archevêque d'Aix parlait de la charité, et dans ce langage , se réflétait son âme tout entière.

Mais de graves événements approchaient ; ils devaient hâter la Ûn de son apostolat. La révolution de juillet 1830 éclata, et vint uue fois encore jeter dans l'exil les membres de la famille royale. Profondément attaché à la cause de nos anciens rois , M«r de Richery en éprouva une très-grande douleur. Le vénérable prélat ressentit de ces événements une très-forte impression qui réagit sans doute sur sa santé. Le 25 novembre 1830, rien n'annonçait pourtant qu'elle fût altérée. Le soir môme , selon son habitude , il avait réuni autour de lui les membres de sa famille et il ne les avait quittés qu'à dix heures, et après s'être mêlé avec cette bonté familière qui le distinguait, aux jeux des plus jeunes. Une heure après, il sonnait son domestique et se plaignait d'un malaise subit. C'est à peine si l'on eut le temps d'aller chercher quelques secours. Il expira subitement par suite de la rupture d'un des vaisseaux du cœur.

« Hélas 1 disait Al?r Michel , son successeur sur le siège épiscopal de Fréjus, nous n'avons plus que des larmes à lui donner, et combien ne lui en doit pas le pasteur qu'il avait , pour ainsi dire, placé à votre tête, en nous demandant avec instance pour lui succéder. Hélas! nous perdons en lui un ami et un père dont les sages conseils nous aidaient à vous gouvftrner. »

L'acte de décès de ce prélat est conçu dans les termes suivants sur les registres de l'état civil de la ville d'Aix :

- L'an mil huit cent trente et le vingt-cinq novembre, à huit heures du matin , par devant nous adjoint, remplissant par délégation de M. le Maire, les fonctions d'officier public de l'état civil de cette ville d'Aix, ont comparu M. Léopold de Lander, prêtre, chanoine honoraire du chapitre métropolitain d'Aix, âgé de cinquante-huit ans , et M. Michel Figuière , prêtre, chanoine honoraire du même chapitre , âgé de quarante ans , domiciliés à Aix, y demeurant au palais archiépiscopal, lesquels nous ont déclaré que Monseigneur Charles- Alexandre de Richery 9 archevêque d'Aix, d'Arles et d'Embrun, âgé de septante-un ans et quatre mois, natif d' Allons, département des Basses- Alpes, fils de feu M. Charles-Louis de Richery, chevalier de Saint-Louis, et de feue dame Marie-Lucrèce de Grasse- Briançon, était décédé

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aujourd'hui, à trois heures du matin, dans le palais archiépiscopal.

» Et ont les déclarants non parents du défunt, signé avec nous le présent acte , après que la lecture leur en a été faite. « Lander. — Figuier e. — H. Roure. »

Nous connaissons de M. de Richery : Notice sur Madame Delphine d'Auvare, morte nonagénaire le 27 décembre 1821, à Castellane, ancienne religieuse du couvent de la Visitation'de cette ville , supprimé en 1791. Cette notice a été imprimée. — Canones in oflwio Prima legendi, Aquis Sextiis, Pontier aîné 1830,in-12.

M. de Richery portait pour armoiries : de gueules, à l'oiseau d'argent perché sur un globe du même , au chef cousu d'azur , chargé de trois étoiles d'or, et en pointe d'une fasce d'argent.

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