‹ La France protestante (volume 2)Chapitre 10 sur 252 · ERARD · texte numérisé non relu

ERARD

4598, leur fils Abdiàs (parrains Daniel Tilentu et J.-B. de Guéribalde) ; qu'ensuite Alexis Erard neveu de Jean et Geneviève Bâcler sa femme, y firent baptiser le 26 nov. 1619 leur fils Jean (parrain, GiUot secrétaire de l'artillerie, marraine, Mme Sarrau) ; le 24 janv. 1621, une fille (parrain, Aleaume ingénieur ordinaire du roi, marr. Marie Sarrau) ; le 3 avril 1622 un fils, Jean, et le 6 octob. 1624 un fils, Isaac. Cette famille protestante habitait sans doute Bar-le-Duc plutôt que Paris, mais les registres paroissiaux de Bar ne commencent qu'à Tan 1622 ' et on n'y connaît pas de registres protestants.

L'ingénieur Errard avait 29 ans lorsqu'il se manifeste à nous pour la première fois. Dans un compte du trésorier général de Lorraine pour l'année 1583. Par un mandement du duc, en date du 12 nov. de cette année, il est alloué 200 fr. «à Jean t Errard, demeurant à Bar, pour subvenir c aux frais qu'il luy convient supporter à t l'impression de certains livres qu'il pré- « tend mettre en lumière *. » En effet l'année suivante, parut à Nancy Le premier livre de$ instruments mathématiques mécaniques deJ. Errard de Bar-le-Duc (Dédié) à M. le duc de Calabre, Lorraine, Bar, Gueldre,etc. Imp. à Nancy par Jan Janson imp. de S. A. 1584; gr. in-4<> de 44 feuillets. L'ouvrage est composé principalement de planches, au nombre de 40, représentant des machines diverses et qu'on doit croire, car elles ne portent aucune signature ni monogramme, gravées par l'auteur. L'ouvrage n'eut pas grand succès, car une 2me partie qui devait être suivie d'un traité de L'art de la navigation n'ont jamais paru *. C'est cependant vers ce temps qu'Errard se fit une haute réputation par ses travaux militaires dans les campagnes de Henri IV contre l'Espagne et contre la Ligue. Il aida à réduire un bon nombre de places et défendit ou fortifia très habilement par des procédés nouveaux alors plusieurs villes importantes des frontières du nord-est de la France, comme Jametz, Amiens, Sedan, Verdun. Henri IV faisait de lui le plus grand cas et sa renommée était assez répandue au loin pour que la Seigneurie

» Ibid. page 11.

* Archir. de la Mente, B 1196; Inventaire m. par H. Lepage.

* LaUemend et Boinette, p. 109.

de Venise, en 1594, ait envoyé au roi pour être soumis au contrôle de son ingénieur Errard le plan d'une forteresse t à neuf boulevards » qu'elle se proposait d'élever pour se défendre contre l'Autriche et contre le Turc. Il obtint de Henri IV en 15991 des lettres d'anoblissement, et il lui avait été déjà précédemment accordé le singulier privilège de faire battre monnaie partout où bon lui semblerait jusqu'à la somme de 50 écus, en sols * ; singularité qui s'explique peut-être comme une concession particulière faite en vue d'une campagne où l'on prévoyait des sièges à soutenir. A partir de l'an 1600 jusqu'à sa mort, arrivée au mois de juillet 1610, il fortifia les villes du Galaisis, du Boulonnais, de la Picardie, de la Bourgogne, de la Bresse, du Languedoc, de la Guyenne et travailla au port de Toulon sans que nous puissions dire exactement les ouvrages qu'il y exécuta. Pierre de Lestoile, dans son Journal, dit que la mort d' Errard fut hâtée par le chagrin que lui fit éprouver celle du roi et il ajoute : Il était t homme de grand esc prit et excellent en son art, mais surtout < homme de bien et craignant Dieu, qui c est le principal et que j'estime plus que • tout le reste. > Les ouvrages de J. Errard sont :

I. Le livre des instruments mathématiques, mentionné plus haut.

II. La géométrie et pratique générale d'iceUe ; Paris, impr. de David Le Clerc, 1594. In-8° de 7 feuill. et 80 pag., rempli de fig. géométriques ; le 1er livre est dédié au roi ; le 2me au duc de Bouillon. — 2me édition, Paris, Guill. Auvray ; 1602, petit in-8°, 86 p. — 3m« édit. revue et augmentée par D. H. P. E. M. (peut-être Denis Henrion, professeur es mathématiques), Paris chez Mich. Daniel, 1619in-8° de 352 pages. — 4*» édit., Paris, 1621.

III. La fortification réduicte en art et démonstrée, par J. Errard, de Bar-le-Duc, ingénieur du très chrestien roy de France. Dédiée à Sa Majesté ; Paris, 1600 ; in-folio, 102 p. ; — 2me édition de la même année 1604, in-fol. 130 pages. Dès la même année encore, et en 1617, l'ouvrage fut réimprimé à Francfort par Théod. et

1 Armes : d'azur A une tour d'or surmontée da 3 étoiles de même.

* F.J.-B. Noël, Mém. pour servir à l'hist. de la Lorraine, 6 vol. in-8« (1885-45).

JERARD — ERRAIN

Jean-Théod. de Bry. Puis Alexis Enrard, ce neveu de l'ingénieur que nous ayons mentionné, et qui était lui aussi ingénieur du roi, s'occupa de donner une édition plus complète dont le privilège est daté du 25 mai 1615 et qui parut à Paris en 1620, chez Abr. Picard, in-fol., 175 pag. Une dernière édition enfin, porte la date de

IV. Les neuf premiers livres des élément d'Euclide traduictz et commentez; Paris, Guill. Auvray, 1604, in-8<> de 90 feuillets.

Nous devons maintenant compléter les premiers renseignements que nous avons donnés sur la famille de l'ingénieur d'Henri IV. Longtemps avant son fils Abdias, baptisé au temple de Charenton en 1598, Jean Errard avait etf un autre fils, Maximin, qui suivait d'une manière brillante la carrière paternelle lorsqu'il reçut la mort dans l'exercice de ses périlleux devoirs, en enclouant des canons ennemis. Sully écrit au roi (voy. ses (Economies royales) à la date du 25 juillet 1607 : < Il est arrivé < un accident, en Provence, qui me cause c du déplaisir ; c'est la mort de vos deux « ingénieurs, Bonnefons et le jeune Er- « rard qui n'en sçavoit guères moins que « son père. > Celui-ci eut encore une fille, prénommée Barbe, comme sa mère. Abdias, frère puîné de Maximin, épousa le 1er mai 1623, d"e Ide fille de Louis d'Ourdies sr de Broussey. Le contrat rédigé à cet effet dénote un mariage mixte; il porte : ont promis de se prendre en foy et loyauté de mariage si Dieu et notre mère sainte Église s'y accordent. Si donc Abdias n'abandonna pas sa religion en se mariant, ses descendants du moins rentrèrent dans le catholicisme. Leurs grades militaires après la Révocation en font foi.

Louis fils d' Abdias et d'Ide d'Ourches, »r de Delouze et Broussey, servit 34 ans dans les armées du roi ; il épousa Jeanne de la Motte sa cousine et eut six enfants: Louis, Nicolas, Françoise, Louise, Marguerite, Jeanne. Nicolas, né en 1667, engagé dans une compagnie de cadets, eut un fils et deux filles morts sans postérité. Louis, né en 1666, devint capitaine de cavalerie ; il épousa 1° Anne Delaforge ; 2° en 1711 Catherine Rouyer; 3° en 1713 dU* Massy. Claude-François, enfant du premier lit, fut capitaine d'infanterie et n'eut qu'un fils, mort au service ; Louis-

Lropold, du 3m* lil, né le 19 avril 1726, entra en 1742 dans les cadets gentilshommes du roi de Pologne, capitaine au régiment de Hainaut, atteint de deux blessures à la bataille de Fontenoy, marié, 15 fév. 1769, à M.-J. Antoinette de Cheppe, dont il eut deux filles et un fils François, colonel du génie, mort en 1851, avec lequel s'est éteinte cette branche de la famille '.

ERRAIN (Marc). Un historien lyonnais, catholique fougueux, Claude de Rubys (Hist. véritable de la ville de Lyon ; 1604, in-fol. p. 398) raconte ainsi un fait de guerre qui peut-être eut tiré de l'obscurité, s'il eût réussi, ce nom de Marc Errain.

Pendant que les catholiques (à Lyon) repo soient en leurs licts, sous l'ombre des aisles de M. de Saulx, qui leur avoit donné tant d'assurance le soir au paravant et promis de les garantir de mal et de surprinse au péril de sa vie, voilà les protestants qui environ les unze heures ou minuict du mesme jour mercredy 30 et dernier du moys d'avril, Tan 1562, sortent en rue armez et embastonnez, se saissent des places, coings et advenues des rues, suivant les rendezvous qu'ils avoyent de longuemain pris* entre eux. En sorte que par là ils ostarent bien le moyen aux catholiques de se r'allier et mettre ensemble. Aussi ne trouvarent ils nul qui leur fist teste. Et ne fit le sieur de Saulx pas seulement contenance de vouloir sortir de son logis pour aller voir que c'estoit ; aussi le sçavoit il bien Cependant arriva le baron des Adrets et avec lui les sieurs de Ponsonas, de Blaccon, et autres qui accouroyent a la curée, et le sieur de Saulx s'en alla à sa maison de Provence. On se met après saccager les églises et piller les maisons des prestres, avec tant d'opprobre et de scandale, qu'il n'y avoit cœur si acéré qui ne fondit en larmes... [De plus] ils firent une levée de douze enseignes de Suysses des Cantons de Berne et Suric, qui furent accompaignez de certains pistoliers de Genève qui sembloyent mieux cuisiniers, ayants leurs estuys de cousteaux à l'arçon de la selle, que soldats. Pour avoir ceste

1 On rattache aux Errard ingénieurs, les Errard peintres du roi , notamment Jean (1602* 1688), l'un des premiers membres de l'Académie de peinture et le premier directeur de l'Ecole de Rome, malgré le peu de vraisemblance de cette parenté, ceux-ci étant Bretons; en outre ils étaient catholiques.

ERBAIN

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