‹ La France protestante (volume 2)Chapitre 12 sur 252 · ESCOLLIERS · texte numérisé non relu

ESCOLLIERS

ESCOPERIES

qaes habitants, trompés par cette calomnie, poignardèrent le capitaine comme il allait dîner chez Jean de Frotté, seigneur de Conterne. — Etcom, pasteur de Carlale-comte, 1585. — François Escomelt, pasteur de Valence, 1576-83; de Sabarrat, 1588-92 ; de Pierregourde, 1592 ; pais de la Bastie de Crussol, mort avant 1599.

ESCOPERIES (Pontus d'), sieur de La Gardib [Haag, IV 545], feldmaréchal et sénateur de Suède, était né à Rieux en Languedoc, où son père Jacques possédait les seigneuries de Russol, La Gardie et Hornezon. La Gardie avait déjà porté les armes dans sa patrie, lorsqu'il passa en Danemark, ou Frédéric II lui confia plusieurs commandements importants. Ayant été fait prisonnier par les Suédois, à la prise de Varberg, en 1565, il offrit ses services au roi Eric XIV qui les accepta; mais ce prince s'étant rendu odieux par ses cruautés, La Gardie embrassa le parti des frères du roi, Jean et Charles, se mit à la tête de leurs troupes et se rendit maître de Stockholm. Jean III, après son avènement au trône, donna des marques éclatantes de sa réconnaissance au général à qui il devait la couronne. Il le nomma successivement chevalier, baron, feldmaréchal, sénateur, ambassadeur en France, en Autriche, à Rome, et lui accorda en mariage une de ses filles naturelles. La Gardie se montra digne de ces faveurs par les services qu'il continua à rendre à la Suède, surtout en Livonie où il combattit les Russes avec succès. Il venait de négocier une trêve de quatre ans, et retournait en Suède, lorsque le navire qui le portait coula dans le port de Narva. Il rat noyé, avec dix -huit personnes, le 5 nov. 1585.

Son fils, Jacques, comte de La Gardie, né en 1583 et mort en 1652, obtint du roi Charles IX de Suède le commandement des armées suédoises contre les Russes, sur lesquels il remporta de brillantes victoires. Ses succès frappèrent si vivement l'imagination de ces peuples superstitieux, qu'ils lui donnèrent place dans leur calendrier. Tout cédait à ses armes victorieuses, et il venait de s'emparer de Moscou, lorsque les États de Novogorod lui firent demander la paix, en offrant la couronne de Russie à un prince suédois. La Gardie conseilla fortement à Gustave-Adolphe de l'accepter pour son frère ; mais des raisons

d'État ayant retardé le départ du duc Charles-Philippe, les Russes firent un autre choix et la guerre recommença. Gustave-Adolphe se rendit à l'armée de La Gardie, qui eut ainsi la gloire d'apprendre le métier des armes au futur sauveur de l'Église protestante. Grand capitaine, La Gardie était en même temps excellent négociateur. C'est lui qui conclut la paix de Stolbowa, en 1617. Créé sénateur et ministre de la guerre, il fut, après la mort de Gustave-Adolphe, un des tuteurs de sa fille Christine. De son mariage avec Ebba de Brahé, alliée à la famille Vasa, naquit, en 1622, Magnus-Gabriel. Doué de tous les avantages extérieurs, que rehaussait une brillante éducation, le jeune La Gardie parut avec éclat à la Cour, au retour de ses voyages dans les principaux États de l'Europe. Christine le combla de marques de faveur; on dit môme qu'elle l'aurait épousé sans l'opposition d'Oxenstiern. En 1646, il vint en France avec une suite nombreuse, comme ambassadeur extraordinaire, et fut présenté à la reine, le 13 septemb. < II étoit bien fait, lit-on dans les Mémoires de Mm« de Motteville ; il avoit la mine haute et ressemblent à un favori. Il parloit de la reine en des termes passionnés et si respectueux qu'il étoit facile de le soupçonner de quelque tendresse plus grande que celle qu'il de voit par sa qualité de sujet. Il étoit accordé à une cousine-germaine de cette reine, qu'ellemême lui faisoit épouser. » Le mariage de La Gardie avec la princesse Euphrosine se célébra, en effet, à son retour en Suède ; mais sa gloire excita la jalousie ; ses ennemis le desservirent auprès de Christine qui lui ordonna, en 1654, de se retirer dans ses terres. Sa disgrâce dura jusqu'à l'avènement au trône de son beau-frère, Charles-Gustave, qui le rappela à la Cour, le nomma trésorier du royaume et lui confia un commandement en Livonie. En 1656, La Gardie obtint le gouvernement de la Samogitie et de la Lithuanie, et il défendit si bien Riga que les Russes furent obligés de se retirer après un siège de six mois. Nommé un des tuteurs du jeune Charles XI, il se fit donner la dignité de grand-chancelier, puis de grand-sénéchal, et il profita de l'influence qu'il conserva, même après la majorité du roi, pour engager la Suède dans une alliance avec Louis

ESCOPERŒS — ESCORBIAC

XIV, en 1672. Les revers qu'éprouvèrent les armes suédoises diminuèrent son crédit et amenèrent son éloignement des affaires. Ses ennemis ne négligèrent rien pour hâter sa chute. Les États ayant accordé, en 1680, à Charles XI le droit de réclamer les terres de la couronne aliénées sous les règnes précédents, La Gardie fut dépouillé de ses vastes domaines et tomba dans l'indigence. Il mourut le 26 avril 1686. « Ainsi se termina, dit Catteau-Calleville (Biogr. oniv.), la carrière d'un homme qui avait pu se flatter de ceindre le diadème, qui s'était allié à la famille royale, qui avait fait construire trois châteaux et seize églises dans ses terres, et qui, pendant vingt ans, s'était vu l'arbitre des destinées de l'État. Toute cette grandeur fut oubliée ; mais on conserve le souvenir de ce que le favori de la fortune avait fait pour les sciences, les lettres et les arts, et l'on se plaît encore en Suède à rappeler qu'il réunissait les savants dans ses châteaux, qu'il protégeait les artistes, qu'il eut trois bibliothèques et une imprimerie qui mit au jour plusieurs ouvrages importants ; qu'il fit rassembler dans un dépôt public tous les monuments de l'histoire du pays, et qu'étant chancelier de l'université d'Upsal, il enrichit la bibliothèque des manuscrits les plus précieux qu'elle possède, et en particulier du célèbre Codex argenteus. »

Magnus de La Gardie est regardé comme l'auteur de Regum principumque institutio, tuée, et lot. cumnotisJ. Schefferi, Helmst., 1669, in-fol. Jocher lui attribue aussi, sans autre indication : Oratio de academiâ Uptalensi ; — Speetaculum eertaminis pedestris; — Donatio testamentaria librorum mu. aut aliàs rariorum.

Une descendante de cette illustre famille, Brigitte-Sophie de La Gardie rentra en France et abjura la religion réformée. Louis XV lui accorda, en conséquence, 1746, une pension de 2000 livres (E 3432), et en 1753 des lettres de naturalisation (P 2594).

ESCORBIAC (d'), famille languedocienne [Haag, IV 547]. = Armes : d'azur au chevron d'or, accomp. en pointe d'un lionceau de même.

I. Guichard d'Escorbiac était syndic de Montauban en 1562. Il fut envoyé, avec un des consuls de la ville, auprès des gé-

néraux ennemis, Monluc et Burie, qui s'avançaient contre la ville pour les supplier de ne pas poursuivre leur marche ; mais son éloquence ne put l'emporter sur les incitations de l'évéque. A son retour, voyant ses concitoyens disposés à se défendre, il se hâta de fuir, loin de les seconder dans leur noble projet. Nous ne le retrouvons qu'en 1577, où il signa le traité de Bergerac, comme député du haut Languedoc. Il était alors un des conseillers de la chambre mi-partie qui avait été établie l'année précédente à Montpellier et qui fut transportée ensuite à Revel puis en 1579 à L'IsIe en Albigeois.

Maître des requêtes et conseiller des finances de Henri IV, ce prince devenu roi l'avait commis, 7 avril 1590, à faire la recette des contributions volontaires fournies par les réformés du Languedoc et de Guyenne pour l'aider à soutenir la guerre contre la Ligue. Son dernier emploi fut celui de conseiller à la chambre mi-partie ou chambre de l'Édit, de Castres, où il fut appelé en 1595 et il paraît avoir terminé sa carrière peu d'années après '. Lorsque M. Berger de Xivrey publia le Recueil des lettres missives de Henri IV (9 vol. in-4<> 1843-76) les descendants de la famille (encore existants à Montauban) lui communiquèrent cent lettres ou billets adressés par ce prince à leur ancêtre * et qui témoignent de la confiance qu'il avait en lui. M. Berger de Xivrey en a publié une quarantaine et nous reproduirons d'après lui la première de toutes, en date de 1578, qui respire un sentiment très affectueux et deux autres de 1579 et 1581 où Ton voit le rusé Béarnais employer son affidé à de petites manœuvres de publicité assez piquantes :

12 janv. 1578 : à Mr Escorbiac à Montauban. Monsieur Scorbiac, j'ay esté bien ayse d'entendre que vous ayez esté nommé par les députés des églises pour estre prez

1 Le 2 juillet 1606, il reçoit un brevet de conseiller « Vétéran, tant pour les services qu'il a rendus pendant 26 ans comme conseiller que en plusieurs autres occasions 6s quelles il a esté employé pour le service du Roy. » Notes dt M. Ch. Phadil.

1 Voy. t. I p. 158 de ce Recueil. Voy. aussi sur les Mémoires (ou papiers) de la famille d'Escorbiac la mention faite à la p. 274 ligne 6 (tome m) du BulUtin.

vi. 3

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de moy, ce que j*ay toujours désiré, afin qu'estant assisté de gens fidèles craignant Dieu je puisse plus commodément et seurement pourvenir aux affaires qui se présenteront ; vous priant me faire ce plaisir de venir des premiers sans attendre le quartier qui vous a esté ordonné.

11 mai 1579, de Pamiers. M. de Scorbiac, je vous envoyé le discours cy enclos que je vous prie recepvoir ; et donner ordre devant que de partir qu'il soit mis sur la presse ; en donner la charge a quelque homme advisé et prudent de le recueillir; et m'en envoyer une grande partie ; et faire publier l'autre partie au loin, sans savoir d'où il vient; de sorte qu'il semble n'estre point né, ne icy ne là où vous estes ; parce que ce faisant on en tirera et fruict et utilité ; à quoi on tend pour le repos des gens de bien.

13 oct. 1581, de Nérac. Quatre yeulx y voient plus que deux. Je vous envoyé un escript faict par un citoyen de Vallence qui représente au vray les desseins et l'artifice du duc du May ne. Je vous prie le faire imprimer après avoir apporté voz advis en quelques faultes ou mots que peut estre il fauldra changer; mais non ceulx qui tesmoignent l'animosité de l'aucteur contre nostre party. Il en fauldra faire imprimer mille ou douze cens afin que cela coure par plusieurs mains. — (Joint une quittance de l'imprimeur Louis Rabier constatant qu'il fut payé six escus soleil.)

II. Le fils de ce fidèle sujet du roi, Jean d'Escorbiac seigneur de Bayonnette, succéda aux emplois de son père et soutint les mêmes opinions. Seulement, les discordes civiles qui agitèrent les premières années du règne de Louis XIII l'ayant forcé d'opter entre le parti de l'obéissance au roi et celui du protestantisme ardent, ce fut l'obéissance absolue qu'il choisit. Nous ignorons s'il est le même d'Escorbiac qui fut député par Montauban à l'assemblée de Pamiers, en 1614, avec Dariat et Joly, mais il est certainement celui qui, en 1627, protesta avec les notables de Montauban contre la prise d'armes du duc de Rohan (voy. Brienne, vol. 213) et qui en 1628 sortit de cette ville sur l'ordre du parlem. de Toulouse, ainsi que ses collègues, conseillers au Sénéchal, Rouques, Thomas, La Boiuonnade et autres adversaires du duc.

H écrivait en effet de Toulouse, le 28 mai 1628, au commissaire du roi, Auguste Galland (voy. ce nom), l'agent le plus

actif alors employé par le gouvernement dans le midi contre Rohan, une lettre dont voici les passages principaux (Papiers de Galland ; Bibl. nat., mss. fr., n° 20964, fo 124) :

Je vous escrivis il y a longtemps que je ne pouvois vous escrire librement parceque les factieux prenoient un grand soing d'attraper mes lettres au bureau de la poste pour en descouvrir les secrets... Maintenant je suis en plaine liberté de vous pouvoir escrire toutes choses, ayant esté chassé de Montauban par la seule considération de la grande résistance que j'ay faite contre ceux qui y vouloit establir l'autorité de M. de Rohan... Un huissier de notre siège nommé France, insigne mutin et séditieux, sitôt que je fus arrivé à Montauban, qui fut le 13 de ce mois, publia partout quej'apportois commission du parlem. de Tholose pourchasser de la ville tous ceux qui tenoient le party dud. 8r duc de Rohan et tous les estrangers aussy et qu'en ceste sorte je voulois affaiblir la ville pour la livrer entre les mains de Mgr le Prince et que je voulois mettre une citadelle et garnison de la ville et que j'estois un traistre... Ledit France huyssier va susciter tous les parans de Dupuy aftin qu'ils prinssent cette occasion de se venger de moy de ce que j'avois installé le 1" de La Boy son n ad e en l'office de Dupuy. Tous lient la partie pour me tuer ou me sortir de la ville. Le dim. 14 de ce moix, le lendemain de mon arrivée, ma mayson feut investie de cent ou six vingts séditieux apportant les uns pistolletz, d'autres carabines, acquibuses et pourtuysanes. Mes parant et amis estoient au paravant chez moy qui mestoient venu advertir des grands préparatifs qui se faisoent dans la ville contre moy à quoy les officiers du seneschal mes collègues travailloient puissamment... Ce neantmonys, il estoit en mon pouvoir avec mes seuls parans qui estoient chez moy, ou amis, d'aller couper la gorge a tous ces séditieux, mais je voyois que c 'estoit le subjet de leur faire prendre les armes le lendemain. Les consuls et personnes de qualité qui savoient le dessein de ces séditieux qui estoit de tenir ma mayson investie tout ce jour et sur la nuit, ils avoient paroi le de plusieurs qui nosoient paroistre le jour de venir petarder ma mayson et me tuer. Je fus conseillé par les consuls pour leur hoster tout prétexte de prendre les armes de sortir de la ville et leur faire place pour quelques moix, jusques a ce que cette fureur

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leur feust passée. Il feut capitulé avec ce peuple mutiné que je sortirais le lendemain matin de la ville xv* de ce inoix, ce que je lis. Du despuis j'ay demeuré a Lavalade près Moyssac au chasteau de M. de Ricord d'où je me retiré a Montech a cause des fréquentes visites que j'y avois des personnes de qualité de Mon tau ban qui venoient causer avec moy des moyens qu'il faloit tenir pour contenir ceste ville dans l'obéissance, pour ne constituer le dit sr de Ricord en ceste despence... Me voyla en mauvaise posture pour avoir tldèlement servy le Roy et rendu misérable.

11 fait le compte des mauvaises récoltes qu'il a subies depuis Tannée 1621, ajoute sans ambage que « banni de chez lui pour avoir voulu maintenir dans Montauban l'autorité du roi, il est bien juste qu'il soit nourri à ses dépens, » et termine en implorant secours.

C'est probablement le même Jean d'Escorbiac, juge- mage de Montauban qui, toujours docile instrument du pouvoir, consentit en 1632, à faire exécuter l'ordonnance de Richelieu, lorsqu'il cassa l'élection consulaire de Montauban, d'ailleurs parfaitement régulière, pour le seul motif que les catholiques n'avaient pu faire passer aucun de leurs candidats, et attribua aux sectateurs de la religion du roi la 1", la 3me et la 5m« place, laissant aux protestants la 2me, la 4me et la 6°".

C'est aussi le même certainement qui composa le poème de La Christiade dont il nous reste à parler et qui vivait encore en 1649 '.

La Christiade ou Poème sacré contenant f histoire saincte du Prince de la vie. Divisé en cinq livres ; par Jean d'Escorbiac seigr de Bayonnette ; Paris, Jean Coderc, 1613, in-8<> de 320 pages. Les cinq livres portent pour titres : La Promesse, la Naissance, la Vie, le Martyre, les Gloires. — Celte vie de Jésus en vers est une des nombreuses imitations, faibles et pompeuses, que fit naitre le poème de Du Bartas, la

1 D'après l'acte de naissance de Louis, quatrième fils d'un autre Jean d'Escorbiac, avocat à 1* chambre de l'édit de Languedoc et d'Isaboau de Ligowhitr, acte portant que ce Louis naquit le 6 mai 1649 et fut présenté au baptême par Jacques de Ligonnier secrétaire en la chancellerie de Montpellier et par Catherine de Saluête du Bartas femme de Jean d'Escorbiac seigneur de Bajoonette (Pradel).

Création, dont Jean d'Escorbiac croyait sans doute avoir plus qu'un autre le droit de s'inspirer, puisqu'il était par alliance le neveu du célèbre poète. Cependant, il avoue modestement, dans son épttre dédicatoire adressée à la Beine-mère et Bégente, qu'il publie son poème avec l'espoir d'y trouver quelque bénéfice matériel. « Mon père, dit-il, après avoir servi Votre Majesté cinquante et tant d'années en diverses charges des plus honnorables et finalement en Testât de conseiller en la chambre séant à Castres, n'a laissé en nostre maison que ses mains vides et maints espineux affaires. » Mais le caractère dominant de l'ouvrage est l'exaltation religieuse exprimée par le lourd et pénible effort d'une phrase ingrate. En voici les premiers vers :

Je ne suys plus le train des hommes de ce monde Mais bien, tout désireux d'une vie seconde, Qui repurge la mienne et me rende pins sain, Je me donne an Messie et me jette en sou sein

Et voici les derniers :

Jeuno d'ans j'ai vieilli en faisant cet onvrage

Et vieux, je rajeunit en le voyant parfait.

Si j'y ai employé le plus beau de mon âge

C'est pour servir à Christ qui par moi l'œuvre a mit.

III. Thomas d'Escorbiac, baron de Mont clus, fils du poète, fut aussi, dès 1638, conseiller à la chambre de l'édit de Languedoc. Celui-là fut admirable comme magistrat et comme protestant. Il se dépensa en résistances et eu remontrances, qui furent stériles alors, contre l'injustice et la perfidie avec lesquelles le clergé catholique minait sans relâche ni conscience, les droits des réformés consacrés par l'édit de Nantes. La dignité et la fermeté qu'il mit à remplir ce rôle de protestant fidèle ont été bien peintes l comme étant le caractère d'«Un magistrat huguenot au XVIIme siècle, » dans une notice qui contient plusieurs documents de sa main, notamment une lettre de représentations qu'il adressait en 1664 à l'un des ministres du Boi, lettre d'où il nous suffira d'extraire le passage suivant pour honorer la mémoire de ce magistrat et constater sa clairvoyance :

... Ces messieurs (les Conseillers catho-

1 Par M. Frank Pnaox, dans le Bull. t. XXXIII (1884) p. 128 et 267.

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liques) font scrupule pour fait de religion de faire aucune action de justice favorable a ceux qui la demandent ; ils font au contraire profession de se rendre incompétents. Il y en a qui nous disent que notre religion n'est plus à la mode et tachent de jetter des méfiances dans les cœurs de tous ceux qui la professent. Nous avons, par un malheur commun aux autres compagnies, fort peu d'affaires au palais, ce qui engendre du chagrin parce que l'argent est fort rare. Il ne manque pourtant pas a certaine cabale de bigots qui s'assemble un jour de chaque septmène pour faire des procès criminels ! sur leur invention de nouveaux crimes, tantôt contre un qui aura chanté un pseaume, contre un autre qui aura esté le onsiesme à un enterrement ou qui n'aura pas attendu les ténèbres pour faire ces actions de piété1. Nous sommes forcés de décréter contre les pères qui ont enterré leurs enfans et contre les enfans qui ont enterré leurs pères, quoy que cela choque notre humanité ; mais c'est pour montrer que nous sommes fidèles exécuteurs de la volonté du Roy. Nous recognoissons. Monsieur, a notre grand regret que tous ces nouveaux retranchemens qu'on a fait de l'Edit (de Nantes) produisent de mauvais effets. Le comerce de ce pays est presque tout entre les mains de ceux de la Religion prétendue réformée. Dès que quelque jeune homme excelle en son mestier, il quitte sa patrie où sa religion est en opprobre et se retire dans les pays estrangers ou il est bien receu et s'y establit. Ceux qui ont leur fortune en argent ou en des effets faciles a transporter se retirent ailleurs, et il y en a qui se trouvent plus en repos à Genève ou à Livourne qu'ils ne n'étoient à Nismes, Uzès ou Montpellier. La ville de Genève s'est presque doublée et on y fait aujourd'hui les meilleures étoffes qui se débitent à Lyon, au lieu qu'autres fois on n'y faisait rien qui vaille. On a agrandi la ville d'Amsterdam d'un tiers, où il y a pi s de dix mil communians françois de la R. P. R. Dans Leyde il y a deux grands temples et deux ministres françois et dix mil communians. A Roterdam il y en a 7000, et trente trois autres églises franco i ses dans la Holande. Il y en a dans la Suisse, dans l'Allemagne

1 Le Bulletin (XXVI, p. 113) a publié les curieux procès-verbaux d'une association de ce genre en exercice A Montpellier en 1679.

1 Défense était faite aux protestants d'assister plus de dix personnes aux funérailles d'un des leurs et d'y procéder de jour.

et en Angleterre. On fait estât qu'il y a cent mil personnes ; si chacun a emporté mil livres, ce seroit cent millions tirés du Royaume depuis une trentaine d'années.

C'est chose dont le Roy peut estre informé par ses ambassadeurs et dont ceux qui en sont cause ne se soucient gueres, agissant plustôt pour des intérêts particuliers que pour les intérêts de l'Estat. Quand le Roy Henry le Grand fit l'Edit de Nantes après avoir consulté les meilleurs politiques de son Conseil, il crut avoir osté de l'esprit de ses sujets de la R. P. R. la mesfiance et la crainte d'estre maltraités et les retenir par là dans les terres de son obéissance sans que pas un ne s'escartât. Mais aujourd'huy qu'on voit que Messieurs du Clergé obtiennent au Conseil tous les arrêts qu'ils demandent pour destruire cet edict, il y a fort peu de gens qui ne songent a quitter leur patrie s'ils peuvent se de flaire de leurs biens en fonds. J'ay cru, Monsieur, vous devoir dire toutes ces vérités afin que vous les puissiés représenter au Roy quand vous le jugerés à propos pour le bien de son service...

Quinze ans pins tard, en 1679, ce fut l'auteur de cette lettre que les magistrats Castrais choisirent pour rédiger leur protestation contre la suppression de leur tribunal. Us ne pouvaient choisir d'interprète parlant un plus noble et plus ferme langage, comme on peut le voir dans les Remontrances au rot, au sujet de la translation du siège de Castres à Castelnaudary qu'ils eurent la permission de faire imprimer 1 et qui ont été récemment reproduites dans le Bulletin (XXXIII, 272-284). Elles n'empêchèrent pas d'être exécutée cette translation de siège ordonnée uniquement dans le but de vexer les protestants. < Par là, dit La Hode, on ruina Castres, ville odieuse au clergé, à cause de la puissance que les réformés y avoient acquise. On éloignoit les conseillers de leurs familles, de leurs biens, de leurs habitations ; on les envoïoit dans un lieu où il y avoit à peine le quart de ce qu'il falloit de maisons pour les loger, où surtout il n'y avoit pas d'exercice public de leur religion.

Cette chambre n'a voit rien fait d'ailleurs qui méritât cette disgrâce. »

1 L'abbé de Marolles en parle dans ses Mémoires et dit que l'auteur lui en donna un exemplaire.

ESCORBIÀC — ESCOSET

Thomas avait épousé Catherine de Routière dont il eut : 1° Samuel, né vers 1643, mais dont nous ne retrouvons pas l'acte de naissance l ; 2° Anne, baptisée 9 juin 1645, pair. Paul Rouvière, marchand à Nîmes et marraine Anne de Thomas, femme d'un Samuel d'Escorbiac, conseiller à la chambre de l'édit ; 3° Valentine, née le 1er nov. 1647 ; 4° Jean- Paul, né le 6 avril 1649, présenté au bapt. par Arnaud Boisson, avocat et Jeanne d'Ausin femme de Jean d'Escorbiac s* de Belserres; 5° Jacquette, 21 juin 1660; 6° Jeanne, 6 septemb. 1651 ; 7° Jean, 14 septemb. 1656; 8<> Catherine, 23 nov.

1659 ; 9o Bernardine, 30 déc. 1661, parr. Thomas de Martel, avocat et Jacquette de Rouvière épouse de Jacques Oot, banquier à Lyon ; 10> Jean, 26 fév. 1663 ; !!• Catherine, 6 déc. 1665 ; 12° Benoît, 7 sept.

IV. Samuel * fils aine de Thomas lui succéda dans sa charge de conseiller dont celui-ci fit résignation le 14 janv. 1671. 11 parait, d'après l'avocat B.-A. Marturé (Hist. du pays castrais, 1822) avoir laissé un Recueil des arrêts rendus par la Chambre de l'édit. Peut-être est-ce le même qui abjura s et gagna ainsi une place de conseiller au parlem. de Toulouse avec une pension de 3000 1. et une de 1000 1. pour sa femme (Tt 252).

Y. L'histoire mentionne un d'Escorbiac qui se signala au siège de Montauban, en

1 Note» de M. Ch. Peadil.

1 Un autre Samuel de Scorbiac docteur en droit et avocat A U chambre de l'édit, à Castrée, avait reçu la charge de lieutenant particulier au sénéchal de Querojr, siège dt Montauban par résignation de Jean 8oorbiac, son frère, le 28 septemb. 16o4. H avait été pourvu de l'office de lieutenant-général civil et criminel, le 4 août 1623, par le décès de Jean de Viçou, et au mois dt mars 1631, il devint conseiller A la chambre dt l'Édit après le décès de J.-.T. PeUsson (Arohiv. dn parlem. de Toulouse. Lettres patentes).

8 Ce dernier est qualifié comme suit : « M. d'Escorbiac, ci-devant conseiller A la chambre de l'édit et maintenant (1702) au parlement, est grand tenancier dans le vallon de Mazamet. Il y a nne terre dite de Montfort en justice haute et beaucoup de granges. La plus grande partie de ses sujets sont nouveaux convertis peu sincères, corrompus par le voisinage de Mazamet et peutêtre par quelque mauvaise impression de la maison d'Escorbiac et de celle de VUletU-MonOédiêr, diocèse de Castres » (Arehiv. de l'Hérault, C, 273).

1622, comme capitaine de la milice bourgeoise et qui, comme lieutenant de S* Michel de la Rochechalais, eut une grande part à la prise de SLMaurice et de la Motte d'Ardus. Antoine d'Escorbiac était capitaine au régim. de la marine en 1647. Marc, s' de La Bayon nette, lieutenant au même régiment, enterré au cimetière des SSi* Pères, 2 juill. 1652. Enfin, une dame d'Escorbiac, grand'mère du réfugié Donnadieu-de Pelissier-Dugrez et des enfants du pasteur Marc Vernoux de Mazamet, mourut en Allemagne vers l'année 1700.

ESCOSET (La veuve de Daniel), du Dauphiné, assistée à Genève, avec son fils, 1700. — Jean Escot, de Grenoble, chaussetier, reçu habitant de Genève, 11 septemb. 1572. — Isaac (Isaacus Escot berge race nsis), étudiant à Leyde, août 1687 ; (Marie et Madelaine), de Bergerac, sœurs assistées à Lausanne et à Genève, allant en Hollande, 1690; (Isaac), ministre ordonné après 1685 (probablement celui de Bergerac), assisté à Londres en 1702. —

( ) Escot, de Peyrat, dioc. deMirepoix,

emprisonné pour avoir repris de force sa fille qui s'était retirée chez un curé, 1764 (E3525).— Pm\eEscoulens et Anne Lapra l condamnées en 1740 à être enfermées à la Tour de Constance pour avoir écouté le prédicant Gab. Fauriel; arehiv. de l'Hérault, C. 207 (Tbissirr). — Guailhard d'Escout, d'Arudy au val d'Ossau, 29 ans, chirurgien, < mis à mort au nom de Jésus- Christ » en 1569, à Pau (Crespin, 849 d). Bernard d'Escout ou d'Escot, ministre à Larcins, achète une maison à Arudy en 1573 (Arch. desB. Pyr. E 1874) ; ministre à Bielle, 1574-1585, il marie sa fille en 1590 au ministre Jean Fauger (ib.

E 1876, 2005) ; mort avant 1599 (E 2017). — Marie Escroignard, prisonnière à la conciergerie de Rouen, 1688 ; (Etienne) de Rennes, sa femme et 5 enf., assistés à Londres, 1702-1710 ; (Anne), de Normandie, veuve, 71 ans, et sa fille, 30 ans, id. 1705. — Flourens de Baine sr d'Escroux, tué par erreur, à la défense de Castres, par les siens, 1585 ; « regretté de tout le monde pour avoir esté fort homme de bien, brave gentilhomme et de fort ancienne noblesse ; laissant de sa femme, Élizabeth Daure, Charles de Beine sr

1 Noms A ajouter A la liste des prisonnières dt la tour de Constance, IV col. 85-98.

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