‹ La France protestante (volume 2)Chapitre 14 sur 252 · ESNARD · texte numérisé non relu

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pas fournir aux prélats romains l'occasion de se vanter d'avoir fait fuir les ministres, on jugea nécessaire de répondre aux lettres du roi en envoyant des députés à Mantes. Henri IV n'attendit même pas leur arrivée pour faire son abjuration.

L'assemblée s'ouvrit le lundi 8 novemb.

1593. Après la vérification des pouvoirs, on passa à l'examen des cahiers des provinces et l'on en fit un cahier général (Collect. Du Puy, vol. 213), qui ne fnt prêt que le 9 déc. à être envoyé au roi. Dans l'intervalle, lundi 15 nov., l'assemblée avait député Maravat et La VaUière à Henri IV, qui étiit alors à Dieppe, pour le prier de fixer le jour où il lui plairait de donner audience aux députés des églises réformées. Mais le roi, à qui son abjuration avait attiré d'amers reproches de la part surtout de la reine Elisabeth, et qui ne doutait pas que ses anciens coreligionnaires ne lui tinssent le même langage, redoutait de se trouver en leur présence, et de leur côté, ses conseillers catholiques ne négligeaient rien pour le détourner d'une entrevue indispensable ; car il ne pouvait refuser de voir les députés des églises, sans avoir à craindre d'irriter le parti huguenot, avec lequel il fallait encore compter. Pendant que Maravat et La Vallière se rendaient à Dieppe, Saney, premier maître d'hôtel, arriva à Mantes pour annoncer à l'assemblée que le roi recevrait les requêtes des églises dans huit ou dix jours, et lui faire entendre que < quelque changement de religion qu'il eût fait, il n'avait pas changé de volonté envers lesdites églises. > Le 25, l'assemblée, comptant sur la prochaine arrivée de Henri, décida qu'elle lui présenterait en corps les cahiers, et que J. Feydeau, qui fut nommé, plus tard, président protestant de la chambre mi-partie de Guienne sur la présentation de l'assemblée de Saumur *, porterait la parole, assisté de Mont lotie t, Chouppes, Esnard, Montigny, La Motte et Du Breuil- Chatmot. Le 27, Maravat rat de retour de

1 Voici la composition de cette chambre : Pré* ■ideot : Feydeau ; conseillers : Gaillard de Boutsont», Jean Morin on Maurin, Raymond Ptyruqueau, Etienne TrtQier ou Treilles, Jacques de Rabat, Elie Festineau ; substitut de l'avocat dn roi : Jean de Baealan (Brienne, 209). D'après Arch. çén. K. 107, il faut ajouter de Vergnee, substitut dn procureur général, et Isaac Thierry receveur des amendes.

Dieppe avec son collègue, et annonça que le roi viendrait en personne t recevoir les remonstrances et donner contentement à toutes les églises. » Le samedi 11 déc., Henri IV arriva enfin, et dès le lendemain, l'assemblée fut admise en sa présence.

Après une courte harangue, dans laquelle il analysa brièvement le volumineux cahier des plaintes, Feydeau le présenta au roi qui le reçut gracieusement. I) avait voulu, répondit-il, voir les représentants des églises pour trois raisons : la première, pour leur attester que son changement de religion n'avait apporté aucun changement dans son affection pour eux ; la seconde, parce qu'il n'avait pas voulu conclure la paix, sans les consulter, afin qu'il ne se fit rien à leur préjudice ; la troisième, parce qu'averti des plaintes de plusieurs églises, il avait désiré en être informé plus particulièrement afin d'y pourvoir. Il remit ensuite le cahier au chancelier en le chargeant de l'examiner, et congédia les députés en les invitant à désigner six d'entre eux « pour en traicter avecq ceux qu'il choisiroit de son conseil ausquels il bai lie roi t cette charge à donner contentement ausdits députés. » L'assemblée nomma donc M ont loue t y Pujols, Rotan, Montigny, La Motte, Feydeau, et Boucaud comme suppléant de Feydeau qui était malade. Les six commissaires se rendirent à Vernon, où le roi s'était retiré ; mais quelle déception les y attendait ! Le chancelier leur avoua « qu'à la vérité les demandes contenues ausdits cahiers estaient justes et raisonnables, > et cet aveu, il ne pouvait guère se dispenser de le faire, car les demandes des protestants se réduisaient à ces quatre points principaux : libre exercice de leur religion, sécurité pour leurs personnes et pour leurs biens, administration impartiale de la justice, et admission de tous les Français indistinctement aux emplois. Mais, ajouta le chancelier, t pour le présent les affaires de S. M. ne peuvent permettre de consentir à accorder les articles contenus ausdits cahiers. » Les commissaires allaient repartir avec cette réponse, lorsque Bouillon et Du Plessis firent valoir avec tant de force l'inconvenance d'un pareil procédé et les funestes conséquences de l'irritation qu'il produirait, qu'on se décida à nommer une commission, mais composée exclusivement de

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