‹ La France protestante (volume 2)Chapitre 15 sur 252 · E8NARD · texte numérisé non relu

E8NARD

catholiques. Après plusieurs séances perdues en discussions sans résultat, il fallut y adjoindre Bouillon et Du Plessis qui firent enfin avancer la solution de la question. On dressa un projet en un- certain nombre d'articles dont voici les plus importants : abolition des édits arrachés à Henri III par la Ligue ; rétablissement de Tédit de 1577 avec les interprétations de Nérac et de Fleix ; dédommagements aux réformés pour les pertes que les traités avec la Ligue leur avaient fait éprouver ; rétablissement de la religion catholique dans tous les lieux tenus par les protestants ; libre exercice de la religion réformée dans les villes de l'obéissance du roi, à la cour dans la maison de Catherine de Navarre, du duc de Bouillon, de La Trémoille, de Rohan, de Du Plessis; à l'armée chez les capitaines de gendarmes et les mestres- de-camp ; constitution, sous le nom de la sœur du roi, d'un fonds destiné à l'entretien du ministère; validité des dons aux églises et aux pauvres, etc.

L'assemblée refusa d'accepter ces articles, parce qu'ils ne pourvoyaient pas à l'administration de la justice, et parce que les sûretés offertes aux protestants étaient insuffisantes. Elle chargea Montigny, La Motte, Du Breuil-Chalmot et Sarrasin de dresser des remontrances (Brienne, vol.

220) qui, signées par tous les députés, furent portées à Henri IV par Montlouet, Chouppes, Esnard, de Gasques, de La Motte, Du Breuil-Chalmot. La députation fut reçue, le 21 janv., par le roi qui répondit * qu'il ne pou voit pour le présent ordonner autre chose synon remettre sus Tédit de l'an 1577 avec les responses qui avoient esté faictes par lesdits sieurs de son conseil sur les cahiers desdits députés. > Il daigna d'ailleurs ajouter qu'il le ferait fidèlement exécuter et qu'il pourvoirait aux besoins des pasteurs et des églises, sans vouloir toutefois en donner la promesse par écrit. De l'avis de Bouillon, La Trémoille, Du Plessis, l'assemblée renonça t pour le présent à plus faire aulcune poursuite, » et les députés, déçus de toutes leurs espérances, retournèrent chacun dans sa province. Le seul fruit de cette assemblée fut le renouvellement du serment d'union. Ce serment, ils l'avaient déjà prêté à Nîmes, à Montauban, à La Rochelle, en la présence même du roi de

Navarre; mais ce fut la première fois qu'ils le prêtèrent avec l'agrément du roi de France, et ils attachèrent un grand prix à cette formule.

Le résultat dérisoire de l'assemblée de Mantes mécontenta, on devait s'y attendre, les églises réformées, et la marche des événements était bien propre à justifier leurs alarmes. Sentant la nécessité de se préparer à tout et de resserrer encore les liens de leur confédération, les huguenots résolurent de tenir une nouvelle assemblée politique. Trente députés se réunirent donc, au mois de mai 1594, à Sainte-Foy, sans se mettre en peine d'en demander la permission au roi qui, ne voulant pas accoutumer ses sujets réformés à semblable licence, se hâta d'autoriser l'assemblée par brevet. Le but principal de cette assemblée était une nomination d'un protecteur des églises, chacun reconnaissant que, depuis sa conversion, Henri IV ne pouvait plus protéger des gens que sa nouvelle religion lui faisait un devoir d'exterminer. Le duc de Bouillon, trop fin politique pour se mettre lui-même à la tête du parti, proposa de conférer ce titre à l'électeur palatin ; mais les consistoriaux, las « de la tyrannie protectorat, » qui avait toujours sacrifié l'intérêt général à l'intérêt particulier du protecteur, ne voulurent point consentir à l'élection d'un nouveau chef, et leur sentiment ayant prévalu, on créa un Conseil général, composé d'un député de chaque province. La France protestante entière fut divisée en dix provinces : 1° Bretagne et Normandie, 2° Picardie, Champagne, Sedan et Pays-Messin, 3° Islede-France, Pays-Chartrain, Dunois, Berri et Orléanais, 4° Touraine, Anjou, Maine, Perche, Vendomois et Loudunois, 5° Saintonge, Aunis, La Rochelle et Angoumois, 6° Haut et Bas-Poitou et Châtellerauldois, 7<> Bourgogne, Lyonnais, Provence et Dauphiné, 8° Bas-Languedoc, Basse Auvergne et Basse -Guien ne, 9° Gascogne, Bordelais, Agénois, Périgord et Limousin, 10> Haut -Languedoc, Haute -Auvergne et Haute-Guienne. Les trois ordres devaient être représentés dans le Conseil général ou Directoire, à peu près comme ils l'étaient dans les États-généraux, savoir : par quatre gentilshommes, deux ministres et quatre membres du tiers-état. Les provinces devaient, par rotation, choisir tour à tour

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