ESNARD — ESPAGNE
leurs députés dans chacun des trois ordres, et pour régler de quel ordre serait, pour la première fois, le député de chaque province on décida qu'on s'en rapporterait au sort. Le Directoire devait se renouveler par moitié, tous les six mois, de telle manière que les cinq plus anciens députés se retireraient pour faire place à d'autres. Les ducs, les lieutenants-généraux et autres personnes qualifiées pouvaient y être admis, avec voix délibérative, ne fussent ils pas députés. Le Conseil général devait correspondre avec les dix Conseils provinciaux, composés de cinq ou sept membres des trois ordres. Les Conseils provinciaux étaient particulièrement chargés de recueillir et de transmettre au Conseil général les avis et les mémoires, d'entretenir la concorde entre les grands seigneurs du parti, de faire la répartition d'un impôt de 45,000 écus, levé sur les églises dans l'intérêt de la Cause et d'en régler l'emploi, de veiller sur les places de sûreté, d'assurer la paye des garnisons, même en saisissant les deniers royaux ; en un mot, ils exerçaient, chacun dans son ressort, la même autorité que le Conseil général sur toutes les églises. Les membres des Conseils devaient prêter le serment d'union, et il leur fut alloué une indemnité à la charge de chaque province. Outre ce règlement, rassemblée adopta huit articles secrets, portant : i° qu'on demanderait des chambres mi -parties, et que si on ne pouvait les obtenir, on récuserait tous les parlements, les présidiaux et autres juges royaux ; 2° qu'on aurait recours à l'intervention de la reine d'Angleterre et des Provinces-Unies pour tirer les églises d'un état intolérable ; 3° qu'on exhorterait les grands à la piété et à l'union ; que chaque province serait autorisée à doubler le nombre de ses députés à la prochaine assemblée générale, vu l'importance des questions qui s'y devaient traiter ; 5° qu'on rétablirait la messe partout où elle était avant la dernière guerre, mais 6° qu'on attendrait le retour des députés en Cour pour savoir si l'on admettrait les catholiques aux charges dans les villes tenues par les protestants; 1° qu'on désavouerait tout ce qu'une province ferait sans l'agrément des autres, article dirigé contre la province de TIsIe-de-France, qui ne s'était pas contentée d'accepter purement et sim-
plement l'édit de 1577, mais qui avait poussé la faiblesse jusqu'à consentir à un projet d'union entre les Gallicans et les Réformés ; enfin, 8° qu'il était permis à plusieurs provinces contigu'és de s'unir en un seul conseil provincial.
En organisant aussi fortement le parti huguenot, l'assemblée de Sainte-Foy sauva peut-être, en France, la cause du protestantisme. Comme il nous a été impossible d'en retrouver les actes, nous ne saurions dire si Esnard y assista. Ce qui est certain, c'est qu'à cette époque il était toujours ministre de Fontenay, et que l'église de La Rochelle le demanda pour pasteur sans pouvoir l'obtenir. En 1596, il rat député à l'assemblée politique de Loudun qui l'élut vice-président. En 1598, le synode national de Montpellier le choisit pour un des commissaires qu'il chargea de corriger les éditions fautives de la Discipline. A partir de cette époque, il n'est plus fait mention de lui. On sait seulement (R. Fil- Ion, Hist. de Fégl. de Fontenay) qu'il termina sa carrière à la fin de Tan 1598. — Marc Esnard, de Tourette en Provence, assisté à Genève d'un viatique pour l'Allemagne, 1699.
ESNÉ (Abraham), de La Rochelle, assisté à Genève d'un viatique pour l'Allemagne, 1702. — Esneau, famille saintongeoise, voy. Aineau (t. I col. 59) et les Décis. cathol. de Filleau, p. 704 ; Esneau ancien et secrétaire de l'église française de Cassel en 1697 (BuU. XXIV, 270). Charles Jolly sieur d'Esnaux, écuyer et Judith André sa femme font baptiser un fils, Henry, dans l'église de Cozes en Saintonge, mai 1685. — Samuel Esnout, chirurgien, fugitif de l'élection d'Alençon, 1685. — Isaac Espaignac, ministre à Graisserac, 1620; à St-Géniès, 1626. — André Espagniac, t de la ville d'Alais, confesseur de Dijon où il est resté 21 mois en prison, * assisté à Lausanne, 4 mai 1688.
1. ESPAGNE (Geoffroy d'), seigneur de Vénevblles, gentilhomme du Maine, eut de son mariage avec Catherine de Cussac, dame de Saint-Brice en Limousin, deux fils nommés Lazare et Nicolas. Le cadet, sieur de Champdurand, épousa, en 1568, Léa BoutauU fille de Claude, seigneur de Laubonnière, et en eut Jeanne, femme de Renjamin de Rançonne t, sieur d'Escoire. L'ainé, seigneur d'Espagne et
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de Vénevelles ', servit, avec le grade d'enseigne, dans la compagnie de Malicorne, à ce qu'on lit dans le Nobiliaire de Saint- Allais. Il prit pour femme, 14 nov. 1573, Anne Boutant a, sœur consanguine de Léa, et fut père de deux fils, Paul et Lazare, sieur de Laubonnière, plus une fille, Marie, femme de Jean de Bonne foi. Ils eurent aussi un fils, Jacques, qui était l'ainé (né vers 1576) mais qui mourut jeune et au sujet duquel Henri IV écrivit à Anne Boutaud (4 juill. 1588) l'aimable lettre que voici :
Mademoiselle de Vénevelles, ce m'est beaucoup de déplaisir de vous écrire pour un si mauvais sujet, mais puisque c'est chose qui ne vous peut être celée, j'aime mieux vous en avertir que si c'étoit un autre qui ne pourroit vous en conter l'histoire si au vray comme moy. Pour donc commencer ce triste événement je vous diray comme il a plu à Dieu prendre votre (ils que m'aviez donné Page, dont je porte encore un plus grand ennuy, parceque j'espérois en faire un honnête homme ; mais puisque c'est la volonté Divine, il nous y faut tous conformer et ce qui vous doit apporter de la consolation en cette afflction est que vous avez d'autres enfans pour lesquels si j'ay moyen de faire quelque chose, et pour vous, croyés que je m'y emploiré comme une personne désirente de vous rendre tous les témoignages qu'elle pourra de la bonne volonté qu'elle vous porte. Vous saurés par ceux qui ont traité votre dit fils que Ton a rien épargné pour sa guéri son ; mais la diligence des hommes n'a pu divertir la condition sous laquelle il étoit né. Je vous puis assurer que tant pour l'aquit de ma conscience que pour le désir que j'avois qu'il se put garantir de cette maladie, je l'ai fait secourir le mieux que j'ai pu. Je vous diray encore une fois que ce me sera un extrême contentement de faire chose qui puisse aporter utilité a vous et a vos enfans, comme celui qui a jamais sera Votre plus fidèle et très assuré ami Henry de bourbon 8.
1 Dans son contrat de mariage : Noble et poissant Lazare d'Espagnes seigneur de Vénevelles, 8*-Brice et Chally, demeurant au lieu noble de Vénevelles, paroisse de Luché, évesché dn Mans.
1 L'acte de mariage et les conventions matrimoniales qui le précédèrent sont aux Carrés d'Hozier(Bibl. nat.) t 238.
» Bibl. nat. Carrés d'Hozier, tome 238 p. 274.
Paul d'Espagne, seigneur de Vénevelles et de Coulaines, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi Henri IV, fut député, en 1615, par les églises de sa province, à rassemblée politique de Grenoble, qui l'envoya, avec Cagny, auprès de Condé, en les chargeant de sonder les véritables intentions du prince et de s'assurer des forces de son parti. Vénevelles prit aussi une part active à la négociation du traité de paix, et fut porté, par l'assemblée de La Rochelle, sur la liste des commissaires pour l'exécution de l'édit de pacification. Il mourut avant 1620, année où sa veuve se remaria avec Gédéon de Pressât. De son mariage avec Marie de Pons, G lie de Jacques de Pons-Mirambeau, qu'il avait épousée en 1606, naquit Henri, seigneur de Vénevelles, de Coûts et de La Same- Hère, gentilhomme de la chambre de Louis XIII, en 1636, et gouverneur de Belforl, qu'il défendit vaillamment. Les services qu'il rendit lui obtinrent l'érection en marquisat de sa terre de Vénevelles. Sa femme, Susanne Le Vasseur* fille de Louis, seigneur de Coignée, lui donna une fille, Susanne, et deux fils. Le second, Louis- Paul, marquis de Vénevelles, né en 1650 se maria, au temple de Glenné près Rennes, le 28 janv. 1685 avec dH« Claude Marguerite, 21 ans, fille de Claude- Charles Gonyon, baron de Marcé vicomte de Torchant, et de Marie d' Appelvoisin sa femme; mais quelques mois après, il était mis à la Bastille, et forcé d'abjurer. Le frère aîné, Hgnry, seigneur de Coûts et d' A vaines, était capitaine au régiment de Tilladet et avait pris pour femme, à Charenton le 12 janv. 1681, Claude Chauson ou Chanson, fille d'un capitaine suisse. Un fils Louis-Henry leur naquit le 29 août 1685 dans leur château d'Huillé prés Durtal en Anjou. C'était deux mois avant la Révocation ; le baptême de cet enfant fut toute une affaire. Théod. Barin pasteur de Sau mur avait été désigné (18 juill.) par l'Intendant de la province pour le baptiser, mais arrêté et emprisonné à Marans, l'Intendant désigna à sa place M. de Hautecourt, autre pasteur, qui accomplit la cérémonie du baptême à Tours, le 4 septemb. 1685, en présence de Jean Taschereau seigneur de Baudry conseiller du Roy, lieutenant particulier de Touraine. Le père et la mère purent s'enfuir du royaume, et
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plus tard, après la mort du père, un de leurs fils, Henry, rentra en France et abjura pour obtenir la restitution des biens de sa famille.
= Armes : D'azur à un peigne [d'Espaigne] d'argent posé en fasce, accompagné de 3 étoiles d'or, 2 et 1. Ces armes parlantes et bourgeoises séparent absolument les d'Espagne dont il vient d'être question des grands personnages du même nom qui figurèrent dans l'Hist. des XIVme et XVme siècles, tels que Loys comle de Chalamont, amiral de France, Charles seigneur de Lunel, Charles connétable vers 1350, Bertrand maréchal du comte de Poitiers, Arnault sire de Montespan sénéchal de Périgord puis de Quercy et de Carcassonne de 1350 à 1370 ; tous ceux-ci portaient un lion passant, avec diverses piècefe accessoires.
2. DESPAGNE (Martin) t fils de Jehan Despagne le vieux, de Chausseau en Dauphiné, » reçu habitant de Genève le 1««" janvier 1560. — Très vraisemblablement ces deux dauphinois sont des ancêtres de Henri d'Espagne qu'on trouve pasteur à Mizoën [X, 330], dans le colloque de Grésivaudan, puis au Bourg d'Oisans, de 1591 à 1626. ayant pour collègue un autre Henri d'Espagne, son fils, qui fut déchargé en 1637 [X, 348]. On doit englober peut-être dans la même famille Jeanne et Isabeau d'Espagne arrivant à Genève, de Beaufort en Dauphin é, en 1691, et assistées là d'un viatique de 2 écus pour les aider à gagner le Brandebourg.
Henri d'Espagne le père eut un autre fils, Jean, né à Mizoën en 1591 et qui suivit aussi la carrière pastorale. Il fut éminent comme pasteur et comme écrivain.
Admis au saint ministère en 1617, il est donné d'abord à l'église d'Orange et on le trouve porté comme tel sur la liste des pasteurs arrêtée au synode d'Alais, 1620. Il n'y était plus en 1626 et était passé en Hollande, où il desservait l'église de La Haye à l'époque du siège de La Rochelle (1628). Son zèle pour la défense de cette ville héroïque, boulevard du protestantisme français, enflammait ses auditeurs autant qu'il mécontentait le gouvernement hollandais, car le prince d'Orange passait pour avoir vendu à Richelieu sa complaisante neutralité. En outre, Jean d'Espagne, calviniste absolu, parlait hautement
contre les libéraux de ce temps-là, les Arminiens. La chaire lui fut interdite dans toute la Hollande, et il passa en Angleterre, 1629. En 1636, il revint à Orange où il resta une année et prêcha vingt fois, puis il retourna à Londres où M. de Soubize (Benjamin de Rohan) le retint comme ministre de sa maison, en lui permettant d'aller prêcher quelquefois au loin, dans diverses églises, et il resta auprès de ce seigneur jusqu'à la mort de celui-ci arrivée en 1642. Aussitôt il ouvrit un lieu de culte, à leur demande, pour les Français qui habitaient le quartier de Westminster, malgré l'opposition du consistoire de l'église de Londres, et s'y maintint comme pasteur d'une chapelle dissidente (en fait non en doctrine) que le comte de Pimbroke recueillit dans la chapelle de son hôtel de Durham, puis celle-ci ayant été démolie, dans la chapelle de l'hôtel de Sommerset, où il resta jusqu'à sa mort (Bull. VIII, 141), arrivée le 25 avril 1659 '.
Jean d'Espagne est l'auteur de nombreux ouvrages, généralement inspirés par un esprit curieux et critique, mais d'une érudition trop légère pour bien traiter les questions qu'il soulève.
I. Traité des anciennes cérémonies ou Histoire contenant leur naissance et accroissement, leur entrée en l'Église et par quels degrez elles ont passé jusques à la superstition ; par I. Despagne, ministre du S*-Év. en l'église de La Haye, Arnoult Meuris, 1629, in-12 non paginé. — Dédié au roi Charles I«r.
II. Anti-Duel, the anatomie, of duells with the symptômes thereof; Lond. 1632 in-4°. Il ne parait pas y en avoir d'édition française.
HÏ. Les erreurs populaires es poincts généraux qui concernent l'intelligence de la Religion ; La Haye, Théod. Maire, 1639, in-12 ; Gharenton, M. Mondière, 1643, in-12 ; La Haye, F. Verhove, 1661, in 12; Gharenton, 1668 ; Middelbourg, J. Misson, impr. des Estats de Zelande, 1662 ; trad. en anglais, Lond., 1648 in-8°. — L'édition de 1662 est dédiée au roi d'Angleterre Charles II.
» Voy. dans le BuU. (VIII, 373) l'épitapbe latine qui lui fut consacrée dans cette chapelle par son zélé disciple, éditeur de quelques-uns de ses ouvrages, le médecin Théophile de Qarcncilret.
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Sire, le feu Roy, Père de vôtre Majesté, daigna commander l'impression d'un manuscript qui estoit les prémices de ma plume, sur lequel il luy avoit pieu jetter les yeux. En quoy sa bonté Royale, eut plutôt esgard a mon zèle qu'à mon ouvrage. Celuy que 'ose mettre aux pieds de vôtre Majesté porte son rebut sur le front1. Mais la clémence d'icelle, qui daigne estendre la veiie sur l'Yssoppe aussi bien que sur les Cèdres du Liban, me fait espérer son favorable aspect. Le Seigneur Dieu vueille accepter vos oblations, faire florir vôtre Diadème et affermir vostre Throne comme celuy du Soleil.
Voici quelques-unes des erreurs qu'il veut signaler :
Premier erreur qui jamais nasquit entre les chrestiens (croire que S. Jean l'évangéliste ne mourrait point). Le diable faussement accusé de toutes les mauvaises pensées. Pourquoy certains articles de Foy sont plus faciles a notre créance que les autres. Pourquoy les révélations divines se communiquoient aux hommes dans leur sommeil. Pourquoy la figure corporelle de J.-C. n'est point dépeinte en l'Evangile. Pourquoy la vue des lieux saints en oste l'admiration. Que la science produit l'Athéisme. Pourquoy les doctes sont sujets à plus de doutes que le simple populaire. Tout homme a une opinion naturelle d'être sauvé par ses œuvres. Pourquoy les dogmes les plus énormes se retiennent plus opiniastrement que ceux qui sont moins absurdes.
Des similitudes étranges. De la science infuse. De ceux qui ne savent rien que par les livres. Des matières vulgaires dans les sermons. Etc. etc.
IV. La manducation du corps de Christ considérée en ses principes, La Haye, 1640, in-8° (dédié à Frédéric-Henri, prince d'Orange) ; Charente 1642, in-12; trad. en angl., Lond., 1652, in-8°. — t II a fort bien réussi, dit Bayle, à expliquer la doctrine de la communion eucharistique. •
V. L'usage de l'oraison dominicale maintenu contre les objections des novateurs de ce temps, Lond., 1646, in-12; trad. en angl., Lond., 1646, in-8°; autre traduct. anglaise, And. Symeon, 1702, in-8°.
VI. Nouvelles observations sur le symbole de la foy ou Première des quatre parties de la doctrine chrétienne; Londres, Th.
i Le mpt c populaires. »
Whitaker, 1647, in-8°. — Cet ouvrage et le précédent ont été réunis ensemble, trad. en anglais et publiés sous le titre qui suit :