‹ La France protestante (volume 2)Chapitre 18 sur 252 · VI · texte numérisé non relu

VI

ESPENCE

sitions, desquelles j'ai esté accusé et déféré envers ma bonne et fidèle mère, la Faculté de théologie, avoir dictes et preschées; pour remédier ausquelx scandales et mieux tollir et oster du tout à l'advenir selon mon pouvoir, avant que passer plus avant au présent sermon, j'ay délibéré, jouxte le bon conseil et advis de madite bonne mère la Faculté, de vous réciter et référer présentement lesdites propositions et icelles confesser et recognoistre estre dissonantes et répugnantes et scandaleuses à nostre saincte foi catholique, protestant de bonne foy qu'au cas que je les auroi ainsi dites et preschées que je vous les réciterai, l'auroi très-mal dit et presché témérairement et indiscrètement contre la vérité de nostre saincte foy catholique et doctrine de nostre mère saincte Eglise, mesmes tous ceux qui les voudroient (ainsi que vous diray) prèscher et soustenir et privément et publiquement, seroient meschans et schismatiques et annemis de nostre sainte foi catholique et de toute l'Eglise chrestienne, dignes dVtre punis comme telz selon toute rigueur de disposition de Droict. »

Quelles étaient donc ces propositions qui, au dire de Crevier, n'intéressaient pas la substance de la foi, et que d'Espence rétracta comme fausses ? Les voici :

I*9 proposition. Il nous faut premièrement addresser à Dieu qu'aux Saincts.

II. Dieu n'est point content si notre oraison n'est premièrement faicte à luy.

III. Il ne faut point des chandelles ni offrir aux Saincts. Voilà une pauvre femme qui n'a qu'un tournois ; elle le mettra en une chandelle et puis la porte à je ne scay qui. Tu en fais ton Dieu, chrestien : vat'en à Dieu, tu t'abuses.

Claude d'Espence avait dit encore ;

Censure de ces trois propositions.

Ces trois propositions sont fausses et scandaleuses, retractives de la Dévotion qu'on a eue et faicte aux Sainctz depuis la primitive Eglise jusqu'à présent, et qui telles les effermeront (affirmeront) feront scisme et division en l'Eglise.

Assertions contre les dites trois propositions.

Pourquoy au contraire je dy que c'est bien faict premièrement s'adresser au sainctz comme a nos intercesseurs et de ce Dieu on est bien content, car telles oraisons sont à Dieu agréables, suivant la coustume

de notre mère S**-Eglise, laq. s'adresse souvent immédiatement à la sacrée Vierge Marie, chantant : Régi n a cœli, Salve Regina, inviolata et autres antiennes, tant à elle qu'aux saincts, ausquels est aussi louable et bien faict porter oblations et offrir chandelles en protestation de foy et qu'ils sont intercesseurs pour nous envers Dieu.

IV. Pour garder les commandemens de Dieu, pour les bonnes œuvres, pour aller à confesse, tu ne seras point justifié ; car il n'y a que la seule foy qui justifie.

V. Soyez asseurez que quelques péchez qu'ayez faicts, tant grands soient-ils, croyez comme sainct Thomas soulement, ils vous sont pardonnez tous, et si vous mourez en ceste foy, vous yrez droict en paradis.

VI. Je n'approuve ne reprouve la confession auriculaire, laquelle peut estre appelée sacrement, si l'ordre de prêtrise est sacrement.

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