VII. Tu ne seras point justifié par la confession
VIII. Le pescheur ne peut satisfaire pour son pesché, car il n'y a que Nostre Seigneur qui peut satisfaire pour tous.
Et toutes ces propositions, ainsi qu'on peut le lire dans le vol. 137 de Du Puy, le môme docteur les reniait avec la môme coupable légèreté. Il s'était élevé avec non moins de force contre le jeûne du carême, c chose griève et à manière de parler insupportable ; » contre le célibat des prêtres, institué par gens lubriques et mal vivants, qui chargeaient les autres d'un joug qu'ils ne voulaient pas porter ; contre les ordres monastiques, contre les ornements d'église c qui seroient mieux employés aux pauvres. > Mais à quoi bon poursuivre? Nous ne rapporterons plus qu'une seule de ses propositions, parce qu'elle justifie la Réforme. « Depuis 400 ans, avait-il dit, le sainct Evangile n'a esté bien presché jusques à maintenant; mais seulement preseboient-ils ne scay quelle doctrine et philosophie humaine. » Attaquer les scolastiques, les saint Thomas, les Anselme, les Bonaventurel La proposition fut déclarée téméraire, fausse, schismatique et hérétique, et aux saincts docteurs et prédicants injurieuse.
D'Espence s'était soumis à l'humiliation qui lui avait été imposée, et cependant sa conscience semble n'avoir pas cessé de protester contre les abus de l'Église romaine. Dix ans plus tard, au mois d'août
ESPENCE — ESPÉRANDIEU
1553, invitée par le parlement à examiner plusieurs livres suspects d'hérésie, an nombre desquels se trouvaient la Paraphrase ou méditation sur F oraison dominicale (Lyon, J. de Tournes, 1550, in-16), et la Consolation en adversité, par Claude d*Espence, la Sorbonne releva dans ces deux opuscules plusieurs propositions obscures, ambiguës, erronées, captieuses, suspectes d'hérésie, et demanda qu'ils fussent supprimés. Quelques années après, le pauvre d'Espence, qui venait de jouer un rôle considérable au colloque de Poissy, fut forcé de rétracter les articles, qu'il avait proposés à Saint-Germain sur le culte des images. Mais- aussi n'avait-il pas poussé l'audace jusqu'à demander qu'on enlevât des églises les peintures de la Trinité et les images < en forme lascive, déshonnôte et étrange ; » qu'on défendit de les couronner, habiller, porter en procession, de leur offrir des vœux et des offrandes, de les encenser et saluer, de s'agenouiller devant elles, « ce qui est partie de l'adora* tion ; > qu'on les fit disparaître de dessus les autels et qu'on n'y laissât que la croix ? Malgré toutes ces rétractations, d'Espence retombait, à chaque nouvel écrit sortant de sa plume, dans son péché d'habitude. En 1565, il publia, à Paris, Sur la continence, un livre qui fut mis à l'index, parce qu'il y attaquait les vices du clergé, ce qui ne l'empêcha pas de renouveler ses attaques dans son Commentaire sur l'èpttre à Tite (Paris, 1568, in-8°) dont la lecture fut également défendue. On doit s'étonner que les inquisiteurs aient négligé d'inscrire dans l'index le Commentaire sur les èpitres à Tirnothée, qui méritait cependant cet honneur par les vives sorties que l'auteur s'y permet contre les prélats de l'Église romaine.
Si ces rechutes continuelles n'attirèrent pas à d'Espence de plus cruels châtiments, il faut l'attribuer sans doute à la faveur du cardinal de Lorraine, qui le tenait en si grande estime, qu'il le mena avec lui en Flandre, en 1544, et en Italie, onze ans après. On dit que pendant son séjour à Rome, il entra si avant dans les bonnes grâces de Paul IV, que ce pape, pour le retenir, lui offrit le chapeau de cardinal ; mais d'Espence préféra revenir dans sa patrie.
Cependant il faut attribuer aussi une bonne
partie de l'indulgence qu'on eut pour lui à ce qu'il prit quelquefois la parole comme un assez zélé Sorboniste. Le traité qu'il avait publié en 1565 lui attira une réponse acerbe de la part de quelque huguenot qui ne s'est point nommé. Ce fut l'occasion pour Claude d'Espence de publier un gros livre de près de 200 pages dans lequel il se démène en un style obscur et entortillé, mais semé de traits assez spirituels.
Je m'estois, dit-il, dès l'an 1562 excusé d'escrire de la Foy en françois, pour en estre l'escrit plus facile a calomnier qu'à imiter. Et voicy, comme je pense plus tost à tout autre cas qu'à combattre, un de ces prétendus reformez, par public escrit, mais sans nom, l'an 1565, m'assault, me deffie, me provoque (car pour moins d'outrages et mensonges bien on en vient aux mains et non seulement aux paroles) et ce en temps et aage, lequel jadis plus n'es toit subject à combat. Or outre que j'avois entre les mains autres argumens si avancez que je ne les pou vois bonnement ou laisser du tout, ou entremettre et discontinuer, mon naturel est si plain de Laisse m'en paix, que quelque lent et pesant soit aussi mon style, toutesfois j'ay plus mis de temps a délibérer qu'a respondre; a délibérer, dis-je, si je responderois ou me tairois, car l'homme ne philosophe pas moins en se taisant pour le temps qu'en parlant...
Cet ouvrage plein de détails piquants a pour titre :
Apologie contenant ample discours, exposition, response et deffense de deux Conférences avec les Ministres extraordinaires de la Religion prétendue réformée en ce Royaume, par M. Claude d'Espence, Théologien en l'Université de Paris. Paris, chez Michel Sonnius, 1569, petit in-8<> de 14 feuill. prélim., 752 p. et 12 feuill. de table.
D'Espense assista aux États d'Orléans ainsi qu'au colloque de Poissy, et mourut (de la pierre), en 1571. Ses Œuvres latines ont été publiées par Génebrard sous le titre : Opéra omnia qum supersunt ad* hue, Lutet. Paris, 1619, in-fol.
D'EsPENCE-Beauvau, II col. 160.
1. ESPÉRANDIEU, famille noble de l'Albigeois [Haag, IV 559]. — I. (Jbaw) Esperandieu ou Spérandieu, lieutenant principal au sénéchal d'Uzès, devint mat-
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tre des requêtes ordinaire de la maison et couronne de Navarre, par lettres patentes du 3 août 1605, et mourut le 24 mai 1626, à Page de 92 ans. Il avait épousé, i" janvier 4571, Marguerite, fille de Guichard Mercier, conseiller au parlement d'Orange, et de Firmine, fille de Mathieu de Bargeton, anobli par lettres pat. de sept. 1533. Elle lui donna quatre fils et trois filles : — 1° Louis, lieutenant principal d'Uzès, par résignation de son père, le 28 août 1609, juge mage de la môme ville, le 7 juin 1619, député par le bas Languedoc à l'assemblée politique de Grenoble, en 1615, avec Saint- Privât, de Serres, général à la cour des aides, Daniel de QaUières, consul de Montpellier Tannée précédente et trésorier de France, et le ministre Le Faucheur ; Louis épousa Marie de Rossel, le 13 février 1627, testa en 1630 et mourut, le 13 janvier 1634, à l'âge de 60 ans; — 2° Guillaume qui suit ; — 3° Henry, avocat, qui épousa Suzanne de Bret et n'eut qu'un fils, Jean, marié avec Espérance d* Noguier, mort sans enfant ; — 4° Jean II, avocat à Uzès, épouse Jeanne de Cléricy, et meurt en 1636 laissant : Jean- Louis, avocat, marié avec Eve de Boyer dont il eut Jean, sieur de La Baume qui épousa Suzanne Rouvière et mourut sans postérité en 1740; Guillaume, capitaine, tué en Catalogne, 1641 ; et Jeanne ; — 5<> Jeanne, épouse Honoré Martin, lieutenant principal en la sénéchaussée d'Uzès, le 12 oct. 1630 ; — 6<> Marie, épouse Firmin Pujolas, avocat de Nîmes, et meurt en 1676 ; — 7° Esthbr, qui épousa François Brouzet, avocat au sénéchal de Nîmes.
II. Guillaume, second fils de Jean, était seigr d'Aiguefonde, coseigneur d'Hautpoul et avocat. Il représentait le haut Languedoc, dans l'assemblée de Grenoble, et faisait partie de la Commission chargée de dépouiller les cahiers des provinces (Fonds de Brienne, n° 223). Alors premier consul de Castres, Guillaume fut député à la Cour afin d'éviter la suppression ou l'incorporation au parlem. de la Chambre de l'édit, incorporation que les conseillers de Toulouse avaient obtenue. Après une audience particulière, le roi lui accorda le maintien de la Chambre à Castres, par lett. pat. du 3 avril 1615. c Homme de mérite et de capacité, » dit Bouffard-Madiane, Guillaume devint le bras
droit du duc de Rohan pendant les guerres civiles de son temps. En récompense des services qu'il avait rendus pendant les négociations de la paix de Montpellier, il obtint l'office de lieutenant-général, civil et criminel et commissaire examinateur du sénéchal du Quercy. au siège de Montauban, vacant par la mort de Jean de Vi cote (lett. pat. du 20 oct. 1622 et 15 févr. 1623). Cependant, il n'exerça jamais cette charge qu'il vendit à Jean dEicorbiac.
Guillaume avait épousé Gabriel le, fille de Jean de La Castagne, avocat et de Catherine de Comte, et petite-fille de Bertrand, le 17 sept. 1605. Il mourut à l'âge de 61 ans, 28 février 1640, laissant deux fils et deux filles : 1° Jacques, qui suit ; — 2° Jean, seigr de Saint- Alby ; — 3<> Suzanne, qui épousa Antoine de Rotolp; — 4° Jeanne, mariée avec Jean de Thomas.
III. Jacques, sgr. d'Aiguefonde, coseigneur d'Hautpoul, avocat à la chambre de l'édit, fut secrétaire perpétuel de l'acad. de Castres, depuis sa fondation par Pélisson et autres. C'est à lui que l'on doit la rédaction des règlements de cette société au sein de laquelle il lut plusieurs poésies latines restées inédites et perdues sans doute ; mais qui n'étaient pas sans valeur, de l'avis de Pélisson. Jacques mourut à Castres, le 15 mai 1680. Il avait épousé Madeleine, fille de Salomon de Faure, conseiller à la chambre de l'édit et de Bernarde de Faure, le 16 mai 1641. De ce mariage naquirent treize enfants : 1° Salomon, qui suit ; — 2° Jean, bapt. le 1er déc. 1644 ; — 3° Suzanne, présentée au bapt. par Claude de Faure, conseiller à la cour, son oncle maternel, et par Suzanne d'Esperandieu, le 26 déc. 1645 ; — 4<> Jacques, sieur de Calmont, né le 6 janvier 1647, qui fut sans doute cet intrépide confesseur dont parle Haag. Il fut enfermé à Pierre-Eucise pour cause de religion, à l'âge de quatre-vingts ans ; — 5° Bernardine, née le 4 sept. 1648, épousa Jacques de Bissol, sgr. de Malacan ; — 6° François, sieur de La Cal m, né le 21 oct. 16 W ; — 7o et 8° Isareau et Jeanne, jumelles, nées le 4 fév. 1651 ; — 9° Marie, 6 mars 1654; — 10° Louis, sieur de Fontalba, bapt. le 26 nov. 1655 ; — 11° Madeleine, 3 mars 1657 ; — 12o Marie, 8 juin 1658 ; — 13o G abri elle, née le 25 juin 1663, au sujet de laquelle nous trouvons la note sui-
E8PÉRANDIEU — ESPÉROU
vante : « Ses deux frères, les sieurs
« de Cal mont et son fils, et le sieur d'Ai- « guefonde sont demeurés en France. »
IV. Salomon, sgr. d'Aiguefonde, naquit à Castres, le 8 novembre 1643. On trouve sur son compte, vers 4700, le rapport suivant aux arch. de l'Hérault : c Salomon d'Espérandieu, sgr. d'Aignefonde et cinq enfants dont l'aîné avec le père, étant catholiques ambigus pourraient entreprendre quelque chose contre le service du roi ou accorder retraite aux mal intentionnés. Les autres enfants sont en bas âge. Le château d'Aignefonde est bien bâti, élevé au-dessus du village de ce nom lequel est composé d'une vingtaine de familles de nouveaux convertis. Sa femme et sa belle-sœur sont très mal intentionnées et ont beaucoup de relations à Castres par leurs alliances, et au Pont de l'Arn avec la
maison de Villette-Montlèdiè
Salo-
mon avait épousé Marie de Rossel. L'ainé de leurs enfants, Pirrre, sgr. d'Aignefonde, épousa Anne de Rotolp, et eut à son tour : 1° Je an-Louis, sgr. d'Aignefonde, né le 10 nov. 1714 ; — 2o Louis- Gédkon, sgr. de Saint-Sauveur; — 3° Pierre, sgr. de Saint-Alby, héritier universel de Jean d'Espérandieu, écuyer, sgr. de La Baume, coseigneur du mandement d'Aigalliers, habitant d'Uzès, lequel faisant son testament, le 17 déc. 1727,
dit : « j'accomplis ainsi la volonté de
t Louis d'Espérandieu, juge-mage, afin c que le d. de Saint-Alby puisse faire son • séjour dans la ville d'Uzès où nous < avons subsisté près de cinq siècles... » — Jean-Louis, sgr. d'Aiguefonde, avait épousé Renée de Chauve t, dont il eut autre Jean-Louis, le 1er mars 4749, et Renée qui épousa Jean de Mauriès, sgr. de Laboutarié, de Réalmont.
V. Jean, sgr. de Saint-Alby, second fils de Guillaume, faisait partie de l'acad. de Castres, et mourut le 24 oct. 1652. Il avait épousé Esther de Clôt qui lui donna :
1 Woj. 1m dispositions hostiles manifestées par toute la famille après la oonversion forcée et constatée par le rapport de l'intendant en 1686. Bull, t XXIX, p. 216, 224, 351. Un d'eux, Espérandieu d'Aigaliers, arrêté dans une assemblée religieuse, en 1686, fut enfermé au château de Pierre Eacise, où il mourut huit années après, âgé de 80 ans (M 1439, TourUt).
lo Madeleine, présentée au baptême par Jacques d'Espérandieu et par Madeleine de Curvallê, 24 mars 1643 ; — 2° Jacques, présenté au bapt. par Jacques Portes et par Madeleine de Faure, femme de Jacques d'Espérandieu d'Aiguefonde, 2 mai 1651. — Jean eut, croyons -nous, un autre fils qui, vers 1700, résidait à Saint-Alby, « château de q. q. défense qui pourrait servir à de mauvais desseins contre le service du roi ; mais ce n'est pas un homme remuant > (Arch. de l'Hérault, C. 273).
Il a été dit un mot ci-dessus (t. I, col. 54), des seigneurs d'Aiguefonde et de leur dernier représentant (Pradbl).
2. ESPERANDIEU, ministre député à l'assemblée politique de Montauban, 4584. — (Olivier), de Nîmes, assisté à Genève avec sa femme et 2 enf., 4690. — (Marie), t de Nismes, venant de Haarlem, allant retrouver sa mère à Genève, » assistée à Lausanne, 1694. — (Isaac), de La Baume, est porté dans l'«État des gens qui sont partis de Valabrège avec Cavalier, » en 1704. Son nom est marqué d'une croix comme l'un des plus dangereux camisards (Dépôt de la guerre, 1799, p. 214).
ESPÉROU (Bertrand), notaire de Castres, échangeait à l'occasion la plume contre l'épée. Grâce à lui, les troupes du capitaine de BoufTard-Lagrange s'emparèrent de Burlats, en 1573. Il faisait partie des treize braves qui entrèrent les premiers à Castres, l'année suivante (Mèm. de Gâches). Nommé syndic de la ville quelque temps après ce fait d'armes, on le retrouve signalant aux États du diocèse t plusieurs « hérésies meschantes et damnables septes « qui commencent à pulluler entre aucuns « desvoyés de la droite religion, se nom- « mant Déistes, mesmes devers le valon « de Sainct- Amans et Hautpoulois,... »
45 juin 1576. — Le chef de cette curieuse secte éclose dans ce coin du midi, était ce Ch. de Belle fleur dont nous avons parlé en son lieu (ci-dessus t. II, col. 223). Ajoutons ici que Bellefleur 4 de notre article n'est autre que le précepteur des enfants de Sauveterre, Bellefleur 3, dont nous ignorions l'identité. Il porte la qualité de « docteur en droit de Castelnau- « dary » dans l'acte qui le nomme prévôt du diocèse de Castres, en 4570 (Arch. du Tarn, C 1012 et 1015). Il s'intéressa vivement au poète Auger Gaillard, poursuivi,