FROMENT
d'injures les prédicateurs de l'Évangile. Dès lors il demeura dans la ville, avec Farel et Viret, sons la protection des ambassadeurs de Berne et prit part aux controverses qui aboutirent à l'adoption de la réforme par les Genevois en 1535. Il y devint en 1537 l'un de leurs pasteurs et fut chargé de l'église de Si-Gervais; mais il la quitta dès le mois de septembre suivant, ayant été envoyé à Thonon pour y seconder le pasteur Christophe Fabri dit Libertet. Il s'était marié, en 1533, avec une veuve distinguée, Marie d'Ennetières ou Dentière, dont nous avons fait ci-dessus l'histoire (V, 238), mais quoiqu'ils fussent tous deux très ardents pour la religion, le mari ne fit pas beaucoup honneur aux fonctions pastorales. Ses premiers succès de prédicateur étaient plutôt l'effet de l'ardeur juvénile que d'un grand fonds de savoir et de piété. Farel, Viret, Calvin, dans leur correspondance l, se plaignent amèrement de lui, de ses prétentions exagérées en matière de théologie, de son esprit brouillon, de son peu d'instruction première et de sa mauvaise tenue9. Réduit aux abois par la pauvreté, il avait ouvert à Thonon une boutique d'épicerie, ce qui choqua tellement que bien des années plus tard, en 1564, Calvin disait, dans une de ses allocutions : « Ensuite, il y avoit ce beau preschcur Froment qui ayant laissé son devantier [son tablier], mon toit en chaire, puis s'en retournoit en sa boutique où il jasoit ; et ainsi faisoit-il double sermon *. » En effet l'on a une lettre adressée au Consistoire de Berne par
1 Farel à Calvin, 14 oc t. 1538 : Frumentus parum prudens et parum sollicitas de ecclesia.
— Farel A Libertet, 11 avril 1539 : De Frumento audimus parum grata... At tanti nos fecit satis contemptim habens onines undô oflendantar. Dominus ipsum dirigat ; sane opus habet insigni admonitione. — Farel à Calvin, 6 fév. 1540 : Triticeut noster p ri mus domi post uxorem in lo~ linm dégénéra vit ; videntur hostium more agere.
— Calvin A Farel, 11 août 1547 : Frumentus atrociter me laesit. — Réponse de Farel : Frumentus indoctus... imô quum in uxoris sit protestate. — Calvin à Viret, 19 août 1542 : 11 a été tellement transporté d'avoir été admis en présence de la reine (Marguerite de Navarre, à Lyon) qu'il me paraît, avoir totalement perdu le peu de cerveau qui lui restait.
1 Bien d'autres traits sont épars dans leur correspondance. Voy. notamment l'année 1540, Opéra Calv. Brunswic. ; Thttaurus eptslolicus.
9 Cette curieuse lettre a été publiée par
les pasteurs de Thonon, au mois de décemb. 1541, dans laquelle ils dépeignent avec une indignation débordante l'avidité mercantile, tout-à-fait compromettante, de leur collègue qui s'est fait, disent-ils, marchand d'huile, maltâtier et accapareur de vins. Cependant après Thonon, Froment desservit l'église de Massongier près Donvaine, en Chablais, et il occupait encore ce poste en 1548, mais toujours médiocrement content et en médiocre estime (voy. ci-dessus t. V, col. 247-48). Enfin il abandonna la carrière ecclésiastique et se retira à Genève pour trouver quelque moyen honorable d'existence. Précisément, l'historien officiel de la république, Bonivard, avait alors besoin d'un aide pour la transcription de ses Chroniques et il indiqua Froment au Conseil qui l'accepta, 1549.
On lui alloua un logis et un modeste gage de deux écus par mois pour ce travail qui l'occupa durant près de cinq années. En 1553, il se fit recevoir au nombre des notaires publics de Genève et les Genevois lui firent hommage en même tempe de la bourgeoisie gratuite, « attendu qu'il a esté c un des premiers ministres à prescher la c parole de Dieu. » Cependant il trouva moyen, dès l'année suivante, de mécontenter gravement les magistrats. Sa collaboration aux travaux de Bonivard l'avait amené à rédiger lui-même, de l'assentiment de ceux-ci, une Chronique des * Actes et gestes merveilleux de la cité de Genève » que, malgré ses instances, la prudente république ue se souciait pas de laisser imprimer. Il pensa enlever l'autorisation en publiant de suite une sorte de prospectus de l'ouvrage sous ce titre :
Deux epistres prèparatives aux histoires et Actes de Genève : L'une dédiée mu Sénat ; Vautre, exhortatoire à tout le peuple de Genève. Composées par Antoine Froment. A Genève, de l'imprimerie de Jean Gcrard; 27 feuillets format in-18, non paginés.
ir* épitre (4 pages '/») A très magnifiques, redoutez et puissants Seigneurs messieurs les Sindiques et Sénat de Genève, vostre obeyssant suject et humble bourgeois Antoine Froment, salut et honneur. Ayant reçu commandement de vous, très honorex seigneurs, de rédiger en escrit les faicts et
M. Herminjard, Çorretp. de* RêJ.t en françaif VI, 401 et en latin, VII, 381.