‹ La France protestante (volume 2)Chapitre 208 sur 252 · PUS1ER · texte numérisé non relu

PUS1ER

FUZY

32 an», a rendu d'importants services à ses concitoyens par la sagesse de son administration, comme par l'habileté dont il fit preuve dans les négociations dont il fat chargé. Il avait atteint l'âge de 86 ans lorsqu'il fut assassiné en 1732. On lui doit une Collection des statuts de Mulhouse et une Continuation de la Chronique de Pétri.

FCSIER on Fmder. Pierre Fuzier, de Cannes, étudiant à Genève (Petrns Fnziems caunensis aquitanus), janv. et à Lausanne, août 1 678; Jean Fusier, du Rouergue, réfugié à Magdebourg, 4700; (Catherine), de Beaumont en Daupbiné, assistée à Lausanne, 1690; (Suzanne), de Valence, assistée à Genève, 1708. — Pierre Fusillât, de Vans en Languedoc, assisté à Genève, avec femme et enfant, 1693. — Jehan de Fussemaigne, secrétaire de M»« d'Apchon, natif de Rochetaillier en Forest, et demeurant à Paris au logis de lad. dame, amené prisonnier à la Conciergerie pour hérésie et pour n'avoir vnidé la ville suivant l'édit du Roi ; libéré le lendemain 11 fév. 1568. — La veuve de Samson Fuxille, de Bonne en Champagne, réfugiée à Berlin, 1698.

FUZY ou Fusi (Antoine), né à Nancy [flaag, V 188] dans une famille noble et catholique, fit ses études à l'université de Louvain vers 1590 à 1595 (voir son Franc-Archer, p. 870) et se fit admettre dans l'ordre des Jésuites, puis obtint le grade de docteur en Sorbonne. De là il s'éleva successivement aux titres de protonotaire apostolique, prédicateur et confesseur de la maison du roi, enfin de curé d'une paroisse de Paris, celle de Saint- Barthélémy et de St-Leu-St-Gilles. Mais il se prit de querelle avec les marguilliers de cette église, principalement avec un M. de Vivian, maître des comptes; il y eut procès entre eux et combat de factoms violents (1689 et ann. suiv.). On l'accusait de penchants hérétiques, de mauvaises mœurs et d'avoir un enfant; mais cette seconde imputation était faiblement articulée au regard de l'autre :

Il y a plus de 16 ans [c'était donc en 1602 ou 1603] que ce misérable semoit une hérésie dans l'Eglise, mesme durant qu'il avoit charge d'âmes, laquelle estoit touchant les enfants morts-nais décédez sans baptesme ; soutenant avec un ou deux de ses collègues que les Ames des dits enfants

morts-nez n'estoient aucunement privez de la vision beatifique de Dieu, pour ce qu'estant baptisez, disoit-il, in fide parentum, ils estoient habiles à hériter la gloire, hérésie de Calvin, de Du Moulin et de tous les hérétiques en général, condamnée par l'Eglise assemblée, et convaincue de faux par la Parole de Dieu couchée au chap. 3 de S. Jean : « Quiconque ne sera régénéré par l'eau et le saint Esprit ne peut entrer au royaume de Dieu. » Voy. ci-après La banqueroute de M* A. Puzy, p. 5.

En outre ce curé n'aimait pas ses anciens confrères, les Jésuites. Il refusait de les laisser monter dans sa chaire et disait t qu'il perdroit plutôt sa cure que d'endurer un Jésuite prêchant dans son église » (Lestoile). Aussi les Jésuites surent-ils agir dans son procès, commencé en 1609. L'année suivante, après l'assassinat de Henri IV, il ne se priva pas de faire dans ses sermons des allusions, qui en paroles couvertes et toutefois intelligibles, désignaient comme les instigateurs du forfait les Jésuites et tous ceux qui à leur exemple soutenaient la suprématie du Pape sur les Rois, t Je fis, dit-il, près de

• 140 prédications après iceile mort, qui « ne concluoient qu'à machiner des ob-

• stades pour à l'advenir obvier à tels es- « clandres. » En 1611 et 1612 il aggrava sa situation en prenant parti contre la compagnie de Jésus dans la guerre que celle-ci fit alors au célèbre théologien Edmond Richer qui s'était déclaré, contre elle, le champion de l'université et du parlement.

Il faut tenir grand compte du sentiment de Pierre de Lestoile qui connaissait Fuzy personnellement et qui déclare l'avoir c toujours reconnu pour honnête homme. » Mais il n'en perdit pas moins son procès contre les marguilliers de sa paroisse. Le maître des comptes, Vivian, qu'il avait personnellement pris à partie, obtint contre lui un décret de prise de corps par lequel il le fit arrêter, 12 juillet 1612, et enfermer au grand Châtelet. L'affaire fut portée à l'officialité, qui prononça une sentence par laquelle il fut interdit de toute fonction ecclésiastique, privé pour toujours du pouvoir de dire la messe et condamné au bannissement II en appela au métropolitain, l'archevêque de Sens, qui le condamna de nouveau, puis à l'ar-

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chevôque de Lyon, primat des Gaules; mais il perdit encore une fois sa cause (46 mars 1615), après avoir été obligé pour être admis à la soutenir de garder chaque fois la prison. Il eut ainsi quatre ou cinq années d'emprisonnement à supporter (Voy. Niceron et Moréri). On lui conseillait d'en appeler à Rome, mais il s'en abstint de peur de l'Inquisition, disant, suivant le voyageur La Boullaye le Goux qui le connut beaucoup, qu'il ne fallait qu'on petit fusil pour allumer du bois.

Cet échec définitif le décida. Au lieu de se retirer dans quelque couvent et d'y passer sa vie dans la pénitence, seule ressource qui restât à un prêtre dégradé, s'il eût été vraiment catholique, il préféra donner carrière aux inspirations hérétiques dont son esprit des longtemps était hanté. On a vu l'horreur qu'avaient excité, en 1603, ses idées particulières sur le baptême. L'année d'après, il avait dû, comme docteur de Sorbonne (c'était leur charge à tour de rôle) assister et catéchiser un pauvre tondeur de draps de Lyon, nommé Potsarin, qui fut pendu comme hérétique en place de Grève, le 17 juillet 1604. Monté sur l'échelle fatale, le martyr repoussa rudement les convertisseurs qui s'empressaient encore, en leur criant « arrière Satan ) » puis tirant de ses chausses un psautier, il entonna le psaume VI et le chanta 1 tranquillement jusqu'à la fin sans que personne parmi la foule s'élevât pour le faire cesser, t Ce que chacun trouva étrange, » ajoute Pierre de Lestoilc qui raconte le fait. Et Prosper Marchant, qui le répète, observe judicieusement : • Une t pareille circonstance a très bien pu port ter Fuzy à rechercher les raisons d'une « semblable fermeté. »

C'est à Genève qu'il les trouva. Il s'y retira vers l'an 1616. En l'année 1619 il y publia son volumineux facium, Le francarcher ; il s'y maria le H juillet, et le 20 nov. suivant, il fut l'objet d'un décret par lequel la Sorbonne le raya du nombre de ses membres 2. Les Genevois lui firent un

1 Lestoile dit : < Il se prit a chanter le psaume VI, Ne veuilles peu, à Sire, etc. et le chanta tout du long. » — Conf. ci-dessus, col.

* La déclaration et l'arrêt de la Sorbonne de Paris, faite en l'assemblée générale de tous les docteurs contre les impiétés de M. Ant. Fusi,

accueil très favorable. Il y entra par son mariage dans une très bonne famille, originaire de Blois. Le contrat porte que : Noble et spectable Anthoine fils de feu Pierre Pusy, natif de Nansy en Lorraine, habitant de Genève, épouse Elisabeth, fille d'honorable Isaac Janvier l citoyen de Genève et de deffuncte Elisabeth Roset sa mère, assistant au contrat ses deux oncles maternels noble Daniel Roset seigneur conseiller de ceste cité, seigr de Chasteanvieux, et Michel Roset procureur général (P. de Monthoux, not., II, 188). Sa femme avait alors 44 ans, à peu près comme lui •. Il reçut, gratuitement, le titre de bourgeois de Genève, le 23 juin 1690; mais il ne fut point appelé à exercer le saint ministère dans le pays. Ce fut loin de là, à Romainmotier (Vaud) qu'il devint pasteur; nous l'y trouvons établi dès l'année 1625 (Phil. Blonde], not., III 133); il mourut sur la fin de 1628. Son bien et celui de sa femme étaient fort médiocres, car de leurs deux enfants, la fille, Catherine, mise en apprentissage à 13 ans « comme faiseuse de cornettes et autres diverses coiffures de femme » (P. Jovenon, not., VIII 966), épousa, vers 1638 (P. Gantier, not., X 57) un horloger nommé J.-B. Du Boule, et le fils, Pierre Fuzy', fut au même âge que sa sœur mis en apprentissage chez un lapidaire (ïs. de Monthouz, not., Vil 240). Une partie de leur fortune

1619, in-8°, 13 p. avec le texte latin du décret (Moréri). — Arrêt du parlem. du*21 joill. 1612 et autres procédures contre inessire Ant Fosy ; Paris, 1620, in-8° (Lelong, IV 5945). — Arrêt de la cour de parlem. contre M* Ant. Foiy, A Paris, pour Ant. du Breuil, rue de la Pelleterie, aux Singes, 1620, in-8°, 15 p.

1 Elle avait un frère, Michel Janvier, pasteur en Dauphiné, a Roybon en 1630 et & Beau repaire en 1638.

* Le Père Niceron est bien mal informé lorsqu'il dit : A Genève, « il s'y maria d'abord et épousa une fille âgée de 25 ans, qiû étant morte en travail, il en épousa une antre de 17 ans. » Elisabeth Janvier mourut en 1675, & 90 ans. Mais Niceron n'a fait que copier on très mensonger commentaire ajouté à la suite de l'arrest de la Cour de parlem. imp. à Paris pour AnL dn Breuil, 1620. — La seule accusation saisissable articulée contre Fusy dans ces procédures est qu'il avait surchargé et dénaturé cinq actes de baptême sur les registres de sa paroisse.

8 Le voyageur La Boullaye le Gouz raconte que ce fils étant a Constantinople se fit Tare, & la suite d'un crime, pour échapper à la juridiction du consul de France.

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