‹ La France protestante (volume 2)Chapitre 21 sur 252 · V. Dictionariolum puerorum, in hoc · texte numérisé non relu

V. Dictionariolum puerorum, in hoc

nudœ tantùm, purœque sunt dictiones, nullo loquendi génère adjecto : ut indè sibi à teneris exempta sumant ad declinandum pueri simulque propriam vocum significationem paulatim discant, Paris., ap. R. St., 1542, 15 julii, in-4° ; plus, fois réédité et augm., sous un titre modifié, et notamment en 1557, à la demande de Mathurin Cordier, in scholae Lausannensis potissimùm gratiam.

VI. Les mots françois selon r ordre des lettres, ainsi que les fault escrire, tournez en latin pour les enfants, Paris, Robert Estienne, 1544, 15 mars, in-4° ; plus, fois réimp. et notamment en 1557, « adjoustant les mots et manières de parler françoises qui défailloyent. >

VII. Ad censuras theologorum Parisiensium, quibus Biblia à Rob. Stephano typographo regio excusa calumniosè notârunt, ejusdem Rob. Stephani Responsio, [Genève] Oliva R. St., 1552, 23 junii, in-8° ; trad. en franc, par Fauteur lui-même, sous le titre : Les censures des théologiens de Paris, par lesquelles ils avoyent faulsement condamné les Bibles imprimées par Rob. Estienne, imprimeur du roy, avec la Response d'iceluy Rob. Estienne. Traduictes de latin en françois, L'Olivier de Rob. Est., 1552, le 13 de juillet, in -8°.

VIII. Evangelia Matlhmi, Marci, Lucœ et in eadem commentarii à Stephano Roberto ex Scriploribus Ecclesiasticis collecti. Novœ glossx ordinariœ Spécimen, authore Rob. Stephano. [Andréas Osiandri] Harmonia Evangelica, [Gène vse] Oliva Rob. St., 1553; ibid., jan.. in-fol.; trad. en franc, sous le titre : Les Quatre Evangèlistes, avec une Exposition continuelle et familliére recueillie des expositions des plus sçavans docteurs ecclésiastiques, par laquelle on peut voir combien les Gloses ordinaires et PostiUes, que, le temps passé, on a baillé au peuple chrestien en lieu de l'Evangile, Vont esloingné et destourné de Jésus- Christ, et en quelles ténèbres on l'a mené, [Genève] L'Olive de R. Est., 1554, in-fol.

IX. Ambrosii Calepini Dictionarium, quarto et postremo ex Roberti Stephani latinx linguse Thesauro auctum, 1553, et à la fin : Ëxcudebat Rob. St. in suâ off., cal. jan. 1554, 2 vol. in-fol.

X. Concordantiœ Bibliorum utriusque Testamenti, novœ et intégra, quœ rêvera Majores appeUare possis, ab integro ex ipso

textu excerptWy ac multis partibus auctiores iuperioribtu, Oliva Roberti, 1555, 7 cal. feb. in-fol.

XI. Traité de la grammaire françoise [1557]. L'olivier de Robert ; réimpr. des Tannée suivante, et traduit en latin par son fils Henri.

III. Henri Estienne, deuxième du nom, naquit à Paris en 1528, et mourut en voyage, à Lyon, en mars 1598. Henri H continua son père : même dévouement aux lettres, môme ardeur à l'étude ; la gloire de l'un et de l'autre fut égale. Des son jeune âge il annonça des dispositions remarquables. Ses jeux d'enfants étaient déjà des travaux d'érudit. H lui suffît d'entendre un jour déclamer dans son école la Médée d'Euripide, pour être pris d'un violent amour pour cette belle langue grecque si mélodieuse et si suave, « non solùm inusitatus, sed praeposterus et praecox amor. > Il fallut que son père consentit à ce qu'il commençât ses études par cette langue préférablement au latin. Les succès répondirent à son ardeur ; en peu de temps, il fut en état de remplir son rôle dans les exercices dramatiques de ses compagnons d'étude. Cette passion du grec ne le quitta plus. Les savants hellénistes Pierre Danès, Jacq. Toussaint, Adrien Turnèbe, achevèrent ce qui avait été si heureusement commencé. La passion du jeune écolier pour le grec s'étendit jusqu'aux caractères graphiques de cette langue. Il acquit, dans le tracé de la lettre, une telle perfection qu'on suppose qu'il reçut des leçons du célèbre Ange Vergèce, calligraphe de François Ier. Ses autres études ne furent pas non plus négligées. Une conception prompte, une mémoire heureuse, une ardeur infatigable, telles étaient les qualités qui dominaient en lui et qu'il faisait servir à son insatiable besoin d'apprendre.

En un mot, Henri Estienne était une de ces têtes puissamment organisées, capables de tout embrasser, et à qui le temps seul a été mesuré. Il était à peine dans sa 17 me année, lorsque son père lui confia le soin de collationner le texte grec de son édition de Denys d'Haï icarnasse. A l'âge de 19 ans, il entreprit de visiter les plus importantes bibliothèques de l'Europe, pour mettre le sceau à son instruction. Il visita les principales villes de l'Italie, conférant avec les savants, et recueillant auprès

d'eux et dans les bibliothèques toute sorte de richesses. Après environ deux ans d'absence, il revint [1549] chargé de dépouilles. D'autres pays, riches en manuscrits, restaient encore à explorer. A peine de retour, il repartit pour l'Angleterre. On dit que le roi Edouard VI , qui n'était pas sans lettres pour un enfant et surtout pour un souverain, lui fit le meilleur accueil. Puis il continua son voyage par la Flandre et le Brabant, où il apprit, en passant, la langue espagnole. Ce fut à Louvain qu'un Anglais lui communiqua un manuscrit des poésies d'Anacréon, par la publication desquelles il devait inaugurer sa carrière de critique. A son retour à Paria, il trouva son père sur le point de s'expatrier. Quelque regret qu'il dût éprouver de renoncer à sa ville natale, le vif amour qu'il portait à son père ne lui permit pas de balancer; il l'accompagna dans son exil. Peu de temps après leur installation à Genève, il retourna en Italie, travailla quelque temps à Venise dans l'imprimerie des Manuce, et revit Rome et Naples, butinant en tous lieux comme l'abeille. Dans cette dernière ville, il eut l'occasion de rendre à notre ambassadeur à Venise, Odet de Selve, un service d'une nature politique qui eût pu le compromettre gravement. Nous étions alors en guerre avec Charles-Quint. Sur le point d'être reconnu par une personne qui l'avait vu à Venise chez l'ambassadeur, il se tira de ce danger en lui parlant italien avec une telle perfection que son interlocuteur crut s'être mépris. Non seulement Estienne s'était familiarisé avec la langue du Dante, mais il en parlait différents dialectes. De retour à Venise, l'ambassadeur fut tellement satisfait du succès de sa mission, qu'il l'admit dans son intimité. Sans doute l'agrément de son commerce y fut aussi pour quelque chose. En 1555, Henri se trouvait à Genève, où il épousa Marguerite Pillot (dont il dénature le nom dans son Epicédion, en le traduisant par Pilonia), une des filles de sa belle-mère. Il vécut heureux avec elle pendant neuf ans. On peut supposer que, dès cette époque, son père se l'associa dans son imprimerie, en lui confiant plus spécialement la publication des ouvrages grecs. C'est ainsi que nous nous expliquerions la qualité de typographe qu'il prend dès 1557. L'année suivante, il se qualifiait de

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typographe de Huldrich Fngger. On sait que ce riche wurtembergeois consacrait une partie de son immense fortune aux progrès des arts et des lettres. Sa collection de manuscrits anciens était très riche. Il Ja mit à son service, lui vint plusieurs fois en aide par des prêts d'argent, et de plus, il lui faisait une pension, très modique il est vrai, si Ton devait en croire les commérages du Pithœana. Henri II continua à prendre le titre de typographe de Huldrich Fugger ou des Fugger jusqu'en i568, époque à laquelle la famille du grand capitaliste parvint, à force d'obsessions, à faire supprimer la pension. Dans un recueil de lettres de H. Estienne publiées, en 4830, par M. Passow de Breslau, on en trouve plusieurs relatives à des débatB d'argent avec les Fugger qui refusaient d'acquitter les libéralités de leur parent.

En 4559, Henri, en vertu des dernières dispositions de son père, rat mis en possession de l'établissement typographique fondé par celui-ci.

Son activité comme imprimeur passe toute croyance. Ses savantes publications se succédaient coup sur coup. Elles suffisaient presque pour alimenter ses presses. Mais il arriva par cet excès de travail que ses forces s'épuisèrent et qu'il rat frappé d'une espèce de paralysie dans la plus chère de ses affections, celle des lettres grecques. Plusieurs fois dans sa vie si laborieuse et si agitée, il éprouva les mêmes symptômes d'apathie et de dégoût pour tout ce qui faisait auparavant ses délices. Son amour de l'étude était une fièvre qui le dévorait. Après quelque temps de repos, son abattement cessait, et sa fièvre le reprenait. La vie d'un savant est tout entière dans ses livres, les événements y sont rares. Cependant les démêlés que son père avait eus avec la Sorbonne, Henri les eut presque pareils avec le Consistoire de Genève. Plus d'une fois il fut tancé et réprimandé. C'est ainsi que le 6 fév. 1570, on lui interdit la Cène pour avoir publié, sans le congé des magistrats, un livre d'épigrammes, probablement ses Epigrammata grœca selecta ex Anthologie. Le 31 août seulement, et sur sa demande, la Cène lui rat rendue après admonition.

Henri était coutumier du fait. Son Apologie pour Hérodote (1556) lui avait déjà attiré les mêmes censures. Seulement, dans

ce cas-ci, le Consistoire avait de très justes griefs ; l'immoralité de la forme n'est pas moins pernicieuse que l'immoralité du fond. S'il est vrai, comme Henri l'objectait pour sa défense, « que les ministres sont bien contraints de dire en chaire beaucoup de choses pour reprendre les vices, > nous pensons qu'ils ne doivent pas le faire en termes malséants. Henri dut faire subir plusieurs changements à son édition originale. Mais, en 4578, l'affaire fut plus grave. Il avait été assez osé, après le vu des censeurs, pour faire quelques additions à ses Dialogues du nouveau langage françois italianizé. Le 41 sept., il rat mandé à la barre du Conseil. Prévoyant sans doute que l'affaire pourrait prendre une fâcheuse tournure, il jugea prudent de s'éloigner et se rendit à Paris, où il passa dix-huit mois. Le roi Henri III, qui l'avait en grande estime et se plaisait dans sa conversation, s'employa par l'intermédiaire de son agent à Genève, pour adoucir MM. du Conseil, et lui obtint un sauf-conduit. Après bien des démarches et des longueurs, le 12 avril 4580, Henri comparut devant le Conseil. Il fit observer pour sa justification que ce qu'on avait trouvé de répréhensible dans son livre était mis dans la bouche d'un interlocuteur dont il réfutait l'opinion, et quant aux trois passages qu'on avait condamnés, il montra qu'il les avait supprimés. Ses raisons ne paraissent pas avoir persuadé ses juges, car ils prononcèrent la saisie du livre incriminé. On devrait croire qu'après cette exécution, la justice rat satisfaite, mais il n'en est rien. Le 12 mai, Henri fut de nouveau cité devant le Consistoire. Dans sa défense, il se montra « du tout enflé et présomptueux. » Mais ce qui blessa très justement les ministres, c'est qu'il s'oublia jusqu'à leur dire qu'il voyait bien que, pour leur plaire, il fallait être quelque peu hypocrite. Après l'avoir censuré et excommunié, le Consistoire le renvoya devant le Conseil qui le condamna à la prison. En même temps, il rat exclus du Conseil des Deux-Cents, où il était entré en 1567. A deux reprises différentes, le 3 et le 20 juin, le résident français écrivit au Conseil pour obtenir son élargissement. Ses démarches paraissent avoir eu quelque succès. Du reste, Estienne se soumit aux exigences du Conseil, car nous le voyons de-

mander, le 1er août, l'autorisation d'imprimer son Juris civilis fontes et rivi, ce qui fat accordé à condition qu'il en soumettrait les épreuves à un ministre au fur et à mesure du tirage.

Le séjour forcé que Henri fit à Paris, fut l'occasion de la composition d'un livre de quelque valeur pour l'histoire de la langue française, le Projet du livre sur la prècellence de notre langue sur toutes les autres, la grecque exceptée. Un jour que Henri IH lui avait entendu développer cette thèse avec sa séduction ordinaire, il l'invita à mettre ses idées par écrit. Gomme Estienne s'en excusait sur ce qu'il n'avait pas avec lui ses livres et ses papiers, eh t quoi, lui objecta le roi> ta tête est-elle aussi restée à la maison? Piqué d'honneur, il promit donc, et trois mois après, le livre était composé et imprimé. Ce n'était qu'une ébauche, mais S. M. en fut très satisfaite, et elle fit délivrer à l'auteur un mandat de trois mille livres. Or voici ce qui arriva de cette gratification. L'Estoile confirme le fait dans son journal. Lorsque Estienne se présenta pour toucher cette somme, le trésorier, en homme habile, ne consentit à acquitter les libéralités du monarque qu'à la condition qu'on lui en abandonnerait la moitié. Estienne se récria. Soit 1 répondit le financier, vous pourrez vous en repentir. Et en effet il s'en repentit. Car, à quelque temps de là, s'étant de nouveau présenté chez notre homme de finances dans l'intention de s'exécuter s'il persistait dans ses idées de rapine, il lui fut répondu qu'il était trop tard. De son côté, l'honorable trésorier avait capitulé avec le peu de scrupules qui lui restaient, et toute la gratification royale était passée à son profit. Les libéralités de Henri in ne se bornèrent pas là. A la date du 12 août 1579, ce prince lui accorda un brevet de trois cents livres de pension « à prendre par chacun an par les mains des trésoriers des Ligues pour lui donner tant plus de moyen de s'entretenir, en considération des services que luy et ses prédécesseurs lui avoient cy- devant faits, comme il espéroit qu'il continuerait à l'avenir tant du costé de Suisse que ailleurs, selon que les occasions s'en pourraient offrir. > Cette pension eut à peu près le sort de la gratification, elle fut très mal payée; mais la bonne intention reste et

nous devons en tenir compte au souverain.

Après la publication du Thésaurus, une nouvelle ère semblait commencer dans la vie de Henri. Mais, soit que cet effort l'eût épuisé, soit que le dérangement de ses affaires (celte immense entreprise l'avait presque ruiné) lui fit rechercher la distraction, soit simplement pour satisfaire à sa passion des voyages toujours mal contenue, il se mit à mener une vie nomade, heureux de s'échapper sous le moindre prétexte, courant de ville en ville, de pays en pays, de bibliothèque en bibliothèque. Son instruction sans doute n'y perdait pas, mais ses affaires en souffraient. Les magistrats de Genève le tracassaient par leur exigeante sévérité. Il est probable que, s'il n'en n'avait pas été empêché par les dispositions du testament de son père, il eût fini par transporter son imprimerie ailleurs. Ainsi, le ier sept. 1581, il rat cité devant le Conseil pour avoir imprimé sans permission C. Sigonii Fasti consulares. Après une verte réprimande, on le condamna à une amende de 25 écus, qu'on réduisit plus tard à 40, payables en trois semaines. Cette mansuétude du Conseil nous porterait à croire que les affaires du savant typographe devaient être dans un bien triste état. Aussi voyons-nous qu'en 1582 deux volumes seulement sortirent de ses presses; en 1583, deux, et pas un seul l'année suivante. Les malheurs de ce temps contribuaient sans doute aussi à ruiner son commerce. Henri passa toute l'année 1585 à Paris, faisant imprimer ses ouvrages chez des imprimeurs étrangers. En 1587, le poète Paul Mélissus, son ami, le félicitait, dans une lettre, dé ce qu'il avait fermement pris la résolution de réorganiser son imprimerie. Ces bonnes dispositions portèrent leurs fruits pendant un peu de temps; mais son inquiétude finit par reprendre le dessus. Il séjourna une partie de l'année de 1590 à Baie. Les années suivantes, il reprit quelque énergie; mais bientôt il ne tint plus en place. Ces intermittences d'apathie et d'acti vite occupèrent ses dernières années. Il était, en 1592, professeur de grec à Lausanne, mais nous voyons par une de ses lettres à Bèze (MSS. de Genève, 197 »» Cart. 1) qu'à la fin d'avril de l'année suivante, il se trouvait à Heidelberg, fort

mécontent de n'avoir obtenu ni de Toussaint ni dn prince palatin ce qu'il en espérait. En 1597, il était à Montpellier aaprès de son gendre Casaubon, alors occupé de ses commentaires sur Athénée, pour lesquels il avait mis à sa disposition les variantes que, dans sa jeunesse, il avait recueillies à Rome. Il était encore plein de vie, et quoi qu'on en ait dit, rien dans ses facultés mentales n'annonçait qu'il fût près de sa fin. Ayant quitté Montpellier, il se remit en course, visita plusieurs villes et arriva malade à Lyon. Comme il n'avait personne auprès de lui pour le soigner, il se fit transporter à l'Hôtel-Dieu, où il devait trouver les soins qui lui auraient manqué dans une hôtellerie. Mais les ressorts de la vie étaient usés en lui, il mourut dans les premiers jours de mars 1598, à l'âge de prés de 70 ans. Casaubon, en rapportant sa mort dans ses Ephémérides, ne lui épargne pas de dures vérités. Nous reproduisons ses paroles dans une traduction littérale.

« Estienne, dit-il, est mort à Lyon, loin de sa maison, comme quelqu'un qui n'aurait pas eu de foyer, lui qui avait un établissement considérable à Genève ; loin de son épouse, lui qui en avait une très-chaste ; loin de ses enfants, lui qui en avait encore quatre en vie. Chose déplorable, et d'autant pins déplorable que le défunt n'était absent de ches lui par aucune nécessité. Que nous sommes de misérables êtres, lorsque je pense, mon Estienne, mon Estienne, tÇ umv tic oui ! Toi qui, sans contredit, aurais pu tenir le premier rang parmi les hommes de. ta condition, tu as mieux aimé être rejeté que d'être en honneur. Toi qui avais reçu de grands biens laissés par ton père, tu as mieux aimé les dissiper que de les conserver. Toi qui avais été si bien doué par la divine Providence, que pas un ne rivalisait avec toi pour la connaissance des lettres et surtout des lettres grecques, tu as mieux aimé te préoccuper d'autres soins que ri* «iwtf tiv xcejutv. Cela, mon Estienne, ne fut pat tant ton fait que le résultat des vices de notre esprit. Car il n'est donné qu'a un petit nombre de connaître ses avantages et d'en profiter. Cependant, ô grand homme, tu as fait des tiens, étant jeune, le meilleur usage ; tu as si bien mérité des lettres qu'il y en a peu qui puissent t'étre justement comparés et presque aucun qui puisse t'étre préféré. Sans doute, ô grand homme, dans

le bien comme dans le mal tu as donné de grands exemples. Fasse le Ciel que moi et les miens imitions tes vertus, ta vigilance et cette ardeur infatigable à l'étude. S'il y eut des taches en ta vie, et entre autres celle-ci, que tu as toujours préféré être loin de ta maison que d'y être présent, efforçons-nous de ne pas tomber dans les mêmes fautes. Je te supplie, ô Dieu éternel, de veiller sur les enfants et sur toute la famille Stéphanienne ; fais en sorte qu'elle prospère dans la piété et dans toutes les vertus. Surtout je te recommande, ô Dieu, mon épouse maintenant accablée par la maladie ; si elle vient à apprendre la mort de son père, quelles plaintes ! quels gémissements fera-t-elle entendre ! Consolela donc, Père des miséricordes qui seul en as le pouvoir, et fais que toujours nous nous accordions les deux dans l'amour de toi et dans ton culte avec les très-chers enfants que tu nous a donnés. Amen. »

Henri Estienne ne laissa aucune fortune. On dut vendre à l'encan les livres de ses magasins pour solder ses créanciers. Depuis longtemps ses affaires étaient très gênées. La dot même de la femme de Casaubon n'avait pas été intégralement payée. On admet généralement que les dépenses considérables qu'il avait dû faire pour son Thésaurus avaient obéré sa maison. Il pressentait cette ruine. En 1565, il écrivait pour expliquer le retard qu'éprouvait cette publication : « Il est bien vrayj, que d'une part la pesanteur de cest ouvrage me fait craindre et cercher des délais, sçachant qu'elle me fera ployer les reins ; mais d'autre part la pesanteur de la perte qu'il me fauldra porter à faulte de poursuivre l'entreprise de cest ouvrage (à cause d'une grosse somme d'argent engagée aux préparatifs d'iceluy) me donne une seconde crainte, laquelle estant plus grande, chasse la première et m'aguillonne à hasarder et avanturer la faiblesse de mes reins. Ce que l'expérience monstrera (avec l'aide de Dieu) plus tost qu'on ne pense. > Comme il l'avait craint, il ploya sous le faix. C'est ce qu'il exprime dans ces vers qui se lisent au titre de son Dictionnaire :

Theaaui montato alB Jitaat bauftqae,

Kt fraisât Ctomui qsi prias Iras enU.

Ai Tkwnnu ma aie ex dirite red&t egeoam,

Et feeit it jsvtaesi rmgm semUis sret.

8*4 «tfci opm kvw est, W» «t

Jeiitto s*a4 tarit «et •» tsfcor teto toi©.

Si l'on doit en croire Casaobon, Henri Estienne était d'nne humeur difficile. Il ne permettait à personne, pas même à son gendre, de pénétrer dans sa bibliothèque : c'était son Saint des Saints. Ses publications feront assez connaître quel était son vaste savoir. Il possédait le grec comme pas on de son siècle. Il écrivait le latin avec correction et élégance. Le français lui était peut-être moins familier. Nos érudits , habitués à l'usage du latin, écrivaient leur langue naturelle avec une dédaigneuse indifférence.

Henri Estienne avait son établissement à Genève, mais il possédait une maison de campagne du nom de Grières, dans le village de Viry, à deux lieues de la ville, où il parait que sa famille résidait. Il fut marié trois fois. Il épousa en premières noces, le 1er déc. 4555, comme nous l'avons dit cidessus (col. 130) Marguerite Pillot, avec laquelle il vécutneufansdans la plus parfaite union. Des quatre enfants dont elle fut mère, deux (?) la précédèrent dans la tombe, et un troisième l'y suivit de près. La seconde seule, Judith, survécut. Voici leurs noms, avec la date de leur inscription sur le Registre des baptêmes : 1° Henri, 8 déc. 1557 ; on n'a rien su de lui jusqu'à présent. Il se pourrait que ce fût à lui qu'on doive rapporter cette quittance (Pièces orig. 1. 1079, doss. 24860, n<> 29) « Henry Estienne interprette des langues grecque et latine » reçoit 300 liv. à luy ordonnées par le Roy pour la pension qu'il plaît à S. M. luy donner à savoir 600 liv. par an; 18 nov. 1614. » — 2° Judith, l«f janvier 1559; — 3« Esthbr, 31 oct. 1563; — - 4° Isaac, 11 oct. 1564. Judith épousa le 24 avril 1580, François Le Preux, libraire-imprimeur de Paris, réfugié pour cause de religion, d'abord à Lausanne où il imprimait en 1574, puis à Morges, en 1581. En 1593, il avait un double établissement à Genève et à Lyon. Le 19 mars 1566, Estienne se remaria avec noble d11* Barbe d* Wille-le-preudhon, d'origine écossaise , fille de feu Claude de Wille et de d11* Françoise de Saussure, seigneur et dame du dit Wille-le-preudhon et de Félin en Lorraine '. Dans sa préface de l'Aulu-Gelle, il fait de sa femme le plus

1 La future est assistée par son oncle Anthoine de* Saussure seig* de Soursy et S. Martin en Lorraine, et par aa tante nob. dam11* Anthoinette d'Augy. Voy. I, col. 576.

bel éloge. De ce second mariage naquirent huit enfants, qui sont : 5<> Paul, qui suit, présenté au baptême le 24 janv. 1567; — 6o Florence, baptisée le 12 août 1568. Elle épousa, le 28 avril 1586, le célèbre Isaac Casaubon, auquel elle survécut. Quoique d'une santé extrêmement délicate, elle n'eut pas moins de vingt enfants, dont trois fils ou quatre parvinrent à la maturité de l'âge. L'une des filles Joantilla, née en mars ou avril 1597 à Montpellier, épousa son cousin Henri Estienne, sieur des Fossés, fils de Henri, troisième du nom, intendant des bâtiments du roi (Reg. de Charenton).

Une autre, Jeanne, fut mariée au jurisconsulte Jean de Gravelle du Pin '. Vers la fin de 1613, Florence fit un voyage en France pour réclamer des arrérages de traitement qui étaient dus à son mari depuis 1610. Elle échoua dans ses démarches ; mais elle réussit à faire transporter à Londres la bibliothèque de Casaubon qu'à son départ on n'avait pas voulu laisser sortir, et qui était restée cachée chez de Thon. Elle vivait encore en 1620*; — 7° Une fille, non nommée sur le registre où est consigné son baptême, sous la date du 9 déc. 1571; — 8° Denise, présentée au baptême le 22 janv. 1576. On croit qu'elle mourut fille vers 1614; — 9° Denis, 22 janv. 1576; - 10o Eunice, 15 juillet 1577; — Ho Marie, 27 nov. 1578; — 12° Anni, 7 juin 1581. Ces différentes dates sont celles de la présentation au baptême. Il parait que la mère mourut en couches de ce dernier enfant. Toute la ville la pleura, quant mecutn iota propemodùm urb$ luget, écrit Henri à la date du 1er août de cette année.

Après que sa plus grosse douleur fut apaisée, Henri convola en troisièmes noces, le 9 mai 1586. Sa femme Abigail Poupart*,

1 Cest loi qui soigna l'édition des Notes pot- Uromes de Casaubon sur le 1" livre de Polybt, ouvrage qu'il dédia tons le nom de ta belle- mère an roi Jacques d'Angleterre. Le privilège est m nom de la veuve, sons la date du 22 déc. 1616. Ce commentaire de Casaubon était destiné an Polybe de Dronart, 1609, in- fol. (non pas 1699), sur le titre duquel il est même annoncé quoique absent. Voj. ci-dessus t. ni, col. 820.

1 On a cependant d'elle nn testament, en date du 30 juill. 1588 (J. Jovenon not. de Genève, VI, 402) par lequel elle lègue mille Ut. A son mari et institue son héritier Henry Estienne c son honoré père luy seul et pour le tout. »

8 Fille de noble Jehan Poupart, bourgeois de

loi donna encore deux enfants : 13° David, baptisé le 6 mars 1587, et 14° Jacques, le 23 sept. 1588. Casaubon parle de sa mort dans ses Ephémérides sous la date do 18 avril 1599. Depuis quatre jours seulement elle était de retour à Genève d'un voyage eu France, lorsqu'elle succomba à une attaque de peste. On a un testament d'elle, daté du moment où elle était en couches de son premier enfant (28 février 1587; Michel Try not. VIII, 140), par lequel elle institue seuls héritiers ses père et mère.

Afin de faciliter 4es recherches, nous diviserons les publications de Henri Estienne en trois catégories : i° les livres de littérature ancienne publiés en première édition; 2° les éditions annotées par lui; 3° les ouvrages originaux, y compris les traductions. Nous nous abstiendrons de citer les simples réimpressions, quoiqu'il y en ait telles qui pourraient passer pour des éditions princeps, tant les textes en ont été châtiés à l'aide d'une judicieuse critique ou par la collation de nouveaux manuscrits. Pour ces dernières publications, nous nous contenterons de renvoyer à l'excellent travail de Renouard.

1. premières éditions. — Henri publia, de 1554 à 1592, 19 ouvrages en première édition, quelques-uns seulement en partie, dont 18 grecs et 1 latin : I. Odes d'Anacréon, gr. et lat., (1554, in-4<>); — H. Divers opuscules de Denys d'Halicarnasse, (1554, in-8o) ; — IU. L'Apologie d'Athénagore et son traité de la Résurrection, gr. et lat., (1557, in-8°); — IV. Discours de Maxime de Tyr, gr. et lat., (eod. ann., in-8°); — V. Divers écrits d'Aristote et de Théophraste, (eod. anno, in-8°); — VI. Histoires tirées de Gtésias, Agatharchide, Memnon, etc., (eod. anno, in-8°);

— VII. Les Novelles, etc., (1558, in-fol.);

— Vffl. Diodore de Sicile, (1559, in-fol.);

— IX. Discours de Thémistius, (1562, in- 8°) ; — X. Lexique d'Erotien, (1564, in- 8°); — XI. Recueil de Médecins grecs et latins, en lat., (1567, in-fol.); — XII. Déclamations de Polémon Himérius et de

de Melon et de Dlla Marie de Mézidres. Conventions matrim. passées le 5 avril 1586 (J. Jovenon not. VI 27), 1 époose étant assistée de son frère nob. Jeh. Plupart babit. de Genève, de Charles Bernard de MiremofU ministre de la p. de D. (voy. ci-dessus t II, col. 891, lig. 28) et de François Eotman, doct. es droits.

quelques autres, (eod. anno, in-4°); — XIII. Hymnes de Synésius de Gyrène, et quelques odes de Grégoire de Nazianze, gr. et lat., (1568, in-32); — XVI. Recueil composé des dialogues d'Athanase, du Traité de Basile contre Eunomius, de l'Explication abrégée de la foi orthodoxe d'Anastase et de Cyrille, gr. et lat., (avec l'interprétation de Bèze), du Livre de Fœbadius contre les ariens, lat., (1570, in-8o) ; — XV. Le Droit de l'Eglise d'Orient (annoté par Ennemond Bonne foi), gr. et lat., (1573, in-8°); — XVI. Recueil de poètes grecs, Empédocle, Xénophane, Timon, Parménide, Cléanthe, Epicharme, Orphée, Heraclite et Démocrite, (eod. ann., in-8«); — XVII. Combat d'Homère et d'Hésiode, etc., gr. et lat., (eod. anno, in- 8°); — XVIH. Opuscules géographiques de Dicéarque de Messine, gr. et lat., (1589, in-8o); — XIX. Epître de S. Justin à Diognète et Discours aux Grecs, gr. et lat., (i592,in-8o).

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