‹ La France protestante (volume 2)Chapitre 210 sur 252 · GABET · texte numérisé non relu

GABET

GABILLON

tyrisé en 1572, voy. ci-dessus t. V, col. 797. Ses deux fils Claude et Jacques Gabet , de Chatonnay, près la Côte-S1- André, reçus habit, de Genève, 27 août 1573 et 13 fév. 1586; — Raphaël Gabet, étudiant à Genève (B. Gabetus arausionensis) en 1608, à Die en 1610, pasteur à La Coste en Provence, 1613; puis à Tulette, 1615-22; à Arvieux, 1626; à La Motte -Ghalençon, 1634-48; à Ancelon, 1660 ; — Gaspar Gabet, de Vienne, étudiant en théologie à Genève en 1622. Cette famille dauphinoise était habituée à Genève. On y trouve encore : Mathieu Gabet fils de feu Gaspard, vendant à Me Jean Gabet, docteur es droit à Vienne, des immeubles situés à Crémieux, 1570 (Santeur, I, 237) ; — Alix Gabet, de Vienne, veuve de noble Ant. Larchier, d'Orléans, marchand habitant de Genève , épouse en secondes noces Luc fils de feu Gnill. Seicher, ministre à Mellery, 1584 (Jovenon, V, 438); François Gabet, « de Chatteauney en Dauphinô » met son fils André en apprentissage de chapelier à Genève, 1625 (Demonthouz, V, 95). — Jean Gabie, né en Bourgogne, tisserand de soie, et Jeanne sa femme, naturalisés à Londres en 1567 (Agnew).

GABILLON (Auguste). Nous avons parlé pins haut (voy. t. V, col. 288) de la cruelle situation des prosélytes, surtout des prosélytes ecclésiastiques, qui après avoir abandonné par conviction la religion romaine et quitté la France, étaient accueillis à l'étranger parmi leurs nouveaux coreligionnaires par la crainte et la défiance, en même temps que poursuivis par la haine profonde de leurs anciens frères. Quelques-uns, par malheur, ne furent pas exempts des secrets reproches qui se dressaient naturellement contre eux. Auguste Gabillon, né à Paris de maître Jean Gabillon, notaire au Châtelet, et de Geneviève Le Jay, fut baptisé à St-Sulpice, le 20 septemb. 1658, et mis de bonne heure aux études dans diverses maisons religieuses, le collège des Jésuites, le séminaire S^Charles, le collège des Grassins et le séminaire de Sl-Su!pice, son père le destinant à l'état ecclésiastique et lui ayant fait obtenir, à ce qu'il dit, < un bénéfice seigneurial qu'on appelait le Prieuré de Sfe-Marie de l'Espinassouse situé entre La Rochefoucaut et Angouléine. » Après avoir conquis les grades de maître es arts et de bachelier eu Sorbonue, il se fit religieux de Tordre des Théatins, et resta

douze ans dans leur couvent de Paris. Il y avait pris le rang d'un savant théologien et d'un habile prédicateur, lorsqu'il disparut tout à coup. Le 3 janv. 1698, il s'était échappé; du couvent et avait pris la route de Genève. Un petit écrit publié l'année suivante (Lettre écrite de Hollande), raconte ainsi son odyssée : « Le sieur Gabillon était un religieux théatin du couvent de Paris. C'est un grand garçon bien découplé qui est sorti de France et de son couvent depuis 15 ou 18 mois pour embrasser la religion réformée. Il passa en Suisse, à Genève, à Lausanne et à Berne où il fit l'abjuration du Papisme. Dans tous ces lieux-là il a proche les motifs de sa conversion, satisfait ses auditeurs et remporté des éloges et des témoignages authentiques de sa bonne conduite et de son savoir. Il a aussi prêché en Allemagne, tant à Francfort qu'ailleurs avec le même applaudissement, jusqu'à ce que, arrivé à Wesel, à Glèves et à Nimègue, sa réputation de grand et excellent prédicateur s'est élevée à un point qu'on couroit partout pour l'entendre. Enfin il aborda à La Haye, chargé d'attestations et de lettres de recommandation pour plusieurs honnêtes gens et particulièrement pour M. Jaquelot, ministre réfugié qui s'empressa de le produire.. . > Et plus haut : < Depuis qu'il est sorti de France on n'a rien trouvé à redire à sa vie ni à sa conduite, quelque perquisition qui en ait été faite par ses ennemis et en Suisse, et en Allemagne, et à La Haye. C'est ce qu'il y a de plus important. • — Les Etats-généraux de Hollande lui avaient accordé comme à un réfugié fort méritant une pension de 400 livres.

Mais le ministre Jaquelot, après lui avoic fait quatre ou cinq fois l'honneur de lui céder sa chaire, changea subitement d'attitude et lui devint très hostile. Ceux à qui plaisait le nouveau venu, et Gabillon lui-même, expliquèrent ce revirement par un sentiment de puérile jalousie ; mais la vérité est que ce pasteur «t d'autres personnes de Hollande avaient reçu de fâcheux renseignements sur l'ancien Théatin. On écrivait de France qu'il avait commencé une carrière dissipée par être soldat aux gardes, qu'il avait déserte à la suite de quelque méfait, s'était sauvé en Angleterre et revenu à Paris avait été placé à grandpeine chez les Théatins, dont son père

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GABILLON

gérait les affaires, et où après avoir reçu la consécration et les droits de la prêtrise, il se les était fait interdire par l'archevêque de Paris pour sa conduite pen édifiante et pour sa légèreté dans ses fonctions de confesseur. On ajoutait qu'il était allé jusqu'à la friponnerie et qu'il avait subi de ce chef, à Tours, quelques jours de prison. L'accusé répondit par une :

Lettre à leurs nobles Puissances, messeig. les députez Conseillers de la province de Hollande, pour servir £ Apologie au sr Auguste de Gabillon, ci-devant prédicateur et confesseur de VOrdre des Théatins et à présent prosélyte de la Religion réformée, contre certaines lettres anonymes répandues depuis quelque temps dans le public pour noircir sa réputation (datée du 3 août 1699) ; La Haye, Abr. Troyel, 1699, in-4« 16 p. Le judicieux Bayle, dans sa Correspondance (Œuvres div. t. IV, p. 785) dit : c Cette lettre est assez bien écrite et l'auteur garde beaucoup de modération contre ses parties ; mais il s'y donne de l'encens. Je viens d'apprendre que MM. les députés ont défendu au libraire d'en distribuer aucun exemplaire, sous de sévères peines. Je n'en sais pas bien la raison ; mais je crois que ces messieurs n'ont pas été contents de la liberté que le sr Gabillon a prise de leur écrire ainsi une lettre. Ce sont des souverains et Ton a des mesures à garder avec eux. Ce M. Gabillon est fort imprudent et grand guascon bien qu'il soit de Paris '. »

Quoique Bayle eut écrit cela très hâtivement (sa lettre est du 17 août 1699), il avait donc au moins le soupçon que l'Apologie de Gabillon n'était pas exempte de gasconnades. Elle commence : « Tout le monde connaît mon nom à Paris, puisque mon père y a fait sa résidence plusieurs années en qualité de l'un des secrétaires du Roi, maison et couronne de France.

Mais il est encore plus connu dans la province de la Marche et dans le bas Poitou, puisque mes parents y sont distinguez et y possèdent une terre considérable qui porte mon nom...» — A chacun de ces premiers mots apparaît le déguisement. Il y avait

1 Voy. aussi les Nouv. de la Bép. des Lettres, de Jacq. Bernard, 1707, novemb. En môme temps que l'Apologie parut (s. 1.) l'écrit que nous avons mentionné : Lettre éerite de Hollande aux réf. en Angl. sur le sujet du s* Gabillon, 1699, in-4°.

bien dans la province qu'il indique une très bonne famille de Gabillon (ou Gabillon ; voy. plus bas), mais à laquelle maître Jean Gabillon, tout court sans aucun titre de seigneurie, était probablement étranger et quant à sa qualité de secrétaire du Roi, on sait que beaucoup de ses confrères inscrivaient en tête de leurs actes : En présence de moi notaire et secrétaire du Roi, maison et couronne de France, mais c'était une forme de style et tout autre chose était la haute et importante charge de secrétaire des commandements de Sa Majesté. (1 est intéressant ■ de voir comment l'auteur rend compte de sa conversion :

< Etant maître de la bibliothèque (do couvent), je pouvois lire tous les livres défendus tels que sont les Institutions de maître Jean Calvin et ses Commentaires sur F Ecriture sainte, le Mystère d'iniquité de M. Duplessis-Mornay, le Traité de Feucharistie de M. Aubertin, les ouvrages de MM. Daillé, Claude et plusieurs autres. La curiosité me porta d'abord à lire ces livres sans aucun dessein et je ne les ai jamais quittés sans instruction. Plus je lisois ces excellents auteurs et plus j'y trouvois de plaisir ; et l'éclat de leur lumière me foisoit entrevoir quelques rayons de vérité. Je trouvois les Institutions de Calvin si bien écrites que je les traduisis en françois, ouvrage qui me coûta neuf mois de travail et que je n'ai pu sauver de France. Je dirai même qu'un jour, en lisant Aubertin sur le traité de l'Eucharistie, j'y découvris plusieurs passages de saint Augustin qui combattaient la présence réelle, alors je fus à demi convaincu de la fausseté de la Religion romaine. On s'en doutoit dans la communauté et on m'y regardoil déjà comme un homme suspect. Cependant il fallut me taire... Enfin il arriva cet heureux moment marqué par la Providence où Dieu me lit sortir des ténèbres d'Egypte. Tout le monde sait que je préchai l'octave dit du saint sacrement en 1698 à l'église S1- Paul, l'une des plus célèbres paroisses de Paris. Comme je devais expliquer au peuple le dogme de la présence réelle, j'avançai publiquement en chaire que la Transsubstantiation étoit un dogme des derniers siècles et que les Pères de l'Eglise n'en avoient point parlé...» Sur ce. dit-il, l'archevêque de Paris s'indigna ; il lui commanda d'aller rendre visite à M.

GABILLON — GABRIAC

Bossoet pour s'instruire et de remonter en chaire pour se rétracter. Gabii Ion ne craint pas de raconter que Bossuet s'effaça devant ses arguments en alléguant que toute vérité n'est pas bonne à dire, » et qu'il remonta en effet dans la chaire, mais pour prêcher sur ces paroles de saint Paul : « Nous avons un avocat auprès du Père qui est Jésus-Christ. » Ces rodomontades se réfutent d'elles-mêmes, car un prédicateur aussi nettement protestant eût été jeté immédiatement à la Bastille ; et en effet, à cette Apologie menteuse, il fut répondu par une Instruction pour servir de réponse à F Apologie du *r Gabillon ci-devant religieux théaiin (La Haye, Lhonoré, 1699, in-4°, 34 p.), dans laquelle on le réfutait de point en point et on produisait contre lui des pièces justificatives accablantes. On rapportait son acte de naissance, on l'invitait à chercher sur la liste officielle de secrétaires du Roi (dom Testereau, Hiat. de la chancellerie) le nom de son père, on donnait un certificat du clergé de St-Paul attestant que l'octave du saint sacrement y avait été prêché en 1698 par le père Dragon, jésuite, enfin on produisait jusqu'à des pièces judiciaires attestant ses petites escroqueries et son emprisonnement passager. Mais il y a des audacieux auxquels rien ne ferme la bouche et qui trouvent toujours des adhérents pour les soutenir. C'est ce que montre la série de publications que voici :

I. Thesium in universam Theologiam pars tertia quant, favente Deo, sub presidio plurimum rev. et cl. V. D. a Marck, phil. et S. S. Th. doc t. in acad. Lugd. Batav. prof, et ecclesise ibid. pastoris, publico examini exponit Augustus de Gabillon parisinus, ad diem 14 jul. 1700; Lugd. Bat. apud Ab. Elzevier ; 1700. Dédié au seigr Fréd. van Reede, baron de Renswood ; 20 p. in-4«.

II. La vérité de la Religion réformée prouvée par t Ecriture sainte et par V antiquité, pour servir de Réponse à la lettre pastorale de l'arche v. de Paris ; La Haye, 1701, in -12, 346 p. Cet ouvrage est examiné dans les Nouv. d» la Répub. des lettres, mai 1701.

III. Oraison funèbre de Guillaume III, roi d'Angleterre, etc. (Sur 2 Sam. III, 31- 38) prononcée par ordre et en présence de MM. les magistrats de Leyde dans la grande

Eglise française, le 18 may 1702, in -4°. Réimp. dans les Laudationes funeb.(Leipz.,

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