GAMON
du Languedoc tenus en 1560. Grâce à la situation qu'il occupait et à la modération de son esprit, ses Mémoires restent un document important. On peut y ajouter une Lettre' qu'à composa pour placer en tète des Franchises d'Annonay ' présentées à la municipalité de cette ville en 1568 et un Livre de raison qui commence par cette sage explication des livres de ce genre :
Divitiarum quœrendarum non solum rationem habere oportet, sed etiam collocandarum, ut perpetuos sumptus suppeditent, nec solum necessarios sed etiam libérales. Et hoc omnia qualiacumque sint Deo Opt. Max. bonorum omnium largitori accepto ferenda sunt. Cui sit laus summa œternaque gloria, in sœcula. — Livre journal ou de raison des affaires domestiques de maître Achille Gamon, licencié ez droits '.
Achille Gamon mourut à Annonay, le 22 déc. 1597 et fut enterré au cimetière du Champ, encore aujourd'hui le lieu de sépulture des protestants. Sa femme mourut en 1599. Ils s'étaient fait un testament mutuel (Guérin, not. 1587-1615); cette, pièce a disparu avec une quantité d'autres dans un déplorable incendie qui a dévoré l'hôtel de ville d'Annonay en 1870. Ds avaient eu 14 enfants, dont 10 morts en bas âge. Les quatre qui ont vécu furent : i° Blanche; 2° Mondon, marié, janvier 1588, à Catherine de La Ri voire (deux petits- fils de Mondon, tous deux nommés Christophe se firent condamner en 1698, comme usurpateurs de noblesse) ; 3° Théodore, sieur de La Lomhardière, avocat au bailliage, consul d'Annonay en 1607, marié le 30 mai 1596 à Madelaine de Gurin (acte signé par le min. Jérôme Salve), mort en 1620 ; cette branche de La Lombardière portait pour Arme* : d'azur au chevron d'or accompagné de 2 étoiles en chef et d'un arbre en pointe ; elle s'est continuée jusqu'à nos jours et eut pour dernier représentant un lieutenant-colonel mort à Seurre (Cote d'Or) en 1842 ; 4<> Christo-
1 Reproduites dans les Monuments bistor. sur Annonay et le Vivarais, par Poncer ; Lyon, Perrin, 1886, et de nouveau, en oe moment même par les soins de M. Bran-Durand dans le Bull, de la Société d'arohéel. de la Drome.
9 Ce volume a été donné par nn descendant collatéral des Gamon, le baron de La Roque, A la biblioth. pub. d'Annonay en 1865.
phlb, poète dont nous avons plus longuement à parler.
Vainement ce poète nous a laissé un bagage de plus de 25,000 vers; on n'y trouve pas à relever un seul trait de sa vie. Heureusement nous savons d'ailleurs (surtout par l'excellente notice de M. A. Mazon) qu'il naquit à Annonay sur la fin de 1574, que son père l'envoya faire ses études à Nîmes et que de là il passa « à la practique des finances, à Montpellier. » On peut donc penser qull fut un fonctionnaire dépendant de la Cour des aides ou du Bureau des finances de cette dernière ville ; mais si telle fut sa profession officielle, il tira surtout profit de son séjour dans cette cité savante pour se familiariser avec les connaissances qu'y enseignait la Faculté de médecine. A chaque pas dans ses poésies on en trouve le témoignage. Quelques-uns disent cependant qu'il était avocat, comme son père. En 1607, il représenta sa ville natale au synode de La Rochelle, comme ancien de l'église réformée, et se rencontra dans cette assemblée avec le pasteur P. Prrrin, auteur de l'Histoire des Vaudois. Il lui fit présent d'une longue et belle ode pour imprimer en tête de son livre (édit. de Genève, 1618, in-12). On ne sait plus rien de lui, si ce n'est qu'il mourut à Annonay en 1621.
Christ, de Gamon fut un de ces heureux esprits doués naturellement du génie poétique, mais entraînés par la mode à tous les écarts du plus mauvais goût de leur temps, aveuglés qu'ils étaient par les louanges de la foule et leur haute opinion d'euxmêmes. Les jeux de mots, les antithèses forcées, les syllabes bissées, les diminutifs affectés, tout le néologisme ridicule reproché à Ronsard et à Du Barta», est encore exagéré par lui au point que ses vers demeurent souvent inintelligibles. Il commença à publier quelques pièces sous le voile de l'anonyme, puis s'enhardit à en composer plusieurs recueils. « Quelques unes des pièces de vers que j'étale icy, ditil, (préf. du Jardinet) ont esté autres fois imprimées et m'ont occasionné de les reveoir et tascher de mieux faire ; que si tu as bien daigné les veoir seules, sans aveu et rudes, ne desdaignes maintenant de les reveoir accompaignées, avouées et mieux polies...» Ce sont des pièces légères, des odes à la nature, des bucoliques, ton qu'il