GAMOND
nouvelles. Une dHt Guichard me tira à part et me dit : « Je suis extrêmement touchée de vous voir, car on va vous faire souffrir de grands maux puisqu'il n'y a rien qui puisse vous faire quitter votre leligion, ny cachot, ny basse fosse, ny autres choses semblables. On va vous faire raser par la main d'un bourreau ; ensuite on va vous mettre la fleur de lys en chaque joue ' ; plus on vous donnera le fouet par toute la
ville » — 16 juill. 1686 : ...Alors le
guichetier et monsieur le greffier avec un grand papier à la main entrèrent en nous disant : Voici vostre arrest; vous avez été des rebelles, aussi vous souffrirez toute vostre vie. « Je leur dis d'un air riant : C'est peu de chose que les souffrances de cette vie. » Alors il se mit a lire mon arrest qui portoit que nous étions jugées aux prisons perpétuelles et tous nos biens confisqués, 20 liv. d'amende entre toutes deux *, rasées, mises à l'hôpital gênerai de Grenoble jusques a ce que le parlement eut trouvé un lieu pour nous y mettre le reste de nos jours, mais qu'on nous donneroit le pain du Roi. — ...Comme la basse fosse etoit un mauvais séjour extrêmement humide, je tirai du venin, tellement que je tombai dans une grande maladie... Me voyant extrêmement mal je priai le geôlier qu'ils eussent la bonté de me laisser voir ma mère, que je voulois luy demander pardon. Trois jours après on vint me rapporter que si je voulois changer de religion, on laissèrent entrer ma mère, mais hormis cela que je ne la verrois jamais. Je leur dis : « Si vous m'empêchez de voir ma mère dans ce monde, je la verrai un jour dans le ciel
avec l'aide de mon Dieu » Et comme
j'étais assise sur le lict, je vis entrer M. le greffier et après luy trois chirurgiens. Il me dit : Voici les chirurgiens qui viennent
exécuter l'arrest Je leur dis comment
voulez vous que je me mette? Ils me dirent mettez vous a genoux. Et on me décoiffa en me disant : « Vos cheveux sont bien épais. » Et un des chirurgiens lia mes cheveux, et l'autre les tira de toute sa force ;
1 Ce n'étaient point de feintes menaces. Le ministre Lonvois écrivait à on commandant du Languedoc : Sur ce que j'ai représenté an Roi du peu de cas que font les femmes du pays où vons êtes des peines ordonnées contre celles qui se trouvent à des assemblées, Sa Majesté ordonne que celles qui ne seront pas damoiselles seront condamnées par M. de Bas vil le an fouet et d la fleur de lys (Lettre du 10 août 1636).
1 Marthe Cassagne avec Blanche Gamond.
ainsi je croyois qu'on m'arracheroit la tête : l'un coupoit et l'autre continuoit de tirer. Quand on eut achevé de couper mes cheveux et qu'on les eut mis dans leurs poches, je commençai à mettre mes coëffea sur la tête à cause de la rigueur du temps ; car il geloit et tomboit de la neige. Un des chirurgiens me dit : « Ne vous coèffex pas car nous avons ordre du parlement de vous raser. » A même temps, il sortit des rasoire qui etoient tout rouilles, a cause qu'il y avoit long temps qu'il n'en avoit rien fait. On passa le rasoir sur ma tête ; je ne saurois assez dire les douleurs qne je sentois, car ma tête etoit extrêmement tendre, a cause de la grande maladie que j'avois eue? en outre de cela, on me coupa en deux ou trois parties, a la tête ou au col. C'étoit au mois de novemb. 1686. — .... Ce fut le 23* mai 1687 que nous entrâmes dans l'hôpital de Valence conduit par La Rapine.
Nous avons eu déjà l'occasion ' de parler de ce scélérat, Guichard, dit de La Rapine on d'Hérapine, et de décrire nne faible partie des horreurs qu'avec nne douzaine de serviteurs et servantes catholiques, il exerçait sur ses prisonniers et prisonnières. Il faudrait reproduire en entier le journal de Blanche Gamond pour s'imaginer une telle barbarie. Il suffira de citer un dernier épisode. Sans autre prétexte que son obstination à rester protestante, on lui avait donné les étrivières, c'est-àdire qu'on l'avait attachée nue jusqu'à la ceinture à une poutre de la cuisine, et que six servantes armées de baguettes d'osier longues d'une aune, l'avaient fustigée non pas seulement jusqu'au sang, mais jusqu'à ce qu'elle tombât sans connaissance. Elle continue :
Depuis les étrivières j'etois devenue comme ladre ; j'avois par tout mon corps des ampoules qui etoient de la grosseur d'un pois ; ce n'etoit pas de la gale, mais du sang meurtry. Je ne dois pas laisser passer ce qui m'etoit arrivé lorsque j'ôtois les poux qui m'avoient entamée. C'etoit a la pointe du jour pendant que les papistes etoient dans le lict. Je croyois que personne ne me voyoit ni ne me pouvoit voir ; mais sitôt que je fus à la fenêtre et que je commençois d'oter les poux de ma chemise, il vint une de ces papistes [une des servantes]. Elle me donna un si grand coup sur le dos
1 Voy. tome V, col. 665 et 748.
GAMOND — OAND
qu'il m'ôta les croûtes des plaies de mes épaules. Je m'écriai « mon Dieu, » puis je me retournay vers elle en luy disant : « Pourquoy me frappez vous? Quel mal ai-je fait ?» — « Quoy me dit elle, ne vous a-ton pas défendu avec menaces de vous ôter les poux ? Il faut que la vermine vous mange, puisque vous ne voulez pas changer. Tout à l'heure vous aurez les étrivières, car je m'en vay le rapporter a M. de La Rapine. » Tout cela achevoit de m'affliger car je ne pouvois plus me baisser pour balayer. Cette meurtrière Marie [autre servante] vint, portant un paquet de clefs à la main ; elle me dit : « Tn n*as pas encore achevé de torcher ces coffres, gueuse d'huguenottel » Elle n'eut pas plutôt dit cela qu'elle leva la main pour me donner des clefs au visage ; mais par un don de Dieu, la muraille reçut le coup, qui emporta le mortier; je vous donne à penser s'il ne m'eut défait la face.
Ce martyre diminua d'intensité lorsqu'au moment le plus inattendu (Il juillet) d'Hérapine disparut tout d'un coup. Le parlement de Grenoble avait rendu contre lui un décret de prise de corps, non pas à cause de ses cruautés, mais à cause d'autres crimes que cet aventurier avait commis. Les prisonnières eurent encore beaucoup à souffrir ; mais il semble que la conduite de d'Hérapine ait réveillé la pudeur et soulevé dans tout le pays une secrète indignation. On fut bien aise de laisser une partie d'entre elles s'évader; à d'autres on offrit ouvertement la liberté moyennant quelque somme d'argent. Blanche Gamond fut de ces dernières. Elle sortit de cet enfer le 26 nov. 1687. C'était le soir. Le nouveau recteur de l'hôpital vint la trouver encore toute malade et lui demander si elle se sentait la force de sortir de l'hôpital. Lui-même s'offrit pour l'aider à s'habiller. « Je ferais venir une personne de l'hôpital, dit-il, mais je suis bien ayse qu'aucun ne vous voye sortir, ni qu'on le sçache. Vous seriez sortie plutôt mais votre mère ne baille pas assez d'argent. » Et lui-même la conduisit jusqu'à la porte avec la chandelle pour l'éclairer. Elle resta quelques semaines à Valence et à Grenoble afin de réparer sa santé et elle était à Genève au mois de février 1688 ; elle se retira définitivement à Berne au mois de novembre suivant. C'est là qu'elle rédigea son journal sur la demande
de « Madame Scherer, à Saint-Gall S'a qui elle en fit la dédicace. Plus tard elle passa de Berne à Zurich, mais dans quelle triste situation ! On lit dans les registres de cette dernière ville : « 1717, don de 9 flor. à Bl. Gamond qui a beaucoup souffert pour sa foi. On lui permet de passer l'hiver ici. — 1718, elle reçoit par mois un secours de 2 florins 6 shellings; elle est maintenant hydropique. Morte d'hydropisie (1718 sans autre date) ; elle a été ensevelie à Zurich. • (Bull. 1885, p. 140).
Jules Charannes, Récit du penéeuUotu de B. Gamond (le Chrétien érangéliqne, août 1867). — Deux kéroines de la foi Bl. G. et Jeanne Terrasstm ; pur Tb. Claparêde et Ed. Goty, 1880, in- 12.
GAMONET (Antoine) de S'-Bonet en Auvergne et Jean Montagne, du même lieu, reçus habitants de Genève, sous la caution d'An t. Beringer ministre. Autre Antoine Gamonet, marchand à Sl-Bonet, id.y mai 1585. —Gamonet, protestant fort riche et fort religieux [Haag, V 212], originaire de Gascogne, mais établi à Rennes avec sa sœur, fut accusé faussement d'avoir un jour de procession du Si-Sacrement, 4 juin 1654, fait tomber des ordures a quelques pas d'un reposoir. C'était un bruit de la foule ; aucun témoin n'avait vu cela. Le parlement de Rennes n'en condamna pas moins le frère à 1600 liv.
d'amende et la sœur à être pendue. Ce jugement inique rat cassé par la chambre de l'édit et le temple qui avait été brûlé par le peuple rat rétabli aux frais de la ville. Le frère et la sœur allèrent s'établir à Paris. Rien n'indique qu'ils fussent parents de Jacques Gamonet lapidaire à Paris, fils d'Etienne Gamonet libraire et marié au temple de Charenton, juin 1661, avec Anne Bourgeois. — (Jean), de Privas, assisté à Genève d'un viatique pour le Brandebourg.
GAND (de), prédicant à Antibes, 1642 ; il est interdit de faire aucune fonction de ministre, sur la plainte portée au Conseil du roi par l'évéque de Grasse, Ant. Godeau, en ces termes : Encores que par les edits de pacification faits en faveur de ceux la R. P. P., soit deffendu qu'aucun exercice d'icelle se fasse aux villes où il n'est point accordé expressément, toute-
1 Ascendante directe de notre éminent écrivain, M. Edmond Schtrer, sénateur.