‹ La France protestante (volume 2)Chapitre 239 sur 252 · GAR8AULT — GA8C · texte numérisé non relu

GAR8AULT — GA8C

GARSAULT (Jehan), c cardeur, natif de Nemours au pais de France, > reçu habitant de Genève, jnill. 1559. — De Garantit, famille notable dn Poitou : (M»l«de), emprisonnée pour refus de se convertir, quoique son père eut obéi, 1686; — c M. de c Garsault, ci-devant commissaire de la c marine, quoique né catholique, veut c faire élever ses enfants dans la religion i de sa femme qui est protestante ; sera

• mis à la Bastille; il doit être arrivé du c Poitou depuis quelques jours ; jq ne sais c où il loge, mais il est frère de feu M. de c Garsault, écuyer du roi, » 10 juin 1700. (Lett. de M. de Pontchartrain, dans les Arch. de la Bastille, X 255). La résistance de M. de Garsault ne dura que deux mois. L'ordre de le remettre en liberté est du 4 août, mais accompagné de ce billet :

• Dites-lui, s. v. p., qu'il me fasse savoir < où il se retirera, afin qu'on puisse être c informé de la conduite qu'il tiendra et « s'il exécutera les promesses qu'il a fûtes c de vivre en bon catholique. » (Ibid., p. 257) ; — Renée de Garsault, veuve de Pierre Civile (t. IV, col. 380, lig. 9), demande la permission de vendre des biens protestants séquestrés, 1712 (£ 3398) ; — Garsault, de Poitiers, son fils lui est retiré pour être mis au collège des jésuites de Ghatelleraut, 1723. — Pierre Garsaud (Garsand ?) incarcéré aux prisons de Thouars, 1700. — Garsi, notaire à Ponl-de- Veyle, tiré du tombeau et traîné à la voirie comme relaps, 1686. — René Garnit, originaire de Provence (voy. t. III, col. 692) prêche la réforme à Mftcon en 1560 (Th. de Bèze); — (Jean), proposant en 1674, pasteur àNyons en 1685, réfugié en Hollande en 1686, mort à Zwolie, 13 oct. 1697 ; peut-être le même que J. Garcin cideesus col. 835, lig. 13 à 17? — (Jacob), consacré en 1665, pasteur à Orthez, 1676-85, déposé en 1684 pour avoir mal parlé en chaire de l'église romaine ; à Amsterdam, 1688-1709 ; (Jacques), pasteur à Veere en Hollande, 1753; à Franeken, 17.. .-1796; — Marguerite Garsin, de Romorantin, morte à l'hôpital de Lausanne, 1691 ; André Garsin, de Grenoble, menuisier, réfugié avec sa femme, sa fille et un compagnon, à Berlin, 1698. — Maurice de Gar~ toute, notable huguenot de Castres, vers 1573 (Mém. de Gâches).

GASAGNE, étudiant à Nîmes en 1610,

pasteur à Navacelle, 1620 ; à Milhaud, 1623-31 ; à Bernis, 1637 ; à Vergèse, 1638 ; — (Saiomon), pasteur à Beau voisin, 1654 ; à Milhaud jusqu'en 1664 ; à Bernis, 1664-75; — (autre), fils de Saiomon, pasteur à Gaveirac, 1552-62 ; — antre, pasteur à Faugères, 1669-70 ; — autre, pas* teur à Caveirac, 1676-81. — Gasaignes, député de Nîmes à l'assemblée de Sommières, 1619 (Tt 322) ; — Paul Gasaignes, de Brinon en Languedoc, poursuivi dans l'affaire du pasteur Boman, 1699; — (Marguerite), de Brinon, assistée à Lausanne, allant à Gassel, 1699. — • David Oman, des Plantiers en Gévennes, jeune homme que Dieu par sa grâce, a appelé dans ce temps difficile et de persécution, à fortifier par ses exhortations et exercices de piété, nos frères de Languedoc et de Guyenne... Arrivé ces jours passés en cette ville, il désire s'appliquer aux études jusqu'à se rendre capable d'être reçu ministre, » 1698 (Man. de Lausanne). — Hylaire Gasault, c sargier, natif de Chasteaurenard en Provence, > reçu habitant de Genève, juill. 1554.

GASC, pasteur à Figeac, 1626. — (Jean), de Revel en Languedoc, réfugié à Emmerich en 1698. — (Abraham), de S*-Jean de Gardonenque, assisté à Genève d'un viatique pour la Suisse, 1700. — (Jacques), d' A lais, assisté d'un justaucorps; Genève, 1705. — (Ésaïe), né à Genève en 1748, dans une famille de réfugiés français, fut l'un des pasteurs de cette ville. Il se donna d'abord tout entier à la politique genevoise dans les rangs des libéraux avancés, carrière qui prit nécessairement fin lorsque Genève fut annexé à la France (15 avril 1798). Il fut bientôt après nommé professeur de théologie à la faculté nouvellement fondée de Montauban. Là son esprit, aussi libéral en théologie qu'en politique, lui suscita de graves conflits, dont il se tira d'une manière brillante, mais pour un court espace de temps, car il mourut, le 28 oct. 1813, à Montauban. Voy. le vol. intitulé : Étale Gâte, sa politique et sa théologie, par Gh. Dardier, Paris, 1876, in-8<> de 500 p.— De Gasques, sr de Barjac, voy. Barjac, t. I, col. 835; — de Gasques, ancien de l'église de Lamelouze, 1666 ; — Jacques Gasques, sa femme et 2 enfants, assistés à Londres, 1702.— Joseph Gâches, de Guyenne, boulanger, réfugié à Staargardt, 1698.

GASCHER — GASPAMN

GASCHER on Gaschier (Siméon), originaire d'Auvergne, étudiant à Genève (Sim. Gaschius gergoviensis arvernns) en 1624 et à Sedan en 1632 ; pasteur au Plessis- Marly en 1636, à Vitry en 1637, à Fontainebleau en 1646, à Sezanne en 1649. — Gascherie de Virxan et Etienne Gascherie, fugitifs de l'île d'Oleron, 1686. — René Gatehet, ancien de l'église de Latillé près Poitiers, 1619 (Filleau, Déeis. 294). — Henri de Gaschon, conseiller à la chambre de Guyenne, épouse à Charenton Jeanne Marbault, 1662. Défense au sr François de Gaschon seig* de Contre (Picardie) de faire célébrer le prêche au dit lieu, 1665. Antoine et Anne Gaschons, « du pays d'Auvergne, > admis à l'habitation genevoise, novemb. 1557. — Pierre Gascon, procureur du roi au siège royal de Saint- Maixent, interdit de sa charge comme étant de la religion, 1641 (Filleau, p. 531).

GASCHOT, notable famille de La Rochelle. = Armes : mi -parti d'argent et d'azur à deux croissants de l'un dans l'autre. Jehan Gaschot seig' de Vuhé fut l'un des députés qui, après le siège de 1573, prêtèrent serment au duc d'Anjou au nom de la ville. Son fils Jean, avocat, s* de Vuhé, remplaça son père au corps de ville en 1574 et conserva son mandat jusqu'en 1601. Un écrivain de ses compatriotes, l'appelle « un luminaire de littérature en ce pays. > 11 épousa, dans l'un des temples de La Rochelle, Marie Thevenin, dont il eut entre autres enfants. Jehan et Estienne. Ce dernier, baptisé au proche, le 4 juill. 1594, fut nommé pair en 1626 et commandant de la < galiote neuve, > le jour même où son frère Jean était appelé à la tête de la flotte rocheloise. Ce Jean, baptisé au prêche, le 22 déc. 1590, pair en 1613, commandant des galères, mai 1622, fut procureur de la ville en 1624, secrétaire des Conseils en 1628 ; il épousa au temple Judith Mignonneau, 27 déc.

1620 et mourut le 7 juin 1661. De son mariage naquirent six enfants dont le dernier, Michel, né le 11 juill. 1634, après avoir passé six ans (1666-72) aux Indes orientales, revenu dans sa patrie, abjura pendant les dragonnades. — Un Estienne Gaschot sr de la Maisonneuve, marié le 2 oct. 1618 à Judith, fille du pasteur P. Merlin, acheta en 1628 son titre de pair au prix des grains qu'il avait tenus en ré-

serve pendant le siège. Une de ses filles, Judith, née en 1629, épousa Jean Gascherie, procureur ; une autre, Suzanne, née en 1638, épousa Élie Nicolas sr du Caillaud en Saint-Just ; un de ses fila, aussi nommé Etienne, né le 1" avril 1641, occupait à La Rochelle le double emploi municipal de directeur et receveur des droits de marque sur les chapeaux fabriqués dans la ville et de commis ambulant au bureau des vivres de la marine. U avait épousé au temple Suzanne Fontaine; mais il abjura la foi réformée durant les dragonnades (Richbmdhd).

GASCOLN di Vair (Marie), fille noble de Normandie, 50 ans, réfugiée à Jersey et assistée par le comité de Londres (6 liv., 10 liv., etc.), 1702 ; l'est encore en 1710.

— Des OascougnoUes, ancien de Mougon, délégué au synode de S*-Maixent, 1598.

— M. de Gasconnière, emprisonné à Niort, se convertit, 1698. — Marie Gasfê, assistée (1 1. 6) à Londres, 1710. — « René GasUk, cidevant contrôleur géni de rartillerye, natif de Mirebeau, demeurant à Paris, rue des quatre fifz Edmond, et d»k Marie Mfnier, femme de M* Pierre Berthrand, naguères trésorier de France en la généralité de Languedoc, amenés prisonniers à la Conciergerie de Paris comme estant de la nouvelle oppinion ainsy qu'ils ont dict et confessé, pour ester adroict, » 25 septemb. 1569. Le dit Gasille mis hors, à la charge de vivre catholiquement, le 2 mai 1570.

— Lucie Gaspard, du Beau mont près Valence, femme de Jacques Chevalier, assistée à Lausanne, 1691 ; — Pierre Gaspard, de Nîmes, assisté à Genève d'habits et d'un viatique, 1703.

GASPARLV, famille originaire de la Corse [Haag, V221] et constituant une branche cadette de l'illustre maison de Gaspari, établie vers le milieu du XVlm« siècle, avec Ornano de Gaspari, dans la principauté d'Orange et devenue protestante par le mariage du même Ornano avec nne fille de Jean de Serres, l'historiographe de Henri IV, nièce d'Olivier de Serres, le célèbre agronome. Elle possède encore, au cap Corse, la torre dei Gaspari, qui lai a été transmise en 1840 lors de l'extinction de la branche aînée en la personne du comte Luce de Gaspari-Bel levai. L'église de Morsiglia renferme plusieurs tombeaux de ses aïeux.

GASPABIN

Le premier Gasparin que mentionne l'histoire, Thomas- Augustin, naquit en 1750 à Orange, embrassa la carrière militaire et remplissait en 1789 les fonctions de capitaine an régiment de Picardie. La Révolution, loin de le froisser, fnt saluée par lui comme l'aurore d'un nouvel et meilleur ordre de choses. En 1791, ses soldats qui tenaient garnison à Saarlouis en Lorraine et réclamaient vainement le lourd arriéré de leur solde, étaient sur le point de se révolter, lorsqu'il engagea, pour les maintenir dans le devoir, sa fortune personnelle. Cette même année 1791, le département des Bouches-du-Rhône envoya Gasparin siéger à l'Assemblée législative et le choisit en 1792 pour l'on de ses représentants à la Convention nationale.

Nommé dans l'un et l'autre corps membre du comité militaire , il y présenta et y fit adopter diverses motions relatives à la composition des conseils de guerre et à l'assimilation des officiers des volontaires nationaux aux officiers de l'armée régulière (8 mai 1792). Le tact et la fermeté dont il avait fait preuve dès les débuts de sa carrière, le servirent avantageusement au cours des délicates missions dont il fut investi par le pouvoir exécutif : en avril 1792, au camp de Soissons, où il prévint un soulèvement de troupes ; le 24 septembre de la même année, à Tannée des Alpes, pour annoncer au général Montesquiou sa révocation; en avril 1793, à l'armée du* Nord, où il rendit la confiance aux soldats un moment ébranlés par la défection de Dumouriez. L'énergie qu'il déploya dans cette occasion critique, lui ouvrit en juin 1793 les portes du Comité du Salut public où il remplaça Treilhard, mais le 27 juillet il cédait déjà sa place à Robespierre, pour ne pas encourir la responsabilité des condamnations prononcées par ses collègues. Dans les assemblées elles-mêmes, ses votes furent constamment acquis aux Montagnards ; le 3 janvier 1792 il accusa les Girondins d'entretenir de coupables intelligences avec le monarque ; le 17 et le 19 il se prononçait pour la mort de Louis XVI sans appel ni sursis. En 1794 la Convention envoya Gasparin sur sa demande à Toulon, auprès de l'armée des Alpes, pour surveiller les opérations du siège en qualité de commissaire. Avec une perspicacité qui lui fait honneur, il devina

les talents stratégiques de Bonaparte, alors simple lieutenant d'artillerie, et le fit nommer commandant en chef, en lieu et place de l'incapable Carteaux. t C'est au représentant Gasparin, dit Las-Cases dans le premier volume des Mémoires de Sainte - Hélène, que Napoléon devait d'avoir vu son plan, celui qui donna Toulon, triompher des objections des comités de la Convention. Il en conservait un souvenir reconnaissant : c'était Gasparin, disait-il, qui avait ouvert sa carrière. > Les dernières dispositions de l'empereur témoignèrent de sa gratitude. « Nous léguons, » dit-il dans le quatrième codicille de son testament en date du 21 avril 1821 à Longwood, c cent mille francs aux fils ou petitsfils du député à la Convention Gasparin, représentant du peuple à l'armée de Toulon, pour avoir protégé et sanctionné de son autorité le plan que nous avions donné, qui a valu la prise de cette ville et qui était contraire à celui envoyé par le Comité du Salut public. Gasparin nous a mis par sa protection à l'abri des persécutions de l'ignorance des états-majors qui commandaient l'armée avant l'arrivée de mon ami Dugommier. » Le représentant du peuple ne vécut pas assez longtemps pour assister au succès des intelligentes mesures prises par lui devant Toulon. Une fluxion de poitrine contractée pendant les fatigues du siège l'emporta dans sa maison d'Orange le 7 nov. 1793. De solennelles funérailles lui furent faites dans sa ville natale, mais son cœur fut envoyé à la Convention qui décréta de le déposer au Panthéon.

L'arrêt ne rot pas exécuté et le cœur d'Augustin-Thomas de Gasparin est demeuré aux Archives (voy. pour plus de détails : le Moniteur universel, année 1792, N°» 120- 139, 162, 263, 269 ; An premier, N<» 5 et

Adbirn-Etiennk-Pi*rrr, comte de Gasparin, fils aine du précédent, né à Orange le 29 juin 1783t embrassa à l'exemple de son père la carrière militaire, rat attaché en qualité d'officier de cavalerie à l'état major de Murât et se signala en 1806 par sa bravoure dans la campagne de Pologne, mais il fut obligé par une blessure de quitter prématurément l'armée et se retira dans ses terres de la Vaucluse où, sollicité par l'exemple d'Olivier de Serres, son illustre aïeul, il se livra à d'ingénieuses

GASPABIN

recherches agronomiques et rédigea une série de mémoires la plupart couronnés par l'Institut.

Pendant toute la durée de la Restauration, ses propres convictions politiques, tout autant que le souvenir de son père, le retinrent dans l'opposition, mais la révolution de juillet lui ouvrit la carrière des fonctions publiques. Successivement préfet de la Loire (août-septembre 1830), de l'Isère (20 sept. 1830-28 nov. 1831), du Rhône (28 nov. 18314 avril 1835), Adrien de Gasparin déploya dans ces différents postes, pendant une période troublée, des qualités administratives de premier ordre. En 1831 il arrêta près de Voiron dans l'Isère un corps de révolutionnaires italiens qui se disposait à envahir la Savoie ; en 1834 (14-22 fév.) il réprima à Lyon une redoutable insurrection socialiste, dite des mutualistes. Le gouvernement le récompensa de la fermeté dont il avait fait preuve dans cette crise terrible en l'élevant, le 19 avril 1834, à la pairie.

De Lyon il fut appelé en 1835 à Paris en qualité de secrétaire du ministère de l'intérieur. Le 6 septembre 1836, il en devint titulaire dans le cabinet présidé par M. Mole. M. de Gasparin apporta dans les discussions parlementaires une parole nette et facile, sinon brillante, et justifia les espérances administratives qu'avait fait concevoir sa gestion préfectorale par la suppression de la chaîne des forçats et son remplacement par le transport dans les voitures cellulaires, par l'ouverture de nombreuses routes en Corse, par l'introduction de plusieurs réformes pratiques dans l'organisation des hospices, la législation des aliénés, le régime des prisons. La loi dite de disjonction, en vertu de laquelle les militaires étaient soustraits à la juridiction civile pour les crimes de droit commun, amena malheureusement, le 15 avril 1837, sa retraite des affaires publiques et son remplacement, par M. de Montalivet. Le 31 mars 1839 le roi lui rendait son ancien portefeuille avec l'intérim de celui du commerce et des travaux publics dans le cabinet de transition formé par M. de Montebello, cabinet qui ne survécut pas à l'émeute provoquée par Barbes, Blanqui et Martial Bernard (12 mai 1839). L'arrivée au pouvoir de M. Thiers (1er mars 1840) détermina M. de Gasparin à une re-

traite complète de la vie politique. La deuxième république, désireuse de s'assurer le concours d'un administrateur aussi expert, l'appela dès les premiers mois de 1848 à la direction de l'institut agronomique nouvellement créé à Versailles, un poste qu'il conserva jusqu'à la suppression de cet établissement, le 7 septembre 1852, et pour lequel il rédigea un premier volume d'Annales.

Si importants qu'aient été les services rendus par le comte Adrien de Gasparin en qualité de préfet et de ministre de l'intérieur, la meilleure partie de son activité fut consacrée au développement de l'agriculture, regardée par lui comme la source la plus sûre et la plus abondante de richesses pour un État. Très érudit dans oe domaine et personnellement renseigné par de nombreux voyages sur les meilleures méthodes adoptées à l'étranger, il travailla, plus qu'aucun autre de ses contemporains, à engager sa science favorite dans les voies positives de l'expérimentation, en la mettant d'une part en étroites relations avec l'économie politique, en la faisant bénéficier de l'autre des découvertes les plus solidement attestées de la géologie et de la météorologie, de la physique et de la chimie. Grâce à sa courageuse initiative et à ses persévérants efforts, la France et surtout la région du Midi entrèrent dans une voie d'améliorations et de progrès continus. De flatteuses distinctions prouvèrent à M. de Gasparin l'estime dans laquelle étaient tenues ses recherches par les corps compétents. L'acad. des sciences l'admit en 1840 dans sa section d'économie rurale en remplacement de Turpin, la Société pour l'encouragement de l'agriculture le choisit en 1845 pour l'un de ses viceprésidents. Sa vigoureuse vieillesse s'écoula a Orange où la mort vint le chercher le 7 septembre 1862. Une statue lui a été élevée dans sa ville natale en 1864.

Voici l'énumération aussi complète que possible des ouvrages et mémoires dus à la plume féconde du comte Adrien de Gasparin : L Du croisement des races, couronné par la Société d'agriculture de Lyon, Lyon, 1810. — II. De la gourme des chevaux, mémoire qui obtint la médaille d'or donnée par la Société d'agriculture de la Seine, Lyon 1811. — - III. De la culture de la garance, Lyon, 1815. — IV. Histoire

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de la ville d'Orange et de ses antiquités, 1815. — V. Manuel de l'art vétérinaire à F usage des officiers de cavalerie, des agriculteurs et des artistes vétérinaires, Paris, 1817, in-8°, un ouvrage dans lequel M. de Gasparin a réuni toutes les observations faites par lui sur les chevaux malades dans les dépôts dont il avait eu l'inspection pendant sa carrière militaire. — VI. Des maladies contagieuses des bêtes à laine, mémoire qui remporta le prix proposé par la Société d'agricult. de Lyon, 1821. — VII. Des petites propriétés considérées dans leurs rapports avec ^agriculture et le sort des ouvriers, Paris, 1821. — VIII. Guide des propriétaires de biens ruraux affermés, Paris, 1829, un ouvrage couronné en 1828 par la Société royale d'agriculture. — IX. Recueil de Mémoires d'agriculture et d'économie rurale, 3 vol. in-8°, Paris, 1829- 1841, reproduisant la plupart des travaux ci-dessus indiqués et en contenant d'autres relatifs aux biens soumis au métayage, à la culture du safran et de l'olivier, à l'introduction des vers- à-soie en Europe. — X. Cours d'agriculture, 5 vol. in-8°, Paris, 1843-1849, un ouvrage qui a fait longtemps et justement autorité. — XI. Principes d'agronomie, Paris, 1854, in-8°. En dehors de ces ouvrages de longue haleine, M. de Gasparin a fréquemment inséré des articles dans les Mémoires de la Société centrale d'agriculture de France, Y Annuaire météorologique, la Bibliothèque universelle de Genève, la Maison rustique au XI X^* siècle, les Mémoires de l'académie du Gard, les Annales de voyage de Malte-Brun.

Auguste de Gasparin, deuxième fils d'Augustin-Thomas, naquit à Orange le 9 décembre 1787. Capitaine de la garde nationale dans sa ville natale en 1815, il se prononça en faveur des Bourbons lorsque Napoléon revint de l'île d'Elbe. Sous la monarchie de juillet il fat maire d'Orange et député de Montélimart (1837-1842). On cite de lui différentes brochures de mécanique et d'économie agricole insérées dans diverses revues départementales. M. Auguste de Gasparin est mort à Orange en

Aoénor-Étibnne, comte de Gasparin, fils aîné du comte Adrien, né à Orange le 12 juillet 1810. Par sa mère, Adèle de Daunant, il se trouvait apparenté à une des familles protestantes les plus considé-

rées de Nîmes. Son éducation, d'abord commencée par un précepteur alsacien, M. Scheffer, se continua depuis 1822 à Paris au lycée Louis-le-Grand ; ensuite les Facultés de Droit et des Lettres le comptèrent parmi leurs plus brillants élèves. Agénor de Gasparin appartint à cette jeunesse enthousiaste de la Restauration qui fut nourrie des Odes de Victor Hugo, des ïambes de Barbier, des Messéniennes de Casimir Delavigne, se pressa à la Sorbonne au pied des chaires de Victor Cousin, Guizot, Villemain, applaudit à la chambre des députés, les discours de Royer- Collard, du général Foy, du duc de Broglie. Lorsque éclata la révolution de 1830, il fit le coup de feu en qualité de garde national, mais protégea, avec sa générosité native, des prisonniers que, dans l'exaspération de la lutte, ses compagnons se disposaient à massacrer.

Le titre de licencié en droit ouvrit en 1834 à M. de Gasparin la carrière administrative. En 1836 son père le choisit pour chef de cabinet an ministère de l'intérieur, en 1837 il fut nommé maître des requêtes au Conseil d'État. En 1842 les électeurs de Bastia, le district corse d'où sa famille était originaire, l'élurent pour leur représentant à la Chambre des députés. M. de Gasparin y conquit bientôt une place distinguée par sa parole impétueuse et convaincue, dénonçant tous les abus de pouvoir, revendiquant toutes les libertés, n'obéissant qu'à sa conscience. Malgré de vives oppositions, ses collègues de toutes les fractions de la Chambre se plurent à rendre hommage à la droiture de son caractère et à la noblesse de ses pensées. Ses principes conservateurs ne l'empêchèrent nullement de signer avec MM. Saint-Marc Girardin et d'Haussonville, contre le système de corruption reproché à M. Guizot, un amendement qui réglait l'admission aux fonctions publiques.

La liberté religieuse posséda en lui un infatigable champion. En toute occasion il prit à la tribune la défense des Églises réformées de France dont une administration hostile ou timorée méconnaissait les justes griefs, des évangélistes illégitimement condamnés, des colporteurs frappés de lourdes amendes. « Songez y, > s'écriait-il le 6 avril 1846, « je vous le dis avec calme et sérieux, parce que j'exprime ici une

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résolution bien arrêtée : si Ton nous refuse la liberté que nous demandons, si Ton oppose de nouvelles entraves à l'exercice d'un droit nécessaire, eb bien ! nous prendrons sur notre dos la balle du colporteur, nous irons vendre des bibles, affronter vos procès et nous faire jeter en prison ! >

La question de la traite des nègres et du droit de visite passionnait sous la monarchie de juillet les esprits, moins par philanthropie que par lutte de politique intérieure et antagonisme contre la Grande- Bretagne. A. de Gasparin, dans son livre Esclavage et Traite (1 vol. in-8<>, Paris, 1838) se prononça en faveur de l'émancipation immédiate et combattit aux côtés du duc de Broglie qui travaillait officiellement à la suppression de la servitude des noirs dans les colonies. A cette période de sa vie politique appartiennent également deux brochures : De l'amortissement (Paris, 1834). La France doit-elle conserver Alger? (Paris, 1835) sous le pseudonyme d'un « auditeur au Conseil d'Etat. »

Les loisirs que fit en 1846 à M. de Gasparin son éloignement des affaires publiques furent mis par lui à profit pour un voyage de plusieurs mois en Egypte et en Syrie. Ce fut à Jérusalem que lui parvint la nouvelle de la révolution de 1848. Il écrivit des lieux mêmes une touchante protestation de fidélité à la dynastie déchue, un vigoureux refus aux offres qui lui étaient faites de coopérer à la nouvelle constitution de la France, mais après son retour en Europe, au lieu d'habiter Paris, il se fixa en Suisse où il se sentait attiré depuis son mariage avec M||e Valérie Boissier et où se passèrent les vingt- trois dernières années de sa vie. Ses amis de l'autre côté du Jura cherchèrent à de fréquentes reprises, mais inutilement, à le rappeler auprès d'eux. Le régime du deuxième empire était odieux à son âme avide d'indépendance et il avait besoin de vivre dans un pays libre pour travailler fructueusement, par la parole et par la plume, au triomphe des causes qui lui étaient chères.

Les débats ecclésiastiques et théologiques qui agitaient l'Église réformée de France, sollicitèrent de bonne heure son attention. M. de Gasparin combattit dès sa jeunesse aux premiers rangs de l'extrême droite et soutint la nécessité, en matière de foi, d'une

règle infaillible avec la sincérité passionnée qu'il apportait en toute chose, un courage qui ne connut ni les hésitations ni les défaillances, une soumission absolue à ce qu'il croyait être la vérité divine, mais aussi, nous sommes contraints de l'ajouter, avec une érudition des plus contestables et des plus fantaisistes, une instinctive aversion pour toute méthode scientifique rigoureuse, une entière incapacité à comprendre les arguments adverses.

< Le clairon de Jésus » avait-il coutume de dire, « ne sonne jamais la retraite. »

Secrétaire, en 1843, de la Société pour les intérêts généraux du protestantisme français, il entreprit de grouper les fidèles sous l'étendard d'un formulaire dogmatique, plus simple, il est vrai, et plus conforme à l'Évangile que celui de La Rochelle et ne recula pas devant l'exclusion des récalcitrants (Lettre à M. A th. Coquerel, broch., Paris, 1840. Lettre sur une question posée par ï Espérance, broch., Paris, 1843. Intérêts généraux du protestantisme français, 1 vol. in-8°, Paris, 1848). La crise d'intolérance qui sévit en 1846 sur le canton de Vaud, lui permît de formuler en toute netteté dans son livre intitulé : Christianisme et paganisme (1 vol. in-8°, Genève, 1846) le principe de la séparation de l'Église et de l'État. Le synode officieux qui se réunit à Paris en 1848 retrouva A. de Gasparin à côté de Frédéric Monod pour réclamer la réorganisation de l'Église réformée sur une base positive. Lorsque l'assemblée eut constaté • l'impossibilité dans les circonstances actuelles de rédiger une profession de foi, > eux seuls, parmi les membres de la droite, donnèrent leur démission et se retirèrent d'une Église tenue par eux pour infidèle à sa mission (Réponse à la brochure de M. Adolphe Monod : Pourquoi je reste dans VÉglise? Broch., Paris, 1849).

En 1850 la lutte se transporta du domaine pratique dans la sphère théorique.

M. de Gasparin défendit dans les colonnes des Archives du Christianisme, avec une chevaleresque intrépidité, l'inspiration plénière des Saintes-Écritures et se flatta d'avoir répondu dans son livre : les Écoles du doute et l'École de la foi (1 vol. in -8°, Geuôve, 1854. 2™ édition, in-18, Paris,

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1874) à toutes les objections développées dans la Revue de Strasbourg par MM. Colani et Edm. Scherer. (Voir également : La Bible défendue contre ceux qui ne sont ni disciples ni adversaires de M. Scherer, broch., Paris, 1854). An printemps de 1870, à la suite de conférences données par M. F. Boisson, on mouvement populaire s'organisa en faveur du christianisme libéra] dans la Suisse romande. L'athlète, quelque peu brisé par l'âge, mais toujours jeune de cœur, n'hésita pas à redescendre dans l'arène et à opposer, aux maux dont souffre actuellement le protestantisme, son remède favori de la séparation, ce qui lui attira, au nom de l'Église nationale, une verte réplique du pasteur Oltramare. (Le Christianisme libéral et la séparation de F Église et de ÏÉtat, broch., Lausanne, 1869.)

Dans la retraite volontaire qu'il s'était choisie en Suisse, soit aux portes de Genève dans la belle villa du Rivage, soit dans la solitude romantique de Valleyres près d'Orbe au pied du Jura, le comte Agénor de Gasparin, loin de rester inactif, suivait avec une perspicace curiosité toutes les phases de la politique européenne. Travailleur infatigable, doué d'une forte mémoire et d'une brillante facilité de rédaction, [se sentant, comme chrétien, citoyen de l'univers et estimant que rien ne devait lui demeurer étranger, tantôt il entassait des matériaux sans nombre pour de futurs ouvrages, tantôt il écrivait dans les colonnes d'un journal une série d'articles sur un sujet religieux, politique ou économique, tantôt il se sentait forcé en quelque sorte par un grand événement à publier un de ces livres vibrants d'enthousiasme, qui gagnait à une noble cause toutes les sympathies.

En 1852, les époux Madiaï ayant été condamnés aux galères par le grand-duc de Toscane pour avoir lu et distribué la bible, M. de Gasparin se rendit avec une députation de l'Alliance évangélique à Florence pour intercéder en leur faveur et réclamer les droits de la liberté de conscience. Lorsque en 1857 la Suisse fut menacée par la Prusse à propos de la souveraineté de Neuchâtel, le châtelain de Valleyres prit immédiatement la plume pour défendre sa patrie d'adoption (La question de NeuchâteL Un mot de plus sur,.. Der-

nières remarques, Genève, 1857). En 1860 éclatait de l'autre côté de l'Atlantique la guerre de la sécession américaine : l'ancien avocat de l'émancipation à la Chambre des députés tint à honneur de redresser l'opinion publique un peu hésitante au début de la crise et publia coup sur coup ses beaux livres : Un grand peuple qui se relève (1 vol. in-8», Paris, Ire édition, 1866. 6 éditions). L'Amérique devant f Europe (1 vol. in-8o, 1862, 2 éditions). Une parole de paix sur le différend entre l'Angleterre et les États-Unis (Paris, 1862, broch).

Enfin l'année 1870 l'appela à passer par les poignantes douleurs qu'éprouvèrent tous les Français attachés à leur pays. Loin de partager les illusions que se faisait au début de la lutte la majorité de ses compatriotes, il condamna avec sa sincérité et sa vaillance accoutumées les errements diplomatiques de Napoléon III (La déclaration de guerre, broch., Paris, 1870, 2 éditions). Après les premières victoires de l'Allemagne et la prise de Strasbourg, la neutralisation de l'Alsace et de la Lorraine fat proposée par lui comme la solution la plus équitable du conflit (La république neutre d'Alsace, broch., Genève, 1870, 2 éditions, d'abord publiée dans les colonnes du Journal de Genève). Son dernier cri de douleur, pour arrêter une effusion de sang désormais inutile, fut adressée à ses compatriotes sous le titre d'Appel au patriotisme et au bon sens (broch., Genève, 1870, 2 éditions). Après sa mort parut son testament politique, un modèle de générosité et de sagesse : La France, nos fautes, nos périls, notre avenir (2 vol. in-18, Paris, 4 éditions, 1872). M. de Gasparin ne s'était pas dissimulé les difficultés de la tâche qu'il avait entreprise. « Pour prendre en main, écrivait-il en 1870, les causes qui compromettent, pour se brouiller avec les oracles, pour se refuser aux petites servitudes courantes, il faut avoir pris son parti à l'avance de beaucoup de douleurs et de beaucoup d'injustices. Un homme libre, c'est l'ennemi ; à son aspect, notre moutonnerie s'alarme, nos camaraderies menacées s'apprêtent au combat. C'est un rude métier que celui de redresseur des torts et d'apôtre de la vérité : le monde n'avance qu'aux dépens de celui qui le pousse. > Les livres de M. de Gasparin, quels que

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soient leur nombre et leur mérite, ne représentent qu'une faible part de l'activité incessante déployée par lui en faveur de ce qu'il croyait être le bien et le vrai. L'orateur l'emportait de beaucoup chez lui sur l'écrivain. Depuis qu'il se Ait fixé à Genève, il donna chaque hiver, devant des auditoires de plusieurs milliers de personnes, d'où l'élément ouvrier n'était point absent, des conférences dont le thème était emprunté tour à tour à la religion, à l'histoire, à l'économie sociale. La sincérité de ses convictions, l'entraînement de sa parole, son irréprochable courtoisie vis-à-vis de ses adversaires, Fart infini avec lequel s'entremêlaient les raisonnements et les anecdotes, les saillies humoristiques et les appels partis du plus profond du cœur, lui valurent de splendides triomphes, sans qu'il eut jamais fait la moindre concession aux préjugés et aux passions populaires, et ont laissé d'impérissables souvenirs. La plupart de ces conférences ont été publiées, mais, dépouillées du charme inhérent à la personne de M. de Gasparin, elles ont perdu quelque peu de leur attrait : Innocent III (I vol. in-18, Paris, 1859, 4 éditions). Les perspectives du temps présent (1 vol. in-18, Paris, 1860). Le Bonheur (1 vol. in-18, Paris, 1862, 7 éditions). La Famille (2 vol. in-18, Paris, 1865, Il éditions). La liberté morale (2 vol. in-18, Paris, 1868, 4 éditions). L'Égalité (1 vol. in-12, Paris, 1869, 4 éditions). La Conscience (1 vol. in-18, Paris, 1872, 6 éditions). Luther et la Réforme (1 vol. in-18, Paris, 1873, 5 éditions). Le bon vieux temps (1 vol. in-18, Paris, 1873, 3 éditions). L'ennemi de la famille (1 vol. in 18, Paris, 1874, 5 éditions). Pensées de liberté (1 vol. in-18, Paris, 1876, 3 éditions). Paroles de vérité (1 vol. in-8°, Paris, 1876, 2 éditions). Les droits du cœur (1 vol. in- 18, Paris, 1878, 3 éditions). L'Église selon l'Évangile (2 vol. in-18, 1879). La Bible (2 vol. in-18, 1879).

La Providence réservait an comte de Gasparin la mort du soldat de Christ. Témoin à Valleyres de la retraite lamentable de l'armée de l'Est, il reçut chez lui de nombreux internés et les soigna avec le plus admirable dévouement. Les poignantes impressions (ra'il ressentit de cet effroyable désastre achèveront de ruiner sa santé déjà fort affaiblie depuis quelques

années. Un mal contagieux, contracté dans les ambulances, l'emporta à sa villa du Rivage, le 14 mai 1871.

Adrien NavOU-Rigaud. Journal de Genève do 16 mai 1871. Th. Borel : Le comte Agencr de Gasparin, 1 vol. in-12 de 147 pages, Paris, 1879.

Catherine -Valérie Boissier, comtesse de Gasparin, née à Genève, le 15 sept. 1813, d'une riche famille patricienne, originaire d'Anduze et émigrée à l'époque de la Révocation de Fédit de Nantes, petitefille du médecin Butini, sœur du botaniste Edmond Boissier, parente rapprochée du physicien Auguste de la Rive et de M. de Rocca, le second mari de M»* de Staël, rat élevée en majeure partie par sa mère, reçut pendant dix années l'enseignement de M. Louis Vallette, plus tard pasteur luthérien à Paris, joignit à ses précoces dispositions littéraires des goûts artistiques non moins prononcés et se livra avec ardeur à l'étude du piano sous la direction de Liste. Son mariage en 1837 lui donna vingt-quatre années non interrompues d'intimité et de bonheur. Les dix années qui suivirent s'écoulèrent à Paris; en 1847, M. et M" de Gasparin s'embarquèrent pour l'Orient et visitèrent la Grèce, l'Egypte, la péninsule du Sinaï, la Palestine, la Syrie ; à partir de 1848, ils se fixèrent dans la Suisse romande. Depuis la mort du comte Agénor, Mme de Gasparin s'est condamnée à une profonde retraite dans sa campagne du Rivage et s'occupe soit d'oeuvres de bienfaisance, soit de la publication et de la diffusion des livres de son mari.

Mme de Gasparin qui n'a signé de son vrai nom presque aucun de ses nombreux ouvrages, débuta fort jeune dans la carrière des lettres. A l'âge de vingt ans, en 1833, elle faisait paraître, sous le pseudonyme d'Antoine Goru, trois Nouvelles (2me édition, 1845) et en 1835 sous le titre de Voyage d'une Ignorante, ses impressions de touriste sur le Midi de la France et l'Italie, deux volumes suivis en 1848 de trois autres : Journal d'un voyage dans le Levant (4 éditions). Les sujets les plus graves de la morale attirèrent d'abord son attention et furent abordés par elle dans le Mariage au point de vue chrétien (3 vol., 1842, 3 éditions, abrégé et popularisé en 1845 dans : un Livre pour les Femmes mariées), un ouvrage qui valut à sou au-

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leur la grande médaille d'or de V Académie française et dans lequel les convictions théologiques les plus arrêtées, voire même les plus aggressives, s'unissent avec une singulière liberté de ton et d'allures. Sa vaillante franchise à l'égard de ses amis les plus chers et son impérieux besoin d'indépendance lui dictèrent deux livres de polémique dans lesquels elle s'éleva tour à tour avec une spirituelle vivacité contre quelques-uns des travers les plus choquants des communautés issues du Réveil : Quelques défauts des Chrétiens d'aujourd'hui (1853, 2 éditions) et condamna l'institution des diaconesses protestantes comme entachée de romanisme : Des corporations monastiques au sein du Protestantisme (2 vol., 1845). A cette même période appartiennent quelques récits saisissants dans leur simplicité : Allons faire fortune à Paris (1844). Il y a des pauvres à Paris et ailleurs (1846, plusieurs éditions).

En 1858 s'ouvrit pour Mm* de Gasparin une voie des plus nouvelles et des plus originales avec la publication d'esquisses et récits fortement marqués du caractère biblique, pleins d'élévation et de cordialité, dont les héros sont le plus souvent des vachers, des bûcherons, des villageoises, et d'où la verve humoristique n'exclut aucunement la compassion pour toutes les souffrances humaines, des tableaux tout pénétrés des saveurs agrestes des forêts et des prairies, traduits dans une langue pittoresque, savoureuse, éblouissante de coloris, savante et raffinée sous son apparente naïveté, « le Protestantisme dans la nature et dans l'art au XIX"" siècle, » comme l'a dit Sainte-Beuve. En voici la série : les Horizons prochains (1858, 8 éditions) ; les Horizons célestes (1859, 9 éditions) ; Vesper (1861, 5 éditions) ; les Tristesses humaines (1863, 5 éditions) ; Dans les près et sous les bois (1887). Un roman : Camille discute au point de vue protestant orthodoxe la même thèse que Sybille d'Octave Feuillet au point de vue catholique mondain : l'impossibilité de l'union entre une chrétienne et un libre-penseur (1866, 3 éditions). Tous ces ouvrages sont signés : Y auteur des Horizons prochains.

La même imagination primesautière et la même vitalité poétique dans la descrip-

tion animent une deuxième série de productions réunie par Mm« de Gasparin sous le titre séduisant des Prouesses de la Bande du Jura, d'aimables et joviales réminiscences de voyages entrepris en commun avec quelques bons voisins de Valleyres, des récits dont l'imprévu dégénère quelquefois en bizarrerie et dont la facilité n'est point exempte de désinvolture : la Bande du Jura (4 vol., 1865-1866). Au bord de la mer (1866). A Constantinople (1867). A travers les Espagnes (1868). La guerre franco-allemande inspira à Mme de Gasparin deux poèmes indignés : La chanson des Vautours (1870). Le fait accompli (1870). Il convient parmi les nombreux livres de V auteur des Horizons prochains d'assigner une place à part au volume intitulé : Jésus, quelques scènes de sa vie terrestre (1885). Andalousie et Portugal (1886).

Pendant les premières années de son veuvage, Mm* de Gasparin ne sortit de sa retraite que pour écrire quelques brochures populaires contre l'ivrognerie ou la prostitution légale et pour adapter d'anglais en français des œuvres d'imagination nées sur le sol de la Grande-Bretagne ou des États- Unis. En 1883, elle est intervenue avec éclat dans les controverses suscitées par l'apparition à Genève de Y armée du salut et a, d'un vigoureux coup de fouet, expulsé les vendeurs an temple : Lisez et jugez. Armée (soi-disant) du salut , conseils extraits des ordres et règlements. Brochures populaires : La lèpre sociale. A toi (1871, contre la prostitution légale). Sept hommes (1871, contre l'ivrognerie). Traductions : La grande armée des misérables (1878).

L'Homme et la bête (1879). Jennett Cragg (1879). Les hauts faits d'une année bissextile par Macrie (1879). Les Américains chez eux par Macrie (1880). Quatre ans de prison (1881). Cinq fleurs transportées dans le ciel par Mistress Tait (1881). Dot de Dieu (1881). Le Masque arraché par Talmage (1881). Un homme de cœur, biographie du révérend Charles Kingsley (1886). Pures amours (1885).

Charles de Rémtnat, Revue des Deux-Mondes, 15 décembre 1864. — Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, 9 janvier 1865. — Edmond Scherer, Etudes sur la littérature contemporaine, 3M série, 1865. — Joies Levallois, La Piété au XIX** siècle, 1864. — Armand Pommier, M— la corn-

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teeee de Gatparin, écrivain calvinUte, 1864. — de Littérature, 1859. — A de Pontmartin, Nou- Ph. Godet, Revue Chrétien**, novembre 1885. — veaux Samedi*, troisième série, 1885. Cuvillier Fleory, Dernièru Ondée tfHutovre et (STBGBHLDf).

ADDITIONS ET CORRECTIONS

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