‹ La France protestante (volume 2)Chapitre 29 sur 252 · II. François Estienne, second du nom · texte numérisé non relu

II. François Estienne, second du nom

fils de Robert I", et frère puîné de Henri II, naquit à Paris vers 1540. Les Lettres de rémission du roi Henri II, dont nous avons parlé dans notre notice sur Robert, nous fournissent quelques renseignements sur sa première éducation. < Environ l'an mil cinq cens quarante -neuf, y lisons-nous, ledit François, lors aagé de six ans seullement [un peu plus haut, il est dit âgé de 12 ans, à la date d'août 1552J fut emmené par un marchant de la ville de Strasbourg pour lui servir et aprendre, tant an faict de la marchandise, estude, que en la congnoissance de la langue germanique, lequel marchant le meist en pension chez ung nommé Theobaldus, demourant en ladicte ville de Strasbourg, homme de sçavoir pour instituer jeunes enfans. » Environ quatre ans après [nous renonçons à éclaircir ces dates], il fut retiré de Strasbourg et conduit à Lausanne < où il fut mys en pension avec [chez] ung nommé de Bellenove, lequel l'instituoit en grammaire, en la langue du païs. » Ses deux frères Robert et Charles l'y avaient précédé ; Robert avait été placé chez un nommé Rabicus [Ribbitus], « lequel l'institua en hébrieu et l'envoya au colleige, » et Charles chez « ung précepteur qui l'instituoit ez lectres grecques. » Lorsque leur père se fut retiré à Genève, il les fit venir auprès de lui, où il les occupa c tous en divers actes et ministères, selon leur capacité et congnoissance qu'ils po voient avoir de son estât et de ce qui en dépend, i Nous lisons, en effet, dans le testament du père (1559) : * ordonne icelui testateur que ledict François se contente d'icelle somme [2000 1. t.] heu égard aux grandi despens que ledict testateur a faict pour l'entretenir aux estudes et es lieux où il ademouré hors sa maison. Et neantmoingz afin que l'on puisse cognoistre quel debvoir fera ledict François de s'entretenir et demourer en ceste église et cité tant qu'il plaira à Dieu maintenir la saincte réformation d'icelle telle qu'il a pieu à Dieu y establir selon son sainct Evangile, ledict testateur veult et ordonne que ladicte somme demoure entre les mains dudict Henry en baillant les profietz d'icelle chacun an audict François pour l'entretenir jusques à ce qu'il soit venu en aage de vingt-cinq ans et que l'on cognoisse par sa vie et conversation et qu'il ayt apparence

en l'église, par le tesmoigDage des spectables ministres d'icelle, qu'il ha vouloir de continuer et suyvre et se maintenir en ladicte réformation. Et s'il faict le contraire et se débauche ou retire de ladicte réformation, ledict testateur veult et ordonne qu'il soit privé entièrement de ladicte somme et qu'elle demoure audict Henry. • On voit que les huguenots zélés n'avaient pas scrupule de faire, dans leur particulier, ce qu'ils reprochaient à leurs persécuteurs. Ils ne comprenaient pas que, comme toute autre autorité, politique ou religieuse, la puissance paternelle, s'arrête là où commencent les droits souverains de la conscience. François Estienne suivit aussi la carrière illustrée par son père. Dès 1562, nous le voyons à la tête d'une imprimerie à Genève. Sa première publication fut un recueil de sermons de Calvin, et sa dernière, parue en 1582, les Œuvres de Plutarque, de la trad. d'Amyot. Pendant cette période de 20 années, seize publications seulement, portant son nom, sortirent de ses presses. On lui a attribué plusieurs ouvrages ; mais un seul est de lai, c'est la traduction en français du célèbre écrit d'Hubert Languet Vindiciae contra tyrannos, qu'il publia sous ce titre : De la puissance légitime du prince sur le peuple, et du peuple sur le prince. Traité très utile et digne de lecture en ce temps, escrit en latin par Estienne Junius Brutus, et nouvellement traduit en françois (anonyme), 1581, in-8°. Quant au Traicté des dauces et à la Remonstrance charitable, ces deux productions appartiennent au minime Antoine-Etienne [noms pris en entrant en religion] qui n'a rien de commun avec la famille de nos Estienne.

François Estienne se maria, dit-on, deux fois. Sa première femme, Blanche de Corguilleray, fille de ce seigneur du Pont * qui eut maille à partir avec Durand de Villegagnon (V, col. 973), et de Marguerite de MatkauU. Il l'épousa à Genève, le 13 juill. 1563, et elle lui donna deux fils : Samuel, baptisé le 4 avril 1563, et Daniel, le 13 mars 1567 *. Si l'on doit en croire La Caille,

1 Philippe de Corgnilleray s* du Pont avait laiaaé trois enfants : 1° d"* Aymé, 2* Hector, S* Blanche. Après sa mort, ses deux aînés rentrèrent dans leur patrie, l'Orléanais. Voy. la note

t En 1582, il ne lui restait que Samuel et une

François serait allé se fixer en Normandie, après 1582, et y aurait épousé, en secondes noces, Marguerite Cave dont il aurait eu plusieurs enfants : Gervais, libraire à Paris vers 1616, qui épousa, le 24 oct. 1618, Denise Pailleaux, dont il eut Marie Estienne, née le 2 nov. 1619 ; — 2<> Adrien, libraire également né à Paris en 1616, qui épousa, le 10 juillet 1617, Marie Chastellain, dont il eut trois enfants : Pierre, né le 21 août 1618; Adrienne, née le 16 déc. 1626, et Jerosue, le 10 sept. 1630, reçu libraire à Paris, le 29 nov. 1657 ; — 3° Adriennb, mariée, le 4 févr. 1635, au libraire de Paris Jacques Palfart.

Th. Janson ab Almeloreen, De vitis SUphamojwn, Amsterd., 1683. — Idem, Vie de Casanbon et lettres de celui-ci (n~ 12, 15, 68, 163, 176, 185, 186, 194, 1047 dans redit, de 1V09 in- fol.) — ICaittaire, Stephanorum hiêtoria, 1709. — Niceron, Mém. tur lu hommes illustre», t. 36. — Prosp. Marchand, Dict. hùt, 1768, in-fol. — 8enebier, Sut. litt. de Genève, 1786. — Renouard, Annales des Estienne, 1848. — Feugére. édit. du Traité d'H. Estienne sur m Conformité du langage fronçait avec le grée, 1853. — Sayoos, Les Ecrivains fronçai» de la Réformation, 1854. — Gaullieur, La Typoç. genevoise, 1855. — A. Firmîn Didot, Biographie générale, 1872. — A. Bernus, Encyclopédie de» sciences relig., 1878.

3. ESTIENNE (d') vieille famille noble de Provence. On a un acte enregistré au parlent. d'Aix, 21 mai 1534, dans un procès entre « Esperit Estienne escuier, seigr de Venelles, Antoine et Jehan Estienne ses frères d'une part, et dam"* Magdallaine Chaussegrosse de Lambesc de l'autre »

(Bibl. nat. mss. pièces orig., t. 1079, doss. 24865, n<> 2). Honoré d' Estienne de Chaussegros, marquis de Lioux [Haag, V 40], 61s de Jean d'Estienne de Chaussegros et de Blanche de Gênas, rat élevé par sa mère dans la religion protestante. Envoyé de bonne heure en Hollande pour y apprendre le métier des armes sous le prince d'Orange, il rendit de grands services à la république des Provinces-Unies.

fille nommée Devise. Le 18 juin de cette année, il vendit A J.-Ant. Sarrasin, Dr médecin A Génère, pour 450 éccs d'or, son domaine de Boasy (terre de Gex), dont un tiers était le bien de Blanche sa défunte femme et dont les deux autres tiers loi avaient été vendus en 1578 par Aymé de Corguilleray suivant acte passé au bailliage d'Orléans, et par Hector de Corg. suivant acte passé en la prévôté de Montargis (J. Jovenon, not A Genève, V, 214).

ESTIENKE — E8TIGN0L

De retour en France, il fut nommé colonel du régiment de Piémont. Il avait épousé, en 1624, Marguerite de Cambis, et il mourut après 1657. Son fils unique, Cosmb, marquis de Lioux, fat créé lieutenant de cavalerie par brevet du 14 déc. 1650. Trois ans plus tard, il épousa Lucrèce de Coriolis, fille d'un président à mortier au parlement de Provence et, par conséquent, catholique. Il en eut Honoré qui fut élevé dans la religion romaine. — Deux autres branches de cette famille, celles de Mimkt et de Clbllss, professèrent également la religion réformée. Le chef de la première se convertit, à la Révocation, et mourut en 1697, laissant trois filles qui furent enlevées à leur mère, huguenote zélée, et enfermées dans un couvent d'Aix (M 668).

Le chef de la seconde était en 1670 Charles-Gaspard d'Estienne. En l'absence de son ministre Annet, le seigneur de Clelles invita Jacques Borel, ministre de Mens, et Jean Latelle, ministre de Tréminis, à venir prêcher dans son château où s'assemblait une église assez considérable. Sous prétexte qu'ils avaient contrevenu à la Déclaration qui défendait de prêcher dans les annexes, les deux ministres furent mis en accusation, mais le parlement de Grenoble les renvoya de la plainte (Tt 253). 4. ESTIENNE (George d'), bourgeois de Castres en 1575, procureur à la chambre de PÉdit en 1602, trésorier de la maison commune en 1611. — D'Estienne, famille noble de Montpellier divisée au commencement du XVIIme siècle en trois branches, les d'Estienne de Carlincas, d'Estienne de Pradilles et d'Estienne cT<4mértc. Un Améric d'Estienne d'Améric était conseiller au présidial en 1604, conseiller de la ville en 1617 et premier consul pendant le siège de 1622 {Bull. XII, 202). Nous avons vu déjà (IV, col. 219) un capitaine Carlincas en 1586 ; un autre était consul en 1611 et capitaine en 1622, à Montpellier. C'est le même probablement qui a laissé un journal autographe sur les faits qui eurent lieu dans cette ville du 1er janv. 1628 au 13 juill. 1629 (Bibl. nat., mss. lat., n« 10001). Jacques d'Estienne, s' de Carlencas, était des grands mousquetaires de l'Électeur de Brandebourg en 1700. Tallemant des Réaux cite un Carlencas, < languedocien, qui a fait de si jolies épigrammes » (VII, 524) et qui mourut, dit-il,

capitaine en Hollande. — Quatre frères et sœurs Estienne de Mornac, François, Daniel, Marie et Judith, étant réfugiés hors du royaume pour cause de religion, leurs biens sont donnés à leur frère Jean Estienne, capitaine de brûlot ', 1688 (E 3374).

5. ETIENNE (Daniel), dit La Montagne [Haag, Y 42], mort à Cadenet, le 10 avril 1749. Le curé ayant refusé de l'enterrer, quelques protestants enlevèrent le cadavre pendant la nuit et allèrent le déposer dans une fosse qu'ils avaient creusée au milieu des champs. Mais ils avaient été épiés par le chirurgien du lieu qui, à la tête de la populace ameutée, courut exhumer le cadavre. On lui attache une corde au cou, raconte le Patriote français et impartial, et on le traîne ainsi au son d'un tambourin et d'un flageolet par tout le village. Dans chaque station que ces furieux faisaient, ils frappaient le cadavre à coups de bâton, en l'apostrophant ainsi : Ce coup est pour telle assemblée où tu as été ; celui-ci est pour celle-là. Ah f pauvre Montagne, tu n'jras plus au prêche à Lourmarin ! Après cette manœuvre, ils attachent le cadavre par les pieds, le suspendent dans un lieu élevé, lui ouvrent la poitrine, arrachent le cœur, le foie et les entrailles qu'ils fixent au bout de bâtons et promènent ces trophées dans les rues en criant à gorge déployée : Qui veut acheter de la fraichaille t Fatigués de ce jeu de cannibales, ils finissent par couper le cadavre en quatre quartiers et le portent chez le chirurgien. Le magistrat ne put s'empêcher de verbaliser ; mais personne ne fut puni.

ESTIGNOL ; « En cette année (1570) de Estignol greffier de la maison de ville à Bordeaux et commis du clerc en icelle, est osté de sa charge parcequ'il estoit de la religion prétendue réformée > (Gaufreteau, Chron. bordeloise; I, 156). — Estienvrot (François), pasteur du désert en Saintonge, vers 1773. — Estimeur, famille fugitive de Rouen à l'époque de la Révocation. — La d"e d'Estiot, fugitive de Caen, id. — La comtesse d'Estival, nièce de Mm« d'Esply d'Heucourt, convertie, à la Révocation. — La femme de Pierre Estival*

1 Quittance de 150 liv. pour trois mois de table, délivrée le 25 no?. 167 2 par Jean Estienne, commandant le brullot le De GuUe (Bibl. nat, pièces orig., t. 1079, dossier 24857, n« 22).

ESTIGNOL — ESTRÉES

ou EstivaUet, et ses 2 enfants, assistés d'un viatique à Genève, 1709 ; Pierre Estivals, à son tour, allant en Allemagne, id. à Lausanne, 1711. — Jean Estive, naturalisé anglais (Agnew; I, 38), en mars 1682.

ESTOARO ou ASTOARD (Jean d) seigneur de Gheminades en Gévaudan [Haag, V 41], prit les armes pour la cause protestante lorsque la première guerre civile éclata, et fut nommé commandant du bourg de Bédouin, en 1563, par Gaspard Pape, seigneur de Saint- Auban, gouverneur du Comtat Venaissin et de la principauté d'Orange. Estoard avait épousé, en 1550, Madelaine Geoffroy. Il en eut Jacques, sieur de Gheminades, marié en 1585, avec Hélène de ViUèles, qui lui donna Gabriel, lequel alla s'établir à Montbrun en Dauphiné, où il prit pour femme, en 1633, Louise Courtois, fille de Jean Courtois et d'Anne d'Espierre. De ce mariage naquirent deux enfants, une fille nommée Françoise, qui épousa Charles Artaud de Montauban, et un fils, du nom de Rêne, qui transporta son domicile à Saulten Provence, et épousa, en 1670, Marie de Grandie de Carpentras. Peut-être avait- il déjà abjuré à cette époque.

ESTOT (Jean), orfèvre de Milhau en Rouergue, fugitif de là Sl-Barthélemy reçu habitant de Genève, 12 septemb. 1572.

Espérance Estoc, veuve Richard, « du Languedoc, » assistée à Lausaune, avril 1718. — David Es toi, pasteur à Surinam, de nov. 1712 à 1731. — EstoiUe, ancien de l'église d'Annonay, 1664-75.— Laurent Estoubie, de Mérindol, assisté à Lausanne, allant dans le Palatinat, 1733. — Estouneau, maître d'hôtel du roi de Navarre (Mém. d'Aubigné). — Estourneau, famille du bourg d'Escoyeux près Saintes, 1652 ; (Joseph), de Matha en Xaintonge, tailleur, assisté à Londres avec sa femme et 3 enf., 1705. — René Lï Estourneau de Beaumortier, prêtre des Carmélites de Poitiers, demande aux États-généraux de Hollande, 3 août 1700, un secours pour se rendre à Londres ; il obtient 4 flor. par semaine. — Estoupignan, capitaine dans le Castrais, 1568-73 (Mém. de Gâches).— Pierre Estra, de Rourdeaux en Dauphiné , et sa femme , assistés à Lausanne, 1703. — Estrade ou Lestrade, branche de la maison de Montalembert , (Élie), condamné à Rordeaux en 1569 (ci-dessus I, col. 655) ; (René), sieur

d'Estrades, serviteur du roi de Navarre, Henri IV ; Louis, marquis d'Estrades, officier de cavalerie au service de Hollande, 1668; — M"" de Lestrade, détenue à l'abbaye de Fervaques où elle paraît avoir abjuré, 1688; l'Intendant d'Amiens, Chauvelin, propose de la renvoyer à son mari en Quercy, à condition que celui-ci soit converti (Tt, Tourlet). — Jean Estran, de Saillans en Dauphiné, assisté à Genève, 1683 ; Catherine Estran, < provençale, nouvellement sortie de France, fait réparation avec ses deux fils et sa fille, > à Lausanne, juill. 1697. — Mathieu Esteran, de Crest, assisté à Genève, 1701 ; (Jean), de Dieu-le-fit, id. 1707. — La veuve Estre, d'Orpière en Dauphiné, id. 1710.

ESTRÉES. Estrades dans le midi, Estrées dans le nord, est un nom assez répandu , car il désigne un lieu situé sur le bord d'une grande route pavée, strata, la voie romaine. Aussi a-t-on signalé des familles d'Estrées dans le Maine, la Touraine, le Rerry, la Bresse ; mais la plus importante est celle dont le berceau fut le village d'Estrées-Saint-Denys en Picardie placé à cheval sur la route de Flandre et à laquelle appartenait Raoul d'Estrées, maréchal de France au temps du roi Saint- Louis, représenté dans la salle des Croisades au palais de Versailles par son écnssou portant = d'azur au quintefeuille d'argent entouré d'une orle de 8 merlettes de même '.

Les d'Estrées picards du XVIme siècle avaient pour Armes = un fretté d'argent et de sable au chef chargé de 3 merlettes. L'un de ceux qui les représentaient à cette époque fut un ami de la Réforme, Jean d'Estrées seigneur de Val i eu et, par achat, de Coeuvres, baron de Dodenville en Boulonois et par suite premier baron et sénéchal de cette province, fils d' Antoine d'Estrées et de Jeanne de La Gauchie. Né vers 1486, il fut élevé page de la reine Anne de Bretagne, et entra, plus tard, comme gendarme dans la compagnie du comte de Vendôme. Il fit toutes les guerres de François 1er et de son fils, et donna en toute occasion des preuves d'une éclatante bravoure. Nommé, en 1526, capitaine

1 Ces anciens d'Estrées étaient alliés du poète et bailli de Vennanlois, Fhil. de Beanmanoir. Voj. ce qui en est dit dans Phil. de Rémi, sire de Beaum. (in-8°, Techener, 1869), p. 74 et soi?.

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