‹ La France protestante (volume 2)Chapitre 30 sur 252 · ESTRÉES · texte numérisé non relu

ESTRÉES

des Albanais ; en 1545, capitaine des gardes du Dauphin ; nommé grand maître et capitaine générai de l'artillerie, le 9 juill. 4550, il rat adjoint, cette même année, à Villebon, Passy et Sénarpont, gouverneur duBoulonois, pour traiter avec les commissaires anglais de la délimitation des frontières. Créé en 1556, chevalier de Tordre du roi ; en 1557, capitaine de deux enseignes d'infanterie attachées à l'artillerie, pais capitaine de 50 lances, il rendit les plus grands services an siège de Calais, et reçut comme récompense, l'année suivante, le brevet de grand maître de l'artillerie.

Allié an roi de Navarre et an prince de Condé par son mariage avec Catherine de Bourbon, fille aînée de Jacques de Bourbon bâtard de Vendôme, Jean d'Estrées, qui avait en outre embrassé avec ardeur les doctrines nouvelles et qui, le premier de tous les gentilshommes de la Picardie, avait établi un prêche dans son château de Cœuvres, avait, à ce qu'il semble, sa place marquée dans l'armée de Condé aux côtés de Colxgny ; mais il poussait plus loin encore que 1 amiral, le culte de la royauté ; aussi dès que les triumvirs se furent rendus maîtres de la personne de Charles IX, sa loyauté imposant silence à la yoix de l'amitié et de la religion, il n'hésita pas (voy . de Thou) à accepter de la reine mère et des Guise la lieutenance-générale d'Orléans avec la mission spéciale d'empêcher Condé de s'en emparer. Par la rapidité de sa course le prince enleva la ville (Voy. t. II, col. 1046); mais d'Estrées prit une éclatante revanche au siège de Rouen où il commanda l'artillerie de l'armée des triumvirs. Il est à supposer que les séductions et les promesses de toute espèce furent employées par Catherine de Médicis pour le détacher complètement du parti de la Religion, mais il y resta fidèle. On conserve aux archives de Genève (Portef. historiques, n<> 1775) une lettre datée du mois d'octobre 1564, dans laquelle il demande pour ministre, aux Conseils de Genève, Jean Hellin, natif de Picardie :

J'ay commencé a dresser une esglise à Cœuvres et faict faire exercice en i celle, les jours de dimanche et de jeudy. Mais d'aultant que pour continuer et parachever une telle entreprise il m'est besoing avoir ung mynistre ordinairement, je vous ay depesché ce porteur exprès, ayant recours a voz

seigneuries pour vous prier, comme je fais de bon cœur, me faire ceste faveur de m'accorder M. Helyn, l'ung des ministres en voz terres, lequel j'ay entendu estre de présent en ces païs, avec l'ayde duquel Dieu nous fera la grâce que le commencement aura bonne fin.

Cette demande, appuyée auprès des Genevois par le prince de Condé (oct. 1564, portef. 1712) et par Hellin lui-même (13 déc. 1564, portef. 1745) aboutit à la satisfaction du seigneur de Cœuvres. Jean Hellin exerçait encore les fonctions pastorales auprès de lui en 1567 comme on le voit dans un écrit du temps qui dépeint en même temps la situation double et peu estimée ou d'Estrées s'était placé. Nous voulons parler du récit fait par Nicolas Lespaulart, prieur de l'abbaye de SuCrespin et curé de Cœuvres, au sujet de l'occupation du Soissonnais en 1568 par un corps de soldats huguenots.

Je demanday [dit-il] à quelques-uns [de ceux-ci] si M. Destrées estoit encore a Sedan avec Mgr duc de Boullon. Ils me respondirent qu'il estoit allé à Jametz, arrière des coups. Ung aultre dit qu'il estoit ung poltron de faire la canne [le plongeon, comme les canards] a l'heure qu'il convenoit défendre l'Evangile. Je respondis qu'il avoit faict prudente ment et que luy estant jà aagé de plus de mi" ans et ne pouvant plus porter les armes ni la fatigue de la guerre, il ne s'en vouloit mesler ne pour l'ung ne pour l'autre ; Et que ci après on ne luy pourroit reprocher d'avoir porté les armes contre le Roy l...

Il paraît que Hellin fut remplacé par Joachim du Moulin sur la fin de Tannée 1570 ; mais au bout de 2 ans environ, celui-ci rat brutalement expulsé. < Mon père (au moment de la Sl-Barthélemy, dit Pierre du Moulin, fils de Joachim, dans son Diaire) estoit à Cœuvres et avoit la fièvre quarte et estoit sans argent. Ma mère et tous leurs enfans estoyent malades. M. d'Estrées changea de religion et chassa mon père de Cœuvres au lieu de le secourir. En cette nécessité, il cacha ses enfans en la maison d'une femme nommée Raffine, de contraire

1 Copie du mas de Lespaulart, A la Biblioth. nat mas fr. Coll. dom Grenier, t. 35. Ce mat a été publié par la Soc. histor. et arohéol. de Soissons (Laon, Ed. Fleury, 1862, in-8°).

ESTRÉES — ESVEILLARD

religion, mais qui nous aimoit '. » D'Estrées avait alors 86 ans ; on voudrait attribuer à son successeur dans la seigneurie de Gœuvres (son fils Antoine) et non à lui cette docilité cruelle à suivre les ordres du roi ; mais c'est bien lui, on n'en peut douter*. Brantôme nous a peint d'une plume pleine de vie le portrait de ce courtisan : c G'estoit un fort grand homme, et beau et vénérable vieillard, avec une grande barbe qui luy descendoit très- bas, et sentoit bien son vieux aventurier de guerre do temps passé, dont il avoit fait profession, où il avoit appris d'estre un peu cruel. > Ailleurs, après avoir parlé avec admiration de sa rare intrépidité, le sieur de Boardeîlles apprécie en ces termes les services que d'Estrées rendit à l'artillerie française : • G'estoit l'homme du monde qui connoissoit mieux les endroits pour (aire une batterie de place et l'ordonnoit le mieux... C'a esté luy qui le premier nous a donné ces belles fontes d'artillerie que nous avons aujourd'huy, et mesme de nos canons qui ne craindroient de tirer cent coups l'un après l'autre, par manière de dire, sans rompre, ny sans éclater, ny casser... Il avoit ordinairement son fait et son attirail si leste quand il marchoit, que jamais rien n'y manquoit, tant il estoit bien expert en sa charge. Il avoit aussi de très -bons commissaires dont entr'autres ont été Boissompierre et-La Foucaudie, petit bomme huguenot, et M. L'Admirai ponr ce l'aimoit fort et s'en aida et s>n trouva bien en ses guerres. Tant d'autres bons y a-t-il eu que je ne nommeray point, et la plupart huguenots, qui avoient imité leur général, mondit sieur d'Estrées qui Pestoit fort. »

D'Estrées laissa trois enfants. Nous n'avons aucune preuve que son fils Antoine ait professé la religion protestante. Sa fille aînée, Françoise, épousa Philippe de Longuêtai, seigneur d'Haraucourt, qu'on voit figurer dans l'armée du duc de Deux-Ponts. La cadette, Barbe, fut mariée trois fois,

1 Ceet ce qui a été raconté ci-dessus (t. V, col. 798) où l'on a eu tort de dire U due d'Estrées. Ce titre n'entra dans la maison qu'en 1642.

* An 1 1086 des pièces orig. (Bibl. nat. mss fr.) se trouvent nne vingtaine de quittances signées de loi: la première, dn S février 1518, comme « capitflbe d'une des bandes des archers franco v s de de la garde dn roy; > la dernière datée do 2 octobre 1572.

mais ses trois maris paraissent être restés fidèles au catholicisme. Sa petite -fille fut la fameuse Gabrielle, maîtresse d'Henri IV (voy. t. I, col. 177 lig. 34).

ESTREMAN (J.), pasteur à Thèze, puis à Sailies, 1620-1637. — (Jean d') sieur de La Broquère, était pasteur à Bellocq dans le Béarn [Haag, Y 42] en 1676. A la révocation de l'Édit de Nantes, il se réfugia en Hollande (1687). On a de lui un sermon publié sous ce titre : Les larmes de Jean d'Estreman cy devant ministre de Bellocq en Béarn ou sermon sur les paroles du livre de l'Exode ch. III, verset 2, prononcé à Amsterdam en 1687 ; Amsterdam, chez Pierre Savouret, 1688. in-12; suivi, à partir de la page 97, d'une Lettre de Jean d'Estreman cy devant ministre de Bellocq à ses brebis qui ont eu le malheur de succomber sous la violence de la persécution et persévèrent encore dans leur chute. Le tout, 126 pages. II mourut en Hollande, en 1696.

ESTUART (David) ou mieux Stuart, c maistre brodeur, fils de Robert Estuart, c d'Edimbourg, en Ecosse, à présent hat bitant de Castres, épouse Guillalme t Franc, fille de feu Bertrand Franc, c quand \ivait capitaine du lieu de Teil- « let, > le 29 janvier 1614. De ce mariage naquit un fils, au moins, nommé Jean, présenté au baptême par Jean Oulès, fils, et par Jeanne de Caries, le 3 octobre 1621 (Pradel).

ESVEILLARD (Jacques) s' de la Ganerie, • avocat, ancien et surveillant de l'église, au quel pour ceste cause fut baillée la question extraordinaire, • mis à mort pour la religion, à Angers, le 31 mai 1562 (Orespin). — C'est aussi le nom d'une famille de La Rochelle, inscrite sur les registres de l'église réformée dès 1587 en la personne de Pierre Esveillard et Elisabeth Bernard sa femme. On remarque principalement dans ces registres : Anne Esveillard, veuve de ffeançois de Ferrières en 1615 ; Pierre, sieflr de La Guillebaudière maire de S^Jean-d'Angely en 1621 ; Marie Gabory, veuve de Louis Esveillard sr de La Vergne et Charles Esveillard sieur de Longpré (veuf de Michelle Rabaud et époux de Marie d'Hillerin), tous deux maintenus dans leur noblesse en 1667. — Matthieu Eveil lard, ancien de S' Martin-de-Rhé, délégué au synode de

ESVEILLARD

EUSTACHE

Maronnes, octob. 1674 (Tt247). — J.-F.- L. Eveillard des Bois, capitaine, figure en 1797 sur la liste des officiers de l'armée hollandaise pensionnés.

ETAMPES-VALENÇAY (Henri d'), seigneur de La Fertk-Imbault [Haag, V 42], né à Paris, en 1603, fut reçu chevalier de minorité de Tordre de Malte et obtint, à l'âge de 20 ans, le commandement d'une galère ; mais quelque temps après, il quitta l'ordre de Malte et même la religion romaine pour embrasser le protestantisme et se marier. Sa conversion était probablement l'œuvre de l'amour plutôt que d'une conviction sincère. Au XVI«ne siècle, les exemples surabondent, de prêtres et de religieux se convertissant ; mais alors les temps étaient bien changés. Sur la poursuite de Pavocat-général Jacques Talon, la Chambre de l'édit de Paris rendit, en mars 1626, un arrêt qui cassa le mariage de La Ferté-Imbault, et qui lui défendit de fréquenter sa femme sous peine de mort. Le jeune homme obéit, et pour le récompenser, Richelieu lui donna un commandement dans l'escadre qui bloqua La Rochelle. Plus tard il retourna à Malte, et il redevint si bon catholique qu'en 1652, il fut envoyé à Rome comme ambassadeur extraordinaire, et qu'il allait être élu grand maître de l'ordre lorsqu'il mourut, en 1678.

ETCHEQUEPAR (Marie), de Montory en Béarn, martyrisée en 1569. « Elle fut prise dans sa maison par les ennemis de l'Évangile et pendue par les pieds, la teste en bas, droit à une fosse d'eau, dans une forêt nommée de Retsu. On la levoit fort haut et puis on la laissoit tomber la teste dans l'eau. Ce qui rat fait par plusieurs et diverses fois pour plus l'affliger, tenter et affaiblir sa foi, s'il leur eust été possible. Mais assistée et fortifiée par l'esprit de Dieu, elle demeura ferme en sa vocation, tellement que les persécuteurs n'ayans rien peu gagner sur elle, furent contrains de la quitter, après avoir exercé contre elle tout plein d'autres cruautés (Crespin fo 851 a).

EUDE (Matthias), sieur de Veules, mis à mort à Dieppe en 1569, voy. t. m, col. 862. — (Jacques), « natif de Beau vais en Biauvaisin, du mestier de cordanier, » reçu habitant de Genève, juin 1556. — (Jean), de Bayeux, étudiant à Genève

(Joannes Eudes baiœncis), en 1563. Il était ministre de Bayeux et assistait en cette qualité au synode de Gergeau,en mai 1601. — Eudes, ministre de Chatillon-sur- Loing, délégué au synode du Berry tenu à Banegon le 25 avril 1582 (Tt 321). — (Etienne), de la province de Normandie, étudiant à Genève (Steph. Eudeus normanus) en 1618 ; pasteur de Pont-1'évêque en 1626 [X 317]. — (David), normand, étudiant en théologie à l'acad. de Montauban en 1622 ; il rat un des argumentateurs de J. Verdier, sur la thèse De scientia animm Christ i. — (Jean), assisté à Londres avec sa femme et six enfants, 1702.

EUDELIN, famille parisienne : Jacques Eudelin secrétaire de la chambre, épouse, mai 1628, Claudia Drelincourt (V, col.

485) et de ce mariage naissent : Charles, 14 fév. 1630 ; Nicolas, 16 avril 1631 ; Jacques, 21 septemb. 1632 (parrain François Eudelin receveur des aides à Falaise et marr. Elisabeth Drelincourt femme de P. Trouvé médecin) ; Claudia, 17 déc.

1634; autre Charles, 7 septemb. 1636; Pierre, bapt. le 11 nov. 1637; Marie, née le 20 fév. 1639 ; Elisabeth (parr. Bernard, avocat au Conseil et au parlement) ; Jean, bapt. le 4 août 1641. — Joachim Eudelin, banquier et Charlotte Le Jeune sa femme, présentent au baptême leur fils Charles, 1666. Le 18 septemb. 1678, leur fils Philippe, joaillier, épouse Susanne fille d'Etienne Lucas libraire et de Geneviève Mallet (Registres de Charenton). — Eudeline, famille française réfugiée à Lausanne en 1572 (voy. IV col.

688, lig. 37). Marie, Catherine et Esther, Eudeline, dont le père était mort protestant, à Houen, sont enlevées à, leur famille et mises au couvent, 1698. — Eudelot, sieur de Pressigny près Langres, exempté du logement des dragons, 1686. — Marc d'Eurre, ancien de l'église de Courtezon, Dauphiné, délégué au synode national de Gergeau, mai 1601.

EUSTACHE, étudiant en théologie à Genève (Francisais Eustatius) en 1569 (Livre du recteur). — (David) né en Dauphiné vers 1595 fut successivement pasteur à Corps [Haag, V 43], et à ce titre assista, en 1622, au synode de la province ; il était pasteur à La Mure en 1626., sur la fin de la même année à La Terrasse jusqu'en 1637, puis la même année à Die,

EUSTACHE

«ifin à Montpellier, dont l'église édifiée par le zèle et le talent qu'il fit paraître an synode d'Uzès, en juin 1642, le fit demander an synode et le conserva jusqu'à sa mort arrivée l en 1672. Il présida le synode provincial du bas Languedoc réuni dans celte dernière ville le 29 avril 1654. 11 avait pour adjoint Roitelet, et pour secrétaires Bonnier, Saurin et Paul. A la demande des pasteurs Surville, Blanc, Reboutier et Bouton, et des anciens Roquette et de Fraiste, députés des colloques de Sauve et d'Anduze, et sur les instantes prières du prince de Tarente et des marquis de Malauze et de Ruvigny, le synode s'occupa surtout de rechercher les moyens d'éteindre les divisions que les disputes sur la grâce avaient jetées dans l'église, disputes qui continuaient malgré les décrets des synodes nationaux d'Alençon et de Charenton. Il nomma une commission composée de quatre députés des trois colloques du bas Languedoc : Carcenat et Atgier pasteurs, d'Ortoman et Bonefoux anciens, pour celui de Montpellier ; Dalard et Serres pasteurs, de La Orange conseiller au présidial de Nîmes et Peironnèt, anciens, pour celui de Nîmes ; de Croy et Rally pasteurs, Roche juge-mage, et Boilêauy anciens, pour celui d'Uzès, afin de conférer avec les députés des Ce vernies et ceux de Nîmes et d'Uzès sur cet objet important. La commission s'assembla chez Clautel, conseiller en la cour des comptes, et pour s'entourer de plus de lumière, elle appela dans son sein le sieur de Ricart conseiller, le sieur de Berger correcteur en la cour des comptes, le sieur de Vauvert conseiller en la même cour, les magistrats et les consuls de Nîmes et d'Uzès; puis, après mûres délibérations, d'un commun accord, on adopta un projet de règlement qui fut soumis au synode et adopté. Défense fut donc faite aux ministres et aux professeurs, comme à tout autre fidèle, de parler, ni en particulier, ni en public, de l'universalité de la grâce, de la non-imputation du péché d'Adam, de la connaissance de Dieu par les œuvres de la création, de décrets conditionnels, Jrustratoires, révocables, de première et de seconde miséricorde, de prédestination universelle, de rédemption générale, de la

1 8aiv*nt M. Ferd. Tbissibr, d'après les registres do Consistoire.

foi indistincte, de la vocation réelle, etc., sous peine de suspension et de censure pour les pasteurs, d'excommunication pour les laïques. Ce décret fut signé avec un élan d'enthousiasme par tous les députés, savoir :

Colloque de Montpellier : Baux, Carcenat, Du Bourdieu, Atgier, Engelras, Qibert, Manuel. Chambon, Coulan, Barbey roc, La Brune, Roux, Modenx, Pongi.

Colloque de Nîmes : Berlié, Dalard, Lichiére ou Lichères, Qazagne ou Oassaigne, Allègre, Fornier ou Fournier, Guizot, VaU, Viola, Roussillon, Noguier, Justamont, Abrénithée, Qazagne fils, de Méjanes. Colloque d'Uzès : de Croy, Rudavel, Poulet, Sorbier, Rovanel, Bonnier, Rally, Boursier, Fauchier, Thomas, Castanier, Rouéreou Roure, Chabaud, Noguier jeune, Capieu, Sousselier, Jourdan, Couran, S.

Viol.

Cependant le synode n'avait pas clos ses séances qu'il fut attaqué dans un écrit anonyme intitulé La saincte liberté de* enfant de Dieu, où on lui reprochait d'avoir donné à chaque fidèle • la sainte liberté de croire ce qu'il voudrait. » A cette attaque fort injuste, les pasteurs signataires du décret répondirent en peu de mots, que l'acte qu'ils avaient souscrit suffisait seul pour convaincre le libelle d'imposture, puisqu'il défendait, sous de fortes peines, aux pasteurs de prêcher et à toutes personnes d'écrire sur un grand nombre de matières. Ils auraient pu ajouter que si quelqu'un avait à se plaindre, c'étaient les partisans du libre examen.

En 1659, Eustache fut député par le bas Languedoc au synode national de Loudun, qui le choisit avec Mirebel pour aller présenter au roi < ses très-humbles devoirs, ses soumissions et remercîmens. * Louis XIV était alors à Toulouse. Le pasteur de Montpellier porta le premier la parole et il s'acquitta de sa commission avec dignité. Le synode le chargea aussi d'accommoder, à son retour dans sa province, un différend qui s'était élevé, nous ne savons à quel sujet, entre le pasteur Mèjanes et son église. Eustache mourut quelque temps après, et ne laissa que deux filles. Il est auteur de sermons et de quelques ouvrages de controverse qui lui avaient acquis de la réputation. En voici la liste ;

EUSTACHE

I. Actes de la conférence tenue au Pèrier le 5 février 1626 ; Genève, 1626, in-8°. — Cette conférence avait en lieu entre le pasteur de La Mure et le curé d'Entraigues, Didier Barruel. Elle s'était tenue le soir au Périer dans la maison de • sire Abraham Blanc. > Eustache s'étant empressé de faire imprimer à Genève ces Actes, c'est-à-dire le compte rendu qu'il avait fait de la dispute, son adversaire qui n'y figurait pas comme champion victorieux, publia aussitôt à Grenoble, en manière de revanche, un vol. in -8» (176 pag.) sous ce titre : Imprimé véritable de réécrit fait au Périer par le curé d'Entraigues et le ministre de La Mure, où sont mises à part les faussetéz insérées par ledit ministre dans F imprimé qu'il publia tan passé ; Grenoble, P. Marniolles, 1627 (fleuron et devise des Jésuites). Et l'irascible curé ne se sentit pas encore satisfait, car il fit imprimer de plus : Réfutation d'un petit escrit du sieur Eustache ministre de La Mure, où est montré que S. Augustin au livre de la Cité de Dieu ch. 27 ne dit point du sacrifice pour les morts les paroles que le ministre cite deluy. Au peuple du mandement de Valbonnaù ; Grenoble, P. Marniolles ; 22 p. in-8°.

IL Défaut de la foi catholique ou preuve des principaux points de la religion chrétienne, controverse! en ce siècle par textes de la Bible de l'Église romaine et par les anciens docteurs, opposée à un livre intitulé : Imprimé véritable etc. contenant infinies absurdité z t calomnies, digressions et confusions sur le fait de la religion ; par David Eustache, min. de La Mure ; Genève, Pierre Aubert, 1628 in-8° de vm feuill. prél. et 423 pages. — Ce livre parait être une réponse à un écrit de l'adversaire qui portait presque le même titre : Défense de la foi catholique au lieu de Défaut ; mais on n'a pas ce dernier.

III. « Colloques avec Barruel curé d'Entraigues. » C'est Al lard qui, dans sa Bibliothèque du Dauphiné, mentionne ainsi, sans plus de détail, un écrit du pasteur de La Mure. Peut-être n'est-ce qu'une vague réminiscence de nos n<" I et IL

IY. Peut-être aussi y a-t-il une allusion à quelque ouvrage, resté inconnu de nous, du même pasteur dans le suivant :

Arc de triomphe dressé à la gloire du S. Sacrement par le R. P. Alexandre Fichet

de la comp. de Jésus, victorieux pour la troisième fois de M. Eustache et des Prétendus sur le sujet de la communion sous une seule espèce. Dédié à Mgr le Dauphin en présage de ses conquêtes par L. M. P. Th. ; Grenoble, P. Verdier imp. ; 1640 in- 4° de 4 feuill. et 151 p.

Le père Fichet, à ce que dit un de ses amis (Gab. Martin) était le vrai fléau de l'hérésie et la terreur des ministres. — L'ouvrage d'Eustache qui nous échappe parait celui que cite M. le pr Corbière (Hist. de l'égl. de Montpellier, 1861, in-8<\ p. 194) sous le titre Le triomphe de FÉglise etc. publié en 1639 par Eustache alors « pasteur à Die. >

V. La victoire de lafoy contre le monde, représentée par un rare exemple de constance en la profession de nostre religion, par D. Eustache min. du S*-Év. à Montpellier ; Genève, 1647, pet. in-8<>, 193 p.; se vendent à Charenton, par S. Périer demeurant à Paris, 1653. — Une demoiselle de haute naissance avait été élevée jusqu'à 16 ans dans les sentiments de sa mère, protestante ; le père, catholique, exigea sa conversion et la remit à un religieux qui l'endoctrina méthodiquement. Notre pasteur répond à celui-ci point par point, mais il nous tait le nom de la famille.

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