‹ La France protestante (volume 2)Chapitre 32 sur 252 · EYNARD · texte numérisé non relu

EYNARD

milles de Genève et d'ailleurs fort riche, n'abandonna nullement son négoce ; il l'étendit plutôt, comme le prouvent plusieurs contrats d'apprentissage, celui-ci notamment, du 24 juin 1691, par lequel un jeune homme s'engage eu vers Jacques Eynard pour quatre ans.

Pendant lequel temps le dit sieur Eynard promet d'instruire le dit apprentif en la crainte de Dieu et aux bonnes mœurs, le nourrir, coucher et reblanchir, et luy faire apprendre a faire les bats dans la manufacture qu'il a establie soubs la direction du sieur Anthoine Laval et tout ce qui en despend sans luy en rien cacher en tant toutefois que le dit apprentif le pourra comprendre... (J. Fornet not., VIII 277).

Jacques Eynard fut l'un des administrateurs de la Bourse françoise, entra dans le grand Conseil de la République en 1704 et mourut en 1722. Il laissa plusieurs enfants, notamment Jean-Louis Eynard né à Genève, le 26 mars 1691, avocat et publiciste, auteur de divers écrits relatifs à la politique genevoise, restés manuscrits et de peu de valeur, car Sénebier (Hist. litt. de G.) n'en souffle mot. Il mourut (1784), à l'âge de 93 ans. Son plus jeune frère, Jacques, né en 1700, fit à Genève des études théologiques qu'il acheva en 1718 par une thèse De hominum officiis et exerça avec éclat les fonctions de pasteur et de professeur à Francfort sur le Mein. Il mourut en 1773. Un des fils de Jacques, Gabriel- Antoine, né en 1734, continua le commerce de ses pères à Lyon et fut mêlé aux orages de la Révolution. Il devint président de district, courut de grands dangers, perdit sa fortune et revint en Suisse où il mourut en 1814.

Gabriel-Antoine épousa Marie-Françoise de Normandie dernière descendante du célèbre ami de Calvin, Laurent de Normandie, et en secondes noces Marie-Madelalne Mœrikoffer qui lui donna une fille et deux fils, Jacques (1772-1847) et Jean- Gabriel. Il était banquier à Lyon.

Ce dernier mérite le surnom d'illustre.

Ce rat un de ces hommes rares qui, dévorés de l'amour du bien, employent toutes leurs facultés à le faire, en se tenant soigneusement à l'écart des dignités et des honneurs de ce monde, auxquels ils préfèrent, principe du véritable protestant, la

fierté de la conscience. Jean-Gabriel Eynard, né à Lyon le 29 déc. 1775, eut à supporter, tout jeune encore, et simple commis dans la maison de son père, sa part des dangers produits dans cette grande ville, en 1793, par le règne de la Terreur. En 1795, il alla fonder, avec son frère Jacques, une maison de commerce qui lui valut promptement une grande fortune. Il profita de cette position pour rendre, comme financier, d'étui nents services, à divers gouvernements d'Italie, le royaume d'Etrurie, Florence, Gènes, etc. desquels il reçut de vifs témoignages de reconnaissance. Il s'était lié à Genève avec un haut fonctionnaire russe, le comte Capo-d'Istria qui était Grec de naissance et avait dévoué sa vie à l'œuvre de l'émancipation de sa patrie courbée sous le joug des Turcs. Eynard, plein de généreuses pensées, s'associa ardemment aux projets de son ami et se dévoua entièrement lui aussi à l'affranchissement de la Grèce. Jusqu'à ce que l'œuvre fut accomplie et même longtemps après, son dévouement fut sans bornes; ses correspondances, ses voyages, ses négociations diplomatiques (sans titre officiel), ses appels à la sympathie de toute l'Europe en faveur des Grecs1, ses immenses sacrifices d'argent, rien n'épuisa son zèle. Il mérita bien d'être appelé « Eynard le philhellène, > quoiqu'il ne fut guère moins dévoué à toute œuvre de bienfaisance. Le zèle religieux était au fond de toutes ses actions et les églises protestantes de France trouvèrent toujours en lui un généreux appui. Il se retira à Genève où il vécut entouré d'un respect universel jusqu'au 5 fév. 1863. Un petit trait de sa vie privée le peint bien. La vieille République de Genève jusqu'alors si honorée tomba en 1794, sous l 'effort des couches nouvelles et envieuses qui l'avaient peu à peu envahie, dans une méprisable imitation des faits et gestes de la Terreur qui régnait encore en France. Un t tribunal révolutionnaire » qui fonctionna 18 jours, du 23 juillet au 10 août, prononça 418 condamnations contre des citoyens coupables d'appartenir à l'aristocratie du pays, et dans le nombre onze condamnations à mort.

Sept de ces honorables citoyens furent aussitôt fusillés, tous ensemble, vers minuit à la lueur des flambeaux, dans un angle écarté de la principale promenade de

EYNARD — EYNARDON

la ville, et les quatre autres subirent le même sort quelques jours plus tard. Cet angle funeste resta pendant vingt ans une sorte de pudendum politique devant lequel à peine osait-on passer. La ville ne pouvait s'en défaire à aucun prix, lorsque M. et M»e Eynard (M»« A.-C.-A. Lullin de Châteauvieux) s'en rendirent acquéreurs, et pour effacer jusq'à la trace d'un sanglant souvenir, y construisirent, pour y résider, une habitation somptueuse, inspirée du style grec, qu'on appela, qu'on appelle encore : « le palais Eynard, > et qui est restée la plus imposante de toute la ville.

Un neveu du philhellène, Charles - Franc. -Ado) p. Eynard, fils de Jacques, né en 1808, imbu des sentiments patriotiques et religieux de toute sa famille a bien mérité des lettres par quelques ouvrages, où brillent ces sentiments joints à une très agréable culture des lettres. On a de lui :

I. Essai sur la vie de M. Tissot, docteur en médecine, professeur à l'université de Pavie et à l'acad. de Lausanne, contenant des lettres inédites de Voltaire, Rousseau, Napoléon, etc., Lausanne, 1839, in-8°.

II. Le chevalier Ouisan, sa vie et ses travaux à la Guyane; Paris, 1844, in-

III. Lucques et les Burlamachi. Souvenirs de la Réforme en Italie ; Paris, Ab. Cherbuliez, 1848, in-12.

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