II. L'observateur des spectacles^ La Haye, 1780, in
III. Nouvelle bibliothèque Belgique, Paris et La Haye, 1783 et suiv., in-12.
Cette famille était d'origine française.
En 1654, Etienne V Honoré, fi'ls de
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Daniel Vîlonorê et de Philippe Mainville^ fut baptisé, le 20 sept., dans le temple de Chareoton.
L'HOPITAL ou L'HosPiTAL. Sans parler du célèbre chancelier Michel de Vllospital, à qui nous consacrons une notice spéciale, nous avons rencontré plusieurs fois ceuomdanslecours de nos recherches. En 1 567, un conseiller au parlement de Toulouse, nommé L*H0p^/aZ,seretiraàMontauban,oùil parait ^ qu'ilse fixa .En 1 573, il assista à l'assemblée politique qui se tinta Miihau, et fut chargé avec Clausonne et Phillppi de suivre les négociations ouvertes pour la paix. En 1 575, lorsque Paulin établit à Castres une chambre de justice souveraine, conformément aux décrets de l'Assemblée de Nismes, il on fut nommé président. Celle chambre se composait de sept conseillers : Auros^ du parlement detoulouse, doyen; PrtM^ ancien conseiller au présidial de Toulouse, et depuis juge à Puy-Laurens; Etienne de Molinier, sieur de Tourenne, conseiller au sénéchal de Carcassonne; Honoré Teson (aliàs Tosoit ou Terson), conseiller au sénéchal de Toulouse; Lafon^ juge d'Albi, Veindas (aliàs Vanides) et Caty ^ avocats de Toulouse; d'un greffier, Etienne Valéry^ et d'un huissier, François Delpont. La mOme année, L'Hôpital fut député par le Castrais, avec François de Villeties^ sieur de Montlédier ; Dominique Bouffardy sieur de La Garrigue, et Maurice de Gartoule, aux Etats convoqués à Montpellier parDaniville. — Vers le temps où notre conseiller fuyait de Toulouse, c'est-à-dire en 1568, Eené de V Hôpital, sieur de Sainte-Mesme, fut laissé par Condé pour gouverneur à Angoulême, et quelque temps auparavant, en 1 567, Jean deVHÔpitaU sieur do Choisy et frère de René, rendit Dourdan au vidamc de Chartres et s'attacha au parti huguenot. Comme il ne nous a p;is été possible de découvrir la filiation des différentes branches de cette famille , nous en sommes réduit à des conjectures.
Peut-être est-ce de l'un de ces deux
frères que descendait (1) Pierre de L'Hôpital, sieur de La Brosse, fils di' Antoine de UHôpitaly et de Marguerite de La Porte, qui assista, en qualité de commissaire du roi,au synode provincial tenu à Charenton au mois de mai 4 673, avec ordre de veiller spécialement à ce qu'il ne s'y prit aucune résolution contre les apostats {Arch.
gén, E. 3359). Les Registres de Charenton nous apprennent que Pierre de L'Hôpital épousa, en 4 654, Charlotte Addce, fille de Nicolas, sieur des Noyers, et d'Eléonore Gamand, laquelle mourut en 1660, après lui avoir donné deux fils, Henri et Pierre, morts jeunes, et une fille, Anne-Marie. On doit sans doute compter aussi au nombre de ses enfants Pierre de L* Hôpital ^ sieur de La Brosse, qui prit pour femme Susanne de lieauveau(dÀ'ùiS Beauvoir, ^GMi'HTQBeauvais), dont il eut Marie- Anne, née en 1 680, Susanne et Henriette-Gabrielle , mortes jeunes, en
La famille de L'Hôpital a fourni son contingent au Refuge. Une demoiselle de ce nom fut dame d'honneur de l'électrice Dorothée. Elle était vraisemblablement sœur du major général de V Hôpital, mort, en 1757, commandant de Memel, sans laisser d'enfants de sa femme, une demoiselle/at^ovr/dè-Vau {\oy,\l,^. 49).
Une partie de l'obscurité qui enveloppe cette famille aurait sans doute été dissipée, si nous avions pu nous procurer l'Autobiographie (Heidelb., 1760, in-i*") de François-Christophe de L'Hôpital, conseiller ecclésiastique et pasteur de l'église française de Hei* delberg, né dans le Palatinat, àWeingarlen, le 6 janvier 1697, et mort à Heidelberg, le 6 oct. 1775, à qui l'on doit aussi,au rapport d'Adelung,un recueil de Sermons.
L'UOUUEALX (Samuel), des-
(\^ Il n'y a aucun doute reiativcntnt au célèbre mathématicien Guillaume-FraDçois- Anioinede L'Hôpital, marquis de Sainte-Mesme. Il descendait de René de Sainte-Mesme, mais il était catholique, et par conséquent ne nous appartient pas.
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cendant de Français réfugiés dans le Brandebourg (1).* étudia la théologie à Francfort-sur-l'Oder, et y soutint, sous la présidence de Causse, une thèse De neglecti a nonnullis Protestant mm studii theologici causis eff'ectibusque, 4755, in-4". Il mourut en 1763, après avoir exercé pendant quelques années son ministère à Berlin, d'après une note qui nous a été fournie par le savant et laborieux M. Arrhéu, pasteur à Christiansstad eu Suède.
L'HOSPITAL (Michel de), né dans lei environs d'Aigue-Perse, dans la basse Auvergne, versl 505(2), etmort le 4 3 mars <573, dans sa terre de Vignay, près d'Etampes (3).
Michel de L'Hospital n'a jamais fait acte de protestantisme, quoique, au dire de personnes très-dignes de foi, qui l'ont connu personnellement, telles que Th, de Bèze , Hubert Languety Brantôme, ce fût avec raison qu'on suspectait sa catholicité. Dieu nous garde, disait-on par ironie, de la messe du chancelier! La messe du chancelier n'était pas, en effet, celle qui agréait à Borne. Le cardinal légat, Hippolite d'Ëste, avait reçu mission de demander la tête de L'Hospital, ou, au pis aller, sou emprisonnement: c'est ce qu'on voit par sa correspondance. La lettre (30 juill. 4 561) que le chancelier écri-
(1) Nous avons trouvé dans la liasse des Archives eolce Tt. 270, la sentence «les commissaires qui interdit, en 1G(i9, l'exercic(> du calie réformé à Long, diocèse de Clia rires, terre appartenant a Charles Lormeau, sieur de La Sablonoière. Ce gentilhomme étaii>il on ancêtre de Samuel ?
(2) L'Hospital lui-même n'était pas certain de la date de sa naissance. Voir ce qu'il eu dit dans son testament.
(3) Toys les biographes et les panégyristes de L'Hospital s'accordent sur ce point ; mais 11 est probable, selon nous, que L'Hospital mourut dans la terre de son gendre, a Bêlesbat, où il s'était réfugié après la Saint-ltartbéleroy, et d'où, sentant sa mort prochaine, il écrivait, le 22 janv. 1573, a Catherine de Mcdicis, pour la prier de reporlor sur sa femme et ses enfants « le bien qu'elle voudrait lui faire. » Son intention avait été d'abord de se retirer a Montargis auprès de Kenée de France; c'est ce que prouve une lettre de Charles JX, du 2 sept. ir)72, que nous allons rappoiter :> Monsieur le chancelier, je
vit au pape Pie IV, pour se justifier du soupçon d'hérésie, n'avait fait sans doute qu'argraver sa position. Au lieu de se mettre dévotement aux pieds de Sa Sainteté, il lui parle avec toute la liberté d'un huguenot, et sans proférer un seul mot -qui trahisse le repentir et la soumission. « Je le déclare hautement, lui disait-il, mes accusateurs sont tous ceux qui repoussent le culte du vrai Dieu, la piété sincère, qui violent les saints devoirs du sacerdoce, qui ne s'occupent que de leur intérêt personnel, qui ne cherchent qu'argent et proût : entre eux et moi , c'est une guerre éternelle. » Il succomba dans cette guerre, mais il ne fut pas vaincu ; les Anciens plaçaient parmi leurs héros ceux qui avaient succombé comme lui.
Bien plus, si l'on considère que, tandis qu'il allait 5 la messe, toute sa famille allait ouvertement au prêche, et que sa femme, dont le père n'était rien moins que favorable aux Huguenots, avait dû embrasser les doctrines évangéliques depuis son mariage, il sera difficile de ne pas admettre que L'Hospital ait été protestant au fond du cœur. Et qu'on ne croie pas qu'il ait vu avec indifférence les choses de la religion.
Bien loin de là, il s'en exagérait la portée. « C'est folie d'espérer paix, repos et amytié entre les personnes qui sont
désire vostre bien et conservation aultant que vous mesme, et ay pouvoir et très-bonne toluntc de vous maintenir avec tout ce qui vous appartient, estant tel que vous estes, et vousayinant comme je faics. Toutes fois puisqu'avez délibéré d'aller a Montargis, je désire que ce soit avec Yoslre contantement. Je escris à ma tante, madame la duchesse de Ferrare, de vous recevoir et accommoder ainsi que méritez. J'auray a plaisir que soyez en bonne santé, et me faictes entendre ce dont aurez besoin. Au demeurant, quant a l'abbaye de Val^ quo je vous avoys donnée, je suis et si'ray tousjours en la mesme volunté que j'estoys de la vous donner et conserver de trèsboncœur. Priant Dieuqu'iU etc.» Au sujet de cette dernière demande qui paraîtra étrange de la part de L'Hospital, dans de pareilles circonstances, nous ferons observer que le caractère du chancelier est trop respectable pour qu'on puisse admettre qu'il ait été mû par un sordide motif d'intérêt; nous croirions plutôt qu'il agissait ainsi par politique pour sonder les dispositions du monarque.
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de diverses religions, disait-il dans sa harangue aux Etats d'Orléans. N'y à opinion qui tant perfonde dedans le cœur des hommes que l'opinion de religion, ny tant lés sépare les uns des aultres. » Or, nous savons que , dans son intérieur, il y eut toujours paix, repos et amitié parfaite.
Certains écrivains, tels que le jésuite Maimbourg, frappés de cette apparente contradiction, ont prétendu que L'Hospital n'avait pas de religion. « Je souscris volontiers, dit le jésuite, à toutes les grandes loiianges que luy ont données pour toutes ces perfections [dont il vient de faire l'énumération] le sieur de Branlosme, le président de Thou et Scévole de Sainte-Marthe dans les beaux éloges qu'ils en ont faits. Mais après tout , ni l'on ne peut, ni Ton ne doit dissimuler ce qui a bien terni l'éclat de tant de belles qualitez , c'est qu'il favorisoit tout ouvertement le calvinisme en toutes rencontres et qu'il cstoit en cela de très-bonne intelligence avec Tadmirai son grand couGdeut. Aussi l'on disoit tout communément qu'il esloit huguenot dans l'ame, quoy-qu'il fist semblant d'estre catholique à cause de sa dignité... Cela môme fit croire h quelques-uns qu'avec sa mine austère, son visage de S. Jérôme, comme on l'appelloit à la Cour, et sa morale extrêmement sévère, comme elle paroist dans ses écrits, il n'esloit, ï proprement parler, ni huguenot, ni catholique et n'avoit nulle religion. » Mais dans ce cas, comment expliquer , remarqueronsnous avec Bayle, sa partialité pour les Huguenots? • On ne croit guères que les gens sans religion s'amusent à feindre qu'ils sont du Parti disgracié... lis seroient bien fous, n'ayant point de religion, de choisir pour les dehors celle qui conduit à la potence, préférablement à celle qui a les biens et les honneurs de son côté. »
Nous serions donc porté à croire, avec Th. de Bèze (1), que si L'flospi-
(1 ) Icônes virorum illuslr. doctrinâ simu! et piêtttlc^ fol. V., où I/IIospilal est représcuté avec an flambeau derrière ie dos.
tal ne fit pas profession ouverte du protestantisme, c'est qu'il fut retenu par la crainte de se priver des moyens de servir les intérCts des Réformés ou plutôt la cause de la liberté de conscience. « Unie... . ad justum laudis cumulum id videtur defuisse, quôd partim ne sibi ad pios juvandos aditum praestrueretsi veramreligionera aperlè profiteretur, partim vanâ quâdam expectatione delusus, eo luto ex que erutos omncs optabat, penitus extricare sese quum diu neglexisset, postea volens id praestare non potuit. Sed ecquis illius memoriam non celebraret, qui, utaliis consuleret, seipsum tamdiu penè neglexit. » Après une étude consciencieuse, nous étions arrive à la même conclusion.
Sans doute, on répugne à admettre que L'Hospital, cet homme d'une vertu antique, ait pu dissimuler ses véritables opinions. Mais nous ferons remarquer d'abord qu'il y a loin entre dissimuler par ambition dans un intérêt personnel, et dissimuler par raison d'Etat dans l'intérêt général. L'un est une action immorale, tandis que l'autre est une action vertueuse, d'autant plus méritoire qu'elle coûte davantage à l'homme d'honneur. L'art du diplomate n'est-il pas le plus souvent Fart de la dissimulation ? Il est certain pour nous que L'Hospital avait profondément médité le Prince de Machiavel, mais il l'avait vu du bon côté. Bien loin d'aller étourdiment se briser contre l'impossible, il gouverna avec beaucoup d'habileté dans une mer pleine d'écueils. S'il n'imita pas le dévouement de nos malheureux martyrs eu se jetant au devant du feu, nous ne pensons pas qu'on doive l'en blâmer. Il y a des mensonges honnêtes, qui ne sont plus des mensonges.
Que d'exemples l'Histoire n'offre-telle pas qui pourraient justifier sa conduite? Les quelques hommes de bien qui restèrent aux affaires pendant les orages de notre première République, nous ont épargné de plus grands malheurs.
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Do reste, à bien Yoir les choses, L'Hosmtal ne saurait êtreaccusé de duplicité. & est tel qu'il se moDtre à dous. Dans ses harangues,' dans ses écrits, dans ses lettres, dans son testament, on ne trouve pas un mot qu'un huguenot, homme politique, n'eût avoué. On est môme étonné qu'avec sa franchise il ait pu si longtemps se maintenir. Protestant, il n'aurait pas parlé, il n'aurait pas agi autrement; catholique, il aurait pu vouloir les mêmes choses, mais il se fût exprimé dans des termes qui n'eussent pas soulevé les défiances de son parti, et surtout, il n'eût pas toléré It schisme dans sa famille. Toute sa dissimulation consiste donc à avoir assisté à la messe. En le faisant, mentait-il à sa conscience? nous ne le pensons pas; il y assistait dans les mômes dispositions d'esprit que des milliers de Catholiques assistent aujourd'hui aux cérémonies du culte, en réservant à part soi leur liberté d'interprétation.
Tous ceux qui agissent ainsi, tous ceux qui acceptent l'esprit sans accepter la lettre, tous ceux-là, si nombreux de nos jours, sont-ils donc des hypocrites? sout-ce des hommes doubles, Sarce qu'ils ne se jettent pas dans les ras de l'Eglise réformée ? Non, ils sont sincères, ce sont autant de protestants sans le savoir; laissez -les se multiplier, avec le progrès des lumières, et vous verrez l'édifice indestructible contre lequel vous avez usé vos forces , s'évanouir comme une fumée (1).
Quoi qu'il en soit, dirons-nous avec firantûme, protestant ou catholique, Michel de L'Hospital a droit aux respects de tous, ff c'estoit un très grand personnage en tout et un très homme
(1) « Ainsi que plusieurs hommes supérieurs de cette époque, dit M. Villemain, L'Hôpital se séparait des abus de la coor de Rome sans adopter le prolesianliime. Il éiait, par conscience et parsupérlorilé, ce qu'Eraswt avait été par circonspertion et par flnesse 4*esprit. Il puisait dans sa religion même etlle tolérance qu'Erasme avait trouvée dans SI moqueuse indifférence pour toutes les sectes. 9
de bien et d'honneur;» il était plus qu'aucun autre imbu des vrais principes du christianisme. Tous les amis de la liberté religieuse lui doivent de la reconnaissance, et l'on ne trouvera pas mauvais que nous acquittions 'notre dette.
L'Hospital fit de bonne heure son apprentissage à l'école du malheur.
Son père, Jean de L'Hospital (4), avait suivi en Italie le connétable de Bourbon, dont il était le médecin et le conseiller, laissant en France sa famille exposée aux rigueurs du gouvernement. Dévouement chevaleresque sans doute, mais peu honorable! Son fils aîné, Michel, alors âgé de 18 ans, se trouvait à To^lpuée' pour ses études.
Il fufrfrrôléet jeté en prison. On ne le relAcha que « par mandement exprès du roy, no l'ayant trouvé en rien coupable.» Dès qu'il fut rendu à la liberté, il délibéra d'aller rejoindre son père à Milan. Il se mit en route et réussit, à la faveur d'un déguisement, à traverser les lignes de l'armée française qui assiégeait cette place. Après quelques jours donnés à l'effusion de sa joie, le père « craignant que son fils ne fist, par une trop longue discontinuation, bresche merveilleuse à ses estudes, donna charge à quelques voituriers de l'emmener, avec lesquels il sortit de Milan, dcsguisé en habit de muletier, et non sans grand danger de sa vie passa la rivière d'Abdua [l'Adda] , et après alla à Padoue, où, de toute ancienneté, les estudes de droict fleurissoyenl (2).» Il passa six années dans celte université; puis son père l'appela à Bologne, et enfin à Rome, où il se trouvait à la suite de Charles-Quiat, après la mort du connétable. On le pourvut d'une place d'auditeur de Rote.
(1) Reaucaire a prétendu, et Maimbourp, Varilhs, ont répelé d'après lui, qu'il était fils d'un juif d'Avignon ; mais il paraît que c'est une erreur que les ennemis de L'Hospital oni eu soin de propager comme si c'eût été une calomnie.
(2) >ous empruntons ces détails et les suivants nu Testament de L'Ilospiial dans la irad. qu'en a donnée Brantôme.
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Après quelque tems d'exercice, il se défit de cette charge, confiant dans la promesse que lui donna le cardinal de Grammonta de l'avancer à plus grands estais au pays. » Il retourna donc en France (4534); mais ce cardinal étant mort bientôt après, il se trouva qu'il , avait quitté la proie pour l'ombre. Sans fortune et sans protecteur, il ne lui restait qu'à suivre la route battue et percer, s'il se pouvait, par sou propre mérite. «Il se mit à siiyvre le palais, où ayant demeuré trois ans, il prit à femme Marie Morin, fille du lieutenant criminel Morin, qui eut pour douaire un estât de conseiller [ il fut reçu en juill. 1537], le quel ayant exercé neuf ans environ, il fut envoyé [par la protection du chancelier Olivier] pour ambassadeur à Boulogne pour le roi Henri, au quel lieu le concile universel de tous les évéquei avoit été convoqué et publié pour réformer la religion (1 547). «Après avoir perdu seize mois entiers à attendre que les Pères du concile se fussent mis d'accord, il demanda et obtint son rappel. Il espérait que ses services seraient récompensés, mais il n'en fut rien. A son retour, «de grandes picqueset altercations» agitaient la Cour»
et au milieu du bruit, on l'oublia facilement. «Cependant Marguerite, sœur du roy Henry et princesse très-vertueuse [ ayant été apanagée du duché de fierry] le rcceut, n'estant pas seulement contente de l'avoir saulvé du dangier [on ne nous apprend pas lequel], mais lui donna ung estât de soubveraine authorité en sa maison, — elle le nomma chancelier (1), — et de grands moyens envers le prince. Par sa bonté et faveur, bienlost après il lut ordonné chef et surintendant des finances du roy en sa chambre des comptes ('1554), et finalement esleu du privé Couseil après la mort du roy Henri.»
L'Hospital exerça pendant cinq années sa charge de surintendant et
(1) Ce fat pendant qaMl exerçait ceue charge qu'il appela Cujas k Bourges.
après ces cinq années de gestion in* tègre, il se trouvait aussi pauvre qu'avant, tellement, dit M. Bernardi, qu'on le voit « réduit à demander des aliments pour lui (ce sont ses termes) et une dot pour sa fille unique... Cette dote si longtems attendue et sollicitée vint enfin : il paraît que ce fut une charge de maître des requêtes dont on pourvut (4 560) Bobert Hurault^ seigneur de Belesbat, conseiller au Grande- Conseil, qui devint son gendre. »
D'après M. Villemain (Vie de L'Hôpital), qui nous semble mieux informé, L'Hospital n'eut d'autre dot à donner à sa fille que sa charge de conseiller au parlement, d'une valeur de 8 mille livres, qu'il transmit à son gendre par un acte de vente simulé [4 554] .
Choisi pour accompagner Marguerite de Valois, sa maîtresse, dans les états de son mari, Philibert de Savoie, il demeura auprès d'elle à Nice. On voit par ses poésies de quelle confiance iljouissait auprès de cette princesse, à qui il reconnaît devoir « tous ses biens et estais. » Le chancelier Olivier étant mort, on songea à L'Hospital (4) pour le remplacer (ses lettres de provision sont datées du dernier juin 4 560; cnreg. au parlem. le 2 juillet). Son petit poème sur le Sacre de François II contribua sans doute pour beaucoup à son élévation. Il eut un grand succès. C'est tout un traité de l'art de gouverner. Le petit roidut,diton, l'apprendre par cœur. Joachim Du Bellay le traduisit en vers français ; il a été plusieurs fois traduit depuis, et, entre autres, par Claude Joly et par Perrault. « Cet ouvrage n'est pas remarquable par le talent, dit avec raison M. Villemain, la diction en est souvent diffuse et négligée, mais on y sent cette chaleur, cet enthousiasme d'un cœur droit qui s'anime par la pensée du devoir et du bien public. »
Le môme reproche et le môme éloge conviennent également à toutes les poésies de L'Hospital. L'honnôte homme
(1) Son gendre lui succéda dans sa charge de ciiancelier de Marguerite de Francs.
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s'y montre plus que le poète, quoiqu'il y ait telle de ses poésies, et entre autres sa satire De lite^ qui a pu tromper un aussi bon juge que Henri Eiiienne\ il crut y reconnaître la touche des Anciens.
Le cardinal de Lorraine ne s'opposa pas au choix de la reine-mère. L'ilospital étant un de ses clients (il lui devait son retour en France), il pensait que la reconnaissance en ferait un instrument docile entre ses mains.
Mais il ne tarda pas à s'apercevoir qu'il s'était trompé. La reconnaissance est une vertu, elle n'a rien de commun avec le crime. Le chancelier arriva à son poste « incontinent après le tumulte d'Amboise. » D'Aubiijné prétend qu'il avait lui-môme trempé dans cette malheureuse conjuration {Voy, I, p. 16Î) et rien ne s'oppose à l'admettre. Si l'Etat est en danger, n'estce pas le devoir de tout bon citoyen de lui venir en aide? Les ambitieux auraient trop beau jeu, si Timbécillitô du monarque justifiait leurs entreprises et paralysait les forces de la nation. L'Hospilal entra en charge dans les circonstances les plus difficiles pour un homme animé, comme lui, de bons sentiments. « J'eus affaire, dit-il , à des personnaiges non moins audacieux que puissans, voire qui aimoient mieulx ordonner les choses par violence que par conseil et Taisons. » N'étant pas assez fort, malgré l'appui de la reine-mère, pour emporter la victoire de haute lutte, il dut louvoyer et il le fit avec beaucoup d'habileté. C'est ce que fait observer l'excellent historien Régnier de La Planche, ^Q\ks rapporterons le passage en entier. « Quant au chancelier de L'Hospital, dit-il, peu de gens se resjouissoyent au commencement de le voireslevé eu ceste dignité, ayant esté familier du cardinal ; en sorte que l'on lenoil qu'il n'oseroit luy contredire en rien, ayant eu tant de faveurs et ad- \ancemens de ceste part. Mais tout ainsi qu'il cognoissoit le naturel de ceux de Guise, pour les avoir de lon-
gue main pratiqués, aussi eust-il cestô prudence de prévenir leurs aguets dextrement, sinon comme il devoit, à tout le moins comme il pouvoit, selon la malice du temps, rabattant de leurs plus furieux coups avec une industrie singulière. Car s'estant proposé, si tost qu'il eust esté estably en sa charge, de cheminer droict en homme politique, et de ne favoriser ny aux uns ny aux autres, ains de servir au roy et à sa patrie, il luy falloit user de merveilleux stratagèmes pour contenir les Lorrains en leurs bornes, ce qu'il vouloit toutesfois exécuter en telle sorte qu'ils ne se poussent appercevoir qu'il les voulust en rien contredire ny leur desplaire, sçachant bien que s'ils appréhendoyent une fois cesle opinion de luy, il ne pourroit rien faire qui vallust. Voilà comme avec grande dissimulation, beaucoup de choses passoyent par ses mains, que l'on jugeoit très périlleuses. Ce néantmoins il en donnoit entre deux vertes une meure, donnant espérance à ceux qui aimoyent le public que tout tourneroit finalement en bien, pourveu qu'on le laissast faire. Peu de gens entendoyent son intention; mais le temps fit cognoistre qu'il avoit embrassé le service de son roy et le salut du peuple autrement qu'on avoit cuidé.
Et î^vray dire, on ne sçauroit assez suffisamment descrire la prudence dont il usoit. Car pour certain, encoresque s'il eust prins un court chemin pours'opposer virilement au mal, il seroit plus à louer, ei Dieu, peut-estre, eust bény sa constance, si est-ce qu'autant qu'on en peut juger, luy seul, par ses modérés déporlemens, a esté l'instrument duquel Dieil s'est servy pour retenir plusieurs flots impétueux, où fussent submergés tous les François. Et néantmoins les apparences extérieures paroissoyent au contraire. Bref, quand on luy rcmonslroit quelque playe prochaine, il avoit tousjours ce mot à la bouche : « Patience, patience, tout ira bieu. »
« Pour le faire court, continue l*his-
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torien, quand il fut question d'expéi(ier rédict de Tinquisition d'Espagne, sçachant que ceux du Goiiseil prÎTé et dès parlemens Tavoyent accordée, ce ïiéantmoins il modéra le tout par un édict exprès, et en redict si vives raisons, que ceux de Guyse mesmes, qui l'avoyenl pourchassée, furent de son advis, et le feirent trouver bon à l'Espagnol, qui désiroit bien la France éstre rangée et compassée à sa mode. » Ces réflexions de La Planche ont entraîné tous les biographes de L'Hospital dans une erreur. Selon eux, Tédit deRomoranlin (mai 4560) qui accordait aux évêques seuls la connaissance du crime d'hérésie, et mettait aiosi les Protestants à la merci de leurs ennemis, aurait été une contre-mine que y^ospital opposa aux intrigues et aux menées du parti ultramontaiu. Mais la date de sa nomination (30 juin) s'oppose à ce qu'on lui attribue cet édit donné un mois auparavant. La seule part qu'il y eut, ce fut la contrainte qu'il dut exercer envers le parlement de Paris pour l'obliger à l'enregistrer (1). C'est aussi ce que donne à entendre Mézeray lorsqu'il dit que le nouveau chancelier donna les mains )i cet édit, qu'avait fait rendre le cardinal de Lorraine, lui attribuant les mêmes motifs que Régnier de La Planche, c'est-à-dire la « crainte d'un plus grand mal. » Mais ceux qui n'étaient pas dans le secret de ses intentions, durent croire qu'à l'exemple de «on prédécesseur, le vertueux L'Hospital s'était aussi damné.
' Comme on pouvait s'y attendre, cet édit, loin d^apaiserles troubles, ne Ct que les raviver. On dut alors songer à de nouveaux expédients. Sur la proposition que le chancelier en fit au Conseil, on convoqua une assemblée de Notables. Cette assemblée s'ouvrit à Fontainebleau, le 21 août 1560. On en connaît les résultats. Montluc ,
(1) Régnier de La Pltnche dit à tort, que têvit du parlement • maniés a la dévotion de ceux de Guyse, ne se feirent tirer i'aoreUle k le publier. >
Marillae et Coligny défendirent tous trois, avec un admirable courage, leè( intérêts des Protestants ; mais l'arche- ▼ôque de Vienne « emporta l'honneur. A Les Guise subirent un prettiier échec : ils* durent accorder la convocation des Etats-Généraux dans le plus bref délai, et, en attendant « la réformation de l'Eglise par un bon concile général, si tant estoit qu'il se peust obtenir, sinon par un national, » la suppression de toute procédure contre les hérétiques.
L'Hospital se sentit plus fort après cette demi -victoire. Il put croire que la bonne cause finirait par triompher, d'autant plus que la reine-mère portait de plus en plus impatiemment le joug des Guise. « Considérons, disait-il dans sa Harangue aux Etats d'Orléans , que la dissolution de notre Eglise a esté cause de la naissance des hérésies , et la réformation pourra estre cause de les esteindre. Nous avons ci-devant fait comme les mauvais capitaines qui vont assaillir le fort de leurs ennemis avec toutes leurs forces , laissant despourvus et desnuez leurs logis. 11 nous faut doresnavant garnir de vertus et de bonnes mœurs, et puis les assaillir avec les armes de charité , prières, persualions, paroles de Dieu , qui sont propres à tel combat. La bonne vie, comme dit le proverbe, persuade plus que l'oraison : le Cousteau vaut peu contre l'esprit, si ce n'est à perdre l'&me ensemble avec le corps. » — « Tu dis que ta religion est meilleure, je défends la mienne : lequel est plus raisonnable que je suive ton opinion, ou toyla mienne ? ou qui en jugera, si ce n'est ung sainct concile? » Ces sages idées gagnèrent peu à peu du terrain. L'édit de Juillet (1561) (1) fut un premier pas, quoique faible, dans la voie de la tolé-
(1) Pasquier dans ses Lettres raconte ainsi l'oriRine de cet Edit : • Les HuguenoU ont présenté requeste au roy, afin qu'il lear fut permis de faire une Eglise séparée de la noatre. Le roy a renroyè ceste requeste au parlement ponr avec les seigneurs de son Conseil y adviser. L'a il a esté opiné foit librenent d'une part et d*aatre« Les ans pour ie party
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raDce. Bientôt après, les Etats de Podtoise réclamèrent une entière libei'tê de religion. Dans sa harangue au colloque de Poîssy, L'flospital dissimula à peine ses préférences. «La conscience, disaitil, est de telle nature qu'elle ne peult cstreforcée,maisdoibleslre enseignée, et n'estre point domptée ny violée, mail persuadée par vrayes et suffisantes raisons; et mesme la foy si elle est contraincle, elle n'est plus la foy.» Et il proclamait ce principe des Protestants que pour s'éclairer sur les choses de la religion « il n'étoit besoin de plusieurs livres, ains de bien entendre la Parole de Dieu, et se conformer à icelle le plus que l'on pourroit. » Copie de son discours fut adressée au Saint-Siège, qui menaça l'auteur d'excommunication. Enfin, redit de Janvier (1562) , le plus libéral des édits que lès Protestants obtinrent {Vof/.
Pièces iustif.,NoXVll)jusqu'à Tédit de Nantes, fut en grandeparliesonœuvre:
a Les obstacles qu'il lui fallut vaincre, dit Bayle, ne cessèrent pas après qu'il l'eut scellé : il s'en présenta de nouveaux sur la vérification, et il fut bien nécessaire qu'il déploiât la force de son génie et la fermeté de son âme, afin de venir à bout des scrupules, et de la mauvaise humeur du parlement de Paris. »
Nous ne devons pas non plus passer sous silence la conduite honorable que tintL'Hospitallors du j)rocès de Condé; Il présidait la commission. Lorsque, malgré ses efforts, un arrêt de mort eut été rendu (26 nov. 4 560), il refusa d'y apposer sa signature : « Je sais mourir, dit-il, mais non me déshonorer I»
Catbolîc, les autres poor ceux de la Religion. LeCatbolic a emporté ie dessus de trois voix, estant sa résolution qu'il falloit on snirre l'Eglise romaine comme nos ancestres, oa vulder le royaume avec permissiou de vendre ses birns. Quand c'est venu a la relleclion des voix, le murmure n'a pas esté petit : parce que les antres soutenoyent qu'en matière de telle importance, n'estoii pas la raison qu'à rapétitde trois voix toute la France entrast en combustion.. .(Depuis, pour contenter les ans et les autres par forme de neutralité. Ton a fait publier un Edicl au mois de juillet dernier. ■»
Deux de ses collègues , le président Guillard Du Mortier et Louis Pti Bj'èil, comte de Sancerre, imitèrent son exemple. Cette opposition courageuse fît »
dit-on, surseoir à l'exécution.
La mort inopinée de François II avait porté un coup funeste à l'omnipotence des Guise. Le règne nouveaa s'inaugurait sous de bons auspices. I«a reine-mère se rapprochait manifestement des Protestants. Sous la date do 4" fév. «562 , Hubert Languet écrivait : Rex et îratres videnturbrevi transituri ad nostras partes. L'Hospital dut croire qu'il touchait au but désiré (4). Malheureusement le gouvernement éiait trop faible et les haines trop violentes pour que la paix entre les partis fût durable. L'inexécution de l'élit de Janvier et les massacres qui ensanglantèrent plusieurs provinces mirent enfin les armes aux lùains des Protestants : l'ère des guerres civiles commença. L'Hospital ne déserta pas son poste, il remplit dans le Conseil le rôle de modérateur. On connaît sa belle réponse au connétable de Montmorency qui lui objectait que ce n'était pas aux gens de robe longue à opiner sur là guerre : S'ils ne savent manier les armes, lui dit-il, ils savent au moins quand on les doit prendre. « Son pa^ cifique courage, remarque M. Droz dans une notice sur L'Uospital, le fi[t éloigner du Conseil, et bientôt toutes ]e& voix impartiales répétèrent ceii mots du manifeste de Condé : « Comment voudraient-ils le bien? ils ont exclu L'Hospital de leur Conseil ! » A se retira dans sa maisOn deVignay (2), près d'Etampes.
(1) Prosper de Sainte-Croix nous apprend dans nne lettre do 15 mars 1569, qu'il tvait des conférences frét|uentes avec Cofudi^ Oieî ie ChAtmatiy l'évèqne M»ntiuc, et d'autres personnages de ta même farine ; il répète la ro(^me cbose dans une lettre du 25, en ajoutant an nombre de ces pacifiques conspirateurs Jeanne d^Àtùret, Madame de Cmttot et Madame de Roye,
(2) H avait acheté cette petite propriété au prix de deux mille livres, depuis son élévation à la charge de chancelier. Plusieurs biographes disent a tort qu'il l'avait reçue ea don de la Couronne ; M. Dufey avait ea lotiir
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redit d'Âmboise (mars 4563) fut une trèye. Catherine de Médicis en profita pour rappeler L'Hospital. Ce fut par son conseil qu'elle fit déclarer Charles lXmajeur(17août1563) : elle espérait gouverner seule à la faveur de cette fiction. Un des premiers actes du jeune souverain fut une énergique protestation contre le monitoire que Pie IV avait lancé contre la reine de Navarre (VoyAy p. 4 2). On y reconnaît l'inspiration de L'Hospital. En mCme tems, le chancelier conseilla au jeune monarque de visiter ses Etats. Le voyage de Bayonne fut résolu. L'Hospital fut en quelque sorte l'introducteur du jeune roi auprès de ses sujets; il rechercha toutes les occasions de l'instruire de ses devoirs, il lui fit toucher au doigt toutes les plaies de la France. Qui eût prévu que ce voyage, si plein d'utiles enseignements pour la royauté, aboutirait à la plus épouvantable catastrophe? Il suffit d'un sanguinaire conseil pour faire reparaître la nature sauvage de la mère et du fils. Ce voyage dura près de deux années.
Il fut immédiatement suivi do l'assemblée de Moulins, où aurait dû éclater, dit-on, la Saiut-Barthélemy conseillée par le duc d'Albe. Cette assemblée est célèbre par i'éditde Moulins. Ecoutons ce qu'en dit Pasquier. «Nous avons veu de nostre temps un jeune roy Charles IX en ccste France, auquel et rinfirmité de son bas aage du commencement, et par succession de temps, la violence extraordinaire de son naturel, ne donnoit aucun loisir de faire des loix; toutesfois jamais roy qui le devança ne fit tant de beaux édicts que luy : tesmoin celuy de l'an 4 560 aux Ëstats tenus dedans la ville d'Orléans; l'autre qu'il fit à Roussillon l'an 4563, et le dernier à Moulins l'an 4566. Contenants ces trois édicts une infinité d'articles en matière de police, et beaux règlements qui passent d'un long entrejet nos anciennes ordon-
Tacle de vente. Lors de l'acquisition, ce n'était guère qu'an terrain incuiif ; L'IIospital y flt construire un pelil manoir, en 1o6^.
nances. A qui sommes-nous redevables de ce bien ? Non à autre qu'àMessire Michel de L'Hospital son grand et sage chancelier, qui sous l'authoritc du jeune roy son maistre fut le principal entremeteur du premier, instigateur, promoteur et authcur des deux autres. » Au jugement du chancelier d'Aguesseau,cesordonnances de L'Hospital ont été la source de toutes les améliorations introduites depuis dans notre législation. Elles ont régi la France, dit M. Dufey, jusqu'à la promulgation des ordonnances qui ont illustré le règne de Louis XIV, et dans lesquelles on en retrouve toujours l'esprit et souvent la lettre. Toutefois, dans ses ordonnances somptuaires, L'Hospital paya un large tribut à son siècle. «Si le docteuD Swift, dit Condorcet dans son Eloge du chancelier, après avoir rapporté quelques-unes des humiliatmis auxquelles nos pauvres ancêlresétaient assujettis, si le docteur Swift eûl voulu tourner en ridicule Tesprit réglementaire, il n'eût pas imaginé des lois plus étranges. »
On ne saurait assez louer L'Hospital des eff'orts qu'il fit pour réformer la justice. Il y travailla sans relâche pendant toute la durée de son ministère.
Mais le mal avait pénétré trop avant, il y usa ses forces. Nous ne pouvons nous empêcher de détacher quelques pensées de ses belles harangues.
« Messieurs, disait-il au parlement de Rouen, prenez garde quand vous viendrez en jugement de n'y apporter point d'inimitié, ni de faveur, ni de préjudice : je voy beaucoup de juges qui s'ingèrent et veulent estre du jugement des causes de ceux à qui ils sont amis ou ennemis. Je voy, chacun jour, des hommes passionnés, ennemis ou amis des personnes, des sectes et factions, et jugeant pour ou contre, sans considérer l'équité de la cause. Vous estes juges du pré ou du champ, non de la vie, non des mœurs, non de la religion. Vous pensez bien faire d'adjuger la cause à celui que vous estimez plus homme de bien ou meilleur chres-
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tien ; comme s'il estoit question entre Jes parties lequel d'entre eux est meilleur poëte, orateur, peintre, artisan, et enûn de Tart, doctrine, force, vaillance, ou autre quelconque suffisance, non de la chose qui est amenée en jugement. Si ne vous sentez assez forts et justes pour commander vos passions et aimer vos ennemis, selon que Dieu commande, abstenez-vous de TofQce de juge.» «Jamais, dit M. Gôrusez, Tinvasion de la politique dans le sauctuaire de la loi n'a été flétrie avec plus de vigueur et de simplicité. » Ces principes de haute moralité reviennent souvent dans les discours de L'Hospital. Autrefois, disaitil, les sujets recherchaient la justice, mais aujourd'hui ils la fuient, tant elle est vilipendée. Il faut que la loi soit sur les juges, et non pas les juges sur la loi. Le souverain lui-même vous commanderait de la violer, que votre devoir serait de lui désobéir. Le juge homme de bien fait son ofûce envers Dieu et les hommes, et ne craint personne.
Une des principales causes de la corruption de la justice, c'était sans contredit la vénalité des offices. L'IIospital fît tous ses efforts pour extirper le mal, en faisant revivre l'ancienne coutume de l'élection. Il rencontra de nombreux adversaires, quelques-uns de bonne foi, mais la plupart intéressés ï la conservation des abus. «Ils objectent, dit-il dans une de ses Remontrances au parlement de Paris, que ez élections n'y a que pratiques et menées comme en celles des prélatures, et qu'il fault révoquer telles ordonnances, et laisser lesdicts offices en la plaine disposition du roy. Je leur responds que tant qu'il y aura hommes, il y aura pratiques, et que la voie d'élection, ores qu'il y ait quelques abus, est meilleure que si Sa Majesté donnoit les offices à la réquisition de ceulx qui sont prez de luy, qui les vouldroient,ou y metlroicnl pnr faveur gens indignes. Et ce faisant le roy seroit trompé. » C'est à peine si de
nos jours, sous un gouvernement constitutionnel, un ministre de la justice s'exprimerait avec cette liberté de paroles : nous en avons vu peu d'exemples. Mais ce que l'on a vu souvent, c'est ce que L'IIospital craignait d'un magistrat constitué par le prince : « La velouté sera bonne, disait-il, et la peur qu'il aura d'offenser le roy ou les grands gastera tout; il judgera pour le plus fort, et advisera ung expédient pour le contenter, qui ne sera justice. » Nul plus que L'IIospital n'était ennemi de la brigue et de l'intrigue. Il ne consultait jamais que le bon droit.C'est dans cet esprit d'équité qu'il fit rendre une ordonnance (8 mars 1 566) portant qu'à l'avenir les chaires qui viendraient à vaquer dans l'université de Paris seraient données au concours.
Ce serait ici le lieu de parler de son excellent Traité de la Ré formation de la Justice ; mais nous ne pourrons en dire que quelques mots. C'est le plus important des écrits de L'Hospital; malheureusement, il est resté inachevé. La Bibl. nat. et la Bibl. de l'Arsenal en possèdent des copies. M. Dufey l'a publié dans son recueil des Œuvres du chancelier, il remplit les deux derniers volumes. L'Hospital prend le mot de justice dans sa plus large acception. « Il l'a considérée, dit M. Dufey, comme la base de tout gouvernement bien organisé, comme le principal élément de bonheur, de sûreté et de puissance des Etats. C'est un véritable traité de haute économie politique... Il renferme les plus utiles leçons pour les monarques et pour les peuples qu'ils sont appelés à gouverner. C'est partout l'expression simple, franche et sublime du philosophe ami de sa patrie et de l'humanité, du véritable magistrat citoyen. » C'est peutêtre à ce traité que se rapporte cette recommandation consignée dans le testament du chancelier : « Mon gendre prendra garde.... que mes livres de droict civil que j'ay rédigés par méthode, estant jeune, ne soient déchirés et bruslez; mais que l'un de nies pe-
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Uts-fils des plus capables les parachève. »
Cependant bien loin de se raffermir, FElat inclinait de plus en plus vers sa ruine. |1 était impossible que le vertueux L'Hosi)ital demeurât loogtems debout au milieu du conflit de toutes les mauvaises passions. Les Guise souf- (Iraient avec peine sa présence aux affaires. La reine-mère, qui avait fini par sejeler dans leurs bras, avait réussi à aliéner à L'Uospital l'esprit de son Ûls. On ne dissimulait plus, ni d'une part ni d'autre; déjà la guerre était déclarée. 11 était à prévoir que sous le gouvernement de Médicis la vertu succomberait. Cependant avantde tomber, le chancelier obtint encore un beau succès, en faisant rejeter les décrets du concile de Trente quant à la discipline. « Quant à moy, dit-il dans son Testament, dicté la veille de sa mort ài son petit-fils, veoyant que mon labeur u'estoit agréable au roy et à la royoe, et que le roy estoit tellement pressé qu'il n'avoit plus de puissance, voire qu'il n'osoit dire ce qu'il pensoit, j'advisay qu'il me seroit trop plus expédient de céder volontairement à la nécessité de la respublicque et aux nouveaulx gouverneurs, que de desbattre avecque eulx, avecque lesquelz je ne pouvois plus demeurer.
« Je feis place aux armes, lesquelles estoienl les plus fortes, et me reliray aux champs avecque ma femme, ma fille et mes petits eufans, priant le roy etlaroyne — puisqu'ils n'asquiesçaient à ses conseils — qu'à tout le moins, quand ils auroienl saoullé et rassasié leur cœur et leur soif du sang de leurs subjects, qu'ils embrassassent la première occasion de paix... Ayant faict cesteremonstrauceenvain, je partis de la Court et m'en allay avec une grandissime tristesse, de quoy le jeune roy m'avoit esté ravy, et ses frères, en tel aage et temps auquel ilz avoient plus affaire de nostre gouvernement et ayde; aux quelz si je n'ay peu assister ny ayder de conseil si long-temps que j'eusse bien vouleu, j'en appelle Dieu
à tesmoing et tous les anges et les hommes, que ce n'a pas esté ma faulte, et que je n'ay jamais rien eu de si cher que le bien et le salut du roy et de ma patrie ; et en ce me sentant grandement offensé, queceulxqui m'avoient chassé prenoient une couverture de religion, et eulx-mômes estoient sans piété et religion ; mais je puis vous asseurer qu'il n'y avoit rien qui les émeust dadvantage que ce qu'ilz pensoient que tant que je serois en la charge, il ne leur seioit pas permis de rompre les édicls du roy, ny de piller ses finances, ny celles de ses subjects. » 11 disait ailleurs, dans un de ses Mémoires :
« Ce qui offence le plus, c'est que je soubtiens les affligez contre ceulx qui les veulent opprimer, les foibles contre les forts, les pauvres contre les riches. Je désire les loyx et ordonnances avoir lieu en tous estatz, en l'église, en la justice, en la noblesse, au peuple, Dieu estre servy et le roy obéy.»
« Quand ceste guerre dernière commença (f 567), je monstray qu'elle me desplaisoit , préveoyant le mai qui en est adveneu. J'encoureus la malgrace de ceulx qui la vouloient. Les parlemens , s'estant jetez de cesle part, m'ont vouleu mal demorl,el beaucoup de gcnz d'église , qui pensoient que c'estoit favoriser les Huguenots que de chercher la paix. »
Il se retira au commencement de ^ 568. On lui fit redemander les sceaux par Pierre Brulard, secrétaire des commandements de la reine , pour les remettre à l'évêque Morvilliers.
L'Hospital obtint ses lettres de décharge le 6 févr. <568; elles furent enregistrées au parlement le \ 1 mai ; elles portaient réserve de ses litres, honneurs et émoluments, sa vie durant.
Birague, qui succéda bientôt après à Morvilliers, ne prit le titre de chancelier qu'après la démission du titulaire, le 1"' février 1573, démission exigée par Charles IX. On ne conserva plus à L'Hospital que son traitement (1).
(\) C'était ia moindre des choses; il f%i très-probable qu'il n*ea toucha rien depuis sa
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L'Uospital De crut pas , comme tant d'autres ministres tombés, que l'iogralitude du gouvernement le déliait de tous ses devoirs envers l'Etat; ne pouvant faire le hien , il osa au moins le conseiller. Le Mémoire qu'il adressa h Charles IX pour l'engager à changer da politique, est un grand acte de courage et de patriotisme. M. Dufey, qui lui a donné place dans son édiL des Œuvres du chancelier, a eu soin de le coliationner sur le msc. qui se conserve i la Bibl. nat. (Dépôt de Mesmes, N* 8677). Les éditions antérieures étaient incomplètes et inexactes. Ce mémoire a pour titre : Le but de la guerre et de lapaix^ ou Discours du chancelier V Hospital pour exhorter Charles IX à donner la paix à ses subjects. 1570.
Nous en rapporterons quelques passages. Après avoir cherché à justifier les Protestants de cette accusation banale, mais spécieuse, de tendances républicaines, le chancelier continue:
« Quoi que ce soit, il est bien certain qu'ilz [les révoltés huguenots] ont doublé de leur seureté et y ont voulu pourvoir : à quoy ilz o^ tourné toutes leurs pensées et leurs desseins. De dire qu'ilz n'en ayent eu des occasions bien grandes, ce seroit malicieusement, ou du tout ignoramment discourir, et je D'adresse mon propoz qu'à ceulx qui, ayant practiqué la Court, ont veu etentendeu comme toutes choses se sont passées, depuis ungpeu, louchant ce laict, et qui , despouillez de passions, veulent judger selon la vérité. La craincte donc et l'espoir, qui sont deux cr4iels tyrans des âmes, leur a miz les armes ^ la main,et la nécessité, la plus juste et inviolable de toutes les loyx,
retraite. Aassi le royons-nous solliciter l'assistance de la reine-mère :« J'ai 65 an? passés, lai écrivait-il, une femme, one fille, m gendre et déjà neaf petiis-enfants. J'ai uu train de vieax serviteurs qae je Depuis, sans «Icloyauté, laisscrmoarir de faim... Avec cela, si V., M. empéclièe par les besoins de l'Etat, ne croit pas pouvoir ra'alder, j'cndurersl avec patience. Cela n'est ni long ni difllcile a mon âge. »
les y a entreteneuz et entretient encore aujourd'huy ; et puisqu'ilz sont hommes et non pas anges, trouve-t-on estraugc que comme hommes, au cœur desquelz n'esi poinct escripte seulement, mais divinement engravée ceste première loy de nature de deffendre sa vie et liberté contre l'oppression , se sovent vouleu munir et deffendre contre ceulx qui les vouloient ruyner et opprimer. » Avant aue de condamner leurs entreprises, s'ecrie-t-il, mettons la main sur nos consciences : « Nous debvrions pasmer de confusion que la guerre leur a esté moins pernicieuse que la paix, nostre inimytié que nostre amylié, nos armes que nos langues et les coups à eulx portez sous couleur de justice et authorité publicque. Je sçays bien que cecy sera trouvé aspre, et'que je pourrois parler plus doulcement; mais la nécessité m'arrache maugré moy les paroles du cœur, et me faict préférer la rude vérité contre les maximes de la Court à la doulce flatterie... Le seul moyen qui nous reste aujourd'huy de rompre leurs Intelligencei, c'est de leur osier la nécessité d'y entendre, en interrompant premièrement les nostres, qui ne tendent qu'à nostre ruyne en les ruynant; les traicter comme amys,et subjectz justiciables, membres avec nous delà respublicque et partye du corps dont le roy est le chef.Car, examinant les choses de prez, on trouvera qu'ilz ont esté cy-devant traictez en rebelles , ce qui leur a faici chercher des moyens extraordinaires, et remuer toutes pierres pour se conserver, et je ne sçays s'il y a homme si sainct et parfaict au monde qui n^ea fist autant , estant la défense et conservation de soy une loy inviolable de nature, plus forte que toutes les aultres loyx. » A ceux qui objectaient que la royauté se tuerait, si elle pactisait avec les rebelles, L'Hospital répond : Que leur donne le roi? leur donne-t-il Testât des terres? les allège-t-il d'aucung subside? leur quitte-t-il aucung debvoir ou charge? rien de tout cela.«li leur donne uue liberté de conscience,
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ouplustost il leur laisse leur conscienco en liberté. Appelez-vous cela capituler?
Est-ce capituler, quand ung subject promet, pour toute convention, qu'il recognoistra son prince et demeurera son subject? Si le roy leur osloit la liberté qu^ilz luy demandent, ilz seroient ses esclaves, et non pas ses subjects; car la principaulté est sur les hommes libres; donc, en leur accordant ceste liberté, il se constitue vrayment leur prince et protecleur.et eulx se déclarent ses subjeclz, obligez à maintenir son estât. Qui est-ce qui sera si impudent à ceste heure de dire que c'est capituler? Que si Ton veult borner la liberté des hommes à de si estroictes barres que la religion et Tame ne soient point comprinses , c'est pervertir malignement le mot et la chose mesme, car la liberté seule n'est poinct liberté. La liberté brutale du corps et des actions humaines est vile et indigne de ceste excellente marque, qui est proprement deue à l'esprit et à la plus divine partie d'iceluy , et à la plus excellente de ses actions , à sçavoir, la piété. On me respliquera soudain que ce n'est pas liberté , mais une licence très pernicieuse. Le Conseil du roy, les Courts soubveraines de ce royaulme, les aullres Estais les plus puissans et saiges de la Cbrestienté, en ont cogneu et judgé tout aullremeut; car ilz ont arresté dès longtemps qu'il esloit très nécessaire de laisser en paix les esprits et consciences des hommes»
comme ne pouvant estre ployez par le fer ny par la ûamme, mais seulement par la raison qui domine les hommes, ce qui n'a point estéfaict sans exemple, mesme du plus grand empereur qu'il y aitesté, il y a trois cents ans.» L'Hospital termine en disant au roi que s'il veut éprouver la clémence de Dieu , il use lui-môme de clémence , « que le roy ne ferme point son cœur, et Dieu lui ouvrira le sien. » Sénèque aurait-il parlé plus librement à Néron? Ce mémoire qui fut rendu public, produisit la plus grande sensation. L'Hospital put croire un moment que ses conseils
avaient été écoutés. Mais le réveil fut d'autant plus terrible , la réalité d'autant plus poignante. La Saint-Barlhélemy brisa son âme. Lui-môme courut les plus grands dangers. Il passa plusieurs jours entre la vie et la mort.
Mais sa fermeté ne se démentit pas.
Ses gens alarmés à la vue d'un gros do cavalerie qui se portail dans la direction de Vignay, accoururent pour lui demander s'il ne fallait pas fermer les portes. Non, non, leur répondit-il , si la petite n'est bastanle, qu'on leur ouvre la grande 1 Heureusement, ce n'était qu'une fausse alerte. Il paraîtrait môme — ce qu'on a peine à se persuader, — qu'au milieu de sa sanglante orgie Médicis se souvint du chancelier et lui envoya quelques troupes pour le protéger (1). Charles IX ïm pardonnait, k cette insolence du bourreau, le vénérable vieillard répondit qu'il ne croyait avoir mérité ni la mort , ni le pardon. Sa flUe se trouvait ï Paris pendant les massacres. Elle fut sauvée par la duchesse de Guise, Anne d'Esté^ la noble fille de Renée de France , qui n'avait pas épousé les fureurs de la famille où elle était entrée ^2). L'Hospital lui témoigna sa vive reconnaissance dans
(1) Ce fat sans doute pour échapper a cette « garde meuaçaulc, » comme l'appelle fort bicD M.Villemain, que L'Hospital se relira dans la terre de son gendre. Selon le même biographe, « sa conservation aurait élé négociée par les prières de la «luchesse de Savoie, son ancienne et noble bieuiaiirice, • comme on le voit par une de ses Epflres latines. Mais ces i>rières n'ont pu venir qu'après l'événement. Sous la date du 8 octobre, le cardinal Granvelle marquait à Morillon : «■ On nous cscript que le Uoy a fait dépêcher le chancelier de L'Hospital et sa femme, qui seroitun grand bien. » Kt Morillon lui répondait, sous la date du 8 novembre : « C'est un beau décembre de l/Hospital el sa femme.» Corresp. encore inéd. de Granvelle, citée par M.Michelct.
(2) L'Hospital lui dit dans une de ses épîtres :
Agnosco vero} te religionis alumnam.
C'est une preuve de plus u ajouter *a celles que nous avons déjà données, des tendances du chancelier. Pour un catholique sincère, la religion dans laquelle Anne d'Esté avait été élevée n'aurait pas été la vraie religion, mais U religion prétendue réformée.
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une épîlrft latine qu'il lui adressa. En voici le début :
Anna, niihi natiskxc de tribus ana supersies Viviladhuc, viviique luo servata recenli Monere, dum toia cxdes flagrarclin urbe : Praelerea necspes occurrerel ulia saluiis. Hanc nalaœ, patri qa» sempcr et omnibas
[lions Adsidet, iolirmamque régit cum matre se-
[nectam, Adspicio nunquam, adspicio sine pectorc
[grdlo Etnemorilnadisquc tux, laudisque tuorum.
Ta plures animas servastinuper in unà : Illam ipsam, atque uoveni pueros, et utrum-
[que parcDt«m.
Unius in vità Tilani debere taiemur Omnes : credimus esse tuum quod vivimus
[omnes.
Ces terribles émotions abrégèrent les jours du chancelier. « Se veoyant travaillé d'une maladie incurable de vieillesse , et oultre d'une infinité d'aultres maladies , depuis six mois (c'est-à-dire depuis ces affreuses journées),» il songea à mettre ordre à ses affaires. Il rappelle dans son testament la promesse que Catherine de Médicis lui avait fuite d'avoir soin de lui et des siens. Mais pouvait-il encore y croire? « Qu'il nous suffise, dit-il, qu'elle nous soit propice» qu'elle ne souffre pas, non plus que le roy, qu'on nous fasse quelque tort et injustice, qu'ils nous permettent de vivre en toute droiture et équité: que si à ce bien ils adjoustent d'abondant, nous réputerons le tout pour un singulier bien etprofict. » Dans cet acte de ses dernières volontés, L'ilospital ne dit absolument rien qui puisse faire soupçonner quelle était sa religion, si ce n'est peut-être la recommandation qu'il fait au sujet de ses funérailles, «quelesChrestiens n'ontpas en grande estime. «Il fut enterré dans l'égliso de Champmoteux,sa paroisse (<). Etienne Pasquier, un de ses plus fervents admirateurs, lui composa celte épitaphe :
Hic ciueres Michaelis liabes, hic conditur ille Gallus Arisiides, nostri Caln temporis altrr ; Quique Sophis, septcm numéro, superaddi-
[lur nous.
(1) Le mausolée qui lui avait été élevé, fut préservé pendant U révolution par Alex.
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Nous rapporterons l'éloge qu'en fait le jésuite Maimbourg, qu'on ne saurait suspecter de partialité. « Certes, ditil, on ne peut nier que ce chancelier n'ait esté l'un des plus grands hommes de son temps dans toutes les belles et solides connaissances et dans toutes les perfections et vertus morales que doit avoir un chef de la justice. »
L'Hospital n'était pas moins estimable pour ses vertus privées que pour ses vertus publiques. Il vécut comme un sage, et l'antiquité n'a pas de plus beau modèle à nous offrir. Le culte des Muscs était son principal délassement.
Ses admirateurs l'ont mis au niveau d'Horace, et môme quelques-uns sonl allés jusqu'à le mettre au-dessus. Selon Hallam, « les épilres du chancelier offrent plus d'intérêt que*toutes ces insipides effusions de flatterie ou de feinte passion qu'on trouve dans la plupart des poètes latins modernes.
Ces épîtres sont inégales, et il y a souvent trop de laisser-aller dans le style; mais on y trouve parfois une verve, un nerf, une vigueur de pensée dignes de l'auteur, et quoiqu'il se tienne en général au niveau du ton des satires d'Horace, il prend quelquefois un essor plus élevé, et ne manque pas de talent descriptif. » H avait une grande simplicité, une grande pureté de mœurs. Sa sobriété eût pu passer en proverbe. Son ordinaire, au rapport de Brantôme, se composait de bouilli, et il ne dérogeait jamais à cette règle, quel que fût le rang des personnages qu'il recevait à sa table.
L'Hospital a exercé une très-heureuse influence sur la magistrature en France. « L'Hôpital , par son génie et par le temps où il a vécu, est en quelque sorte, dit M. Villemain, le chef et le modèle de cette génération de grands magistrats que l'on vit se perpétuer pendant plus d'un siècle, comme une sauvegarde publique, au
Lenoir, qui le lit transporter au Musée des Pelits-Aujîustins. Nous ignorons ce qu'il est devenu depuis la dispersion de ce Musée au retour des Bourbons.
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milieu des factions, des coups d'état et de la guerre civile. >» Il eût été capable des plus grandes choses, si les circonstances l'avaient favorisé. Mais son passage au pouvoir ne fut qu'un éclair de lumière dans une nuit sombre. « Ce qui distingue fortement Michel de LhÔpital, dit M. Baudrillart (Jean Bodin et son temps, 1 853), c'est qu'au milieu d'une politique de circonstances et d'expédients, seul il a des principes. Sa gloire est de les emprunter non pas seulement à la foi révélée, non pas môme uniquement ï la rectitude de sa conscience, mais à un spiritualisme philosophique net et explicite. On a eu raison auxvici* siècle de célébrer en lui le héros do la tolérance. Mais il l'est, pour ainsi dire, en vertu d'un» philosophie qui n'a rien de commun avec le scepticisme et qui a le mérite de mettre d'accord les plus hautes inspirations de l'esprit et les
filus généreux mouvements du cœur.»
l n'était pas de ces complaisants qui croient qu'il y a doux morales, l'une, large, commode, à l'usage des Grands, l'autre, étroite, stricte, à l'usage des petits, l'une pour les afifaires publiques, l'autre pour les affaires pri- "vées. Pour lui, la morale est une comme la vérité. « Chef de la magistrature , dit M. Géruzez , dans son Histoire de notre littérature , il se montre inflexible pour les écarts et les capitulations de conscience. Il ne ménage pas ses expressions, qui vont quelquefois jusqu'à la dureté, si l'on songe qu'il s'adressait à des hommes revêtus d'un caractère auguste. » Ces hommes n'en étaient que plus coupables. Les Remontrances et les Harangues do L'IIospital ne sont rien moins que des discours académiques.
Ce sont plutôt les entretiens familiers d'un philosophe. Ils abondent en rapprochemens ingénieux. On sent à leur lecture que roraleur était nourri de tout ce qu'il y a de beau dans les lellres et dans les sciences.
De son mariage avec Marie Morin, L'Hospilal ne laissa (qu'une llile, Ma-
deleine, qui épousa Robert Hurault {Voy, ce nom). Il paraît qu'en déc.
4 5S5, dans un ^emps de redoublement des persécutions, sa veuve abjura, ou au moins feignit d'abjurer. « Beaucoup de la religion, rapporte L'Estoile sous cotte date, pour sauver leurs biens et leurs vies, se font catéchiser, retournant à la messe, et ont bien de la peine à contrefaire les bons catholiques ; la chancelière de L'HospitaU entre autres, qui, toute sa vie, avoit fait profession de ladite religion , l'abjure et va à la messe. » Henri III, de plus eu plus pressé par la Ligue, avait à donner des gages û'^union,
L'IIospital n'a rien publié. Quelques-unes de ses harangues et de ses poésies avaient seules paru de son vivant. Après sa mort, Pibrac, avec le secours d'Aug. de Thou et de Scévole do Sainte-Marthe, recueillit un volume de ses poésies « éparses çà et là par la négligence de leur auteur, » et Michel Hurault-de-L'Hospital, sou petitfils, le donna au public, en 1 585, pet. in-fol.,pp.38I,sous ce iiireiEpistolarum seusermonum libri sex, ap. Mam.
Pâtisson.; dédié à Henri III. Une nouvelle édition, plus complète et plus correcte, en parut à Amst., en M3t, in-S', d'après le msc. de Pibrac qui avait passe en Hollande et était en la possession des descendants du grand pensionnaire Jean de Wilt. Loisel nous apprend qu'un msc. de ces poésies se trouvait dans la bibl. de M. Dupuy; peut-être est-ce le môme que Montfaucon cite sous ce titre : Poemata omnia auctioraet emendatiora, aujourd'hui Anîî. fonds lat„ de laBiblioth. nat. N" 459. On rencontre des poésies de L'Hospital dans différents autres recueils de rass. et entre autres, Ibid.
N* 1273, N*^ 2168, etc. Les Œuvres de L'Hospital ont été publiées pour la première fois par M. Dufey (Paris, f 824-5, 5 vol. in-8*), qui les a fait précéder d'une ample notice. Elles comprennent les Harangues et Remontrances, les six livres d'Epîtres suivis d'Epitaphes, le Mémoire adressé à Char*
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les IX, le Traité de la réformatioD de la justice et le Testament, le tout collationné sur les mss. que possède la Bibl. nat. On trouve, en outre, à la mémeBibl., un certain nombre de pièces qui n'ont pas été publiées. Nous citerons, entre autres, d'après Monlfaucon, un Mémoire touchant Namur et la Lorraine, autogr., S. Germain, N*964; Mémoires pour les droits de la Couronne de France et ses prétentions des royaumes et républiques de la Chresticnté , Ibid., N* 315; Mémoires recueillis par L'Hospital des droits des rois de France au duché de Bar, Ibid., N" 966 ; Mémoire concernant le Béarn, Bibl. Coesl., N^ 53. Dans cette dernière collection , sous le N* \ 329, se lit un Inventaire des litres et papiers trouvés en la maison du chancelier de L'Hospital. Au rapport de M. Dufey, ces papiers auraient péri dans Tinceudic du château de Baugé.
Il parait que L'Hospital avait écrit une ample histoire de son chancellariatf luculentissimam historiam, à ce que nous apprend J.- J. Boissard. C'est sans doute de ce livre que parleVarillas (d'après Tessier) lorsqu'il dit que le chancelier de L'Hospital dans sa retraite avait entrepris d'écrire en latin l'Histoire de sou tems, « d'un stile plus approchant de celui de Saluste que de celui de Tile - Live, » mais que la crainte d'être enlevé à tout moment l'empêcha de le continuer.
L'UOSTAL (Pierre de) , sieur de Roquebonne, Sendos et Maveor, gentilhomme béarnais , vice-chanceliei* de Navarre , est auteur de trois ouvrages qui , depuis longtemps , sont à juste litre tombés dans l'oubli. Rien de plus insupportable que les lades louanges, les ridicules gasconnades, les hyperboles outrées dont ces trois volumes abondent, si ce n'est le style pompeux, recherché,, presque ininlelligibie, dans lequel ils sont écrits. En voici les titres :
I. Le soldat françois, 1 004, iu-1 2; 1 606, iQ-8^— Le but de l'auteur était
d'exciter Henri IV à déclarer la guerre à l'Espagne. Cet écrit , qui parut sous le voile de l'anonyme , donna lieu à une vive guerre de pamphlets , qui dura plusieurs années. Prosper Marc/m»â^ donne, dans son Dictionnaire, U liste de ces publications qui n'ont da valeur que pour les bibliomanes. Au jugement de L'Estoile, Le soldat français est le vrai discours d'un soldat bravache et gascon, mais ayant de belles pointes et rencontres à la mode du pays. H. V Avant -Victorieux, Ox\,\iQi^ 4609;OrlhezetBordeaux,1610.in-8''.