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du conseil d'Etat, et surioteûdant des magasins de France. A la nouvelle de sa mort, Henri IV s'écria : J'ai perdu un des meilleurs entendemens de mon rayaume.
MOKLOT (Marc)« docteur en médecine, d'une famille originaire de Con flans en Lorraine(1 ), fut nommé professeur de médecine à Tacadémie dé Qenève en 4585. Dix ans après, nous le trouvons dans le canton de Berne, oil il fit l'acquisition de la seigneurie deVilkrs-le-Moiue ou M(lnchweiler,et où ses descendants remplirent de hauts emplois. Lui-même fut honoré de la bourgeoisie à Berne, et obtint en même temps la place de médecin de la ville, dont il se démit en 1 600. Leu ne nous fait pas connaître Tannée de sa mort, mais il nous apprend qu'il laissa deux fils. L'alné, Théodore, fut membre du Grand-Conseil, en 1629, bailli de Vevay ou de Chilien; en 1636, et entra dans le Petit-Conseil, en 4647. Le cadet, Daniel, reçu également membre du Grand-Cousêil, en 4629, bailli de Bomainmotier, en 4 634, et de Morgés, en 4 645, remplaça son frère dans le Petit-Conseil, en 4 66 4. Il mourut seigneur banneret, en 4 670, après avoir vendu Yillars-le-Moine , et acheté la seigneurie de Bavois. Il laissa quatre fils : 4 <> Marx, membre du Grand-Conseil, en 4657, et bailli d'Avenche, en 4666, mort sans postérité; — Î'Jein, membre du Grand- Conseil, en 4 664, baillide St-Johansen, en 1673, et châtelain de Frutingen, en 4 691 , qui suit; — 3* Joseph, seigneur de Bavoîs,membre du Grand- Conseil, en 4 664, qui suivra; — 4* DAviD,membre du Grand- Gonseii, en 1673, et bailli de StrJohansen, en 4679, dont nous parlerons après ses frères.
1. Jean Morlot n'eut qu'un fils, Jean, iëconome dans la famille deFrienisberg,
(1) Une antre famille damème nom et orifiiMire da même pays se réfugia aussi k Oetfève, où Jacques et Thiébaut MorloL frères, de Foatcnoy, furent reçus bourgeois, le 28 février 1569. En 1583, le duc de Lorraine les Moblit, eu égard aax services qu'il tvtiil reçus d'eux et de leurs pareau.
et père de Gottlibb , qui devint, en 4745, membre du Grand-Conseil, et en 4754, bailli de Castelen.
II. Joseph Morlot fut père de deux fils : 4* MiRX, littérateut* et JQriscoii->suite, qui remplaça pendant (pielqne tetnps le professeur Bondelus dans sa chaire d'éloquence à l'académie de Lausanne. On a de lui une Dissertatio d€ idolatriâ Gôntilium, qui a été imp.
en 4688. Plus tard, en 4740, il entra dans le Grand -Conseil, et remplit successivement les fonctions de bailli de Berne dans la Thurgovie, en 4 74 6, de bailli deMoudon, en 4724, et de directeur des salines, en 4739. Membre du Petit-Conseil, en 4735, etseigneitf banneret, en 4750,11 mourut, le 1 7 août 4754 , à l'âge de 83 ans; — S^àlbrecht, auteur d'une dissert.D^ existentiâDei^ Zurich, 4 69Mn-4\
m. David Morlot laissa trois fils :
4 * Frinçois-Louis , capitaine au service des Etats-Généraux, nûdembre de Grand-Conseil de Berne, en 4704, administrateur du chapitre de Berner e& 4*74 4, lequel entra, en 4749, d^s Id Petit-Conseil, fut nommé, en 4724, inspecteur de l'artillerie, en 47td, banneret, et mouruten f725,pèred*im fils du même nom. Ce fils servit ansâ en Hollande avec le grade de capitaine^ et fut appelé, à son retour dans sa patrie, à remplir les charges de gouverneur du bailliage de Morat,en 4733, et de grand-bailli de Nyon, en 4 736 ; — 8* Abeaham, dont le ûls aine, Abra- BJLM-FftÊDéRic, exerça les fonctions de bailli en plusieurs villes, entre autres à Locarno et à Lentzbonrg; et dont le fils cadet, Samuel, pasteur à Wengi, a publié à Berne, en 4 744, une dissertation De justifia Deivindica^ tivâ : — 3« SAiiuEL,né en 4 670, et auteur d'une Diss, de naturâ promisiionum in génère et de promisHi Summorum imperantium in specie , 4689^ in-4*; il embrassa pins tard la carrière militaire et servit enffollande. pô retour à Berne, il fut nommé, en 4704, membre du Grand- Conseh, puis e& 4745, bailli de Grandsou. En47S6,
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il entra dans le Petit -Conseil, et à deux reprises, en 4734 et en 4752, il remplit la charge de banneret. Son fils, Emmanuel, membre du Grand-Conseil, en 4735, fut envoyé, en 4745, comme bailli à Âubonne. Nos renseignements s'arrêtent là.
MORME8 (Pierre de), fils de Jean de Mormès et de Marie Davidy sei-
fneur de Siiirr-HiLiiRE, lieutenant de artillerie au département de Pignerol, puis en Guienne, et ensuite en Flandres, s'éleva par son mérite et ses services au grade de lieutenant- général de rartillerie.il était aux côtés dteTuren* ii«,lorsque Tillustre capitaine fut tué.Le boulet qui le frappa, lui emporta un bras à lui-même. Voyant son fils répandre des larmes sur sa blessure : « Ce n^est pas moi, mon fils, lui dit-il, qu^il faut pleurer, c'est ce grand homme dont la perte est irréparable. » Saint-Hilaire guérit; mais il paraît qu'il ne fut plus employé. 11 mourut âgé de 70 ans, le 24 janvier 4680, et fut enterré au cimetière protestant des SS. Pères {État civil de Paris, Reg. 33). 11 avait épousé, en 4648, Judith Priehett qui lui avait donné cinq enfants : ^^ Madelâine, née en 4650, qui fat présentée au baptême par Jeati de Castebadie, secrétaire du duc d'Epernon« et qui mourut en 4 658; — 2* Judith, née le 46 août 4 652, mariée, en 4684 , à Daniel de La K^fyt^re, sieur de Liembrune(Koy.VI, p,440); — 3» Armand, qui suit; — 4» Pierre, présenté au baptême, le 4 fév. 4 657, t^^t Samuel Boutinon, sieur des Rayes, lieutenant de Tartillerie de France, et par Jeanne Duhié; — 5* Màdelaine, baptisée, le 5 août 1 660» qui eut pour parrain Char'les de PédesclauXy sieur de Montaign, capitaine de cavalerie, et pour marraine Marguerite Dubié^ et qui épousa, en 4684 , Charles- Léonor de Cler^ ntont'dAmioise , marquis de Loadon (4).
Armand de Mormès naquit le 1 9 jail-
(1) Nous avons été indoit en errcar pir les généalogistes {Voy. ITÏ, p. 500), en U disant ille d*Ârmand de Mormès.
let 4654. Il eut pour parrain Armand de La Porte, marquis de La Meilleraye, qui se fit représenter par Charles de La Haye, sieur de La Jurie, lieutenant de Partillerie k Orléans. Il comptait à peine quatorze ans, lorsque! obtint la charge de lieutenant-général de Partillerie de Flandres en survivance de son père, aux côtés de qui il fit la campagne de 4 672. L'année suivante, il assista au siège de Maëslricht; en 4 674, aux combats de Sintzeim et de Mulhouse; en 4675, à celui de Turckheim.
Nous avons déjà dit qu*il était auprès de son père, lorsque celui-ci eut le bras emporté, d'autres disent cassé par un boulet. Il continua à servir en Allemagne jusqu'à la paix de Nimègue avec le grade de lieutenant-général de l'artillerie dont son père se démit en 4 677. C'est encore en celte qualité qu'il prit part aux travaux du siège de Luxembourg, en 4 68 4. L'année suivante, l'édit de Nantes fut révoqué. Voyant sa carrière brisée, il prit, après quelque hésitation,l6 parti d'abjurer. Le Mercure de Janvier 4686 annonce sa conversion en ces termes : « M. de Saint-Hilaire, lieutenant - général de l'artillerie et d'un mérite fort distingué dans son employ, a fait aussi (4) abjuration, de mesme que M. Mangeot (Menjot), m^ decin des plus habiles dans sa profession. » Sa femme, Madelâine de JaU" court-d'Espeuilles , qu'il avait épousée en 4 682, suivit son exemple , mais sa mère refusa d'aller à la messe; aussi fut-elle, au mois de décembre suivant, enfermée aux Nouvelles- Catholiques.
Il est probable que ne pouvant rien gagner sur elle, on finit par lui rendre la liberté. Ce qui nous porte à croire q^u'elle n'abjura pas, c'est qu'en 4 700, elle reçut ordre de sortir de l'Arsenal, où ellehabitait , et de se retirer à la campagne. Quant à son fils, il rentra en activité en 4688, et il continua à «ervir avec la plus grande distinction.
(1) Le Mercure venait de parler de Tabjorttion de M"* Baealên, fille de Baealau, sienr de Livroo, protecteur dit-il des reiigionnairesdaos toat le Genevois.
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Il mourut à Patis, le 24 nov. 1740, lieuleDaut - général , grand* croix de l'ordre de Saiul-Louis et gouverneur de Belle- Isle. Il a laissé des Mémoires que Tabbé Pérau elle dans sa Vie de Turenne.
MOU^AY (Charles de) , sieur de Varennes , appelé par Raemond Philijppe Du Mornay, sortit de France pour cause de religion sous le règne de Henri II, et se relira d'abord en Ecosse, d'où il passa en Suède , à l'avènement au trône d'Eric XIV. Sa valeur et ses services dans plusieurs missions périlleuses rélevèrent à ladignilé de grandmaréchal du royaume. Chargé de conduire la guerre contre le Danemark, il remporta une victoire signalée , mais la fortune Tabandoona dans une autre rencontre, et il tomba au pouvoir de l'ennemi. Sa rançon fut payée par le roi, qui l'aimait fort et qui lui confia diverses négociations importautes. En 4564, il vint en France avec le titre d'ambassadeur. Il se rendit ensuite en Angleterre, où- il apprit que Jean III Tenait de détrôner son frère et l'avait enfermé dans une forteresse. Mornay résolut de délivrer le prince captif et de le replacer sur le trône. Il leva en Ecosse un petit corps de troupes Ma tête duquel il débarqua en Suède; mais Pon tus de La Gardie.sou ancien protégé, ayant pénétré son dessein, le révéla au nouveau roi, qui le fit arrêter et ordonna qu'on lui trnnch&t la tête dans une des salles du château de Calmar.
Charles de Mornay avait épousé Anne de Trolle, alliée à la famille "Wasa, et en avait eu un fils et une fille. Son fils, nommé Jean, vint, après la mort de son père , prier Du Plessis- Mornay d'intercéder pour lui auprès du roi de Suède. Jean 111 lui rendit ses biens, mais il n'eu jouit pas longtemps, étant mort avant 1 64 0. Sa sœur épousa le grand chancelier Oxenstiern.
MOR.\A\ (Philippe de), baron de La Forôt-sur-Sèvre, seigneur Du Ples- 8is-Marlt. conseiller du roi en ses conseils d'État et privé, capitaine de 50 hommes d'armes, gouverneur de
Saumur(l),néàBuhy, le5nov. 1549, etmortàLaForôl-sur-Sèvre, le i \ nov.
Son père. Jacques de Mornay, sieur de Buhy« était un catholique zélé; mais sa mère, Françoise Du Bec-Crespin' penchait vers la religion protestante, qu'elle embrassa môme ouvertement, après la mort de son mari (1559), cl pour laquelle elle témoigna un grand attachement jusqu'à la fin de sa vie (1591).
Le premier instituteur de Philippe de Mornay fut Gabriel Pr estât ^ de Sézanne eu Brie. Il avait été choisi par sa mère sur la recommandation de Jean Morel, beau-père de Jean Mercier^ le célèbre professeur d'hébreu ; c'est dire assez qu'il était partisan secret des opinions nouvelles. Prestat partageait ses soins entrç le jeune Philippe , son frère aîné Pierre, sieur de Buhy, et son cousin Georges Du Bec-Crespin.
Sans en faire semblant, lit- on dans la Vie de Mornay, « il leur couloil doucement les principes de la pure doctrine»; mais Jacques de Mornay, qui pénétrasans doute le mystère, ne tarda pas à soustraire son fils à Tinfluence de sa femme et de son précepteur huguenot. 11 le mit, dès l'âge de huit ans, au collège de Lisieux à Paris , et lui donna pour gouverneur un fervent catholique, dont les exhortations et l'exemple détruisirent promptement dans Tespril de Teufant le fruit des leçons de Prestat.
Philippe de Mornay appartenait à une desplusanciennes familles du Berry. Comme cadet de bonne maison , il était destiné à TEglise. Un de ses oncles, doyen de Beauvais, lui réservait ses riches bénéfices; un autre, évèque deNnntes, promettait de le pousser aux dignités ecclésiastiques. La mort de son père bouleversa ce riant avenir.
M"* de Mornay s'empressa de rappeler son enfant auprès d'elle. En entendant sa mère qu'il chérissait, ses trois frères
(1) Dantone teUre da 29 jaillet 1611, Looit XIII lai donne aussi le titre de «lutresehal de ses camps et armées. >
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«l ws deox BŒnra'^t), encore en b»
iga, prier Dieu !i b mode de Génère, le falur bânéncier denil être natarellement amené ï réDéciiLr Bur les pointa coDlroTereés entre les deui Eglises.
Pour s'éciairer, il eut recours au Kou- Teau-TasUment , en ajant soin d'en choisir un eiemptiiresortid'une presse catholique, et comme il n'était dirigi que parl'amoar de la vérité, il ne tarda pas â teoonaallre que tes doctrines de l'Eglise romaine ne s'accordent pas toujours avec les enaeignemenls du Christ et des Apbtres. Dès lors sa rés»- , LutioD fut prise : il renonça à la car^ rière qui s'ouvrait si brillante devant ' lui.pourembraEserune religion i ladé-^ feose de laquelle il consacra sa lie en-' (iëre.sansquo ni les dangers ni les menaces, ni les arguments des doctears catholiques, ni les séductions, souvent plus puissantes que la crainte. parvinssent un seul instant ï ébranler son dévouement ï la cause du protestantisme.
Te! est leSenliment de Voltaire qui, considÈre Mornay «comme le plus vertueux et lepluB grand homme du parti protestant. ■
Aprèsavoirpaâsé'qiielquesmoisdans le sein de sa famille , Hornav revint i Paris continuer ses humanités ; mais à peine y élail-il arrivé que la première pierre civile éclata. Il retourna donc I Buhy, oil il lofnba gravement malade.
Dès que la paii lui permit de reprendre ses études, il s'appliqua avec une ardeur incroyable ïrallraperle temps que les troubles et la maladie lui avaient fait perdre, en sorte qu'il avait déjà devancé tous ceiii de son iee, lorsque le lenoDvelleraeDldeshoslilitéÈïinlVar-:
rtterau milieu de aesprogrès. Quoiqu'il ne comptât encore que dii-Iiuii ans, il auraitvoiilu suivreïla guerre ^es ûccles BourrytlVdrdet\miia Sa mères'jop-
inu AXn'u Lt SHicM, llear d ADbar-
Ic, dis* le pifi A« Ctni, k «D< r1I« doiM
,.4X Its, StmatI ei CImM. - Vtâw» ti^
rdilt As» ; Mot at stminItB i* M vit;'
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posa : elle contentit seulement an dé^ part de son QtsPierre.qui porta la cornette de Vardes i la bataille de Saint- Dams. Uomay pourtant linit par vaincre, ï forces d'instances, la résinlance ' matemelle.il se mitdoncenroute;mai9 i peina t'était-il éloigné de quelques lieues, que son cheval s'abaltaol sou» ' luL,il se cassa la jambe en deuiendroits. Il employa le repos forcé auquel le' condamna cet accidenl,à< déplorer le»
guerres civiles de France >, dans ud poème français qui s'est malheureusement perdu , et A célébrer dans quelques sonnets les louanges de CoHgnf et de ses fcëres.
La paii faite, Momay obtint de sa mère la permission de visiter les payt étrangers, complément nécessaire, i cette époque, de toute éducation libérale. 11 partit avec Lazare Aantfffiv, de ' Nice, qui l'accompagnait en qualité de gouverneur, et arriva, an mois d'août ' 1 666, i Genève, non sans avoir coora ' àei dangers, 1 cause de aa religion.
Celte ville étant alors ravagée par nue ' maladie conlagieose, il n'y fit qu'ua' trËt-court séjour, traversa la Suisse et ' se rendit ï Heldelberg, où il commença' " l'élude du droit et de la langue allé-' mande. L'annéeBuivsnle,ilvisitaFranDfort pendant la foire. Ce fut dans cette ' ville qu'il se lia avec Hubert Lang%et ' d'uneétroiteamitié qni dura autant que leur vie. De Francfort il prit ta rouie d«' l'I talie.où ilfat accueilli et traité comme un Sis par Ptmt de Foio), ambassadeur de France à Venise, et surtout par Arnaud D» Ferrier (Voj. ce nom). Dfl' Venise il alla ii Padooe pour y continuer ses études de jurisprudence elle ' perfectionner dans l'hébreu. Il y trouva Catigfui*, dont il se fit un ami. Sa religion le força bientôt ï s'éloigner et il retourner ï Venise sons la proteclioa ' de l'ambassadeur de France. Son plotf *■' ardent désir diait de parcourir les lieor'^ célèbres de l'Italie. Entreprendre jW ' terre un voyage en pays d'inquisithin^ t eût été imprudent pournn jeune geti"-' tilhommS' h qui son honneur et Et conicienee fiepenaenaient pas de dis-'
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simuler sosseotiments religieux; Mor nay le compril, ot il se décida à faire par mer le leur de Tltaiie, sauf ^ s'ar« rêter quelques jours dans les villes auxquelles se rallacbent de grands souvenirs hisloriques.Cefut ainsi qu*il \isila Gènes, Ferrare, Rome, Plaisance. Turin, Crémone, Milan, «sans faire aucun tort à sa conscience r, bien quMl se fûl trouvé plus d^une fois dans des positions dangereuses, dont il était sorti par d'heureux hasards. Il avait écrit de ce voyage une relation italienne qui n'a point été imprimée, non plus que celles qu'il composa de ses excursions en Allemagne, en Hongrie, dans les Pays-Bas, en Angleterre. Ces voyages eurent pour lui une double utilité. Gomme il ne se contentait pas « d'observer les antiquilez des lieux, mais remarquoit avec soin l'origine, le progrez et le déclin d'iceux, les causes des changemens, et où s'estoient données les plus célèbres batailles et faits d'armes, par où les villes avoyeot esté batues et emportées,» ils perfectionnèrent son instruction dans les sciepces etdansles littératures étrangères.et en même temps, ils lui donnèrent désintérêts politiques de l'Europe une connaissance assez exacte pour lui assurer une grande supériorité dans le maniement des affaires.
De retour à Francfort au mois de sept. 1 57 1 , le jeune Mornay se décida à aller passer l'hiver à Cologne. G*est pendant son séjour dans cette ville qu'il débuta diins la cairière de la controverse théologique, où il devait acquérir un si grand renom, par un petit traité latin resté inédit, Sur V Eglise visible, qu'il composa en trois jours pour répondre aux arguments du théologien espagnol Pierre limenès en faveur de l'Eglise romaine, et dans celle de la politique, où il tint pendant longtemps le premier rang, par deux Adresses aux insurgés des Pays-Bas, qui furent répandues à profusion en français et en flamand.
Mornay avait alors vingt-trois ans ; c'est l'&ge des passions généreuses. U
ne pouvait rester spectateur indîfléreal de la lutte héroïque que les peuples des Flandres avaient engagée pour la défense de leur liberté et de leur reli-
?;ion avec le sanguinaire duc d*Albe.
l se prit d'enthousiasme pour leur cause, et en même temps, d'une haino vigoureuse contre l'Espagne, haino que l'expérience des affaires ne fit quo nourrir et fortiQer. L'abaissement de la puissance formidable fondée par Cbaries-Quint, tel fut dès lors son tqdu le plus constant et le plus cher; tel était aussi le vmu de Coligny^ le grand patriote,et c'est sur le terrain de cette politique nationale que le vieux guerrier et le jeune publiciste se tendirent la main. A peine de retour en France, I la fin de juillet 4572, après un séjour de quelques mois en Flandre et en Angleterre, Mornay présenta à Tamiral sur Tétât des Pays-Bas un mémoire où il exposait avec clarté et précision le r61e glorieux auquel un rare concours de circonstances semblait appeler la France.
Ce mémoire, dont Seatiger faisait hon« neur à Coligny , que de Thou a jugé digne d'être inséré dans son Histoire, et qui a été réimpr. dans le T. II des Mémoires de Mornay (4 ), frappa l'amiral . Etonné de rencontrer dans un jeune homme de l'âge de Mornay des yues politiques aussi étendues, il voulut le charger d*une mission confidentielle auprès du prince d'Orange; mais la Saint-barthélemy rompit brusquement ce projet.
A la nouvelle de la blessure de l'amiral, Mornay, qu'un pressentiment secret avertissait « d'une mauvaise yssne » , fit partir en toute hftte sa mère pour Buhy, résolu, quant ï lui, de ne poini séparer son sort de celui de ses coreligionnaires. Il échappa ï grand' peine aux massacres. Son hôte, nommé Poret, catholique sans fanatisme, le cacha pendant tout un jour; mais le lundi, il
(1) Edition d« Paris donnée par MM. de Yaudoré et Aagois. On y trouve le Mémoire eu question sous ce litre : Discours «» rof Càerie* IX pour eutrepreudre la guerrt eonêre PEê* pagnol et Faf9-B«$,
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le pria de s'éloigoer. Pendant que les assassins travaillaùnt dans la maison du libraire Odet Petit, attenante ï son hôtellerie, Moroay s'esquiva sont un déguisement, et plus heureux que son ancien mentor Ramigny, qui fut reconnu et massacré à la porte Saint- Honoré, il réussit, à travers mille dangers,^ sortir de Paris et à gagner Buhy, qu'il trouva désert, tonte sa famille ayant pris la fuite. Un de ses parents offrit de lui procurer un passe-port du duc de Guise, mais il le refusa. « Je ne veux point, dit-il, devoir la vie à ceux au service desquels je ferois conscience de remployer. » Ne comptant que sur la protection de Dieu, il prit la route de Dieppe et arriva heureusement en Angleterre, où, à la recommandation de Languet et de Walsingham, il trouva un accueil plein de sympathie.
Mornay passa plusieurs mois en Angleterre, fort occupé soit à rédiger des remontrances pour exciter la reine Elisabeth ^ prendre en main la défense des églises réformées, soit à composer des apologies pour laver ses coreligion« naires des calomnies dont on les noircissait, soit encore à conduire diverses négociations dont il fut chargé par le prince d'Orange et le ducd'Alençon.
En vain ses parents le pressaient-ils de revenir en France. L'exil même le plus lointain lui semblait préférable, et il agitait dans son esprit s'il irait demander un asile à la Suède, à lirlande, ou même à l'Amérique, lorsqu'à force d'instances, faisant appeUson patriotisme, et invoquant le salut de la Cause, La Noue le détermina à vaincre ses répugnances. Quoiqu'il n'approuvât pas qu'on mêlât les affaires de la religion avec celles du duc d'Alençon, la cause de Dieu avec les passions des hommes, prévoyant fort bien que les intérêts du prince seraient toujours les intérêts dominants, et qu'il ne résulterait d'une semblable alliance pour les églises que la ruine de la piété et des bonnes mœurs, il dut soumettre son opinion à celle de La Naue^ei il prit part i l'entreprise de Saint- Germain. Cette en-
treprise échoua par la précipitation de Guitty, qui, menacé dans sa liberté, leva l'étendard de la révolte sans attendre l'ordre des chefs de la conjuration. Mornay, qui s'était chargé de surprendre Mantes, se sauva, avec son frère Buhy, à Jamets, d'où, sur l'invitation du duc d'Alençon, il alla trouver, au mois de mars 4574, le comlf". Ludovic pour l'engager ï favoriser l'évasioa du prince, en amenant ses troupes sur la frontière, projet qui ne put être mis à exécution. A son retour de ce voyage, où il courut de grands dangers, Mornay apprit que C7on(/f availréussi à tromper l'active surveillance de la reine-mère et s'était sauvé de fa Cour, ainsi queThoré et Méru, depuis duc de Damville. H alla à leur rencontre, les cacha dans son logis jusqu'à ce que l'activité des poursuites se fût ralentie, et leur procura les moyens de passer sûrement eu Allemagne. Après la mort de Charles IX, les deux frères de Mornay se rendirent à Sedan, d'où ils s'étaient tenus éloignés pour ne pas compromet! re Robert de La Marché et se logèrent chez M. de La lfoM^,capitainc delà ville. Ils y retrouvèrent un grand nombre d'amis et quelques-uns de leurs parents les plus proches, entre autres, leur frère cadet De$ Baùves {\) et leur cousin de Bourry.
Au nombre des personnes dedistinc-
(1)7(ont ne coDna)$»ons aufone particn* ■Iirité de la vie de ce frère de DupleMis-Mornay. 11 est érident qu'on ne doit, pas le eonfondre avec Choriei de Bëure^ de HarqoinvilUers en Picardie, eiéruie, pour avoir été trop bon proplièle,eu 16t1. Cegrntilbomme,
né en 1561, avait porté les armes en Hollande jusqu'en 1613, et babiisii alors l.iniiTs ea Poitou. Accusé d'avoir dit «qu'il seroitbesolB que le roi eût été mangé descbiens pour avoir la paix, et q^e le roitrahirait auN>i bien M. Da Piessi» que ceux du Bearo, » il fat reiiToyé« par commission expresse, au presidial de Poitiers et condamné, le ti mai, à faire amende bonorable pieds nus et en cbemise, tenant et main une torcbe de cire ardente du poids de . deux livies; a demander pardon k i)iea,aa roi et à la justice; puis h être irafné sur une claie jvsqne sur la plaee publique du Marrbé- Vieux de Poitiers, et ià a être pendu et étran- ' glé,son corps ars et brûlé et ses cendres jetées au vent. On lui permit de recevoir les eonso- . talions de la religion, qui lui furent portées ' par le ministre Jac^uti C9tMy, et b eiaq
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tion qui avaient cherché hd refuge à Sedan, sous la protection du duc de Bouii» lop, se faisait remarquer la jeune veuve (SieJeande Pas-Feuçuières , Charlotte ArbaUste, a femme accomplie en toutes sortes de vertus». Cette dame n'avait échappé que par miracle aux mas* sacres de U Saint-Barthéiemy (4). Elle nous a laissé de ses aventures un écrit, dans lequel on retrouve les qualités qui distinguent sa Vie de DuPlessisMornay.
«Pas la moindre teinte romanesque dans ses sentiments et dans ses désirs; dit, en parlant des écrits de celte femme remarquahle, M. Guizot, dans ses Etudés biographiques sur la révolution d'àngleterre ; pas la moindre complaisance vaniteuse quand elle parle soit d'elle-même, soit de cequi la touche; loin de rien amplifier, de rien étaler, elle montre toujours moins qu'elle ne sent; les événements les plus considé^ Tables, quand elle les raconte, les sentiments les plus puissants, quand elle lesexprime, se présentent sous une forme contenue, exempts de tout agrandissement, de tout ornement factice ou prémédité. C'est la vérité pure, réduite a son expression la plus simple, et racontée en passant, dans la mesure de la stricte nécessité, pour Tinformation ou l'édification du fils à qui elle adresse son récit. »
Le mérite de M"* de Feuquières ne pouvait manquer de faire une vive impression sur Mornay. Il demanda sa main et l'obtint ; les fiançailles eurent lieu en 4 575. Immédiatement après, la nouvelle arriva à Sedan que Thoré, « clraignant que quelqu'un ne luydéro* bast son crédit auprès de Monsieur», •'était séparé de Condé et était rentré précipitamment en France à la tète d'un co^ps de reltres. Mornay résolut d'aller lui oflHr ses services. Il partit de Sedan avec Mouy et à'Espau; leur
heures dti Koir, on rexècata II moarat en déelajraot qa'il persisuit daos son opinido.
(4)Son père ivaii embrassé Ja religion protestante qoelqoe temps avant fa mort, arrivée en 1^0. Son frère, le siear de La Borde^ apoiiatàa I la Saïnt-^Barthéleny ;mais il se re^ Itjito'UâtaatéBlGOd.
troupe comptait cinquante gentilshommes et cinq cents arquebusiers ; c'était un renfort important, qui aurait rendu de grands services sous un autre chef.
Du Pléssis ne tarda pas k reçonnattre l'incapacité de Thoré, cependant ua sentiment chevaleresque fort imprudent ne lui permit pas de revenir sur ses pas. Ses sombres prévisions ne se réalisèrent que trop tôt. Thoré fut défait k Dormans par le duc de Guise, et Mornay resta prisonnier, ainsi que Cler-^ tant, Mouy et d'autres capitaines. Après avoir payé sa rançon fixée seulement à cent écus, le hasard ayant vouht qu'on ne le reconnût pas, il retournai Sedan, où son' mariage fut célébré le 3janv. 4576 (4 ).Ën sortant du temple»
pour ainsi dire, il monta à cheval, pour ' rejoindre l'armée allemande queCoodé amenait en France; mais arrivé à Chaumont en Bassigny,il apprit que le prince n'y avait pas fait halte, et il se décida i rebrousser chemin, dans l'intention de gagner par une route moins dangereuse le camp du duc d'Alençon.
Après la signature de la paix, le duc, à qui sa politique machiavélique commatidait de ménager encore les Huguenots, lui proposa d'aller en Angleterre rendre compte à Elisabeth de ce qui s'était passé; mais la reine- mère fitajourner ce voyage, et Mornay se retira à Buhy. Témoin des mouvements que les Ligueurs se donnaient pour obte- , nir des Etats-Généraux hostiles \ la causeprotestante, il s'efforça, mais avec peu de succès, de traverser leurs desseins. Dans la prévision d'une prochaine rupture, il alla trouver le roi de Navarre, qui, ayant déjà entendu parler de lui de la manière la plus honorable, le fit entrer immédiatement dans son conseil, et l'envoya, en 4577, à Chantilly porter au duc de Montmorency une pressante invitation à prendre les armes, invitation à laquelle le duc ne vontut p^nt entendre «étant trop foible en ces quartiers.»
(1) Le sieur de Lisff^ son conân, ai|ciM . cheVèqae d* Arles, qai avait embrassé tf"
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FrotMUBtfBne,lai tist Kea de père.
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' Au retour de ce dangereux vopge, Momay fut chargé de rédiger le manifeste que le Béarnais publia afin d*exf oser i l'Europe la justice de sa cause; puis, déposant la plume pour saisir Téfée, il suivit le jeune roi à Eausse, à Marmande, dans presque toutes ses entreprises. En apprenant à le mieux connattre, le roi de Navarre conçut une telle confiance en ses talents' et en sa probité, que, quelque temps après, il renvoya comme son ambassadeur en Angleterre, avec un blanc seing pour toute instruction. Momay devait visiter successivement TAnglC' terre, l'Ecosse, les Pays-Bas, TAlleinagne,et réclamer partout les secours des princes protestants. Le vaisseau qu^il montait fut attaqué et pris par une division de la flotte royale; mais sa présence d'esprit et la fidélité de ses gens, dont aucun ne le trahit, même dans les douleurs de la torture, le sauvèrent ; il ne fut pas reconnu. On se contenta donc de le dépouiller de tout ce qu^il avait, et on Tabandonna en pleine mer sur son navire , après en «voir enlevé les ancres et les voiles.
Un bonheurprovidentiel le ramena dans le port de La Rochelle, au mois d'avril 4 577 .Bientôt après» il reprit la m«r «t arriva enfin heureusement à Londres.
Les liaisons qu'il y avait contractées pendant son premier séjour, l'estime ^'il avait méritée par la noblesse de son caractère, et les services qu'il avait déjè rendus ^ la cause du protestanlisme, aidèrent sans doute au succès de sa négociation. 11 parvint à dissiper les fâcheuses impressions que la conduite ^uivoque du roi de Navarre, depuis la Saint -Barthélémy, avait laissées dans l'esprit d'Elisabeth, et il obtînt de cette grande reine une somme de 80,000 écus qu'il envoya à Hambourg pour solder l'armée allemande; mais ce subside devint inutile par suite de la précipitation avec laquelle la paix se ni, an mois de septembre.
Depuis plus de dix-J»uit mois, JDla Plessis-Mornay bahitait l'Angleterre, oùsafemmeétaitallée le rejoindre, lors-
que le bruit du prochain mariage delà reine avec le duc d'Anjou le décida à s'éloignerpour ne pas être témoin d'une union qu'il désapprouvait. 11 passa en Flandres vers la fin de juillet 4578.
Les services importants qu'il continua à rendre à la cause de la liberté et de la tolérance soulevèrent contre lui une haine si violente chez les partisans de Bome et de l'Espagne, qu'ils tentèrent de se défaire de lui par le poison. Sa jeunesse et son excellente constitution le sauvèrent; il en fut quitte pour une longue et grave maladie, pendant laquelle les Protestants des Pays-Bas lui prodiguèrent les marques touchantes de leur estime et de leur afiection. Sa santé n'était point encore parfaitement rétabliov lorsque le roi de Navarre le fit prier par ^Uagranmlle^ depuis mestre-de-camp, de repasser en Angleterre pour expliquer à Elisabeth les causes de la prise d'armes de 4580,iet lui demander de nouveaux secoors.
Momay ne se chargea qu'avec une
fraude répugnance de cette mission, a conscience ne lui permettait pas d'approuver la violation d'un traité solennel pour des motifs aussi futiles qpe ceux qui avaient déterminé cette sotdaine levée de boucliers. Cependant il partit, après avoir, autant que cela dépendait de lui, rassuré les Flamands consternés par la prise de La Nam^ sans consentir toutefois à accepter la charge de commandant en chef que les Etats de Flandres loi offrirent, parce qu'il voulut rester fidèle à ce <iu*il regardait comme un devoir. Sa négociation était en bonne voie, lorsque le prince de Condé vint la traverser par des demandes tellement exorhitanllés qu'Elisabeth y répondit par un reAu absoiUk Le prince irrité quitta l'Angleterre en ordonnant à Momay de )e suivre.
Quelque temps après son retour Sn f landres, Momay fut chargé par les Etats de traiter en leur nom avec le dikc d'Anjou. Sa mission remplie, ilserÉoidit^en Gascogne dans le but de rendie compte au roi de Navarre du résultat de
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son ambassade en Angleterre. Henri raccaeillit à merveille et lui déclara qu'il eutendait ne plus se séparer de lui : «Je veux, lui dli-il, que ce soit au plus vivant des deux.» Nous verrons ce que valaient ces belles paroles. Pour répondre au désir du prince, Du Piessis retourna chercher sa famille dans les Pays-Bas. Déjît tous ses préparatifs de départ étaient terminés et il allait reprendre la route de France, lorsque les Etats, mus à la fois par un senliment de reconnaissance pour les nombreux services quUl leur avait déjà rendus et par la conviction quM pourrait leur en rendre encore d'importants dans le eonseil du duc d'Anjou, que Ton attendait d'un jour à Tautre, et « près duquel ils avoyent si peu de personnes conftdeules et affectionnées à leur bien, » le supplièrent avec instance de rester. Le roi de Navarre ayant consenti à prolonger son congé de six mois, Mornay accéda à leurs vœux; mais il ne larda pas à pénétrer les intentions perûdes du prince français,et Il résolut, après avoir communiqué ses appréhensions au prince d'Orange, de se retirer au plus tôt, « de peur qbe sa présence ne servist de piège à ce
{peuple.* 11 rentra donc en France vers e milieu de Tannée 1582, c'est-à-dire quelques mois seulement avant la tenue du Synode national de Vitré, auquel il assista de la part du roi de Navarre, avec ordre de demander aux députés dos églises l'élection de deux délégués par province , qui dcmeu rassent constammf.nt auprès de lui pour l'assister de leurs conseils, et d'un certain nombre de ministres doctes, qui allassent en Angleterre, en Suisse, eu Allemagne solliciter la con- Tocation d'un synode général pour mettre un terme aux querelles religieuses entre les deux communions réormées, en décidant par la Parole de Dieu les points en litige. On reconnaît dans ces deux demandes l'influence de Su Plessis -Mornay. Non seulement il rêvait un gouvernement soumis à un ^contrôle sérieux; mais depuis longues
années il poursuivaitune autre chimère^ l'unité dans l'Eglise, et s'efforçait par ses écrits et ses conseils d'établir une union plus étroite entre les Prolestants. De retour auprès du roi de Navarre, Mornay donna un exemple rare de désintéressement en faisant nommer Ar^ nandDu Ferrter à la charge de chancelier deNavarre, qui lui étaiiofferte à Juimôme. Son intention était sans aucun doute d'attacher plus foriemenl le célèbre jurisconsulte à l'Eglise protestante, et vraisemblablement aussi de lui témoigner sa reconnaissance pour les bons ofGces qu'il avait reçus de loi à Venise; ce qui nous le persuade»
c'est que, quelque temps après, en 4 585, il ne refusa pas de partager avec CUrvant la surintendance de \9i maison du roi de Navarre et de ses finances, place laissée vacante par la nomination de Ségur-Pardaillan au poste d'ambassadeur(l).
A dater de cette époque et jusqu'à l'avènement de son malire au tiOne de France, Mornay fut l'&me de ses conseils; il lui rendit d'inappréciables services comme guerrier habile, administrateur économe , politique profond, écrivain infatigable. S'agissail-il d'implorer le secours des puissances protestantes ou d'excuser auprès des princes étrangers la conduite quelquefois douteuse et toujours immorale de Henri, c'est lui qui était chargé de dresser les instructions des ambassadeurs , quand il n'était pas envoyé lui-même en ambassade. Fallait-il combattre les prétentions de la maison de Lorraine et dévoiler les projets des Guise, ou bien répondre aux accusations de la Cour et aux anathèmes de Rome,c'est toujours lui qui était le premier sur la brèche. Les églises avaient-elles à se plaindrede l'inexécution des édits, c'est
(1 ) Moroay dressa pour l'ambassadeur da roi de IHavarre une instruction , où , dii Sis- BODdi, la loyauté de récrivain, la connais- Moee complète du danger et sa confiance ea Dieu se font sentir a chaque ligne. Cet écrit, si différent de tout ce que présente ordinairement la diplomatie, se trouve imp. dtnt le T. m de ses Mémoires.
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lui qui étail choisi pour rédiger le cahier des remontrances, et souveDt,pour aller le présenter au roi. Quelque entreprise militaire était-elle projetée, c'est à Mo^ oay que Ton avait recours pour en assurer la réussite et la justifier, après l'exécution, si le cas le requérait. En un mot, négociations publiques ou secrètes, questions politiques ou religieuses, affaires de fioances,de guerre, d'administration, tout lui passait par les mains, rien ue se faisait que par lui; il était l'ai ter ego du roi de Navarre, qui avait en telle estime sa probité et ses talents, qu'il lui confia plus d'une fois les commissions les plus délicates,comme lorsqu'il l'envoya.en 45S3,à Lyon demander à Henri 111 des explications au sujet de l'aO^ront fa^ à la reine Marguerite, sa femme.
Du Plessis-Mornay assista,en4584, ^ l'Assemblée politique de Montauban tenue avec la permission de Henri 111.
Nous n'avons pu jusqu'ici en retrouver les actes, eu sorte qu'elle ne nous est connue que par le cahier des plaintes, qui fut dressé par Mornay et qui a été inséré dans le T. II de ses Hémoires.
Il fut chargé, avec le comte de Laval^ de porter ce cahier au roi, et en même temps de demander pour trois ans encore la garde des places de sûreté , demande fondée sur l'inexécutiou de i'édit en plusieurs points. Les deux députés des églises réussirent dans leur Bégocialion au-delà même de leurs espérances, grâice peut-être au service que les Huguenots venaient de rendre ï Henri 111, en lui révélant les projets du duc de Savoie sur le Dauphiné et la Provence, découveits par le capitaine Beaur égard (4). Pendant l'absence de Du Plessis, sa femme, qu'il avait laissée à Montauban avec ses eu* fants, eut, au sujet de sa coiffure, avec le ministre Béraut^ soutenu par la partie la plus fanatique du consistoire, une altercation si vive que, menacée
(1) Comme témoignage de sa reconnais* unce poar ce service, Henri III fit offirir. 100,000 livres a Mornay. II les refusa, mais il demanda 100,000 écos poar le roi de !ft* vtrre, qti loi furent tccordét.
d'excommunication, elle crut devoir s'éloigner afin d'éviter un éclat scandaleux (1).
Dans la guerre de 4 585, Du Plessit- Mornay déploya une prodigieuse activité. Chargé de défendre Montaubao avec Terride, il travailla, sans perdre de temps, à en augmenter les fortifia cations. Le faubourg du Tarn,quiporta dès lors le nom de Villebourbon, et celui de Saint- Antoine, qui prit celui de Villedouvelle,furent entourés de murs; la porte des Cordeliers protégée par un ravelin. Des ponts-levis furent éta-^ blis, des casemates construites, et pendant que ces travaux urgents s'exécutaient par ses ordres, Mornay, à la tête d'une partie desProteslants du Queicy, tenait la campagne, prenait La Française, raviiaillail le Mas-de.-Veidun,où ^'ovaillan commandait, déjouait la conspiration des neveux de Terride, aidait Fontrailles, gouverneur de l'Arma* gnac,à rompre le blocus de l'Isle-Jourdain, ôtait à Joyeuse l'envie d'assiéger Yillemur,secouraitLayrac serré de près par Matignon, et secondait Turenne dans quelques-unes de ses entreprises.
Du Plessis-Mornay u'alla retrouver, le roi deNavarre qu'au mois de mai 1 587, et dès-lors il nele quitta plus jusqu'après sa réconciliation avec Henri 111. En 4688, il lui suggéra l'idée de se saisir de Saint-Nazaire, à Tembouchure de la Loire; mais les vents contraires empêchèrent l'escadre rochelloise , qui Sortait l'artillerie, d'arriver à temps, [ornay fit débarquer les canons et les conduisit à travers d'horribles chemins au camp huguenot devant Beauvoirsur-Mer.C'està ce siège que l'on fit pour la premièrefois usage degaleries, invention de notre Mornay, qui fut singulièrement perfectionnée plus tard par le prince Maurice. Après la prise de Beauvoir, il retourna i La Rochelle. Nous connaissons déjà le beau rôle qu'il joua à l'Assemblée politique qui s'y tint la
(1) Béraut avait porté le trouble dans l'église par rapplieaiioa exagéréede rart.XIX des Actes do xl« Synode national (Foy. Pièctt Jostif.»K»XLVl).
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