‹ La France protestante (volume 3)Chapitre 155 sur 169 · MO · texte numérisé non relu

MO

MOR

même année (Toy.V.p. 462).GeUea8semblée lui donna des marques de sa haute esliine, en insislant ponr qa^il conservAtlâ surintendance des finances de la Cause, el en relisant président du conseil qu'elleplaça auprès dn Protecteur des églises. Après l'assassinat des Guise aux Etats de Biois, Ifornay conseilla au roi de Navarre de marcher Ters la Loire, plutôt que de rester enfermé au milieu des marais de la Saintonge. Il avait compris que, pressé d'un côté par les Huguenots, de l'autre par Ifayenne, et trop faible pour résister à tous deux, Henri III serait forcé de s'appuyer sur les Protestants ou sur les Ligueurs, et que ne pouvant faire la paix avec le frère des uuise, qu'il venait d'assassiner, il la ferait avec le roi de Navarre. Ses prévisions se réalisèrent. C'est par son entremise et éelle de son frère de Buhy, alors maréchal de camp des armées du roi de France (1), que fut négociée la trêve entre les deux Henri. Nommé par les deux rois gouverneur de Saumur, en récompense de ce service , il fit entrer dans la ville de Préaux avec quatre enseignes, et dans le ch&tean Bernapré, vieux guerrier ftgé de plus de 60 ans, d'une rare valeur et d'une fidélité éprouvée; puis il fit venir L'Espine de La Rochelle pour y organiser une église, conformément à la trêve (S).

Une fièvre violente l'empêcha de suivre l'armée royale sous les murs de Paris. Il n'était pas encore guéri lorsque la nouvelle lui fut apportée de l'assassinat de Henri III. Oubliant ses souffrances pour ne s'occuper que des intérêts de son maître, ils'assura sur-lechamp de plusieurs villesvoisines; puis

(1) Il profftuit eDtor« la relifioa réforsiée en 1568, année où il fat parrain de Pierre Ùu Moulin, û\s àeJoachim, ton chapelain. NonA ifBoront la date de ton abjoration. Il moervt iftpoplfiie en 1598. Son Sis noiqoe, Pierre, ne laissa qae des llUes.

(t) Après son avènement an trAne , Henri IV porta la faruisou a six compagnies eoaunandèes par Da Plessis en personne, PitTrefïtie , fonverBenr de la Tille aprèf di^ Prèaot, Berna prè, de Cugi y 9eiên tlU Hé de Du Picssh, alors hià de dDBf'e ans.

il entama avec Chavigny^par le mioyen de son neveu Feuquièret, des négociations pour retirer d'entre c^es mains le cardinal de Bourbon; il lui en co^U une somme de 22,000 écus qu*U é^\ emprunter en partie, et qui lui tut reinhourséeen assignations, suHesquelles il perdit la moitié. A pejne sa santé fihelle rétablie, qu'il se rendit à Tours où se trouvait le nouveau roi. H aséiidiL au siège du Mans et combaltitvailiammentà Ivry,où il eut un cheval tué sons lui et perdu tous ses bagages. Qnelqties jours après cette bataille, dont il a dbnn^ une relation, ins. dans le T. IV de ses Mémoires, il négocia la soumission djè Temon, dont la prise facilita celle OB )lant,es. C'est dans cette dernière tîIIô qts Henri IV, qui n'avoit encoïe rien fi3X

Î^ourle plus fidèle de ses ^ervîle;nT8, e nomma conseiller d'état, en le chargeant de s'aboucher avec Villeroy louchant certaines propositions du duc de Mayenne. Les pourparlers n'aboutireitt Vrien;mais on les reprit quelque temj^ après, et les conférences ne dissontinnèrent plus, pour ainsi dire^ JQ8<tu^ la soumission des chefs de la Ligne.

Mornay y fit preuve d'habileté,de prudence et d'un esprit conciliant.

Quelque dévoué qu'il fût à son roi.

Du Plessis-Mornay était trop profondément religieux pour oublier ce mVX devait ^ son Dieu, et trop dévoué à bi religion protestante pour sacrifier en* tièrement les intérêts des églises aux exigences de la politique royale; dossl le P.Daniel,tout en louant d'ailleurs se bravoure, son habileté dans le maniement des affaires, ses sentiments de firobité et d'honneur, sa fidélité inébranable \ son 8ouverain,luireprodie-t-tt d'avoir laissé «l'amour de sa secte Remporter auelquefoisdans son coeur si^rl^ devoir du sujet.» Il est certain que Mornay avait un caractère trop noble ppMr adopter les maximes servilesdescottr-' tisans, et trop peu d'ambition pour iicheter la faveur de la Cour au prix àt ses convictions. Il avait en même teiope trop de perspicacité pour ne pas s^apercevoir que les nécessités de Usi-

HOR

MOR

tuation mises coDstamment eu atant par le prince pour se dispenser de faire droit aux plaintes trop légitimes des Huguenots , couvraient un mauvais vouloir réel; aussi ne cessait-il de presser le roi d^assurer enfin le sort deceux quMl appAlaît encore ses coreligionnaires. Après mille abjections et beaucoup de remises, il arraeha i*ordre de rédiger un édit qui révoquât ceux de 4583 et 4 588 .Sa rédaction ayant été approuvée, ilfutchargéde faire enregtstrerlenouvel édil(pubi;édan8 le T. TVde sesllémoires), mais il n^était pas encore arrivé à Tours que déjà les dispusitionsdu roi avaient changé. Il se retira fortméconteat à Saumur ; cependant il ne selassa nias d'insister par ecrit( 1 )sur la nécessUe de donner satisfaction aux églises* L*édit fut enfin publié au mois d*août 4594., mais non pas dans sa rédaction primitive. Il y avait été fait de tels changer ments que les Protestants refusèrent de s'en contenter, persuadés que s'ils l'acceptaient, il ne leur seràitrien accordé de plus.

Reprocher à Hornay d'avoir, dans cette circonstance, méconnu les nécessités de la situation, deq'avoirpas voulu accepter une politique de transaction commandée par les.circons(ances, c'est faire preuve d'une étrapge ignorance du sort des Réformés dan3Tes premières années du règne de Henriiy(Foy.Piècèsiuslif. N" LXII). A coup sûr, après avoir hi leurs plaintes, quiconque a dans le cœur l'amour, nous ne dirons pas de la liberté civile et religieuse, mais simplement de la juslice et de l'humanité^ applaudira aux etiforts d^ ce sage pour hire cesser d'intolérables vexations, âon insistance est même d'autant plus louable que, depuis quelque temps, il devait s'apercevoir que ses remontrées, parfois sévères, importunaient son maître. Mais — c'est là son plus beau titre ^ l'admiration de la postérité — i^ n'était pas homme à transiger avec la deypir^ et quel devoir plus sacré pour 9;i

(1) On trouve 4iBi le T. V de ms Vé^ sio^eft va IMieenn tp*U eavort ao rot l.«i fijei.

chrétien réformé jue d'arrachejr s^s coreligionnaires au fanatisme 4es tribunaux et aux fureurs de la populace?

Horn^^ au reste, s'inguiéta médiocrement du déplaisir du roi;^sa conscience l'approuvait, que lui importait le resie? Sa correspondance .prouve qu'il lui était pénible sans doute de àe voir supplanté par d'O et consors dans .l'intimité d'un prince dont la gloire était !le plus ardent de ses voeux; cependant il ne s'abaissa pas jusque essayer ^e regagner la faveur royale par de lÂch/is complaisances : l)ien au contraire, U craignit pas d'augmenter le méconlentementde Henri en refusant, malgré des ordres réitérés, de se dessaisir d'une somme assez forte provenant de faliénation d'une partie du domaine de Navarre «somme qui était destinée à la solde de l'armée allemandelevée parle duc de Botfiîîon^ et qu'il ne voulait pas laisser ffaspiller dans des plaisirs dispendieux, n pe consentit à la remettre qu'aprèts avpir s^ppris l^arrivée enFrance des troà-

Jies auxiliaires; encore vpulut-il porter ui-mèmeràrgentau roi,ators occupé au H^ft doBouèn. Henri IV, qui avait besoin de ^es services, ne lui fit aucun reprpche. Comme il avait alors à craindre qu'Elisabeth ne rappelât les Anglais qui servaient dans son armée, il jeta les yeux sur l'habile négociateur huguenot pour l'envoyer en Anj|[leterre. Le compte rendu de sa négociation a été publié ()ans le T. V de ses Hémoires. B pruuvè que si elle n'échoua pas complètement, Henri IV le dut à la haute considération dont Mornay jouissait.

Cependant les pourparlers continuaient avec les chefs de la Ligue. La première condition mise par les Ligueurs à leur soumission était la conversion du .Béarnais. Henri IV renour vêla la promesse de se faire instruirOt et Du Plessis-Moroay, à qui l'on pen^ reprocher sans injustice une confianipk exagérée,presque aveugle, dans la hoùr ne foide Henri.s'imagina que la promf seétaitsérieu8e,quele moment,a^tenjl par lui avec impatience, était venu pi son maître, jaloux de la gloire de Coii-

HOR

MOR

stantin, allait marcher sur les traces da premier empereur chrétien en Irayaillantâi rérormer TEglise de France dans un concile où les deux parties seraient entendues. Le madré Béarnais n'eut garde de le détromper; il poussa la dissimulation jusqu'à! approuver un projet que Iforoay lui soumit, et qui consistait à réunir ^ Saumur quelques-uns des plus doctes ministres de l'Eglise ré- . formée , « auxquelz il administreroit moyens, logis et commodilez»et surtout des meilleurs livres, pourse préparer de bonne heure à cette cooférence... Son intention estoit de leur faire rarraischir la lecture des anciens, mesmes des scholasliques, et que chacung en prinst sa part à lire; qu'en les lisant chacung rapportast sur chaque poinct controversé ce qu'il trouvoit es auteurs, qui Tenoient en sa part, et en feist extraict» que puis après chacung d'eulx se préparast principalement sur ung certain poinct, et surtout y remarquast en iceluy par ce qu'il résulloit du recueil et observation de tous, la pureté de la doctrine, jusques à quel aage elle avoit duré, par qui, quand et comment l'abus y avoit glissé, comment du depuis il s'y seroit nourri, accreu, augmenté, etc.; les oppositions et interpellations qui avoient été faictes, soit à sa naissance, soit à son accroissement, elc » Hornay se flattait que celle conférence con- "vaincrait tous les gens de bonne foi de la nécessité d'une réforme de l'Eglise, et il rêvait pour Henri IV la gloire d'opérer la réunion de tous les Chrétiens.

C'était uu rêve, mais un rêve magnifique. Sur-le-champ, il se mit à l'œu- Tre. Dès le mois de mai 1592, il écrivit au pasteur de Londres La Fontaine : « S. M. promet de se faire instruire. Cela nous pourra engendrer une cooférence, peult-eslre dans six ou sept mois. 11 s'y fault préparer, et pour ce, je lui ai faicl trouver bon que je fisse rendre à Saulmur sept ou huict des plus notables ministres de France

Sour se prémunir. » Sa douce illusion ura plusieurs mois. Ce fut seulement lorsqu'il apprit que le chancelier Chi-

verny avait écrit à l'évêque de Chartres • qu'il vint hardiment sans se mettre en peine de théologie • , quUl comprit qu'il avait été pris pour dupe, et que l'intention du roi ni des évoques n^était d'entrer en discussion. Cependant il ne renonça pas ^ son projet de réunir un certain nombre de pasteurs instruits, comme nous l'apprennent plusieurs de ses lettres, une entre autres qu'il écrivit, en 1593. à LaMotle^ lieuleoaiilgénéral au bailliage d'AIençoD, pour l'engager h veiller à ce que laNormandie élise des personnes capables. Il ne voulait pas que le clergé romain pût se prévaloir de rabsence des pasteurs.

Lui-même fut choisi par la Touraioe comme bon représentant à l'Asseniblëe de Manies. On sait que Henri IV n'attendit même pas l'arrivée des députés des églises pour abjurer, en sorte qu'il ne resta \ Du Plessis-Mornay que la triste consolation de bénir Dieu de ce que la chose s'était faite « avec moins de scandale qu'on n*atlendoit. »

Mornay était alors à Saumur, où il était retourné après une absence de huit mois, surveillant les travaux qu'il faisait exécuter sous la direction de Tiogénieur militaire Bartholoméo. Le faubourg Saint - Nicolas fut entouré de forts bastions de terre revêtus de gazon, le château ceint de fortifications régulières avec courliues et bastions revêlus d'un mur en pierres de taille. Le plan adopté exigea la démolition du temple protestant, mais Mornay en fit élever un autre à la porte du Bourg «sans qu'il en couslasl ung déniera l'églize.» Ce fut dans ces circonslances que Cotherine de Bourbon arriva à Saumur {Voy, n,p.438). Mornay travailla avec son dévouement habituel à la réconciliation du frère et de la sœur, etileutla satisfaction de voir que ses soins ne furent pas perdus.

Mornay élail encore à Saumur, s'appliquantavec succès à maintenir la tranquillité daus son gouvernement et à déjouer les complots tramés par les Ligueurs contrôla ville et cou ire sa propre personne, lorsque les ordres réitéréset

MOR

MOR

de plus en plus impératifs de Henri lY le rappelèrent ï la Cour. Le moment approchait où le prince apostat allait se trouver en face des députés des églises, qu'il avait convoqués à Mantes pour le J0juilletl593(Poy.V,p.4'77),elcomme il craignait leurs reproches, il voulait te servir de Mornay pour calmer l*orage * qu'il redoulait.Nous avons parlé ailleurs ( Voy, 1 V, p . 552) de la part que ce der* nier prit à la rédacliou de Tédit de Mantes. Chargé, quelque lempsaprès, avec Schomberg et de Thou, de négocier la soumission du duc de Mercœur, négociations qui, rompues et reprises plusieurs fois, durèrent des années entières, comme on le voit dans leT.Vlde ses Mémoires, il ne concourut pas d'une manière directe et active aux délibérations des Assemblées politiques où furent jetées les bases de Tédil de Nantes ; cependant il contribua à obtenir cet édit de Henri IV, par ses pressantes remontrances d'abord, et ensuite par le conseil qu'il donna à l'Assemblée de Loudun de ne pas se séparer, malgré les ordres du roi. L'édit publié, il surveilla les travaux des commissaires, cherchant à aplanir les difficultés qui se présentèrent dansl'exécution et usant de son crédit pour faire décider les partages en faveur de ses coreligionnaires. Les églises s'habituèrent ainsi à le regarder comme leur défenseur naturel dans les conseils du roi, et les Catholiques ne le désignèrent bientôt plus que sous le nom du Pape des Huguenots. Celte haute position, où le plaça son zèle seul, sans qu'il l'eût ambitionnée, augmenta l'irritation deHenrilVetexcilalajalousiedeStt/^y.

Les vexations auxquelles les Protestants restèrent en butle même après la promulgation de l'édit de Nantes, ne fournit malheureusement à Du Plessis- Mornay que de irop nombreuses occasions d'intervenir en leur faveur auprès du roi ou de ses roinistres.Déjà en 1 589, il avait dressé un Mémoire concernant les innovations [aides sur la trefve au préjudice de ceulx de la Religiony et ce mémoire fut suivi de plusieurs autres, que l'on trouvera imp. dans ses

Mémoires. Ces plaintes continuelles fatiguaient d'autant plusHenri IV, qu'il sa- "vait qu'elles étaient fondées et qu'il ne

Ïiouvait se dissimuler qu'il n'avait payé es services des Huguenots que d'ingratitude. Tant qu'il eut besoin deMornay, le roi supporta patiemment ses remontrances; mais dès qu'il se sentit affermi sur le trône, il ne craignit plus de laisser paraître le déplaisir que lui causait la rude franchise de son conseiller. Le refroidissement allait donc croissanljorsque l'amitié du roi pour le plus fidèle, le plus probe, le plus loyal de ses serviteurs, fut brusquement réveillée par une lâche tentative d'assassinat dontMornay faillit d'être victime ^ Angers, où il s'était rendu pour se concerter avecBrissac au sujet d'une entreprise militaire. On vil, dans cette occasion, combien il était aimé et estimé non seulement desProtestants, mais des Catholiques eux-mêmes. Henri IV nrlt l'affaire à cœur et força Saint - Phal, l'auteur de celte odieuse tentative, à faire à l'illustre vieillard une éclatante réparation. C'est la dernière marqued'affection qu'il lui donoa.Bientôt même, son mécontentement se changea en une hostilité déclarée; voici à quelle occasion.

Mornay avait conservé de ses premières études un goût très-prononcé pour la théologie, dont les sublimes problèmes offraient un attrait particulier à son génie grave et méditatif. Il consacrait les rares loisirs que lui laissaient ses innombrables occupations à l'examen des questions controversées, dans l'espoir que le fruit de ses travaux profiterait à l'Eglise prolestante. Telle fut l'origine de son fameux traité de l'Institution de V Eucharistie, qu'il mit au jour au mois de juillet 4 598. Cet ouvrage, qui parut avec l'approbation de trois pasteurs, Merlin^ Macefer et Vincent de Saumur, est divisé en qua* tre livres. Le i" traite de la messe, prétendu sacrifice qui n*est fondé ni sur l'Ecriture ni sur la pratique des Apôtres» invention des théologiens du vi* siècle, aussi contraire au christianisme primitif

MOR

MOR

que les cérémonies doat onTaceomp^gne, toutes nouvelles ou superstUienses» comme Poau bénite et l'encens* qui ont été empruntés aux rites du paganisme. Dans le 2*^ Taoteur discourt dés temples et dés autels, noms inconnus aux premiers Chrétiens, qui n*^faientni de consécralionii de dédicace; des images, introduites à une époque assez récente dans les églises et d^un .iisage dangereux; du paiQ azyme, dont PEgiise prunitive se servait indifféremment; de la célébration du culte en l^gué vulgaire^ recommandée par l'es reres, ainsi une la lecture de l'Ecnture sainte; du célibat des prêtres, inconnu en. Orient et longtemps rejeté en Occident. Dans le 3*, revenant à la mes^p, il établit qu'on Tâ^pp^Ue improprement sacrifioe,puisque dans laMôuveUe-Xlliance il n*y a pas d'autre sacrifice ex-

Îiâtolre que celui dé la Cioix; puis il isciûe les dogmes do Tinvocation des Saints,, du purgatoire» de la justification, qui ne s'opère que par la foi en iésus-Christ. Le 4*. traite de la Çiiiie considérée comme sajcrement. l'auiéiir cite à l*appui de ses assertions environ cinq mille passages tirés des Pères^e l^glise ou d'autres tl^éologiens. Cet étalage d'érudition lui fut funeste.

Dès qu'il parut, le traité de Horn^y devjjit le bût des plus violentes attaques, l^endânitout le carême, les chaires de l^aris retèntirenidé déclamatiqps furibondes contre Tennemi delamesfe.

Son livre fut condamné par la Sorhonne comme un livre pestilentiel.Les Jéijfi" tes de Bordeaux le déférèrent au pailement ; mais le premier président 1^ répondit que le temps rétait plus op l'on brûlait les écrits néréliques, et quM lie leur restait d'autre parti è prendre que de le réfuter. Bulenger, un des aumôniers du roi, Dopuy, chanoine de Bazas, les jésuites Fronton le Doc et Richeome l'entreprirent. Leurs répon«ses, véritables libelles, eurent {eu de succès etne servirent guère qu'à M^' lacuriosité. Hal satisfaîtd'un pareifréljullat,le clergé catholique seJoiuiiâ 4a côté du prince. Clément Yul écrivit

liii-méme à Henri IV pour, se plaindre 4^étie traité d'Antéchrist par un m^ftbre de son conseil d'Etat, en lui donnant à entendre qu'un bon calboîiqie ne l'eût pas souffert (1), Le roi, fui avait besoin du souverain poolife pour là dissolution de son mariage, s'alama delevpir élever des doutes sur la sin* céritéde sa conversion, et, se promit de .donner satisfaction entière à Sa Sainteté. La vigueur avec laquelle llomay s'opposa à la publicaUoh du concUeUe Trente que ClémentdemandaitaTecin- St9ipce,et à Ifiquelle il était trèsrdiapoiBé i consentir^ n était certes pas propre ï changer sa résolution, en sorte qae, partie pour faire plaisir au pape, partie ppur puniciBfornay de sa fésistanoe à ses volontés, il sacrifia, paas Jieaucotip bésiter,un homme qui,pei^aiiVplua fie vingt ân^.l'avaii servi de ses conseils, ne sa plume, d^ sa fortune et de sen épée.aveCjUne fidélité, un dévouement, un desintéressement sans exemnle.

Au cofpmençement.de 4 699, Momar- 1 se tenait depuis loogteinps tho^gU e la Cour, vint i Paris pour recevoir les excuses de Saint-Phal et ponrtuSm cm même temps le remboursement .dés sommes considérables qu'il avait tmr pruntées pour le service du roi. Qoelque temps après son arrivée , ffenH AuX'ÉpauifiS, sieur de SainU^àlmrit' ii^Mont (S) , fils de t^icola» Am- Epavlci et de Françoise de Monek$t quinecherchaitqu'un prétexte honiiMa pour abjurer , alla prier la princeese a*Orange de lui ménager une entrevue avec lui, , désirant, disait-îL lui toumettre des doutes qui tourmentaient sa Gonscience. La princesse en parla .

Itornay, et le pressa de se prêtera cetls bonne œuvre. Mornay eut beau s'en défei^dre, et représenter «que cela ne Mroit qu'ung éclat sans proffict, |«illestre même avec dommaige • ; il dfel

(1) 11 est {101116 de dire qae Horatj ȧiU dlnf .riadex romain parmi les hérétifoes ie première cla9«e>

(1) Salftle-Hirie-dn Vont était i^Min dèliarBenr. Il monnit; en 1607, Ibtnliet^ vernevr de Rooen et ekeviller di S|«>Ki On volt qoe da conversion lai fut proitaMe.

MOR

HOIV

céder aux instances de la piense dame.

Le iendemain donc, 4 7 mars 4 600,il s» ' rescputraà dîner chez la princesse avae. Sainte-Marie-du-Mont, qui lui répéta un bruit répandu par Té^éque d^ETreu^ et propagé par ]e roi lui-même, que jn plupart des passages cités dans son \U Tre étaient falsifiés, en ajoutant que/' dans rintérêt de la religion réformée , il était urgent qu'il songeât à efiiaicer des esprits la mauvaise impression quo cette grave accusation y avait laissée.

Momay aurait pu se contenter de répondre que, s'il y avait dans son livre cinq cents fausses citations, comme le prétendait Du Perron , il les lui abaiH donnait pour s'en tenir aux bonnes, dont il resterait encore près de quatre mille; mais indigné qu'on osÂt soup* çonner sa bonne foi, il tomba dans le piège. Il répondit donc que s]il plaisait au roi de nommer des arbitres, il prouverait la calomnie, et deux jours après , il envoya un défi à l'évèqie d'Evreux. Dès le î5.Du Perron, s'empressant de faire» comme le lui repro* cha Momay, « d'une semonce privée^ de particulier à particulier, ung defy de party à party, » répondit à son cartel par un écrit public où il s'engagea i montrer à Du Plessis « en tel liea ponrveu de livres , et en telle compa-r gnie de personnes capables qu'il plaira au roy d'ordonner , voire en présence de S. M. mesmés, si elle veut avoir le contentement d'en venir une partiav cinq cens énormes faucetez de compté faictet sans hyperbole, dans son livre contrôla Messe, lesquelles, dtsait-il»

je choisiray d'entre un beaucoup plus grand nombre, pour éviter une trop excessive longueur, et les choisiray si expresses et si manifestes, qu'il nefau^ . dra autre dispute pour les convaincmV que la seule ouverture des livres qu'il •' allègue. » En même temps, il écrivii au roi pour le supplier de perimettre la:-' conférevcé, et de soncôté; Moniayfit présenter^ le 84, à Henri IV par le duo >' û^BùtiMlon une requête, tendant k emn qi/M lui pM âetioiùmeruBietoanDiBhi iimi peur exaiiûner sott livre/ « Ceitr :

dispute, lit-on dans L'Estoile, faitl'entretien de tout Paris. Les uns, qui ont admiré l'éloquence et la pureté du style da livre de Ou Plessis, souhaitent que ' les témoignages des Pères qu'il cite' soient fidèles ; d^auti'es assurent qu'un, homme de ce caractère est exempt ' d'imposer, voire de suspicion; quelques-uns, qu^il n'est pas surprenant que dans un si grand nombre de pas- ' sages cités dans le livre de l'Institution de TEucharistie, on n'en trouve peutr'' être quelques-uns mal cités ou allé- ' gués : cependant on ne doit point en couclure que ce livre soit mauvais. Plu- ' sieurs qui sçavent que les occupations du sieur Du Plessis ne lui permettent, point d'avoir examiné par lui-même ' tous les passages cités dans son livre, croyent vérilanlement qu'il y en a un ' grand nombre de défectueux, et qu'il"' a tort d'avoir fîait le défi auparavant de les avoir revus lui-même : et en ce cas" blâment les ministres et autres qui lu!^ ont fourni ces passages : que la mau- , vaise foi doit tomber sur eux, et non ' SUT lui (4). » Henri IV accorda la conférence, le 2 avril. Le 7, Du Perron ' arriva à Paris. Le 4 0, des commissaires ; de l'une et l'antre religion furent nommés ; c'étaient pour les Catholiques :' le chancelier Mlièvre, tout dévoué au pape, de Thou et Pithou, dont la timidité était connue, et le médecin Jean '' Martin, catholique passionné; pour les j Protestants : Du Fretne-Canaye, qui "*:

songeait d^ à se vendre , eiCkiwlo% , dont od n'irvàit pas à craindre rk, excès de fermeté, bquiet de ce ^\ Se préparait, le nont^ s'eihpressdt dès le 4 2, de protester eontre fa conféreticé; l'autorité ecclésiast^ue ayant seule le droit dei'déddér en mfatières de religion ; mais Henri IV le ^aséura j^e^ ment en hit prbtneitânt «qae )e ttéf

(1) T^lla.esL tq^ iioue opinion, et cesesa . cello de tout loge impartial. Le temps et las livres jDèp^Hsires napqnèreiit égalemast à Mtinia^ pojir;VéFtflex oq Doa6r« inîmoBse de. ■ ciiktlois^Son fenltar^fntd'tv^lr trop soaptéiiii sac V«^<f^ltti4Â ^ i^sHtre use it bonoA rpl*(: de>^^ ililit. lôlfomlieiitoetu nilUtiiedtiées'

MOR

menfi en demeureroit aux hérétiques.»

Toutes les dispositions prélimmaires

Srises» Mornayfit, le 44, demander à lu Perron ses moyens de faux, afin d*aToir le temps de se préparer i y répondre. L*év6que lui répondit que cela exigeait beaucoup de temps, que la discussion fatiguerait S. M-, et que tout ce qu'il pouvait faire, c'était de mettre entre les mains des commissaires une liste de « cinq cens passages falsifiés. » Le 27, Du Perron se rendit ^ Fontainebleau (1). Du Plessis l'y suifit le lendemain, et, le S9, il présenta au roi une nouvelle requête où il représentait que, Du Perron prétendant qu'il n'y avait dans son livre aucun passage qui ne fût mutilé ou inutilement allégué, il était juste de procéder à l'examen de tous, afin que ceux qui ne seraient point attaqués fussent tenus pour Térifiés.Il demandait, en même temps, que son adversaire lui donnât par écrit les cinq cents passages qu'il prétendait falsifiés. Ni l'une ni l'autre de ces demandes ne lui fut accordée ; la seule concession que Du Perron voulut faire, fut qu'il remettrait au roi la liste des cinq cents passages, d'où l'on en tirerait chaque jour cinquante pour être examinés. Il est évident qu'il voulait tenirson adversaire^ sa discrétion, et lui ôler, autant que possible, les moyens de se défendre. Par ordre de S. If., le chancelier « fit entendre à Du Plessis la justice de la réponse du sieur évêque. » Mornay refusa d'accepter ces conditions comme injustes, «et erant sanè iniqux, dit Casaubon dans ses Ephémérides, nisi ipse hostem lacessisset et ad pugnam provocasset. » 11 alla trouver le roi à qui «il représenta humblement la douleur qu'il ressentoit que S. M. eût cru qu'il eût usé de fausseté dans son livre; qu'il tAcheroit de lui faire voir la droiture

(1 ) U est plos qae probible, selon ooos, qo*on cbof'lt Fontainebleaa plotAtqoePtrit, •Su de priver Da Plessisdo seeonrsdes bibliotbèqnet et des conseils de ses tmis. Une relaifon eatbôllqne de Is eonférenee, oà non pnîMns la plopart de ees détails prétend qne ce fotponr éTi*er le bmit d'une grande ville.

de ses intentions et la vérité qu'il eoii« tient, si S. M. n'avoii d'autre désir qu» de la connaître; mais qu'ayant recoons la grande affection qu'elle avoit ^ faire réussir cette aff'aire au contentement de l'évêque d'Evreux, et que, par Partifice dudit sieur évêque, le nonce et même le pape s'y ioléressoient,ilToyoit bien qu'elle réussiroit à l'avantage de l'Eglise romaine : ayant le malheur d'avoir son juge intéressé dans cette cause, son roy et son maître pour partie. Néanmoins, s'agissant de la défense de la vérité et de l'honneur de Dieu, il supplioil Irès-humblementS.lL de lui pardon i\er, s'il prenoit les moyens de se défendre. » 11 insista donc de nouveau pour obtenir communicaiioa de la liste des cinq cents passages, et l'évêque s'y étant refusé, il déclara qu'il n'assisteroit point à la conférence. Henri lY ordonna d'abord de pas«ser outre ; mais il se ravisa. Réfléchis* sant que le départ de Mornay déjoue rait toute l'intrigue , . il chargea Cas ielnauei Chambret àt l'avertir quô Du Perron lui enverrait une tiste ds soixante passages. Du Plessis consentit donc à rester, ï condition qu'on lui fournirait les livres dont il aurait be- . soin. Selon Casaubon, ce fut ^ minuit seulement qu'il reçut par ScUeUes une liste de soixante-deux passages et un paquet de livres que Du Perron fit redemander avant six heures du matin.

«G'étoit peut-être, dit Mézeray, ua stratagème pour assoupir sa vigueur et engourdir la pointe de son esprit, en Tobligeant de travailler toute la nuit. » L'historien auruit pa supprimer le peut être. On affirme même que, pour déconcerter son adversaire, l'évêque eut soin de produire à la conférence d'autres éditions que celles sur lesquelles Mornay avait travaillé tonte la nuit.

La conférence, qui devait s'onvrir à huit heures du matin, le 4 mai, fut remise à une heure de l'après-midi. Oa se réunit dans la salle du Bain, où i'oa avait placé trois tables, l'une près de la cheminée, pour le roi, Févêque d*K-

HOR

Page 1