‹ La France protestante (volume 3)Chapitre 41 sur 169 · LUC · texte numérisé non relu

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lélé, il poussait aussi la rigidilé è Textréme. Ainsi il n'hésita pas à frapper d'excommunication un nommé Dtf5 Roches , parce qu'il avait dansé dans une réunion d'amis. Il semble, au reste, qu'il avait particulièrement en horreur cette innocente récréation, car il prit la peine de traduire en français le Traité contre la danse de Pierre Martyr. Cette trad. n'a pas été imprimée, non plus que celle qu'il avait faite de VUistoire de Florence par Machiavel. Il avait aussi composé, au rapport de Crevain, un traité auquel il avait donné ce titre bizarre : La cane de Mont fort ^ et il laissa msc. un Journal ou plutôt une Lettre historique sur les destinées des églises bretonnes de 4564 à 4 604.

LOUVIGINY (Pacl de), valet de chambre de Catherine de Bourbon, puis de Henri IV, exerçait la profession d'orfèvre. De son mariage avec Marie Malart, qui mourut veuve en 4 654, naquirent trois ûlles : 4 * Marie, présentée au haptôme, eu 4600, par Marie de Pontalevois, laquelle épousa Paul Le Goux, conseiller secrétaire du roi; — 2* Elisabeth, femme , en 46Î6, A^ Olivier Bidé, sieur d'Agaury, fils du maître des requêtes Jean Bidé, sieur de Uolimé , et de Françoise Blondeau, puis de N, de La Garrie , sieur de Pommeuse , morte en 4659 , à l'âge de 46 ans; — 3' HeniiBTTE , mariée à Jean Bazin , sieur de Limeville, conseiller du roi et contrôleur général de la cavalerie légère , ûls d'Isaac Bazin , sieur de Ghesnay, et de Marguerite Bothereau{\).

Outre ces trois filles, Paul de Louvigny eut deux fils : 4" Henri , né le 4 2 août 4606, et — 50 Jacob, né en 4612. La destinée du dernier nous est inconnue.

Henri prit pour femme , en 4 634 , Antoinette Bigot (Voy. 11, p. 286) , qui lui donna plusieurs enfants: 1* Henri, né en 4633 ;— 2* Marie, née en 4 637

(1) Ces renseignemfnts, puiséi dans If s Registres de Cbarenton, lèvent toute espèce de doute relttivcmeiit à la pariinté de Jftin et û*iiauc Ba$in (Vov. II, p. 87 ^.

et morte en 4656; — 3* Paul, né en 4 644 ; — 4* Hector, mort à l'âge de 20 mois en 4 645 ; — 5* Nicolas , qui épousa , en 4 676 , Jeanne de Bennes, fille de Hugues, sieur do La Guippière, et de Jeanne de Fougières ; — 6* Antoine, né le 4 0 sept, i 647, qui fut présenté au baptême dans le temple do Charenton , le 45 sept., par Henri de Massue, sieur de Ruvigny, et par Charlotte Bigot,

Henri de Louvigny mourut à l'âge de 42 aus et fut enterré dans le cimetière de Charenton , le 24 juill. 4 648. Ses descendants se convertirent à la révocation , h l'exception de Nicolas.

Associé de Guirand et Le Duc dans la direction des miinufaclures royales du Nivernais, il n'hésita pas à sacrifier à sa conscience sa position et sa grando fortune; mais il fut arrêté comme il essayait de sortir de France, et enfermé dans le château de Ilam avec sa mère, âgée de 70 ans, sa femme et sa bellemère {Arch. ^^w. M. 671). Il finit pourtant par recouvrer la liberté et alla grossir le Refuge. Ses biens furent donnés, en 4 688, à son frère Louvigny d'Orgemont, intendant de la marine au Havre (/6i(i.E. 3374).

LUCAS, nom du capitaine qui défendit Tonnay-Charente contre Mayenne, en 4 577. La place était si mal fortifiée que le général catholique pensait s'en emparer sans coup férir; mais Lucas, (> qui avoit depuis le siège de La Rochelle acquis bruit et réputation au faict des armes et bien fait partout où il s'estoit trouvé, » ne voulut pas se rendre sans résistance. Battue par sept canons et deux couleuvrines , la ville dut capituler au bout de deux jours, et Lucas, avec sa faible garnison, se retira dans le château , bâti au sommet d'un rocher. L'artillerie ennemie entama bientôt la muraille sur plusieurs points. Les Huguenots , qui n'avaient pas en leur possession une seule pique pour repousser l'assaut, ne purent résister longtemps aux efforts des masses catholiques; les uns furent tués, d'autres rendiient leurs armes , un plus

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grand nombre prirent la fuite. Lucas, u*espérantplus de prolongerlu lutteuse laissa glisser du haut du rocherle long d'une corde; mais il fut pris sur les bords de la Charente et conduit devant Mayenne qui ordonna de Texécuter lo lendemain. Lucas cependant parvint à s'échapper; malheureusement il rencontra un fossé dans sa fuite et se cassa la cuisse en essayant de le franchir.

Réduit à cet état pitoyable, le vaillant capitaine inspirait encore une telle terreur à ses ennemis que n'osant l'approcher, ils le tuèrent de loin à coups de mousquet. On afiirmeque les chirurgiens de l'armée ligueuse demandèrent son corps pour le disséquer et qu'ils commencèrent l'opération sans attendre qu'il eût rendu le dernier soupir I

LUCKII (Jiàn-Jàgques), ou LUCke, en latin Liickius, natif de Strasbourg, joignit l'étude de l'histoire et de la numismatique à celle de la jurisprudence, et forma à grands frais un riche médaillier, dont il a publié une description sous le titre de Sylloge nt»mismatum qua diversireg es et principes ah anno 1 500 ad annum \ GOO eudi fecerunt. Argent., 4 620, in-fol.

Les menées des libraires l'empêchèrent de trouver le débit de son livre, en sorte qu'il sévit forcé de mettre en Tente sa collection do médailles pour payer les frais d'impression. La reine Christine en fit l'acquisition, et de main en main, elle arriva entre celles du duc d'Orléans. On a injustement reproché à Liickh d'avoir supposé des médailles et de s'ôtre paré des plumes du paon en donnant comme siennes les explications de Bernegger. Il avait aussi écrit sur les médailles du xv* siècle, et rédigé une Chronique de Ribaupierre, où il exerçait la charge de bailli. Il mourut en 1653, à l'âge de 79 ans.

LUGAXDT(Jeàn), docteur en droit et ancien de l'église deMontauban,qui, dans toutes les circonstances, au mépris des persécutions, témoigna un zèle ardent pour les intérêts et la défense de l'Eglise protestante. Ne vou-

lant pas reslcr en France après la proscription de la religion qu'il professait, il se mit secrètement en route, malgré son âge avancé, et réussit à gagner Berlin, où il mourut, en 1695, à l'âge Je 80 ans. Dans ses Listes des persécutés, Benoit cite Lugandi père etiils.Ce fils était très-vraisemblablement Pa«{ de Lugandi, avocat à Montauban, qui fut assez heureux pour échapper aussi aux convertisseurs de Louis XIV, et qui se réfugia également dans le Brandebourg , où il remplit des postes de judicature. Il paraît que Paul de Lugandi laissa deux fils, dont l'un, après avoir étudié la théologie à Francfortsur-l'Oder, fut appelé, en \ 693, comme ministre à Battin, où il eut pour collègues Nicolas etFam»;puis,en 4 697, à Brandebourg avec d^ Etienne, sieur de Clelles, et en dernier lieu à Halle, en ni 3. L'autre, nommé Joseph, suivit la carrière des armes. Lieutenant dans le régiment de Varennes, en 1704, il s'éleva au grade de major, et mourut à Magdebourg, à l'âge de 85 ans.

JXGARDOIV, peintre, originaire de la colonie française de Berne. Lu-

gardon se forma à l'école de David, comme on le remarque par ses premiers tableaux. Mais par la suite il modifia sa manière. Cet heureux changement, selon le biographe Nagler, se fait déjà sentir dans son grand tableau historique : La délivrance de Bonnivard de la prison de Chillonpar Us Bernois et les Genevois, En 1 826, Lu gardon se rendit à Rome; il y peignit plusieurs grands tableaux, où il s'affranchit de plus en plus de sa première manière ; telle est la Prise d'assaut du château de Rossberg, excellente composition ; tout ce qu'on a pu y reprendre, c'est que l'action, qui se passe au clair de lune, est trop éclairée. Nagler cite encore parmi les bons tahleaux de notre artiste, le Criminel qu'un moine ex^ horte à la mort; une Famille napolitaine, peint à Rome, en 1 832 , l'un et l'autre 5 peu près de grandeur naturelle, et enfin Guillaume Tell^ exécuté en 1834.

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LUNS (Philippe de), jeune femme de 13 à 24 ans, née dans le diocèse de Férigueux, et veuve du sieur de Gra- Viron, que son zèle pour la Réforme ivajt fait nommer ancien de l'église de Paris, est célèbre dans Thisloire du protestantisme par le courage héroïque avec lequel elle souffrit la mort pour la foi, en 4 557.

Le 4 septembre, lei Protestants de Paris, que la persécution obligeait à se Cdcher pour adresser à Dieu leurs prieures, se réunirent, au nombre de trois à quatre cents, dans une maison de la rae S lint-Jacques, eu face du collège Du Plessis, aiin d*7 célébrer la sainte Cène. Une affluence de monde aussi extraordinaire éveilla les soupçons de q'ielques prêtres, qui ne tardèrent pas à se convaincre qu'il se tenait une aseemblée de Luthériens. Ils appelèrent le guet, ameutèrent le peuple et cernèrent la maison suspecte de manière que personne ne pût échapper. À minuit, le service divin terminé, les fidèles, ne se doutant de rien, voulurent lortir; mais ils fureni accueillis par 4es cris de mort et assaillis à coups de plerres.Le tumulte attira tous les habitants du quartier; Paris, depuis la prise de Saint - Quentin , vivait dans de continuelles alarmes. On s'enquiert, on s'informe, et dès que l'on apprend qu'il s'agit de Luthériens, la fureur ne connaît pas de bornes. Des corps de garde sont placés à toutes les issues et des feux, allumés pour rendre la fuite impossible. Pendant ces préparatifs hostiles, les fidèles, enfermés dans la maison, invoquent la miséricorde de Dieu, s'allendant à tout moment à être massacrés. Leur première stupeur passée, ils commencèrent pourtant à se reconnaître. Encouragés par quelques gentilshommes, qui se trouvaient Sarmi eux,il8 résolurent de se frayer par I force un chemin. Presque tous les hommes parvinrent à s'échapper malgré les pierres qui tombaient sur eux comme frêle, malgré les piques et les halle- Sardes dont on les menaçait, malgré les charrettes qui coupaient les rues en

guise de barricades. De ceux qui tentèrent cette dangereuse sortie, un seul périt. Atteint d'un coup de pierre, il tomba et fut à l'instant mis en pièces, au point de perdre toute forme humaine, il ne restait dans la maison que des femmes, des enfants et quelques hommes trop âgés ou trop timides, qui n'avaient osé suivre les autres. La populace, pressentant avec le sCLr instinct de la hyène, qu'elle ne trouverait plus de résistance, se mit en devoir de forcer la porte. C'en était fait de ces infortunés, lorsque Martine, procureur du roi au Ghâtelet, arriva fort à propos, suivi de commissaires et d'un grand nombre de sergents, qui continrent, avec peine, la multitude furieuse de voir sa proie . lui échapper. Au spectacle de terreur et de désolation qui s'offrit à lui, lorsqu'il entra dans la maison, Martine fut ému jusqu'à verser des larmes. Cependant il avait à remplir sa charge, et il se mit en devoir de dresser son procès-verbal qui constata « qu'en attendant que tous fussent assemblez , le ministre avoitprié Dieu, toute la compagnie ayant les genoux en terre, et qu*après avoir exposé l'institution de la Gène (l Cor. XI), monstre quel en estoit l'usage, et comment on s'y devoit présenter : après avoir aussi excommunié tous séditieux, désobéissans à leurs supérieurs, paillards, larrons, etc., leur dénonçant de ne s'approcher de la table; qu'après toutes ces choses, ceux qui avoyent esté jugez capables de ce sacrement, s'estoyent approchez de ladite table, et avoyent receu du pain et du vin de la main des ministres, avec ces paroles : C'est la communion du corps et du sang du Seigneur; que prières s'estoyent faites pour le roy et la prospérité de son royaume, pour touspovres affligez, et en général pour toute l'Ë^'lise , aussi que quelques pseaumes s estoyent chantez. » Voilà tout ce qui s'était passé, en effet, dans cotte assemblée, c'est->-dire ce qui se passe encore aujourd'hui dans les temples protestants, les jours où l'on administre la sainte Gène aux fidèles ;

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m»is la haine a-t-elle jamais reculé devant la calomnie? Les bruits les plus absurdes se répandirent dès le lendemain dkns Paris ; non-seulement on accusa les Protestants de se livrer dans leurs réunions religieuses aui actes de la plus révoltante immoralité, mais on alla même jusqu'à aflirmer qu'ils ne s'assemblaient que pour immoler de petits enfants. C'est pour repousser ces atroces accusations, — qui, du reste,avaientdéjàété dirigées contre hîs premiers Chrétiens par les Païens, — que les ministres de Paris publièrent deux Apologies qui furent répandues on grand nombre, jusque dans le Louvre, et dont la plus longue a été réimprimée dans le martyrologede Crespin.

Après avoir dressé son procès-verbal. Martine fit lier deux à deux tous ceux quUl avait trouvés dans la maiion, hommes et femmes (ces dernièrei au nombre d'une centaine); puis il les conduisitdans lesprisons du Châlelet, ï travers les injures, les menaces, les coups d'un peuple furieux qui remplissait les rues ; mais, dit Crespin , Dieu voulait ainsi triompher en Topprobre et ignominie des siens. Arrivés au Châtelet,les prisonniers furentplongés dans des cachots infects et tenus au secret le plus rigoureux, en attendant leur jugement.

Pour plaire à la Cour, affamée de confiscations, et au peuple avide de bûchers, les juges déployèrent une activité très-grande. Dès le 47 septembre, trois accusés furent amenés à la barre, savoir : Nicolas Clinet , vieillard de 60 ans, instituteur de la Suintonge, où il avait été brûlé en effigie à cause de son zèln à propager les doctrines évangéliques; Tawi)i Gravelle, de Dreux, avocat au parlement, chez qui . rassemblée s'était tenue, tous deux anciens de l'église de Paris, et Philippe de Luns, que son sexe, sa jeunesse et sa beauté rendent la plus intéressaDie des trois victimes.

« Venant devant les juges, raconte Crespin, elle souspiroit quelquefois; nais cependant elle respondoit tous-

jours d'un franc courage et alaigremeut. » Son interrogatoire en fournit la preuve. Un jour que le lieutenant criminel lui demanda si elle croyait ï la présence réelle , elle répondit avee vivacité : a Ëh ! Monsieur, qui croiroitque cela fust le corps de celuy auquel toute puissance a esté donnée, et qui est eslevé par-dessus tous les cieux, quand les souris le mangent, et les guenons etsinges s'en jouent et le mettent en pièces? » Et là-dessus, elle se mit à raconter avec tant de grâce et d'enjouement une anecdote de ce genre arrivée dans son pays, qu'il était facile de voir que ses larmes ne trahissaient ni l'abattement ni la crainte, bien qu'elle n'ignorât pas la mort affreuse qui Pattendait.

Elle avait d'ailleurs repoussé déjà, avec autant de fermeté que ses coaccusés Clinet et Gravelle, les efforts des docteurs de Sorbonne pour la convertir , et en présence de ses juges , elle ne montra pas moins de résolution et de présence d'esprit. Voici son interrogatoire tel qu'il fut copié sur les pièces mêmes déposées au greffe. — D.

Interrogée par le lieutenant particulier si elle ne vouloitpas croire à la messe. H. Qu'elle vouloit seulement croire ce qui est au V. et N. T. — - D. Si elle ne croid pas en ce qui est en la messe, et mesmement au sacrement de l'hostie. R. Qu'elle croid aux sacremens instituez de Dieu; mais qu'elle n'avoit trouvé que la messe fust instituée de lui. — D. Si elle vouloit recevoir le sacrement de l'hostie.R. Qu'elle ne votiloit rien faire que ce que J.-Ch. avoit commandé. — D. Depuis quel temps elle s'esloit confessée au prestre.R .Qu'elle ne sa voit, et que tous les jours elle se confessoit à Dieu, comme il avoit commandé. Et ne croyoil qu'autre confession fust requise etinstituée pur J. -Ch., pour ce que lui seul avoit puissance de pardonner les péchez. — D. Qu'elle sentoit des prières adressées à la vierge Marie et aux Saincts. R. Qu'elle ne savoit autre oraison à faire que celle que Dieu lui avoit enseignée, s'adressent à

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lui par son Gis J. -Christ, et non autre. Bien savoit-elle que les Saincts de Paradis sool bienheureux, mais ne leur Touioit adresser ses prières. — D. Ce qu'elle croyoit des images. R. Qu'elle ne leur Youloil porter aucunement référence.— D. De qui elle avoit aprins ceste doctrine. R. Qu'elle avoit étudié au Nouveau-Testament. .^ D. Si elle faisoit distinction des viandes es jours de vendredi et samedi. R. Qu'elle ne Toudroit manger de la chair en ces jours, si elle pensoit blesser la conscience de son prochain inûrme; mais qu'elle sait bien que la Parole de Dieu commande ne faire distinction des Tiandes eu quelque jour que ce soit ; et qu'on pouvoit user de toutes, en les prenant avec action de grâces. Là-dessus on lui objecta que l'Eglise avoit fait défense de manger de la chair à certains jours, et que cequin'estoitde soy péché, estoit fait péché à raison de la prohibition. R. Qu'elle ne croyoit en cela à autres commaudemens et défenses qu'à celles que J.-Cb. avoit faites. Et quant à la puissance que le pape s'attribue à faire ordonnances, elle n'en avoit rien trouvé au N. T. De rechef on répliqua que les puissances tant ecclésiastiques que séculières ont esté délaissées par Dieu pour gouverner son peuple. R» Qu'elle le confessoit des puissances appelées séculières; mais en l'Eglise, elle n'avoit point leu qu'autre eust authorité de commander que J.-Ch. — D. Qui estoit celui ou celle-là qui l'avoit ainsi instruite. R. Qu'elle n'avoit autre instructeur que le texte du N. T.

Dans un autre interrogatoire, on lui demanda , au sujet de son mari mort peu de temps auparavant, si elle ne l'avait pas enterré en son jardin. R.Que non; mais avoit esté emporté à l'Hostel-Dieu, pour estre inhumé avec les povres,sans toutefois aucunes cérémonies superstitieuses. — D. S'il est requis, pour la salvalion de celui qui est décédé , de faire prières. R. Qu'elle croyoit celui qui seroit décédé au Seigneur, estre purgé par son sang, et ne

lui falloit autre purgation.Et que pourtant n'estoit besoin de faire prières pour les trespassez,et qu'ainsi elle l'avait leu au N.T. Enfin, ne rougissant pas, dans leur absurde fanatisme, de se rendre les échos des bruits atroces qui couraient à Paris, les juges finirent par lui demander si dans les assemblées auxquelles elle avait assisté, on avait coutume d'éteindre les lumières après la prédication; elle se contenta de répondre « qu'elle ne s'estoit jamais trouvée en lieu où tel cas se fist.»

Il serait inutile de relater ici les interrogatoires de Clinet et de Gravelle; on y retrouverait à peu près les mômes demandes et les mêmes réponses. Les trois martyrs, par arrêt du 27 sept., furent condamnés à être brûlés, après avoir été préalablement appliqués à la question. Un nouvel assaut des docteurs deSorbonne ayant échoué contre leur inébranlable constance, ils furent jetés chacun dans un tombereau pour être conduits au lieu du supplice. Dans cet instant suprême, un prêtre s'approcha pour confesser Philippe de Luns; mais elle le repoussa en lui disant qu'elle se confesserait à Dieu qui seul pouvait remettre les péchés. Quelques conseillers du parlement la sollicitant de prendre entre ses mains une croix de bois, pour obéir, disaient-ils, au commandement de Dieu qui ordonne à chacun de porter sa croix : «Messieurs, leur répondit-elle, vous me faites bien porter ma croix, ra'ayans injustement condamnée, et m'envoyans à la mort pour la querelle de nostre Seigneur Jésus- Christ, lequel n'entendit onques parler de ceste croix que vous dites. » Selon un usage introduit par un raffinement de cruauté, la Cour avait ordonné dans un retentum que les condamnés auraient la langue coupée, s'ils refusaient de se convertir. On procéda donc à cette barbare mutilation, que tous trois Subirent avec courage. « La constance de Gravelle estoit merveilleuse, lit-on dans le Martyrologe, et les soupirs qu'il jetloil sans cesse, la veuë tournée dovers le ciel, monstroyent bien l'ardeur

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(le son affcclion en priant Dieu. Clinet avoit aussi toujours la veuë en haut; mais serabloitplus triste que les autres, pource qu'il estoil desjà abatu de vieillesse, et de sa nature estoit blcsme et tout deffait. La damoiselle semblait encores les surmonter en constance, car elle n'estoit aucunement changée de visage; mais assise dessus le tombereau monstroit une face vermeille, voire d'une excellente beauté. Elle avoit auparavant pleuié son mari et porté le deuil, habillée de linges blancs à la façon du pays; mais alors elle avoit posé tous ses habillemens de vefvage et reprins le chaperon de velours et autres acoustremens dejoye, comme pour recevoir cest heureux triomphe et estre jointe à son espoux Jésus-Christ.

Estans arrivez à la place Maubert, lieu de leur mort, avec ceste constance, ils furent ars et bruslez : Clinet etGravclle vifs, la damoiselle estranglée, après avoir esté flamboyée aux pieds et au visage. Ce triomphe fut admirable. »

Oui, ce triomphe fut admirable. C'est la lecture de semblables drames dans le Martyrologe protestant, qui a arraché ce cri d'admiration h un historien célèbre, M. Michelet, étonné de l'énergie de la Réforme à son aurore : « Elle ne refit pas l'idée , mais le caractère. Elle agit et souffrit, donna son sang à flots. Ses martyrs populaires, qui cherchaient leur force dans la Bible, font une seconde Bible sans le savoir, et combien sainte ! Le martyrologe do Crespin est bien autrement édifiant à lire que la chronique des rois de Juda. Cela dure quarante ans, âge merveilleux de patience ! Nulle résistance, nul combat. On ne sait que mourir et bénir. »

D'autres prisonniers de la rue Saint-»

Jacques payèrent également de leur vie leur attachement à l'Évangile. Nicolas Le Cé7ie (Voy. VI, p. 459) et Pierre Gabarty de Saint- Georges en Poitou, furent brûlés le 2 oct. François II ebelies, jeune homme de 20 ans à peine, natif d'Astafort en Condomois, et Fvidéric DanvillCi d'Oleron en Béarn,

T. vil.

deux étudiants de l'université de Paria, qui ont rendu compte de leurs interrogatoires dans des Lettres publiées par Crespin, périrent quelques jours après dans les flammes. Douze ou treize autres procès étaient déjà instruits, et les bûchers toutprôts,lorsque les supplices furent interrompus par la récusation qu'une prisonnière fit d'un des juges»

créature du cardinal de Lorraine, et finalement arrêtés par l'intervention des Cantons réformés de la Suisse et des princes protestants de l'Allemagne.

LUPÉ , nom d'une des premières familles de l'Armagnac, doutune branche , celle de Mârâvât, embrassa les doctrines de la Réforme.

Le premier membre de cette famille qui se convertit au protestantisme, fût Carbonel de Lupé, mort vers 1574. Il laissa plusieurs enfants de deux mariages. Sa seconde femme, Susanns de Rivière, l'avait rendu père de trois fils, Daniel, Pierre et Josris, dont la destinée est inconnue. Son fils atné, Jean, sieur de Maravat, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, gouverneur de la vicomte de Fezensaguet et de la ville de Mauvesin, capitaioe de chevau-légers , maréchal de camp, en 1 593 , maréchal des camps et armées du roi , en i 596 , sénéchal du Rouergue , a joué un rôle important dans les affaires des églises. Le Haut- Languedoc le députa, en \ 593, à l'Assemblée de Mantes, et en 1601, au Synode national de Gergeau, qui l'envoya en Cour avec Charnier pour demander à Henri IV de ne point insister sur la séparation de l'Assemblée de Sanmur.

Le roi refusa de se rendre aux vœux du Synode, cependant il autorisa la convocation d'une nouvelle assemblée à Sainte-Foy. Maravat n'y assista pas; mais, en 1605, il fut envoyé à celle de Châtellerault , qui le chargea d'aller complimenter Sully à son arrivée. En 1614 , l'Armagnac le choisit une fois encore pour son représentant h l'assemblée de Sainte-Foy. Selon Courcelles, la noblesse de cette province le députa aux Etats qui se réunirent, la môme an-

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liée,l Paris. Il mourut en 4 61 8, ayant ea de son union (4 577) avec MargueriU de Morlhon, fille de François^ lieur d'Asprières , et de Marguerite iê Senneterre^ huit enfants, savoir:

I* Paul, qui continua la branche de HarsTat; — V Jacques; — 3' Phi- HÉB, auteur du rameau de Tilhac; — 4* A5NB , femme de Joseph de Garrana; — 5* Susanne, mariée au sieur de Manas ; — 6* Perside, qui prit alliance avec Pierre de Rapin^ sieur de Toiras, gouverneur du Mas; — 1* Es- TiBB, qui épousa Paul de Merens; — S<* IsABBAU, alliée à Georges de Piry (aliàs Pine)^ sieur du Moulin. Resté Teuf, Maravat s^était remarié avec Mar^ §%erite d'Astugue^ qui lui avait encore donné sept enfants : 4 "Alexandre, ca« pltaine de vaisseau ; — 2" Pierre, sieur de Lauret, qui laissa de son mariage avec Marie de Polastron, conclu en 4632, un fils, Jean, mort en Italie, en 1688, et une fille, Phinée, qui devint, •B 4676, la femme à* Abraham de Preyssac, sieur de La Tasle , — 3' A- •BAHàM, mort sans postérité; — 4*Mar- •UBRiTB, alliée à Pierre de Roque, Bieur de Cressia ; — 5' Jeanne; — 6»

Abmoisb, mariée, en 4634, k Daniel de Petitt sieur de Montbrison ; — 7* Olympe, femme, en 4638, de Jean de Sêriac, siour de Puissentut.

I. Paul de Lupé, sieur de Marayat, capitaine de chevau-légers , gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, iuccéda, en 1 606, à son père, dans la charge de gouverneur de Mauvesin.

En 4620, il fut député par le Haut- Languedoc au Synode national d'Alais.

La môme année, Louis XIII le nomma Bénécbal du comté de Rhodez. En4 625, il travailla avec Lusignan à entraîner Montauban dans le parti du duc de Rohan-. Il mourut vers 4 667. Olympe de Lustrac, fille de Gabriel de Lustrac, baron de Saint- Sernin, et û^Anne de Babasteins , qu'il avait épousée en 4640, Tavait rendu père de cinq enliBts : 4 " Paul, sieur d'AUemans, mort, en 4660, sans postérité; — 2° Phinée, f«iiQit; — S"* Jbah, assassiné, en1657,

par les cousins de sa femme Armoise d*Astugue , — 4" N., assassiné avec son frère; — 5' Perside, mariée, en 4643, avec Pierre dePreyssac^ sieur de Cadeillan.

Phinée de Lupé, sieur de Maravat et de Lassus, servit, avQc le grade de capitaine, dans les guerres d'Allemagne, de Flandres, de Roussillon et de Catalogne. En 4664 , il épousa Anne de BelrieUf fille de Jean, sieur de Tiregan, conseiller à la Chambre de Tédit de Guienne, dont il n'eut pas d'enfants, et en 4674, il se remaria avec J«(ftï Du Pouy, fille de David, sieur de La Boulbène , et de Judith d*Alba , qui lui donna deux enfants, nommés Paul et Perside. En 4686, il habitait Paris (à ce que nous apprend une note de police où il est signalé comme protestant), probablement dans l'intention d*y chercher les moyens de passer à rétranger. Quoiqu'il en soit, il se convertit peu de temps après {Arch, gin, M. 664), ou plutôt il feignit de se con- Tertir, car, en 4689, on lui enleva son fils et sa fille qui furent enfermés, le premier dans le couvent des Doctrinaires de Lectoure, la seconde dans le monastère de Sainte-Claire de la môme Tille, tandis qu'il fut emprisonné luimême dans le château deCahors. Nous avons trouvé dans la liasse des Archi- Tos cotée M. 673, les lettres que, pendant dix ans, il ne cessa d'adresser au lecrétaire d'état pour se plaindre du traitement qu'on lui faisait subir et réclamer sa liberté, ainsi que celle de ses enfants. En 4 699, ses souffrances n'a- Taient point ébranlé sa constance. Les généalogistes ne nous font pas connaître l'année de sa mort ; ils nous apprennent seulement que son fils Paul mourut sans alliance.

II. Phinée de Lupé, sieur de Tilhac, gentilhomme d^ la chambre du roi et capitaine d'infanterie, testa en 4634.

Il avait été marié deux fois : en premières noces (464 4), avec Jeanne de Sariac, héritière de Paul de Sariac, seigneur en partie de Tilhacet de Cécile de Lujpéi^u secondes (4 6d4),avec

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Paule d$ Madaillan,û\\e de Balthasarde Madaillaneià* Anne d' Eîgnyde-La Roque. Du premier lit vinrent Paul, sieur de Tilhac, assassiné en 4656, et Pierre, sieur de Tilhac, capitaine de chevau-légers, qui assista, en 1678, comme ancien de Puycasquier, au synode provincial de Savèrdun {Arch. gén. Tt. 242), et qui prit pour femme Marguerite de Bar. Du second lit naquirent JosuÉ et peut-ôlre ÀBEL^majorau régiment de Bellegarde.

Josué, sieur de Taybosc, lieutenant au TégiraentdeNavailles,enl 650, épousa, en 1666, Marie Du Puy, fille de Samuel Du Puy et de Miirie de hey. Il abjura \ la révocation avec quatre de ses enfants,PHLNÉE Jean-Jâcqdes, Anne et Marie. L'nîné, Louis, resta seul fidèle à la foi protestante. Il se retira en Brandebourg et entra dans les Grands-Mousquetaires, ^ ce que rapporte Courcelles.

LUSIGXA^ ou Lézignan, maison illustre du Poitou et une des plus anciennes de France, qui a donné des souverains à Jérusalem et à file de Chy« pre.Elle étaildivisée enplusieurs branches, dont deux embrassèrent les doctrines évangéliques (1).

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